Composés possessifs (voy
Aux composés possessifs, comme nous l’avons dit au § 295, est toujours subordonné un composé d’une autre espèce : iroW-ypuc-o; , qui signifie aj ant beaucoup d’or , renferme le composé déterminatif «beaucoup d’or, multum aurum»; magn-animus, « ayant une grande âme » , le déterminatif « grande âme n; pou-x^aXoç, «ayant une tète de bœuf », est
formes des noms de nombre ain, tva, et de la racine de leib-an, « laisser », Xtîir-tc, et qui signifient proprement un de plus, ou de reste, deux de plus ( que la dizaine).
\ . Matthias cite aussi la forme composée Sexa-Tpeü;, Srxot-Tpt'».
2. Cest une adjonction de suffixe qui a quelque analogie avec celle qui dérive, en latin , des mots quarta décima, « la quatorzième (légion)», l’adjectif quartadccimani, « les soldats de la quatorzième légion» (Tac., Hist. , II, 16), en laissant au premier terme sa désinence de nominatif singulier féminin. Au reste, Hérodote traite aussi l'adjectif cardinal grec comme un véritable composé, quand il dit (I, 86) : ht* Teceépw-xod-oisia, « quatorze ans », en ne tenant nul compte du genre de Tseatpt;. '
comme enté sur le composé de dépendance « tête de bœuf ».
Le sanscrit, le grec et le latin sont très-riches en composés île ce genre. Le premier terme est tantôt un adjectif, tantôt un substantif.
a) Exemples sanscrits : eka-varna , « qui est de même caste », litlér. « ayant une seule caste , une même caste»; jita-çatru ; « victorieux », littér. a qui a ses ennemis vaincus»; padma-gandha , «quia l’odeur du lotus»; su-hrïd, «(qui a bon cœur) ami » ; dur-manas , « qui a un mauvais esprit » ; a-bhayd, «qui n’a pas de crainte»; sa-kdma , « ( voti compos ) qui a son désir accompli » , littér. «qui a son vœu avec (lui), qui en possède l’objet». Un grand nombre de composés possessifs sont ainsi formés au moyen des préfixes su ( eù, « bien »), dus ou dur (&’jç, « mal »), a ou an privatif; sa (qui répond au grec <wv , au latin cum , au gothique ga, « avec »).
Ces composés possessifs sont parfois des movens d’expression très-concis. En voici un qui renferme un dvandva, qui est à son tour contenu dans un déterminatif, sans que le mot ait pris, pour marquer cette double subordination, aucun nouveau suflixe ni signe de dérivation : nica-kdçaçmaçrunakha ' , «qui a les cheveux, la barbe et les ongles courts » (de kdça, « cheveux », çniaçru , « barbe», nakha, « ongle », nlca , « court »). Les trois noms réunis formeut un de ces dvaudvas neutres dont nous avons parié ; ce dvandva est déterminé par l’adjectif nica ; et au composé tout entier s’ajoute le sens de possession, qui le transforme en adjectif.
i. YdjnavaUtya, 1, 13t.
b) Exemples latins : quadru-pes , pu/cri-comus , ali-pes , rniseri-cors , in-som-nis , con-cors.
c ) Exemples gothiques et allemands : hrainja- -luiirts , « qui a le cœur pur » ; hauh-hairts , « qui a le cœur haut»; ga-giuls , « qui a Dieu avec (lui), pieux», d’où l’adverbe ga-gudaba (voy. p. 437), «pieusement,». Dans l’allemand moderne, on a recours au suffixe ig pour former des adjectifs possessifs : au lieu du gothique hauh-hairts , on ne dit pas hochherz , mais hockherz-ig ; « qui a les cheveux rouges» ue se traduit pas rot/i-hanr, mais rothhaar-ig'; et, comme le fait remarquer M. Bopp’, les possessifs formés sans suffixes de dérivation ne s’emploient que comme noms appellatifs ou comme termes d’injure : lM/)g-ohr, « longue-oreille »; Dick-kopf, « grosse-tête » ; Drei-fuss, « trépied » ; Schwarz-kopf, «(homme ou animal) à tète noire (par exemple, linotte mélanocéphale'i » ; Roth-hals, «animal qui a le cou rouge»; Rothkehlchen, «rouge-gorge».
Ou voit, par la traduction française de Rot/i- -kehlchen (« rouge-gorge »), que nous formons encore dans notre langue, sinon des composés, au moins des combinaisons de mots qui prennent de même le sens possessif. La circonlocution qui nous sert à rendre le participe passé actif n’est elle-même qu’une périphrase exprimant possession, comme au reste tous les temps formés au moyen d'avoir , et elle
1 . Le sanscrit forme également des possessifs dérivés, au moyen des suffixes ka, in : kâmn-rûpa et kdmarûp-in signifient l’un et l’autre « qui a une belle forme, une forme agréable » Le second est formé du premier, pris dans le sens déterminatif ; le suffixe in s’est mis à la place de la voyelle finale a de kdmarûpa.
i. Gr, comp., § 978.
traduit exactement les composés dont nous venons de parler. Ainsi l’exemple sanscrit jlla-çatru, que nous citons plus haut, est rendu fidèlement par ayant vaincu ses ennemis , qui équivaut à ayant ses ennemis vaincus , comme le prouvent les règles d’accord de notre participe passé ; vigata-çri-ka , a qui a son bonheur parti , perdu», est de même presque littéralement reproduit par ayant perdu son bonheur1.
i. Ydj naval kya , I, 339. — Dans les périphrases françaises que nous venons de citer ( ayant vaincu, ayant perdu), il y a un mot à part [ayant] pour rendre l’idée de possession. Dans vigatacri-ka, composé de vigata, «parti», cri, «bonheur», et du suffixe ka, c’est le suffixe ha qui exprime cette idée. Dans jlta- -çatru, de j/ta, «vaincu», et çatru, «ennemi», l’union des deux termes, sans aucune addition, suffit pour attribuer la possession au substantif auquel l’épithète se rapporte. On peut suivre, dans la comparaison de ces trois manières de parler, les progrès successifs de l’analyse. Au reste, meme sans être séparées et rendues par des mots à part, les idées exprimées par les suffixes jouent souvent dans les langues le rôle de termes détachés. Il y a des exemples curieux de l’influence d’accord et de régime que les suffixes peuvent exercer dans le discours. Quand saint Augustin dit, par exemple (Serin, ad pop., CXXIX, 6) : • Quod dixi, non est dè meo, sed de domini mei, » le génitif «sfo— mini mei n’est pas régi par de, mais dépend du suffixe de meo, qui signifie étant, et qui est : «ce que j’ai dit n’est pas de ce qui est de moi, à moi, mais de ce qui est à mon seigneur. » La tournure est identique dans la phrase suivante ( ibid ., CXXVII, 9) : « Ergo quod est mortuus (Christus), de nostro mortuus est; quod vivimus , de ipsius vivimus. » En grec , l’article neutre offre un moyen commode de détacher ces exposants de rapports , et de leur donner place bien clairement et bien distinctement dans la proposition.
DANS LA LANGUE GKECUL'fc. 48'! *