‹ Traite de la formation des mots dans la langue grecque avec des notions comparatives sur la derivation et la composition en sanscrit, en latin et dans les idiomes germaniquesChapitre 107 sur 120 · DU SENS DES MOTS COMPOSÉS · texte numérisé non relu

DU SENS DES MOTS COMPOSÉS

Règle générale.

Dans la plupart des composés, le mot déterminant précède le mot déterminé. Exémples : ai'awv,

mauvais génie ou qui a un mauvais génie ; vuxti-iïqXo;, qui erre pendant la nuit. Nu*ti- détermine le mol -iroXo; , et lui sert de complément; xaxo- détermine SaijAtûv et lui sert d’épithète.

Remarques. 1° Un certain nombre de composés grecs paraissent s’écarter de cette règle. Mais l’irrégularité n’est souvent qu’apparente, et tient à la manière dont nous les traduisons. par exem-

ple, que nous rendons par aimant son frère, ou aimé de son frère, signifie qui a son frère pour ami, ou qui a son frère chéri. ’A$eX<po'ç ne sert pas de régime à «pi'Xo;, mais «pfXoç au contraire sert d’épithète à àSeXfpoç (voy. plus bas, § 295, ce que nous dirons des composés possessifs). Etï-êouç, riche en bœufs, veut dire proprement qui a des bœufs en bon état, en bon nombre ; â^i-ayâîr/iTo;, digne dè amour, se traduit plus exactement par aimé ou aimable dignement.

2° KopuÔ-atoXo; , dont le casque s’agite, ne s’écarte pas plus de la règle qu’aioXo-Ôwpn!;, qui a une cuirasse flexible. Si nous décomposions ces deux mots, l’analyse du premier serait xo'puôa aidXo; (comparez Tcoàa;

wx’j;, woâ-wxYiç) ; l’analyse du second, aio'Xov Swpr.aa eywv. Dans la première de ces deux locutions xopuôa détermine aiôAoç, comme dans la seconde awftov détermine ôwpvixa.

3° Xv&p-aya(K« signifie qualité ou caractère cl homme de bien; par conséquent, les éléments du mot ne sont pas construits d’une manière conforme à la règle. Mais l’anomalie de ce mot et de quelques autres qui iui ressemblent peut tenir à ce que ce substantif, par exemple, qui devrait être dérivé, comme nous le verrons plus bas, § 294, Rem. 2°, d’un adjectif signifiant homme de bien , a été formé directement, par la combinaison des deux éléments homme et bonté, et voulait dire pour ceux qui s’en sont servis d’abord plutôt bonté ou vertu d'homme que caractère d'homme de bien. Ce qui semble confirmer cette conjecture, c’est qu’en effet l’adjectif âv^p-ayaôoî, où l’anomalie serait bien plus choquante, et qui devrait servir de transition pour arriver à «v&payadia, n’est pas usité.

4° Nous avons montré plus haut (§ 277, 7°), par l’exemple de Pov-i&tqÇ, qui signifie frappant les bœufs ( aiguillon pour frapper les bœufs ) et d’àxavÔo-irXrÆ, qui veut dire blessé par une épine , que les verbes avaient, en composition, tantôt le sens actif, et tantôt le sens passif. Ce principe nous servira à expliquer, d’une manière conforme à la règle, un grand nombre de composés commençant par un thème verbal. Exemples : oc«£t-<puTOî, qui développe les plantes, c’est-à-dire qui a ou rend les plantes développées (voyez les composés possessifs, § 295); pym-xaxoç , rancunier, c’est-à-dire qui a le mal rappelé ou présent à la mémoire (voy. p 452, note 1). — Enfin, dans beaucoup de mots de ce genre, le thème verbal

a probablement la même valeur que le radical de l’adjectif verbal dans xe^eiMTr-aveip , qui commande aux hommes , c’est-à-dire qui a tes hommes corn - ■ mandes, soumis à ses ordres.

5° Cependant on est forcé de convenir que cette règle, qui veut que le déterminant précède le déterminé, ne s’applique pas aux mots composés, dans la langue grecque, d’une manière aussi rigoureuse et aussi constante que dans d’autres langues, en sanscrit, par exemple, et en allemand. Ainsi il est difficile de ne pas admettre que la règle ait été violée dans des mots comme xpet<rffd-Texvo;, que l'on préfère à ses enfants , que l’on tient pour meilleur que ses enfants *. — 11 est possible aussi que, dans un certain nombre de ces composés qui commencent par un thème verbal (comme •xv/xsi'-xaxo* ; voy. plus haut Rem. 4#), la langue n’eùt plus parfaite conscience du rapport primitif des lermes, et que l’on se fût habitué à considérer le second comme jouant plutôt le rôle de mot déterminant que de mot déterminé1 2.

1. Il devrait signifier plutôt « ayant de meilleurs enfants ». Aussi cet adjectif est-il regardé, nous l’avons dit, comme douteux.

2. Ce qui semble prouver encore que cette loi ne s’appliquait pas toujours d’une manière rigoureuse et que l’ordre des éléments d’un mot composé était devenu assez arbitraire dans la langue grecque, c’est qu’on trouve souvent, pour exprimer la même idée, deux composés, formés des mêmes termes, construits en sens inverse. Exemples : olxo-ipôpo; et tpsps-otxoç, qui porte une maison ; ywpo- tpùtto et ftXo~gup4u>, aimer un lieu, s’y plaire , etc. Cependant n’oublions pas que si oîxotpdpoç et ^inpoiptXsio signifient porteur de maison, être ami d’un lieu, (pjptotxoç et yi/,o/c.pÉü) peuvent signifier qui a la maison portée, qui a le lieu chéri, et. rentrer, par conséquent, aussi dans la règle générale (voy. plus haut, Rem. 4° et 4»;.

Toutefois l’examen attentif de la plupart des composés grecs, et la comparaison du grec avec les autres langues delà même famille nous portent à croire que le principe que nous avons établi au commencement de ce paragraphe est beaucoup plus général qu’on ne le suppose ordinairement : et il ne faut considérer comme de véritables exceptions que le petit nombre de composés dont l’explication, si l’on voulait les ramener à cette règle, serait impossible ou forcée'.

t . Si les bornes de ce traité nous le permettaient, nous entrerions ici dans quelques détails sur l’emploi que les écrivains grecs, et particulièrement les poètes, font des mots composés: sur la précision expressive avec laquelle ils déterminent leur pensée en groupant autour de l’idée principale les diverses idées accessoires, tantôt avec la netteté la plus logique, tantôt avec l’audace la plus compréhensive et la plus capricieuse; sur les pléonasmes, les ellipses, les inversions des rapports où sont entre eux les termes et les pensees ; enfin sur les diverses figures de langage au moyen desquelles les mots composés donnent au style de la richesse, de l’éclat, de la hardiesse, de l’harmonie. Pour ne parler que de l’inversion des rapports et des pléonasmes, Euripide a dit, par exemple {Med., 1366), aol vEoSixîjTtc yâpoi, ton nouveau mariage , littéralement, ton mariage nouvellement dompté, cet hymen nouvellement contracté, par lequel tu as dompté , soumis au joug {du mariage) une nouvelle éjxiusc. Dans Lucien nous lisons [Haie., 8) : çlXxvSpov, amour jmur

son époux, littéralement amour ami de l’époux, qui consiste à aimer son époux ; dans Sophocle {Ant,, 101) : iirrotnuÀov «rcopa, et dans Euripide encore ( Supp ., 401) : “tic itùÀaç tniaCTopov:, les sept portes ( de Thèbcs ) , littéralement : F ouverture qui a six jxntes, qui consiste en six portes ; les portes qui forment six ouvertures, etc. , etc.

TtH DE LA FORMATION DES MOTS

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