‹ Traite de la formation des mots dans la langue grecque avec des notions comparatives sur la derivation et la composition en sanscrit, en latin et dans les idiomes germaniquesChapitre 15 sur 120 · Yddjnavalkpa , I · texte numérisé non relu

Yddjnavalkpa , I

DE I.A FORMATION DES MOTS

remex, gén. rem-ig-is ; rameur ; de remus et ag-n ; ju-dex, gén. jn-dlc-is , juge ; de fus et dir-o ;

/ >el/ex , gén. pel-lir-is, de per et / nr-io , attirer (dans un piège) ; prxcox, gén. prx-coc-is,. de prx et de la racine de coquo ; obex, gén. ob-ir-is, obstacle; de la racine de jaceo, jaciu; feenisex , gén. fœni-sec-is, faucheur; d efœnitm et sec o; redux, gén. re-duc-is , qui est de retour; de rc et duc-o ; conjux, gén. con-jug-is, époux, épouse, conjoint; de cou et jug,

racine de jung-o (cf. jug-itm)-, -

in-jug-es, dans la locution injuges hostix (Fest.), victimes qui

n’ont pas porté le joug, nous offre la même racine ; doses, gén. de-sid-is, oisif ; de de et de la racine de sed-eo , sid-o ; auceps ([jour aviceps), gén. au-rip-is , oiseleur ; de aids et rap-io ; tubicen, gén. tubi-cin-is, un trompette ; dfe tuba et ca/w; incus, gén. in-cud-is, enclume, de in et cudo, etc., etc. 1 .

La consonne finale de ces racines appartient , comme l’on voit, à' des ordres divers (gutturale, labiale, et dentale muette ou nasale).

Quand la voyelle de la racine est a, elle se change en e ou en i. Elle se change en e, quand la consonne qui suit la voyelle n’est pas elle-même immédiatement suivie d’une voyelle, mais qu’elle est finale ou placée devant une autre consonne ( tubicen , e devant a final ; auceps , e devant /w); mais quand la syllabe, comme l’on dit, est ouverte, c’est-à-dire que la voyelle est suivie d’une consonne simple, non

1. Voy. quelques autres exemples dans les Etymologischc Forschungcn de M. Pott (t. 2, p. 480 et suiv.). L’auteur propose pour pauper, « pauvre », une étymologie ingénieuse; il conjecture que cet adjectif pourrait être composé de paucus, et de la racine par, qui se trouve dans un grand nombre de mots latins, avec le sens de procurer, obtenir, avoir en partage, etc. Voy. aussi, sur ces mots-racines, la Grammaire com/mrative de M. Bopp, SS111» 907 et suiv., et le Traité de la formation des mots iatins de M. Diintzer, p. 18 et 19.

DANS LA LANGUE GRECQUE. • tO«

finale, IV/ radical se change en ê [tubi-cin-is , /'de- * vaut n simple et non final). Cette règle n’est pas particulière à ces mots-racines qui terminent les composes : c’est une règle à peu près générale en latin pour les mots composés; les racines précédées de syllabes ou de termes accessoires qui forment un seul mot avec elles changent leur a soit en e, soit en /', selon la nalure de la consonne suivante : ainsi l’on dira perfectus , allée tus, imberbis (de facto , lacio, barba : dans tous ces composés, la voyelle est suivie d’une double consonne); mais on 11e dira pas perfecio , slillicedium , iuemicus; Va étant suivi d’uue consonne simple , se changera régulièrement en /' : per f cio , stillicidium , i ni micas'.

11 ne parait pas qu’on puisse ranger dans la classe des mots-racines les finales fer, ger , qui terminent un grand nombre de composés latins ( omnifer , laniger , etc.), il y a, selon toute apparence, une apocope ; le suffixe et la désinence du nominatif sont tombés : fer, ger, sont pour feras, géras.

On trouve aussi en latin quelques substantifs monosyllabiques qui nous présentent la racine pure, comme :

dux , ttue-is, conducteur , chef ; meme racine que tlnc-o (dans

le verbe l’« s’est allongé) ;

nrx, nec-is, meurtre, mort violente; même racine que nec-are.

t. Voy. la Grammaire comparative de M. Bopp , § 6. Le lithuanien, qui est à beaucoup d’égards, quant à ses éléments et à ses lois de formation, un des idiomes les plus intéressants delà famille, offre des altérations du même genre. Ainsi po/ins, « seigneur », à la (in d’un composé, change son a en i : Kot/>oms , « conseiller » ; en allemand Rat/is/icrr.

Quelquefois la voyelle est longue :

pax, parais y paix ; meme racine que pac-tum , pangn ; voXy voc-isy voix ; moine racine que voc-o ; lux, luc-is , lumière; même racine que luc-eo.

La plupart de ces substantifs simples et primitifs sont des noms abstraits; les noms d’agents sont plus rares. Cependant dux eu est un, de même que pes , ped-is , où nous avons la même racine que dans le sanscrit pad et le grec ttqS (radical de tcoùç)1.

Nous avons vu qu’en sanscrit les racines terminées • par une voyelle brève prennent un t pour passer à l’état de mots, à la fin d’un composé {karma-krï-l,

« faisant une action », de karma,, « action », et kri,

« faire ». M. Bopp(dans sa G ramni. comp., § 1 1 1)retrouve ingénieusemenT l'application delà même réglé dans les mots latins , tirés des racines i, « aller » , et s ta, « se tenir debout » : cornes , corn-it-is , « compagnon » ; aies, al-it-is, «ailé, qui va avec des ailes »; superstes , super -stit-is , «qui reste, qui subsiste ».

3° Allemand. La langue allemande, dans son état présent , nous offre un très-grand nombre de substantifs monosyllabiques , qu’au premier aspect on prendrait volontiers pour des racines nues, c’est-à-

1 . Il nous serait facile d’allonger un peu la liste, si nous voulions sortir du latin pour expliquer la racine. Ainsi, mus, « rat », se rattache bien naturellement au sanscrit mush, voler; dap-is , gén. de l’inusité dap-s, «mets», au grec Sàit-Tstv, dévorer; nix, niv-is, neige, au grec vi?-a. Un autre monosyllabe antique et curieux est celui qui se trouve dans la locution dic-is causa, « par manière d’acquit », ou « selon le rite»; il a évidemment la même racine que dic-o.

dire passées à l’état de mots, sans aucun signe de dérivation ; mais, quand on remonte aux phases antérieures de l’idiome, et surtout jusqu’au gothique, on s’aperçoit, par la comparaison de la forme actuelle avec, la forme ancienne, que ces monosyllabes sont des mots mutilés. Ainsi, par exemple, l’on prendrait volontiers pour des mots-racines des substantifs tels que O/ir, oreille, Buch, livre, fl and, main, Hass, haine, Licht , lumière, etc. Mais lorsque, dans la langue d lllfilas, dans le gothique, nous trouvons pour Ohr , Aus-o (voy. plus haut p. 90, note 1); pour Buch, bokos ; pour Hand , hand-us (ancien haut-allemand hant ); pour Fuss, fotus ; pour Hass , hntis (colère) ; pour Licht, liuh-ath ; et que nous voyons que tous ces substantifs sont terminés par des suffixes ou lettres formatives o, o(s), u(s), i(s), ath, nous en concluons que la partie finale du mot s’est effacée dans les âges postérieurs de la langue, et qu’ainsi ce ne sont pas des monosyllabes primitifs, mais, en général, comme nous l’avons dit, des mots usés et mutilés.

Toutefois, l’idiome germanique a gardé jusqu'à nos jours tant de vie et de force dans une partie de son organisme , que , même ainsi tronqués, un grand nombre de mots, au moyen de la permutation de la voyelle radicale, de cette déviation du son que les Allemands appellent Ablaut, conservent vraiment l’apparence de racines nues, qui semblent se passer de suffixes, parce qu elles n’en ont pas besoin, et qu’elles marquent suffisamment la modification et la dérivation du sens par l'altération phonique.

Ainsi au verbe fort ziehcn , « tirer, conduire » (gothique, tiuhan , ancien haut-allemand, ziuhan),

DG LA FORMATION DES MOTS

qui fait à l'imparfait zog, se rattachent, par une dérivation sensible de forme et d’itlée, le substantif abstrait Zug, « trait », et le nom d’agent — zog, qui se trouve à la fin du composé Her-zog, «duc », primitivement «conducteur d’armée», en ancien haut-allemand, heri zoho , heri-zohi , / œri-zog , de heri , armée (les formatives o, i, sont tombées).'

Mais, quoique la# dérivation soit encore bien sensible, logiquement et grammaticalement, dans les dérivés tout faits que possède l’allemand moderne, la langue depuis longtemps perd de plus en plus la faculté d'en former d’autres. De plus en plus , elle préfère la composition à la dérivation'. Son grand moyen de dérivation était Y Ablaut, l’altération de la voyelle radicale ; aujourd’hui elle use encore largement des ressources nombreuses qu’elle doit à ce procédé, mais elle ne l’applique plus guère pour enrichir la langue de créations nouvelles. La plupart des dérivés d’à présent sont formés , comme le dit avec raison M. J. Grimm, d’une manière inorganique. C’est au moyen d’additions , de surcharges toutes mécaniques, plutôt que par le jeu intime et vraiment radical des mots , qu’on marque les idées accessoires, les idées de rapport que la dérivation a pour but d’exprimer.

H y a un certain nombre de dérivés allemands qui

1 . « Es ist leicht einzuseben, wie sich überhaupt die neuere sprache von der ableitung zur composition neigt, dass unter jenen haftenden ableitungen die meisten durch vorschiebung unorganischer consonanten falschen schein zusammengesetzter wôrter angenotnmen haben ; die sprache leitet , ihrer intention nacb, fast nicht mehr ab.» J. Grimm. Deutsche grammatik, t. 2, p. 393.

sont au fond de véritables composés, mais dont les parties finales sont devenues, dans l’état actuel'de l’idiome , de simples suffixes , parce qu’on a oublié peu à peu leur valeur primitive, et qu’ils ne peuvent plus s’employer à part comme mots détachés. Les monosyllabes qui terminent ces anciens composés ontaussi l’apparence de racines nues; mais, pour bien' juger de leur nature, il faut comme toujours remonter aux dialectes antérieurs. Prenons pour exemple — lic/i, — sam, — bar, qu’on trouve aujourd’hui à la fin d’un si grand nombre d’adjectifs.

Le suffixe, ou plutôt l’ancien adjectif — lich, en ancien haut-allemand — Ifh , répond au gothique leik s, signifiant « semblable » , gleich (goth. ga-/eiks). C’est en gothique un adjectif fort, très-voisin de la raciue, qu’on retrouve dans le verbe leik-an ( laik , lik-un).

La forme forte de sam devrait être eu gothique sa/as, mais elle n’existe pas; nous ne trouvons dans Llfilas que la forme faible et dérivée sarn-a (signifiant, avec l’article, le meme), laquelle ne forme poiut de composés. Dans l’ancien haut-allemand, il y en a un certain nombre ayant pour finale sam, comme dans l’allemand moderne. Exemple : anc-sam (anxius).

Le monosyllabe bar n’a pas non plus d’analogue dans les composés gothiques. En ancien haut-allemand , il paraît sous la forme pdri, en moyeu hautallemand, bære. M. J. Grimmle rapproche avec vraisemblance de la finale latine fer, férus. On voit que, comme cette finale, il n’oflre la forme d’une racine nue que par suite d’une apocope. ,

Nous pouvous donc dire aussi d’une manière assez générale que, dans les composés, non plus que

dans les mots simples, la langue allemande ne nous offre pas de racines nues, jouant, sans aucune addition ni altération, le rôle de mots1.

4° Remarques diverses. Je n’ai pas besoin défaire observer que ce que nous venons de dire de la souche germanique en général s’applique à plus forte raison à son rameau le plus mutilé, à la langue anglaise, et de même à une autre branche de la famille, aux idiomes néo-latins. Les monosyllabes abondent, par exemple , en français ; mais, en réfléchissant à leur étv mologie, on reconnaît que ce sont des débris de mois dérivés , et non des racines primitives , simples et nues; que Ht vient de tow/w, comme nez de tuisus , nef de net tus , corps de corpus , ris de risu.i.

Nous ne pouvons pas non plus, cela va sans dire, créer des composés dans le genre du sanscrit mitradruh, du latin tubi-cen. Toutefois, nous avons conservé un certain procédé populaire et de poésie familière, qui consiste à détacher, autant que nous le pouvons encore dans notre langue, le radical d’un verbe, et à le combiner, par une juxta-position, qui équivaut réellement à la composition, avec des substantifs ou des adverbes, ou des adjectifs employés substantivement ou adverbialement, pour former ainsi des qualificatifs qui sont souvent très-expres-

1 . M. Bopp dit expressément dans sa Gramm. rnmptir §111, p. 131 : « lin Germanischen gibt esr schon im Gotliisehen, keine reinen Wuraelworter, oliwulil es wegen der Verslünnnelung des Wortstammes im Singular das Ansehen hat deren viele zu geben ; denn durcli die im Laufe der Zeif immer weiter uni sich greifende Verstiimmelung der Wortstamme scheinen gerade die jüngsten Dialekte am meisten nackte IVurzelri a!s Numina darzubieten. »

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sifs et parfois aussi très-gracieux. Rabelais, .par exemple, qui est le plus hardi fabrieateur de mots que nous ayons dans uotre littérature, nomme l’empereur Domitien : a Domitian le croque -mousche » (III, 4G) ; ailleurs, il applique à un de ses personnages le nom de Guaigne-beaucoup : « 11 avoyt nom Guaigne-beaucoup» (V, 10); ailleurs encore,

« il s’appelle, dit-il, frere Jean faict-neant » (IV, 23). On remarquera, sans que je le dise, que ce dernier terme figure aujourd’hui en français comme un mot simple dont l’orlliogfaphe nous cache 1 origine1, et que nous avons dans la langue vulgaire des formations analogues aux deux précédentes : « croquemort », «croque-note», «gagne-pain», «gagnepetit », etc.

On n’a qu’à ouvrir les Fables de La Fontaine pour y trouver des combinaisons du même genre , plus élégantes les unes que les autres :

« La gent trotte-menu s’en vient chercher sa perte , »

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