‹ Traite de la formation des mots dans la langue grecque avec des notions comparatives sur la derivation et la composition en sanscrit, en latin et dans les idiomes germaniquesChapitre 13 sur 120 · MOTS D OR1G1NE OBSCURE · texte numérisé non relu

MOTS D OR1G1NE OBSCURE

11 y a des mots déclinables, ayant le radical terminé par une labiale ou par une gutturale, dont il est trèsdifficile ou même impossible de trouver ou de traduire la racine, surtout quand on ne veut pas sortir de la langue grecque, pour en chercher l’explication dans d’autres langues de la même famille. De ce nombre sont les monosyllabes pty, purô;, natte; pwi|>, ptoitoç, buisson ; sx«ô<j/, ffxwiroç, espèce de chouette ; Ôpicj, Tpiyoç, cheveu ; sape, capxdç, chair; siraÇ, «rrraxo;, chien; et les dissyllabes xo'XXotJ/, -oro;, cheville pour tendre tes cordes de la lyre; ô[A<pa£, -axo;, qui nest pas mûr ; yâXa, yàXaxTo;, lait; xopaç, xopaxo;, corbeau, etc. ; et même des mots plus longs encore, comme, par exemple, xa- XaOpo^, -ottoç, houlette; àXcoro)?;, -exo;, renard, etc., etc ’.

t . 'Péj< pourrait se rattacher, sans que nous ayons besoin de sortir delà langue grecque, à la racine de jeter, et avoir

nn sens analogue au latin stratum; £tîx|/ vient peut-être de pe-ir (psT-s)), pencher; ixorl;, de gxidtt (uxwtîtu)), railler , ou de gxett (<jxÉtt-Tou.ai), regarder; sirâÇ est un mot persan (voy. Hérodote, I, 108); xôpaÇ a beaucoup de rapport avec xpâÇ-i», fut, xpi-oi (xpoîx-ow), croasser, et d’ailleurs est probablement une imitation du cri du corbeau, etc., etc. Mais ce sont là ou des faits trop exceptionnels ou des étymologies trop douteuses , pour que nous

2° Racines terminées par une dentale (S, t, ô).

Il y a très-peu de mots déclinables formés d’une racine terminée par une dentale, et d’une désinence

puissions songer à établir des règles au sujet de ces mots , ni à leur donner place parmi les formations claires et régulières qui seules doivent nous occuper dans ce traité. Nous passerions bien vite les bornes où nous voulons nous renfermer, si nous entrions dans des discussions étymologiques purement conjecturales, ou si nous voulions chercher dans d’autres langues les racines de tous lés mots grecs que nous ne pouvons pas expliquer par le grec même. Ces recherches ont sans doute leur intérêt, mais elles ne font pas l’objet de ce livre. Puis elles sont souvent bien hasardeuses : nous craindrions de nous y laisser séduire, comme bien d’autres l’ont fait, et de nous égarer ou de nous-mêmes ou à leur suite. Toutefois, pour montrer, en passant, que le sanscrit peut nous aider à résoudre, et quelquefois à coup sûr, bien des problèmes étymologiques , expliquons par les moyens qu’il nous offre quelques-uns des mots d’origine obscure dont nous avons parlé à la fin de ce paragraphe. Le mot buisson bas, se rattache

sans effort au sanscrit rôp, qui est le causatif de ruh, « croître» ; cap;, capx-ôç a un rapport assez marqué avec asrïj, nominatif asrik, » sang » ; le radical de fiai;, rpiy-oc;, cheveu, se retrouve dans le sanscrit tnna, qu’on suppose être pour trih na (le h indien se gutturalise généralement en passant dans un autre idiome), et trih-na nous donne une forme radicale, tri h, qui signifie pousser, croître-, ihô irr)b renard, gén. àXumex-o ç, est presque identique aux radicaux des mots sanscrits lôpâca-ka, masc , et lôpdçi-kd, fém., qui ont le même sens que le grec à-Xo)ir»]5, d-Xunrcx-oç (ils signifient aussi chacal), et dans lesquels la finale ka, kd, est un suffixe de dérivation. Le sanscrit nous offrant la forme synonyme lômaçâ, qui signifie à la fois renard et chevelue, velue, et vient de lôman, « cheveu, poil », nous pouvons supposer, avec grande vraisemblance , que le sens propre et primitif d’dtAiômrjÇ est (la bête) velue, la bête au. r longs poils (voyez

<le cas, sans insertion de suffixe; et parmi ces mots, il y en a qui sont formés de racines dont on ne peut pas déterminer d’une manière incontestable, sans sortir de la langue grecque, la véritable signification.

Les mots déclinables formés d’une racine terminée par une dentale, et d’une désinence de cas, ont tous le nominatif en ç, parce que les dentales £, t, 6, s’effacent devant la sifflante (Y).

EXEMPLES

R. opao, dire : (xTto)tp?<x<;, ÿpiSo;, néfaste.

R. <raxo, tirer : (Xuxo)iTcai;, czxi'jç, enlevé nu déchiré par les loups.

. ,* . , ( xXvox, acc. de r inusité xXô;, flot.

R. xXj-j, baigner, laver .. . . .

° ((cuy)xXu;, uioç, qui inonde.

R. se mouvoir, aller : itoüç, iroîô;, pied.

R. o/to, fendre : ff'/to*, nec. de l’inusité <r/ÿ,, éclat de bois.

Remarques. I. Les adjectifs -çpâ; et -rox; ne sont usités qu’en composition.

II. La racine opa& se retrouve dans né-foxS-o v, aor. 2 de opa'Cw, dire; la raciue <7irx&, dans arra-

cher ; c’est probablement aussi parce que cette racine se terminait primitivement par un à, que le verbe aira-w, qui, dans ce cas, serait peut-être pour gtcoum, fait au futur «rtrotcw et non mvi cto*.

Benfev, Gricehisches IVurzellcxicon). Quant à yâXa, yâXaxTOî, d’après l’explication ingénieuse qu'cn donne M. Bopp, il paraît être composé de yx, venant du thème sanscrit gâ, « vache », et du radical que nous avons dans le latin lac, lacti.s.

1 . Toutefois, dans ®pa8 et dans orocS, on pourrait aussi considérer le S comme n’appartenant pas à la racine, en rapprochant ®p*ô de tpprjv, (ppîvd;, qui paraît venir d’une racine <ypE ou ®pa, et en prenant <nrâ-o> pour une forme primitive et entière, et non pour une altération de eriraÇw.

Les mots x\u£»v, flot , x>v£u, baigner , etc., nous offrent la racine y.l-jft.

rieâ se retrouve dans itéü- ov, sol, ce sur quoi l'on marche , et peut-être dans sauter, etc.

III. 1 .es racines opa£, a-'A , -/.luH et ne subissent aucune modification pour former les adjectifs -osa;, opa£o; , -erra; , <n;x£ oç, -y.Xd;, x),u£o;, et les substantifs xW^x, cyjtâo, dans lesquels l’a, 1\ et l’j restent brefs.

noüî, ivo&iç, remplace l’e par un o, et de plus, au nominatif, o s'allonge en ou, probablement pour compenser la chute de la dentale £. Cependant nous devons ajouter que ce changement d’une voyelle en une diphthongue a lieu aussi dans plusieurs monosyllabes qui sont formés de racines terminées par des voyelles, par exemple dans ypaù;, vaù;, ëoùc, <hu; ou contr. att. £aç (dat. cW), torche , etc.

IV. Tous les mots que nous avons donnés pour exemples ont le radical terminé par un Ceux qui avant la désinence de cas ont un t ou un 0, sont tous ou d’origine obscure ou formés au moyen d’un suffixe.

V. Nous n’avons pas ajouté à cette liste les monosyllabes x^ef; , x>.eiîo;, def; xXaàa, acc. de l’inusité xXa;, branche ; &w;, don, usité seulement au nominatif, mais qui ferait probablement au génitif £wtoî, -<rrâ;, <rrâio;, qui se tient; -xpa;, xpa-roî, mêle'; -xpfc, xpÎTo; , travaillé; -yvwç , yvâToç , connu; ni plusieurs autres du même genre, parce qu’il paraît évident, pour la plupart de ces mots, et pour d’autres semblables, que la dentale n’y fait point partie de la racine, mais qu’elle est une lettre formative ou appartient à un suffixe.

MOTS D’OMGIMl OBSCrRF. .

U y a un certain nombre de mots d’origine obscure qui ont le radical terminé par une dentale , soit seule, soit précédée d’un v. Exemple : ou;, ôn%, oreille ; vu£ , vuy.Toç , nuit / nxiao, oxxto;, excrément ; ira;, 7rav-ro;, tout ; ÎXjuv;, -tvôoç, ver, etc \ Parmi ces mots, de même que parmi ceux que nous avons cités, à la fin du paragraphe précédent, comme étant d’une origine ob-

t. On a fait aussi sur l’origine de ces radicaux terminés par une dentale et dont le grec ne nous fournit pas l’étymologie, des conjectures diverses, dont les unes pourront paraître ingénieuses, d’autres bien téméraires. Graff, dans son dictionnaire de l’ancien liant-allemand ( Althnchdeutscher Sprachsçhatz, I, p. f.'17, 458), rapproche le grec ou;, mto;, du gothique ai/so, qui a le même sens, et auquel répond, dans l’ancien haut-allemand, Ara et dans l’allemand d’aujourd’hui Ohn. Comparez le latin an ris, le lithuanien ausis. Gralf se demande ensuite si auso ne serait point de même origine que le sanscrit dsya, bouche, de manière qu’en latin, auris et os (gén. oris), viendraient d’une même racine, ce qui serait possible , car l’idée fondamentale des deux mots pourrait ctre « ouverture». Mais il lui parait plus probable, et avec raison, que le gothique auso est pour hauso, et qu’il se rattache au verbe hausjan , qui, dans Ullilas, signifie « entendre », ancien haut-allemand hArjan. Puis il fait un pas de plus, qu’on trouvera sans doute bien hardi : il dérive hausijan), et par conséquent le substantif auso, et le grec où;, etc. , du sanscrit cru « entendre ». De la racine cru on a formé en effet, en sanscrit, le nom çni-tra, qui veut dire » oreille », proprement * auditeur » j mais il ne suit pas de là que le gothique, le grec, le latin , aient procédé de même. M. Benfey, dans l’ouvrage que nous avons déjà cité (Gr. tV urzelt. , 1 . 12), remonte aussi au sanscrit pour expliquer ou;, radical <’ot-, ionien oùar-, qu’il considère, et sa conjecture est assez probable, comme venant d'un primitif oùsar- (la forme Cretoise aSç nous donnerait aCaat-). Ce primitif, il le rapproche du sanscrit gtiAcha, synonyme de çrôtra, « oreille •• . G/iâcha (pour ghôchat , forme de participe présent, qui voudrait

scure ou douteuse , il y en a probablement qui sont formés au moyen de suffixes; mais, comme, en les décomposant, nous ne pouvons obtenir qu’un radical et une désinence, sans savoir, en restant sur le terrain de la langue grecque, de quelle racine ce radical est dérivé, nous avons cru devoir en parler ici, afin de ne ranger dans les deux classes suivantes de mots déclinables que ceux où l’insertion d’un suffixe entre la racine et la désinence est tout à fait incontestable.

dire audiens) serait également l’origine du gothique haus-jan. En grec, en latin, etc., toute trace delà gutturale initiale aurait disparu ; le verbe gothique aurait conservé au moins l'aspiration (A). Passons au mot vu; , vuxt-o;. Nous retrouvons le même radical, avec des voyelles diverses, dans la plupart des idiomes de la famille : sanscrit nakt-a, latin nox, uoct-is, ancien haut-allemand naht (aujourd’hui Nac/it), etc. M. Benfey (ib. , II, p. 57) suppose que le grec vuxt- est pouï ovuxt-, et le sanscrit nakta pour ankta , qui serait régulièrement le participe passé de anj , « colorer (noircir) » ; et de cette racine se dérive réellement un autre nom sanscrit signifiant « nuit », qui est anjana. Toutefois, il a trouvé lui- même que l’étymologie n’était pas convaincante, et il en propose ailleurs une autre (voy. II, p. 3G9). — L’origine de cxcôp, cxax-o;, est plus vraisemblable. Le sanscrit exprime la meme idée par le substantif çakrit, qui était sans doute primitivement sakrit. A la forme syncopée skrit répondrait en grec, d’après les règles constantes de l’étymologie, axtxpx. Le p s’est conservé au nominatif cxwp, il s’est perdu au génitif o.-.ax-o';. En latin, sterc-us ressemble fort à une métalhèse du même radical. — L’étymologie qu’on a proposée pour rtS;, ana; , nous mènerait trop loin : elle paraît au premier abord très-hasardée , mais est du reste assez conforme aux règles de l’analogie. — Quant à IXu.iv;, et avec le digamma FcXutv;, il ne s’éloigne pas beaucoup du latin vermis, qu’on a comparé au sanscrit krimi, en expliquant ce dernier par une forme primitive hvrimi. M. Bopp ( Gr . cnmp., § 803) explique autrement ce dernier mot, et le rattache à la racine de eîXco, iXXi.i, riXsto, rouler. '

3° Racines terminées par une liquide (X, <j., v , p).

Il n’y a pas île mot déclinable dont le radical se termine en <i, à l’exception du pronom de la 1™ personne , où le radical et la désinence semblent se confondre. -

Le substantif âX-;, àX-o;, est le seul mot déclinable dont le radical se termine en X.

Les mots déclinables, formés, sans insertion de suffixe, d’une racine terminée en v ou en o, sont aussi presque tous d’origine obscure.

EXEMPLES

ïç on îv , îv-dç, force ; pi'ç ou fitv, piv-dç, nez;

Ttç, Tiv-d;, quelqu’un ;

eIç, iv-d;, un ;

xi eii, xtev-oç, peigne ;

u^y {éolien uti;), ar,v-dç, mois ;

£rjv, fï|v-di, brebis ;

<ncXr;v, sitXr,v-d;, rate;

oxrr.v, (jsvjv-d;, coin pour fendre;

*p^v, ocsv-dç, diaphragme, esprit ; ilidp, (|/ap-d<, étourneau;

6r'p ( éolien p) , ôvjp-dç, bête sauvage;

irùp, mip-oç, feu ;

, /Et'p, /sip-di, main ;

ipOatp, <p6eip-dç, vermine’.

1 . 11 me serait facile encore ici d’entrer dans de longs détails sur l’origine et les affinités de ces divers monosyllabes, comme de ceux qui suivront (au § 18); mais on a vu, par les deux notes étymologiques que je me suis permises plus haut , que ces

Remarques. I. Parmi les monosyllabes déclinables dont le radical se termine en v, les uns perdent ce v au nominatif et le remplacent parla désinence de cas ;, d'autres gardent le v et ne prennent pas la désinence de cas; les deux formes se trouvent réunies dans ïv, ftç, pi'v, mais la première est plus usitée que la seconde. ISiç, jitïi'î et la forme éolienne tm; compensent par l’addition d’un t la perte du v radical; <p pvjv compense par l’allongement de l’e l’absence de la désinence ?.

II. Les mots déclinables de la première classe dont le radical se termine en p gardent ce o au nominatif et ne prennent pas la désinence de cas j.

III. Comme nous l’avons dit. tous ces mois sont d’origine obscure, à l’exception de qui évidemment se rattache à la racine oOso (çQstp-u»), corrompre. On peut rapprocher ftv de la racine pé(w'), couler; «ppvîv, du radical de çpa-Çto , parler, penser ; mais ces rapports pourraient n’être qu’acculenlels. Si l’on admettait cette double étymologie, il faudrait ranger ptv et <ppviv parmi les mots de la seconde classe, parce qu’alors le v n’appartiendrait pas à la racine, et

sortes de recherches entraînent bien loin et. parfois par des chemins fort aventureux. Je me contenterai donc de renvoyer ceux qui sont curieux de ces comparaisons, où nos voisins ont dépensé autant de savoir que d’esprit, et parfois aussi beaucoup d’imagination, aux ouvrages de MM. Bopp, Pott, Benfey, etc. Ce genre d’analyses et de rapprochements a sans doute ses dangers, mais d’un autre côté il a porté d’excellents fruits. Le champ des conjectures et des témérités est immense, mais il y a aussi des règles sûres et constantes de permutation et de dérivation, pour passer d’un idiome à un autre, et quand on les applique sévèrement, et avec une méthode bien rigoureuse, on peut, sans courir le risque de se perdre, arriver souvent à des résultats fort intéressants.

jouerait le rôle de lettre formative, comme dans xlwv, xXwvo; , branche inutile , qui est tiré de la racine xla (/lia- w), briser.

IV. Lorsque çpz'v est employé comme dernier terme d’un adjectif composé, IV, du nominatif se change en &>, et IV des autres cas en o. De cette façon la dérivation se trouve suffisamment caractérisée, sans qu’il soit besoin d’ajouter un suffixe. Exemple : ^uc-çpwv, gén. oîk-opov-o; , ennemi. Voy. §37, 1°.

V. Ajoutez à cette liste quelques mots qui, sans être des monosyllabes , échappent à l’analyse , ou pour l’explication desquels il faudrait emprunter des racines à d’autres Langues, comme TÉccap-sç, Tsoaap-wv, quatre ; àeî-va, ^eîv-o;, un tel ; àvvip, àv£p-ô;, homme ; aâxyap1, oâxy ap-oç, sucre, etc.

4° Racines terminées par une voyelle.

Les mots déclinables, formés, sans insertion de suffixe, d’une racine terminée par une voyelle, sont aussi pour la plupart, en grec, d’origine obscure ou douteuse.

EXEMPLES

Ypaüi, Ypa-o:, vieille femme ;

vaôç(rfor«7i vïç),gén. vt-w;, v*-ôt, vî|-oî, va-éç, vaisseau ;

Saiç, Sac, dat. Sa-t, torche;

<nfc, «-Ô;, teigne ;

xfc, xt-ô;, ver qui ronge le bois ;

Xïç, nom in. plur. lï-eç, lion;

(îoüç, fS.o-ô;, bœuf ;

1 . En sanscrit çarkard, même sens. Pour ivrîp, cf. n ri, nara.

yoîk, yo-oç, mesure de liquides ;

votjç, vo-dc, esprit ;

fou<, fo-d;, courant1 ;

ypiiç, gén. épique ypo-o;, surface, peau ;

oTç, ol-oç, brebis ;

Spüç, 5pu-oç, chêne ;

fiüç, pu-d;, rat(voy. p. 10G, note 1);

rfüç , ffu-ô; , )

SÇ/,WÇ, i ',orc;

8wç, 6u )-dç, chacal.

Keviarques. I. Tous ces substantifs ont le nominatif en ;, parce qu’il n’y a aucune loi d’euphonie qui puisse empêcher la désinence ; de s’ajouter «à un radical terminé par une voyelle.

II. La voyelle radicale s’allonge ou se change en diphthongue au nominatif. Dans quelques mots, par exemple dans ypaù;, ypa-d; , 6<6; , Gw-o;, oiç, ot-o;, elle reste longue aux autres cas ; dans la plupart elle redevient brève : cr'ç, ce-d;, (ïoù;, (io-dç.

III. Naù; parait venir de la racine va (va-w), couler ; ypu;, de ypa (f-ypa-ov), effleurer ; Gw;, de 6e (6é-w, Go-dç), courir ; &at; vient de 5a (è-$a-dp.7]v), brûler ; yoù;, de y e (yé-w), verser ; pou;, de pe (pe-w), couler ; voù; est probablement pour yvoGç, et se rattache à la racine yvo (yi-yvw-oxw), connaître.

Les autres mots que nous avons donnés pour exemples sont d’origine plus ou moins obscure.

IV. On peut ajouter à cette liste de mots déclinables, formés de racines terminées par des voyelles, les noms de nombre £u-co, Su-oîv, Âu-cn', et Tpa;, Tpi-ûiv, Tpi-ffi, dont le premier appartient en partie à la décli-

i . Noü« et jSou;, chez les auteurs classiques, suivent la seconde déclinaison ; les génitifs vod« et sont d’une époque beaucoup plus récente.

liaison parisyllabique, el en partie à Ja déclinaison imparisyllabique1.

DECLINAISON PARISYLLABIQUE.

Pour achever ce que nous avons à dire des mots déclinables de la première classe , c’esl-à-dire, des mots déclinables qui paraissent être formés d’une racine el d’une désinence, sans insertion de suffixe, il ne nous reste plus à parler que de l’article et de quelques pronoms.

L’article ô, r, to', toù, t toù, le pronom relatif ô'î, -il, 5, et les formes ^où, ■zoX, rr?,, etc., anciens cas, à signification adverbiale, du pronom interrogatif et indéfini ro;, mf, ro', inusité au nominatif, sont les seuls mots de celte classe qui appartiennent entièrement à la déclinaison parisyllabique.

Les pronoms personnels èyw, p.oû, etc. , cJ, coîl, etc., ou, oi, etc. , appartiennent par quelques cas à la déclinaison parisyllabique, et par quelques autres à la déclinaison imparisyllabique.

Les lettres et les syllabes qui jouent le rôle de radicaux dans l’article el dans les pronoms personnels, nous les retrouverons jouant le rôle de désinences et

1 . Nous ne nous occuperons pas, dans ce traité, de la forma lion des noms de nombre indéclinables itévrt, Ê;, etc. Leur étymologie n’est pas moins obscure que celle des noms de nombre déclinables, eTç, c6o>, etc. Voyez, sur l’origine et la forme des noms et adjectifs numéraux de la famille indo-européenne, le savant ouvrage de M. Po!t, intitulé: Die quinnre and vigesimale Ziihlmcthodc bei Vôlkcni aller H- clltheilr , nebst ausfuhrlichcren Bemerkitngen über die Zahlwortcr ludogermanisçhen Staminés etc., Halle. 1847.

de suffixes dans les verbes, dans les substantifs et dans les adjectifs. Dans les verbes, nous rencontrerons les désinences v.(i), s'i), t(i)1; un grand nombre de mots déclinables nous offriront les suffixes o, a, radicaux des nominatifs singulier et pluriel de l’article, et les suffixes to, va, radicaux de tous les autres cas de l’article. On ne s'étonnera pas de ces analogies, si Ton considère cpie l’article et les pronoms personnels, de même que les désinences et les suffixes, servent à établir des rapports entre des idées plutôt qu’ils n’expriment eux-mêmes des idées. Voy. § 35, 1, 3*.

L’article, par exemple, bien que détaché du substantif, ne joue-t-il pas véritablement le même rôle qu’un suffixe dans cette locution : à tov <jTe<p avov, celui qui a la couronne ? et n’est-ou pas en droit de dire que dans GTtçavi-rviî , gén. -ou, qui signifie de même : celui qui a la couronne , et qui réunit en un seul mot à et 'TTêpavov, -W;) n’est rien autre chose que le radical de l’article ?

S J,J his-

Observations préliminaires sur la méthode (Hanalj.se des grammairiens indiens.

Il n’v a point de grammairiens qui soient allés aussi loin que ceux de l’Inde, dans la décomposition des mots et des idées que les mots expriment. Pour montrer jusqu'où a été tantôt leur pénétration, tan-

1. Voy. la Grammaire grecque de M. tiurnoul, 'Avertissement sur la sixième édition, |>. x.

ÜK

tôt leur subtilité, il me suffira de citer un petit nombre d’exemples. D’abord, pour les significations des dérivés c’est-à-dire, pour les modifications que les divers suffixes apportent ou ajoutent au sens des racines, ils ont noté et classé tontes les nuances avec le soin le plus minutieux. Arrêtons-nous à une seule classe : « celle des thèmes nominaux qui expriment une personue ou une chose par laquelle l’idée verbale contenue dans la racine est accomplie activement ou passivement ou dans un sens réfléchi. » Le suffixe tri est un de ceux qui servent à former ces sortes de thèmes nominaux. Mais ce sens fondamental peut se modifier : le radical ou thème du nom exprime quelquefois , en outre, que l’idée verbale est accomplie comme étant un devoir ou une coutume de l’objet qui l’accomplit, etc. Le suffixe tri peut encore servir à marquer cette nuance ; mais, pour qu’il n’y ait pas confusion, les grammairiens, qui ont donné des noms à tous leurs suffixes, appellent tri, dans le premier cas, dans le premier sens, trie; dans le second, trïn. — De même, un des emplois du suffixe in i et dans ce cas ils l’appellent nini ) est d’exprimer que l’action verbale est accomplie par une absolue nécessitéou une obligation; ainsi (Uijin, de dd, «donner», signifie « obligé de donner ». Ailleurs le suffixe in (qui prend alors le nom d'inï) ajoute à l’idée d’accomplissement celle d’avenir. — Ce peu de mots sera suffisant, je pense, pour donner une idée de la méthode plus que rigoureuse avec laquelle les Indiens ont distingué et classé les significations et les moindres nuances. Ils ont apporté le même soin à noter les plus légères différences de forme et à en trouver ou du moins à en chercher, à en supposer tou-

DANS LA LANGUE GKEOyUE.

jours la raison. 11 n’y a point d’exception dont ils ne rendent compte philosophiquement , point d’irrégularité dont ils ne fassent une règle. Prenons pour exemple une seule racine, han, qui veut dire « tuer », xatvw, et qui figure souvent à la fin des composés. Cette racine, par l’addition du suffixe a (dont le nom grammatical est alors iak), et par une modification de la consonne, devient ghna , quand il entre en composition avec jdyd , « femme » , ou pat/ , « mari » , et quand le composé ainsi formé sert à déterminer un substantif. Ainsi l’on dira : jdydghno bràhmnnali , « un brâhmane meurtrier de sa femme ». Le composé se formera de même, quand ce qui fait l’action de tuer n’est pas un homme, ou, selon d’autres grammairiens, n’est pas vivant : pittaghnam ghrïtam , « beurre qui tue (guérit) la bile. » La racine han aur a encore la même forme à la suite de hasti , «éléphant», et de ktwdfa , «porte», exemple : kavdtaghnaç tchdurah , « voleur qui tue (brise) la porte » j mais il faut une condition de plus, à savoir que celui qui fait l’action la fasse avec violence. Si, par exemple, il s’agissait de désigner celui qui tue un éléphant par le poison, on dirait hastighdlah (g/uita au lieu de ghria). Dans d’autres cas, han ne deviendra ni ghna ni ghdta, mais ha; dans d’autres encore gha (voy. la riche et savante grammaire de M. Th. Benfey, et la belle édition de Pânini de M. Bôhtlingk).

La pénétration et la subtilité des grammairiens indiens sont choses qu’on vante ou critique bien souvent sur parole. Nous avons pensé qu’il serait intéressant de citer des faits qui la mettent en lumière , et, après ces observations préliminaires, on ne s’éton-

DE LA K0KMATI0N DES MOTS

nera pas de la facilité avec laquelle nous détacherons toujours le suffixe du radical dans les mots sanscrits. Bien des siècles avant notre ère, les Indiens avaient fait eux-mèmes ces décompositions'.

1. Nous les trouvons, avec les règles de formation les plus délicates, dans les siltias de PAnini, qui vivait vraisemblablement dans le iv* siècle avant J. C., et qui est bien loin d’ctre le plus ancien des grammairiens. Pour donner une idée de ces sdtras ou règles, nous allons en citer et traduire ici deux ou trois, ceux qui sont relatifs à la forme que prend, à la lin d’un composé, la racine han, « tuer », dont nous parlions tout à l’heure :

Làkshaiie jdydpatjush tak. III, 2, 52.

« La racine han (il l’a nommée plus haut, dans la règle 40} prend ta*, (qui est, comme nous l’avons dit, un des noms du suffixe a) avec* les mots jàÿâ et pati (• femme et mari »), dans le cas de détermination, c’est-à-dire quand il y a un nom d’agent déterminé (auquel le composé se rapporte). » Les mots qui sont eu petites capitales sont les seuls qui soient exprimes dans l’axiome sanscrit. Chaque axiome est suivi d’une glose. Voici celle de la règle qui précède :

Han | ity. ] etasmâj jdydpatyoh kannarwr ttpapadayor lakshatiavati kartari tak pratyayah sydt. |j Jdydghno brdhmanah | ]xitighnl vrichult.

« (Que) tak (soit le suffixe adopte) par cette (racine) han , lorsque jdyd et pati (sont les mots qui) l’accompagnent (comme) régimes (dans le composé) , l’agent (étant) déterminé. » (Avec cette espèce de sufGxe a, que les grammairiens nomment tak, la racine han, comme nous l’avons dit, se transforme en ghna.)

Exemples : Jâyâghno brdhmanah, e un brahmane, meurtrier de sa femme » ;

Patigh/il (au féminin , le suffixe / remplace le sufGxe masculin a) vrichalt, « une femme de basse caste qui tue son mari ».

Pânini continue de la manière suivante :

Amanushyakartrikeca , 53, « et dans le cas où l’agent ne serait pas humain (homme) » ;

* avec ne rend pas le vrai rapport marqué par le cas sanscrit , niais Une traduction plus littérale serait inintelligible en français.

't>ANS LA LANGUE GRECQUE.

Sur les mots primitifs , c'est-à-dire formels d'une racine, sans suffixe, ni lettres formatives, en sanscrit, en latin et en allemand.

1° Sanscrit. Un certain nombre de noms sanscrits se tirent de la racine, ou plutôt sont la racine même, avec des désinences de cas*, sans suffixe, ni lettres formatives:

exemple;.

die, légion; de la racine diç, montrer;

Yuj, couple; de yuj, joindre ; b ht, crainte; de bht, craindre; rudh , combat; de rudh , combattre; kshudh, faim ; de kshudh, avoir faim, esurire ; pad, pied; de pad, aller.

Ces sortes de mots sont surtout fréquents dans les Védas. Il semble que la langue, dans cette phase primitive, n’ait pas encore aussi nettement séparé les catégories grammaticales, que les racines y aient mieux conservé la double force nominale et verbale, qu’elles aient moins besoin de marques accessoires, telles que les suffixes , etc. , pour déterminer leur rôle dans la phrase. Les désinences de conjugaison ou de déclinaison leur suffisent. Voici un petit nombre de ces monosyllabes usités surtout dans les Védas :

Çakrdu hastiknvdtayoh, yA, « dans le cas de force, dans (avec) les mots hasti et kavfita (éléphant et porte) » .

I . Le nominatif reste généralement sans désinence, quand la racine se termine par une consonne. Seulement, comme les consonnes ne peuvent pas toutes figurer à la fin des mots, la consonne finale subit souvent une altération euphonique : diç, yuj, rudh, etc., deviennent au nominatif dik,juk, rnt owyud, etc.

EXEMPLES

deish, inimitié, ennemi; de dois h, haïr; cit, esprit ; de cit, reconnaître ;

bud/i, réveil; de budh, reconnaître; au causatif, éveiller; ghan, action defrapper, moyen de frapper; de han, frapper, rt tuer1; ish , désir, et chose désirée; de ish, désirer’; ça, ou peut-être plutôt ç and, bonheur, repos; de çam, être tranquille, quiescere.

Quelquefois la voyelle s’allonge ou subit le guna‘ :

vdc (nominatif vdk)r parole; de vac, parler;

résh (védique), quelqu’un qui blesse; de ri s h, blesser, endommager;

rôs/i (védique), quelqu'un qui s’irrite ; de rush, s’irriter.

Certains de ces noms abstraits (ceux que nous avons cités pour exemples ont presque tous ce sens; ne s’emploient qu’en composition :

âjnâ et anujnâ, ordre; de jnâ, connaître; pratijnd, promesse ; de la même racine. '

Mais c’est surtout comme adjectifs que les racines peuvent s’employer sans suffixes, à la fin des composés, particulièrement quand le premier terme est un nom servant de régime direct au second *.

1 . Voy. Th. Benfey, Vollstàndige Grammatik derS. Spr., §365,

2. Je trouve ish pris successivement dans ces deux sens, dans le vers suivant du Rig-Véda (II, 3, 26. — Ëd. de M. Müller, t. 2., p. 298);

à | ish  | yàsîshta | tance ] rayant } vidyàma [ isham [ vndjanam | djiru * dânum.

Le scholiaste (ligne i) traduit ishà par l’instrumental icchhuyû, qui signifie desideria (par le désir); et isham, la chose désirée, par annam, nourriture (ligne 5).

3. Voy. le Glossaire du Sdma-Vida de M. Th. Benfey, p. 180. ■*. Voy. l’Introduction, p. 23.

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