‹ Traite de la formation des mots dans la langue grecque avec des notions comparatives sur la derivation et la composition en sanscrit, en latin et dans les idiomes germaniquesChapitre 23 sur 120 · Homère, //., XVIII · texte numérisé non relu

Homère, //., XVIII

2. Nous ne considérons pas et comme un simple augment, parce que cette diphthongue se conserve à tous les modes de cet aoriste second : impérat. eïive, infinitif eItteîv, participe eîWiv.

3. Quand on compare les racines de la langue grecque à celles des autres langues, il devient évident que plusieurs des verbes que nous citons pour exemples, et que nous donnons ici comme formés d’une racine et d’une désinence , ne sont pas réellement primitifs et renferment déjà des lettres' formatives. U y en a même qu’on peut, sans sortir du grec, ramener à des formes plus simples. Ainsi il est très-probable que yp ocpa), écrire, graver, se rattache à ypâ-co, ronger , ou à ypoc-to , effleurer ; que yX(/ou.at,

Remarques.

I. Dans les exemples que nous Venons de citer, se trouvent des racines terminées par des labiales, des gutturales, des dentales, des liquides. l.a consonne double et les deux c (qui chez les Altiques se remplacent par deux t), ne terminent que des radicaux modifiés, et tiennent toujours la place de queltpie autre lettre.

Il n’v a que quatre verbes grecs dont le radical soit terminé par un seul a : Têpar-opa, sécher , devenir sec ; a'j'-o ou às^-w, augmenter ; repousser , secourir ;

sy-<o, cuire1.. Dans ces verbes, le c ne fait pas partie de 1

désirer , vient de XîsaofUd, prier; tp i'r(u, ronger, de Ti-rpo-io, percer; tï'9t,ico, s’étonner, de Ôct-opoi, qui a le même sens. Mais, nous l’avons déjà dit, nous ne voulons pas pousser l’analyse jusqu’à des conjectures qui pourraient paraître problématiques. Elles nous fourniraient sans doute quelques faits curieux, mais, pour la langue grecque en particulier, des faits isolés, d’où iL ne pourrait sortir, pour notre objet, aucune règle vraiment utile. Toutelois, nous devons ici faire remarquer, d’une manière générale, qu’il ne se trouve guère en grec de verbes véritablement primitifs que dans la conjugaison en u.i (voy., dans la Grainm.

■ compar. de M. Bopp, la partie où l’auteur traite des Racines, l'on den IVurzeln). Les voyelles initiales des désinences des verbes en si étaient réellement dans le principe, comme on le voit en comparant le grec au sanscrit, des lettres formatives; mais, si l’on considère la langue grecque à part et en elle-même, on peut dire qu’elle n’avait plus conscience de la valeur dérivative de ces voyelles, et c’est pour cela que nous avons placé un certain nombre de verbes en u> parmi les verbes primitifs.

1. MM. Pou et Benfey rapprochent avec raison le radical où; des verbes aùü-w etoù;-âv-to, dp gothique vahs-jan (ou est en effet

la racine; c’est une lettre formative qui, comme le n du futur, ajoute au sens du verbe une idée d’avenir : en effet cuire' signifie préparer des aliments pour qui/s soient plus tard bons à manger ; augmenter

parfois en grec un représentant du sanscrit et du gothique va). Quant au thème du verbe rahs[jaii), il serait la forme régulière du désidératif de la racine sanscrite vah. En sanscrit , meme, nous trouvons dans la liste des racines la forme raksh , avec le sens de «croître», et au parfait d’ «être grand (fort) » (vov. les Radiers lingHX sanscriix de M. AVestergaard, p. 296], et cette racine paraît bien être le dérivé désidératif de la racine plus simple vah. Si nous remontons encore au sanscrit pour xiaa-opai, >< devenir sec », nous trouvons que ce verbe doit avoir primitivement pour sens « être altéré >• ; VEpaest le guna régulier de trish, racine indienne qui signifie « avoir soif ». Comparez l’allemand Durs-t , durs-t-cn. * a sans doute aussi un <r désidératif ;■ il pourrait bien être pour

7tÉ'W (nén-a-o>), qui serait dérivé de 7rtit(T}oi, « cuire ». En sanscrit, c’est pac [patch) qui répond au grec itsit; le ir grec est un des substituts de la palatale sapsorite c [tch). — Enfin, pour àXé;-<» , qui a beaucoup de rapport avec le' radical du datif ikx-l et de la forme verbale redoublée àX-aXx-EÎv, etc., on est remonté au sanscrit raksh , « défendre, secourir » (voy. Benfey , C'r. fVurzell ., I, p. 109). Il y a identité de sens, mais, au premier aspect, il y a un désaccord bien sensible dans la forme ; toutefois, quand on sait que le l remplace ordinairement le groupe sanscrit ksh, et qu’en passant d’une langue dans une autre, la métathèse est un phénomène presque régulier, on voit que raksh nous donnerait tout naturellement àp£.(comparez |e latin arc, dans arc-eo). Il ne reste donc qu’une seule anomalie, lechangement de p en X, et je n’ai pas besoin de rappeler qu’il n’y a rien de plus ordinaire que ces permutations des liquides. Les langues néo-latines s’en font comme un jeu, et il est vraiment inutile d’en donner des exemples-. Dans le fameux sangrc azul ou « sang bleu » des Espagnols, nous avons un r pour un n (cf. sanguis, sanguin-is), et si nous rapprochons azul du français azur, un l en place d’un r ; on sait que les Italiens disent à la fois venenn et veleno, « venin, poison » , melancolia et mclanrama, mali/iconia, « mélancolie », etc., etc.

signifie donner un développement qui fera parvenir un objet à tel ou tel jjoint de grandeur, etc. , et ainsi des autres. Ces verbes n’appartiennent donc pas à la première, mais à la seconde classe- Ce qui prouve qu’ils sont dérivés, c'est que nous trouvons, soit en grec, soit en latin, des mots de sens analogue qui n’ont point le g. Ainsi nous pouvons rapprocher d’à>.é$<ü la forme dX-aTix-eïv, qui lui sert d’aoriste 2; comparez à e<{/w le verbe tc&it-t-üj (forme ancienne tc£ggu), qui a le même sens ; à Tepoopci, le latin torreo ; à co'to, le latin augeo. Un autre signe de dérivation de trois de ces verbes, c’est la forme de leurs futurs et des temps qui s’en tirent : xs'-z-gw, àl&^-r.-eu , gw.

Cette forme présuppose les radicaux aù$e ou «ù£a, iXeSU, éijie, radicaux qui ne peuvent pas être primitifs.

II, Les modifications que peuvent subir les racines sont, pour les voyelles, l’allongement de l’t, de l’u, de IV; le changement d’a en e, d’e en &, dV en t\ ou en u ; d’i ou d’é en ei, d’u en eu, dV en ai ou en au, d!o en ou ; pour les consonnes, le remplacement d’une labiale ou d’une gutturale par une autre consonne du même ordre, mais d’un degré différent; le changement d’une labiale, d’une gutturale ou d’une dentale eu le changement d’une gutturale en gg (tt)\

III. Dans la plupart des verbes où la racine est modifiée, un ou plusieurs temps nous offrent cette racine dans son état pur et primitif*. Ainsi la voyelle

1 . Les muettes , remplacées par Ç, aa, étaient probablement suivies, dans le principe, d’un i voyelle ou d’un i consonne (§41,4* note ).

2. Au moins, comme j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le dire, si nous ne sortons pas de la langue grecque. Voy. la fin de la note 3 de Ta p. 124.

radicale est modifiée au présent, au futur, etc,, du verbe T-eut-u, laisser , mais elle ne l’est pas à l’aoriste 2 ; la voyelle et la consonne du radical

sont altérées dans le parfait 2 TÉ-ÔYi-wa , mais elles ne le sont pas à l'aoriste 2 e-Taç-ov,

IV. La plupart des verbes non contractes, dont le présent et l’imparfait se Forment au moyen de l’insertion d’un suffixe, appartiennent à cette première classe par tous leurs autres temps. Ainsi 7ap.ê-av-w (imparf. î-7.aji.ë-av-ov) , fait à l’aoriste 2 E-Xaê-ov, au futur Ar/jiop.a'. (Véê-ooj/.ai), etc.; àeix-vu-M, Jeix-vu-jii, fait au futur (<b£x.-cfc>), à l’aoriste (ê-&£»c-<ra), etc.

Ce que nous venons de dire des verbes non contractes s’applique aussi à quelques verbes contractes, par exemple, à ào y.-é-io, paraître, qui fait au futur àox- YÎ-Gw et àoçw (ÿox-cw); à yuy.~é-b>, épouser , qui fait à l’aoriste 1 s-yr,[/.-a; à (/.'jx-st-oaai, mugir , qui fait a l’aoriste 2 £-[/.’jx-ov, au parfait 2 p-pjx-a, etc.

V. Un petit nombre de verbes en w delà première classe prennent un redoublement, qui se compose d’un t, précédé de la première consonne du radical. Exemples : yiyvojAai (pour yt-yev ojjiai), naître ; |x(p.vw (pour jAi-(AE-voj), rester ; tcîtitiü (pour tti-tîÉt-w), tomber.

VI. Dans les aoristes seconds g/ùv, oyésôat, avoir , çTTEffÔai, suivre , la racine, au premier aspect, parait n’avoir pas de voyelle-, et se composer seulement des consonnes n/, crc. Mais ou bien ces formes verbales ont perdu la voyelle initiale, que nous retrouvons dans *y w et dans eirojAai, ou bien , ce qui est plus probable, les voyelles que l’on considère comme le commencement de la désinence (cy-s'ctlat, <7îr-é<j0at), appartiennent aux racines , qui , cette supposition admise, seraient non pas oyw, <rrr, mais crys et ai ce, de

même que, dans W<j6ki, àoVQai , les racines sont (le et £o. 11 résulterait de là que ees aoristes devraient appartenir à la conjugaison en y.t (et en effet tcym la suit encore dans quelques formes : par exemple, a l’impératif r/é;', et en partie à l’optatif cyoï'nv); et ce serait par suite d’une de ces confusions irrégulières que 1 usage introduit dans les langues, que la plupart de leurs modes auraient pris les désinences plus modernes des verbes en w.

VII. Nous n’avons cité pour exemples que des verbes dont le radical est monosyllabique, il n’est pas probable que, parmi ceux dont le radical a deux syllabes, il y en ait aussi qui appartiennent à cette classe. Comme d’ailleurs les verbes de ce genre qu’on pourrait essayer d’y faire rentrer sont, en général, d origine obscure, et que leur étymologie pourrait donner lieu a des discussions, nous n’avons pas cru devoir nous en occuper dans ce traité.

JJ 2S bis.

Sur les verbes formes d’une racine et d’une désinence de conjugaison , sans suffixe, ni lettres formatives.

\ 0 Sanscrit. Pour bien comprendre ce que nous aurons à dire des verbes sanscrits, il faut savoir que leur conjugaison se divise en deux parties, l’une composée des temps qu'on' a nommés généraux,

\ . L’aoriste second ÜTtetv, dire, nous offre de meme un impératif qui a la meme signification que la forme plus usitée, tins.

l’autre des temps spéciaux. Les temps spéciaux sont l’indicatif présent, le potentiel, l’impératif, et l’un des trois prétérits de l’indicatif, celui qu’on appelle le prétérit augmenté uni-forme. Les six autres temps, à savoir, le prétérit augmenté mulli-forme, le parfait, le futur premier et le futur second, le précatif et le conditionnel, sont les temps généraux. Voici la raison de cette distinction. Pour les temps généraux, il n’y a, en sanscrit, qu’un seul mode de conjugaison : toutes les classes de verbes, en faisant toutefois une certaine réserve pour la 10* (il y en a en tout dix), forment leurs six temps généraux ou communs de la même manière, c’est-à-dire, en ajoutant simplement les désinences à la racine, sans autre modification que les altérations euphoniques que peut occasionner la rencontre des lettres de la racine avec les lettres de la désinence. C’est pour les quatre-temps spéciaux seulement cpie les verbes se diviseut en dix classes, comme nous venons de le dire. Ces classes se distinguent les unes des autres par les caractères suivants, que nous nous contentons d’indiquer ici, pour le moment, d’une manière sommaire.

Sept classes (la 1r% la 4', la 5", la 6”, la 8e, la 9e et la 10e) insèrent une lettre ou une syllabe entre la racine et la désinence.

Une (la 7') insère une nasale dans la racine même, devant la consonne finale.

Deux (la 2' etla3è) joignent immédiatement les désinences à la racine. Elles diffèrent l’une de l’autre, en ce que la 3* prend un redoublement, tandis que la 2" n’en a pas.

Toutes ces classes peuvent se rameuer, pour les

temps spéciaux, à quatre grandes conjugaisons1 (il n’y en a qu’une, nous l'avons dit, pour les temps généraux). La 1r* renferme les verbes qui ajoutent à la racine la voyelle a on une syllabe terminée par un «; la 2% ceux qui joignent les désinences immédiatement à la racine; la 3e, ceux qui insèrent la voyelle u ou une syllabe terminée par cette voyelle (c’est-à-dire nu) ; la 4", ceux qui insèrent à certaines de leurs formes ntl, à d’autres ni.

De ces quatre conjugaisons, la première correspond à- la conjugaison grecque en w; les trois autres, à la conjugaison grecque en ju\

Nous avons déjà eu l’occasion de faire plus haut une remarque qui montre que certains verbes de la langue grecque ont aussi des temps généraux et des temps spéciaux (voy. § 28, IV.) En effet, un grand nombre de racines en grec se modifient par l’addition de lettres ou de suffixes, soit ajoutés, soit intercalés, au présent de tous les modes et à l’imparfait, et reparaissent sous leur forme simple, ou du moins sous une forme plus simple, aux autres temps Ainsi Xap.6- -ocv-co , é-)»aê-ov, Tuyy-av-w , e-Tuy -ov, Aajdsavce, T'jyyavw, Aâp.ëavov, ÈTuy/'avov, sont des temps spéciaux, formés d une manière propre à certaines classes de racines; éXaëov, ivr/vi , des temps généraux (voy. § 224 bis).

D’après ce qui précède, c’est dans la deuxième grande conjugaison, c’est-à-dire, dans la 2* et la 3e classe que nous chercherons les verbes sanscrits qui répondent, dans toute leur conjugaison , à ceux que

i . Voy. M. Bopp, Granimatica critica lingiue sanscrits}, § 303. 2. Voy. encore M. Bopp, Kritische Grammatik de; Sanshita- Sprachc , in kürzcrcr Fnssung, § 276. .

nous avons nommés en grec des verbes primitifs , c’est-à-dire, formés par la simple addition d’une désinence de conjugaison, sans qu’on ajoute ni n’insère de suffixes ou de lettres formatives. Ces deux classes ne sont pas très-riches en sanscrit : la 2e ne renferme pas plus de soixante-dix racines ; la 3* en compte environ vingt-quatre.

EXKHPl.es.

1° Verbes sans redoublement (2* classe).

R. i, aller j indic. prés. (forme active), sing. e mi , é-shi, é-ti\

duel, t'-ea.?, i-t/ias, i-tas ; pliir. i-mrts , i-tha, y-anti' ; R. as, cire; indic. prés., sing. as-mi, asi (pour as-si, cF. dor.

f iu-trt), as-ti ; duel, s- tas, s-t/ias, s-tas ; jilur. s-mas , s-tha, s-nnti *;

R pd, protéger ; indic. prés, pd-mi, je protège ; impératif pd-hi, protège ;

R. ad, manger; ad- mi, je mange; at-ti (pour ad-ti J, 11 mange; R. vae {catch), parler ; vac-rni, je parle ; vak-ti, il parle, etc.

2° Verbes acec redoublement (3* classe).

R. dhd, poser; indic. prés, (forme act.j, sing. da-dhd-mi, dadhd-si, da-clhd-li ;

R. dd, donner ; da ■tld-mi, je donne ; da-d-mas s, nous donnons ; R. bhi, craindre; bi-bhê-mi, je crains; bi-bhê-ti , il craint;

R. jan ( djan ), engendrer ; ja-jan-mi, ja-jan-ti ;

It. vish, visiter, etc.; vé-vésh-mi, vé-vésh-ti , etc.

1. La semi- voyelle r remplace la voyelle / devant les désinences qui commencent par une voyelle. r

2. Remarquez la chute de l’a initial d’«.v, au duel et au pluriel. J £ latin perd sa voyelle à la première jiersonne du singulier, où le sanscrit la garde : sum pour cs-um; mais il la conserve à la deuxième du pluriel, es-tis, où le sanscrit fait s-tha.

3. Dd et dhd perdent , dans quelques-unes de leurs formes, leur à final;

Remarque.

M. Bopp divise les désinences de la conjugaison sanscrite en légères et en graves ou lourdes, et cette différence de nature entre les désinences lui donne le moyen d’expliquer ingénieusement, par une sorte de compensation et.de loi d’équilibre, certaines altérations de la racine. Les désinences légères sont les désinences du singulier de l’actif, à l’exception de la première personne de l’impératif; les lourdes sont celles des deux autres nombres à l’actif, et des trois nombres au moyen. Dans les verbes de la 2' et de la 3" classe, quand la voyelle de la racine est susceptible -de guna (voyez p. 23, notel), elle subit cette altération devant les désinences légères. Voilà pourquoi la racine i fait au singulier e-mi, etc. , tandis qu’au duel et au pluriel elle conserve sa voyelle brève : i-vas , i-mas, etc. 1 (comparez sing. el-fn, plur. i-jxev).

Je n’ai pas besoin de faire remarquer qu’en grec, comme en sanscrit, parmi les verbes primitifs, les uns ont un redoublement et répondent à la 3* classe des grammairiens indiens (rî-fcn-fu, £i-£to-p,t), tandis que les autres n’en ont pas et répondent à la 2* (equ, pour i<j[i it être ; el[u, aller ; çr,|«, dire).

On voit en outre, comme nous l’avons déjà moutré dans eZju, qu’en grec, comme en sanscrit également,

1 . La lettre a , comme je l’ai dit, n’est pas susceptible dé guna : voilà pourquoi la voyelle ne change point dans ad, as, vac. Remarquez que vish prend le guna , à la fois dans son redoublement et dans son radical : vé-vésh-mi. Gette irrégularité lui est commune avec deux autres racines.

le radical s’allonge devant les désinences du singulier (çvi-jii, çvi-ç, çYi-fft), et qu’il reprend sa voyelle brève devant les désinences du pluriel et du duel ( (pa-jigv, <pa-ré, etc.).

2° Latin. Nous venons de voir qu’en sanscrit même il n’v avait qu’un petit nombre de racines appartenant à cette conjugaison primitive qui joint immédiatement la terminaison à l’élément radical'. Comme, pour les racines terminées par une consonne, la flexion est en général plus commode et plus facile au moyen d’une voyelle intercalée, il ne faut pas s’étonner que la plupart des verbes primitifs des autres langues de la famille aient été peu à peu remplacés par des verbes dérivés, ou plutôt de formation secondaire, où l’interposition soit d’une voyelle, soit d’une syllabe terminée par une voyelle, vient aider la liaison de la désinence «à la racine.

Iæ latin n’a conservé qu’un petit nombre de restes du type de conjugaison dont nous parlons ici : parmi les racines terminées par une voyelle : da-re , sta-re , i-re , in-qua-m (qui a pour racine qua , affaibli presque partout en qui)\ parmi les racines terminées par une consonne : le verbe s-um, es, es-t, etc., et quelques vieilles formes conservées dans les verbes fero [fer-s, fer-t, fer-tis , fer-to , fer- -re, etc.); eolo , dont la racine a tantôt un e et tantôt un u, eel, eu/ ( vul-t , vul-tis , vel-le , veHem , dans

. 1. Environ 70 d’une part et 24 de l’autre. C’est un bien petit

nombre, en comparaison de la 1" classe, qui en renferme à elle seule un millier, près de la moitié de toutes les racines sanscrites. Celle 1r' classe est , comme nous l’avons dit, celle des verbes qui , aux temps- spéciaux , insèrent un a entre la racine et les désinences. »

ces deux dernières formes il y a eu assimilation de la première consonne de la désinence) ; edo, manger {es, est , es fis, es/o, este, esse, essem , etc., estur , pour editur; comparez le sanscrit ad1).

On serait tenté d’ajouter à la liste quelques personnes de queo et de fio;. mais la quantité de IV, qui est long même au pluriel , montre qu’il y a le plus .souvent une contraction.

Les verbes que nous venons de citer n’ont pas de redoublement et répondraient à la 2' classe sanscrite. 11 est remarquable que , parmi les thèmes verbaux latins qui prennent un redoublement, il n’y ait tout au plus que le verbe bi-bo-, bi-bi-s, bi-bi-l, etc , qu’on puisse , jusqu’à un certain point et dans une partie seulement de sa conjugaison, regarder comme primitif et formé sans lettres dérivatives. Les autres appartiennent à des conjugaisons qui ont évidemment des voyelles intercalées : me-mor-a-re , su-surr- -a re, ti-lub~a re, ul-ul-a-re, gi-gn-e-re (pour gigen- -e-re, parf. gen-ui , supin gen-i-tum) , etc.’

Comme la langue sanscrite nous offre elle-même quelques racines de la 2e classe qui insèrent un i devant leur désinence (comme rôd-i-mi, «je pleure », de la racine rud), on pourrait croire que toute la 3' conjugaison latine se forme de même et que les i de leg-i-s, leg-i-t, etc., sont des voyelles de liaison; mais je pense que -M. Bopp a raison de croire que ce mode de flexion verbale en latin est plutôt celui qui.

t . Voy. la Gramm. compar, de M. Bopp, § 109*, 3, p. 117.

2. Voy. M. Düntzer, Lettre tler lut. }V otthild. untl Komposit. 1M« Th., p. 15.

- 3. Voy. Bopp, ibid. et p. 114, p. 720.

imite la 1" classe sanscrite. Seulement, entre tous les types de conjugaison, c’est le plus léger, le moins augmenté, celui qui se rapproche le plus de la forme des verbes primitifs. »

Nous avons montré que les verbes grecs, de même que les verbes sanscrits, avaient des temps spéciaux et des temps généraux. Nous pouvons en dire autant de la conjugaison latine. Les différences d’une classe à une autre portent particulièrement sur les temps que M. Burnouf,'dans sa Grammaire latine (voy. § 42, II) appelle les temps de la 1r* série, c’est-à-dire, sur le présent, l’imparfait et le futur ; les autres temps, c’est-à-dire, le parfait, le plus-que-parfait, le futur antérieur, ont dans toutes les classes une conjugaison commune ; seulement, dans quelques-unes, la voyelle formative (l 'a dans la 1 re, 17 dans la 4e) se conserve dans les deux séries. De même, en sanscrit, la 10e classe, qui intercale aux temps spéciaux aya, garde une partie de cette addition, je veux dire ay, aux temps généraux.

3° Allemand. Les dialectes germaniques ont une conjugaison forte et une conjugaison faible. La première, qui est ainsi nommée parce que la racine y a plus de poids, que les désinences et les lettres formatives y sont ou nulles ou légères, pourrait aussi se nommer la conjugaison primitive. Au moins en aelie, à certaines formes, surtout quand on ne sort pas de l’allemand, toutes les apparences. Son prétérit, à la 1” et à la 3e personne du singulier, n’a pas de désinence du tout, et se contente, pour marquer la différence de temps, de l’altération de la voyelle qu’on appelle en allemand 1 ’ Ablaut (mot qui veut dire littéralement la déviation du son\ La 2" personne

du singulier prend pour toute désinence, en gothique, la dentale t ; dans l’allemand d’aujourd’hui, (e)st.

On voit par là que, dans aucune langue, l’altération de la voyelle radicale n’est plus importante et plus significative qu’en allemand : elle suffît parfois à elle seule, je le .répète, à marquer le temps. C’est surtout dans le gothique que X A b! mit déploie toute sa richesse et toute sa variété. Il y forme six séries, où trois ou même quatre voyelles alternent entre elles dans le thème verbal.

EXEMPLES

Infinitif : nim-an (dans l’allemand actuel nehmen), prendre.

Indicatif : présent, sing. nim-a, niin-is, nim-ith. prétérit, sing. nam , nam-t, nam.

Au duel, ainsi qu’au pluriel, du prétérit de l’indicatif, et dans tout le prétérit du subjonctif, IV# de nim- -mi se change en e :

Prétérit de l’indicatif, duel, nem-u% nem-uts.

pluriel, nrm-ttm , nem-uth, ncni-un.

Les altérations de ce verbe et de ceux de sa classe se bornent, dans les modes personnels, aux trois voyelles /, a, e; mais au participe passé, ou mieux passif, il prend u : num-ans.

Les âges postérieurs de la langue ont, comme l’on sait, conservé, comme moyens de flexion, ces permutations des voyelles de la racine. C’est, peut-être même le trait le plus distinctif de la branche tudesque, une de ses ressources les plus faciles et une de ses plus grandes beautés de structure intime. Tous les idiomes germaniques, sans exception, ont gardé

jusqu’à nos jours tout» l'échelle des modifications, les six séries que nous avons comptées dans le gothique. Dans l’allemand d’aujourd’hui, comme dans (îifilas, nous voyons passer les racines de la conjugaison forte par des transformations ou identiques pu analogues à celles que nous venons d’énumérer dans nim-an .

EXEMPLE

infinitif: sing-en , chanter; participe passé : ge-sun-gen;

, , . ( indicatif : ic/i sang •

pictent | sui,jonCfjf : ;<•/,

songe.

Nous avons insisté sur ce procédé et sur son rôle en allemand, parce que c’est le principe le plus puissant à la fois et le plus simple de formation primitive ou primaire1, et que nulle part, comme nous l’avons dit, nous ne le voyons se déployer [dus richement que dans les idiomes de race germanique. M. J. Grimm a trouvé plus de six cent cinquante racines capables de ce genre d’altération. Elles forment, comme il le dit avec raison, le plus solide fondement, la force la plus réelle de la langue allemande. Aucun autre de nos idiomes modernes n’offre un nombre aussi considérable de racines relativement primitives ou du moins ayant ainsi gardé , dans une partie de leur conjugaison , cette énergie de flexion radicale.

On a remarqué que, dans un grand nombre de

t M. J. Grimm (D. gram/n , t II, p. 1), dit que toute formation intérieure des mots ne peut reposer que sur ce qu’il a]>pclle le vocalisme, le jeu des voyelles « Aile innere wortbildung

kann nur in dent vocalismus gesucht werden Innere wortbil-

«lung beruhet auf dem verhaluiis.se des lauts und ablauis. »

langues, les verbes de formation première ont le plus ordinairement le sens intransitif. C’est aussi un des caractères de la conjugaison gothique. La plupart des verbes forts y sont intransitifs, et, pour passer dans la classe des transitifs, ils prennent des signes de dérivation et entrent dans la conjugaison faible. Ainsi vak-an signifie « veiller d; et vak-j-an (forme que nous trouvons* dans le composé us -vak-j-an) prend le sens d’ « .éveiller » , puis la même racine peut adopter encore tin troisième type, où le sens redevient neutre , avec une teinte de passif : vakn-an (dans le composé ga-vak-n-an ), « (être éveillé) s’éveiller1 ».

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