L’orthographe dissimule de même la composition du mot
vaurien ( vaut-rien ).
de formation, on trouve presque toujours moyen d’y suppléer par quelque procédé analogue. Dans les compositions françaises qui précèdent, nous venons de voir comme notre langue semble avoir gardé le sentiment du radical verbal', et du parti qu’on en peut tirer pour former des alliances de mots et d’idées, qui rappellent les composés antiques des langues sanscrite et latine, que nous avons cités plus haut.
La langue des Védas nous a montré la signification à la fois nominale et verbale des racines. L’anglais, à plus de trois mille ans de distance, nous offre en quelque sorte le même phénomène. Après avoir, par de successives mutilations, ramené le mot à l’élément monosyllabique, à une sorte d’état de pure racine, il le fait figurer dans le discours à la fois comme nom et comme verbe :
Ere veut dire « œil »; ta eye front hecid to font, « regarder de la tète aux pieds ».
Eye nature' s walks , «considère les voies de la nature », dit Pope, dans son Essayon Man, Ep. 1, 13. üog signifie en même temps « chien » et « suivre
\ . Ce n’est pas le radical verbal même qu’elle emploie dans ces composés, il ne peut pas, dans l’état de notre langue, se détachor de sa flexion; mais elle prend, entre toutes les formes personnelles. celle qui, en général, a la désinence la plus légère et qui en même temps trouve l’application la plus fréquente et marque le rapport le plus étendu, la 3' personne du singulier du présent de l’indicatif. Il est remarquable que c’est cette même forme que les grammairiens indiens mettent la première. Pour citer une racine avec sa flexion, ils ne diraient pas, par exemple, le verbe axmi, comme nous disons le verbe sniii ; ils diraient le vei l>c a-tti (le verbe est).
à la piste » ; nuin, « homme » et « garnir d'hommes », par exemple « un vaisseau ».
Father , « père » , prend tous les sens verbaux possibles. Il peut signifier soit « adopter un enfant », soit «avoir pour père», soit «attribuer à quelqu'un la paternité de... ».
J’ai choisi à dessein pour exemples quelques-uns des mots qui sembleraient devoir se prêter le moins à la métamorphose, pour bien montrer, en passant, tout le parti qu’une langue peut tirer d’un moyen quelconque de formation ou de combinaison, et jusqu’où elle peut, même clans le langage le plus ordinaire et le plus quotidien, pousser la hardiesse, sans nuire à la clarté.
B. VERBES