PARTICULES INSEPARABLES
Nous appelons particules inséparables certaines syllabes qui ne se trouvent pas à part dans le discours, mais qui, placées au commencement des mots, en modifient la signification. Les principales sont :
à ou «v privatif ; exemples : ç&oî, ami, àwpùkoç, sans ami ; <x£ioî, digne, àv-â$io;, indigne ;
Su;, qui marque difficulté, peine, souffrance; exemple : Tujno, fortune, Suc-Tuyew, être malheureux ;
(Nous ne parlons pas d’eu, bien, qui est aussi d’un très-grand usage en composition. Ce n’est pas une particule inséparable, mais un adverbe, ou plutôt le neutre d’un adjectif, qui s’emploie souvent à part dans le discours.)
ve ou v» (parfois àvvi-), qui marquent négation;
âpi, tpi, pou, (Jpi, &x, (a, qui augmentent la force du • simple.
... . ; ' § 32 bit. '
Sur les particules simples et primitives.
M. Bopp distingue , dans la famille indo-européenne, deux sortes de racines. Les unes, dit-il, servent à former à la fois des verbes et des noms (adjectifs et substantifs^ ; des autres se tirent les pronoms, les prépositions primitives, les conjonctions et les particules. Il nomme les premières racines verbales , et les secondes racines pronominales , parce qu’elles expriment généralement une idée pronominale , qui se retrouve , plus ou moins cachée , dans les prépositions, les conjonctions et les particules. Les pronoms simples ne peuvent pas, ajoutet-il , se ramener , ni quant au sens , ni quant à la forme, à quelque élément plus simple que leur radical. Leur thème de déclinaison est en même temps leur racine1.
Le savant grammairien trouve aussi, dans les racines pronominales, l'origine des désinences de la flexion , soit des noms, soit des verbes, l’origine de
4. Voy. Grammaire comparative , § 105. — Cependant les grammairiens indiens, comme M. Bopp le fait remarquer luimême, dérivent même les pronoms de racines verbales. 11 y a, en effet, quelquefois identité de forme entre telle racine verbale et telle racine pronominale, entre i par exemple, qui comme racine verbale signifie « aller », et comme racine pronominale ». il, celui-ci » ; mais cette identité pourrait être fortuite. — Voy. aussi l’admirable ouvrage de G. de Humboldt, Ueber die Versehiedaihr.it des mensrhlirhen Sprachbaues, p. 112, 113.
la plupart des suffixes qui servent à former les mots dérivés, et celle des lettres intercalées qui distinguent les divers types de conjugaison. Nous ne pouvons pas entrer ici, nous l’avons dit, dans l’examen détaillé de cette théorie e! des faits souvent très-solides, toujours ingénieux, sur lesquels elle s’appuie*. Cet examen, quelque sobriété que nous pussions y apporter, nous entraînerait trop loin. Rien n’est plus délicat ni plus difficile, dans l’étude de la formation des mots, que l’analyse de ces monosyllabes qui , Comme les pronoms, les prépositions primitives, les particules qui accentuent le discours, expriment, non des idées de substance, de qualité, d’action, mais des idées- de rapport : les pronoms, le rapport au sujet, etc.; les prépositions , des rapports à l’espace et au temps , des tendances, des directions. Comme nous nous proposons dans ces notions comparatives de montrer, non la ressemblance des racines, mais celle des procédés <je formation , nous ne nous arrêterons pas ici aux particules qui échappent à l’analyse, pas plus que nous n’avons dû plus haut nous étendre sur les pronoms.
1. Parmi ces faits, le plus frappant est, comme l’on sait, l’analogie incontestable des désinenees de la conjugaison, pi, <ji, xi, avec les radicaux des pronoms personnels (voyez plus haut,