LANGUES GERMANIQUES
1° Emploi adverbial des cas.
La langue gothique émploie plus rarement les cas sans prépositions et adverbialement, que le sanscrit, le grec et le latin. Cependant le génitif sert quelquefois, dans Ulfilas, à marquer le lieu où l’on va1; le. datif remplace, comme en grec, l’instrumental, et indique le moyen, la manière; ce même cas et le génitif expriment le temps; l’accusatif, la durée; le génitif et l’accusatif, l’âge, etc. Les habitudes de syntaxe d’Clfilas nous autorisent donc à considérer comme des cas un certain nombre de formes adverbiales en e, u, a,, is, que nous trouvons dans la langue, comme svare , « en vain» (comparez sc fnver) ; sunja, «vraiment»; raiht-is, « car, à savoir, sans doute», de .raihKs), « droit»; fila, «beaucoup, v » (qui s’emploie aussi dans le sens d’adjectif, comme l’allemand viet). Parmi ces mots, il' pourrait se faire qu’il y en eût qui eussent perdu leur désinence et nous offrissent simplement le radical.
1. De même qu’en grec, la préposition in, « dans », gouverne le datif en gothique, pour marquer le lieu oit t’on est; l’accusatif, pour marquer Iç lieu où l’on entre. Lne particularité assez remarquable, c’est que le verbe i/iman , . >< venir », kommen, prend, comme un verbe de repos , in avec le datif. Voy. la Grammaire gothique de JIM. de Gabelentz et Lœbe, §240.
DE LA F0HMAT10N DES MOTS
2° Princijfitux su (fixes adverbiaux de la langue gothique.
La langue gothique emploie égalefnent, pour former des adverbes, les dentales du thème pronominal démonstratif.
Ta et a indiquent le lieu où l’on est, où. l’on fait quelque chose : af-ta , «par derrière»; u-ta , «aude.hors»; /'aur a, « par devant»; alj-a, proprement «ailleurs»;
(a)th et d marquent ■ le lieu où l’on va : tha-il, « là, vers ce lieu » (dans tha-d-ei, qui répond, par le sens, à l’allemand actuel wohin ); wa-th , «où?»; nlj-at/i, «ailleurs, vers un autre lieu».
Nous trouvons aussi , dans les idiomes germaniques, des formatives qui ressemblent aux suffixes de comparatifs : tra,dar, ( a)r , dre. Exemples : af-tra, «de nouveau » ; hindar , «derrière, au delà»; lin- -ilur , «sous» (ces deux derniers mots s’emploient comme prépositions) ;
ar marque le lieu où l’on est : t/uir, « là »; war, «où»; jain-ar, là», illic; al-jar, «ailleurs»;
lire, le lieu où l’on va : wanlre , « vers quel lieu »; jain-<lre , « vers ce lieu-là »; Iti-dre, « vers ce lieu-ci ».
La liquide /■ entre également dans le suffixe thrô, qui indique le lieu d’où l’on vient : wa-thrô, « d’où»; tha-thrâ, «de là»; alj-a-thré, « d’aiileurs » ; all-a-thrâ, « de tous côtés ».
(a) rut indique aussi parfois le passage d’un lieu dans un autre, le plus ordinairement le lieu où l’on est. Exemples : afta-tm, « de par derrière»; uta-na , .« au dedans»; sarn-a-na, « ensemble».
Les adverbes de temps sont rares en gothique; cependant il y a quelques particules pronominales de ce sens, terminées en (a)/i : i va-n, «quand»; tha-n , «alors»; surn-a-n , «un jour»; et quelques formations exceptionnelles, comme un- te «jusqu’à»; srni-le, « unefois»; than-de , «pendant (que)».
11 n’est pas difficile de reconhaître dans ces adT verbes de lieu et de temps un grand nombre de ceux de la langue moderne : hinter , unter , a fier , dur, «>or(um), aussen, hinter, {zu)sammen, wann, da/in, etc.
I4 langue gothique a aussi deux sulfixes propres aux adverbes de manière : ce sont les finales ha (a-ba , i-bn , 11-ba ) et ô , dont la première s’est entièrement perdue dans l’allemand d’aujourd'hui, dont la seconde se retrouve dans un très-petit nombre d’adverbes, affaiblie en e ( lan-ge , « longtemps »; fera ou fern-e, « loin »; gern ou gern-e, « volontiers »). 'Exemples : ubil-a-ba , «mal», xaxw;, dèl’adj. ubi/(s), « mauvais»; raîht-a-ba , «d’une manière droite», ôpOùç , de raith-{s), -« droit » ; arn-i-ba, «sûrement», de l’inusité arneï{s), « sûr »; hard-u-ba , « durement», de hurd-uis) , « dur »; galeik-A , «également », Ira , de ga-leik(ys) , « égal » ; thridj-â , «pour la troisième fois», de thridjiyï), «troisième » , etc. Le suffixe ba pourrait bien êire une ancienne désinence de cas ( comparez les finales latines bi , bis, bus , où la labiale figure aussi comme signe de flexion, et voyez plus haut, p. 427, note 1 , les désinences des cas sanscrits1). Quant aux adverbes terminés en à , M. Bopp les considère, ainsi
1 . Voy. aussi la Grammaire allemande de M. J. Grimm, t. III, p. HO. ,
que les adverbes en thrô , dont nous avons parlé plus haut, comme d’anciens ablatifs ; \1. J. Grimm, comme des accusatifs1.
1. Voy. la Gr. comp. de M. Bopp, §089, 2, et la Grammaire allemande de M. J. Grimm, t. III, p. 401.