I. FORMATIONS AU MOYEN DE "VOYELLES
En. sanscrit, les trois voyelles simples a, i, u, servent à faire des dérivés, mais c’est la voyelle a qui joue le plus fréquemment le rôle de suffixe ou lettre formative, tant dans les noms que dans les verbes.
Les grammairiens indiens divisent rigoureusement tous les suffixes en primaires et secondaires; niais, dans les notions qui vont suivre, et qui seront nécessairement très-sommaires, nous ne tiendrons pas compte de cette division, et nous confondrons souvent ; quand la forme sera la même , des suffixes qui sont à leurs yeux, et pour de fort bonnes raisons, très-différents les uns des autres.
1° Suffixe sanscrit a L 'a bref sert pour le masculin et pour le neutre, qui font au nominatif as et uni; au féminin, il se change en d ou en /, et à ce cas les noms féminins, formés au moyen de ce suffixe, ne prennent pas la désinence a-, mais se terminent par ■ le suffixe, sans aucune addition , de même que les féminins grecs de la première déclinaison.
1. e suffixe a forme : 1" des noms abstraits d’action ou d’état qui se rapprochent de la signification de l’infinitif. Exemples : fuis-a , «(le) rire», de ha s ,
« rire » ; jay-a , « victoire » , de ji , « vaincre » ; tydg-a, « abandon », de tyaj, «abandonner» ; tar-a,
«. passage » , de tri, « passer , traverser » ( ces noms abstraits prennent soit le. guua, soit le vrïddhi; ils sont fen général du masculin)*; , ,
t. Voy. la Gr. crmip. de >1. Bopj>, § 912 et suiv.
2. M. Bopp dit qu’il n’en connaît qu’un seul qui soit du neutre : blutj-ani , « crainte » , de bht, « craindre ».
RE U FORMATION RES MOTS
2° Des adjectifs, qui peuvent souvent se traduire , par le participe présent ; quelques-uns sont devenus des substantifs, des noms d’agents, mais un bien plus grand nombre s’emploient comme derniers termes de composés.
Les radicaux terminés par un d long, remplacent cette voyelle finale par Va suffixe. Ainsi : nrï-p-a ,
« roi » , proprement « protecteur des hommes » (cf. roipjv 7,aûv), de nrï (d’où nar-n ), «homme», et pd, «protéger»; krïta-jn-a , «reconnaissant », littéralement « connaissant ce qui a été fait , factum sciens », de krita , «fait», et jnd , «connaître», etc.
Quelques-uns de ces adjectifs et de ces noms abstraits s’emploient comme noms d’agents : ainsi tar-a, que nous avons vu plus haut dans le sens abstrait de « passage»1, désigne aussi «celui qui » ou « ce qui passe»; plav-a veut dire « vaisseau », proprement • « qui nage, nageaut », de plu, «nager , naviguer ». Le suffixes forme aussi quelques noms à sens passif: par exemple, le nom très-usité jan-a , «homme»,
, de /an, « engendrer ». '
En grec, c’est le suffixe o(ç), gén. ou, qui répond le plus exactement au suffixe sanscrit a (voy. § 130).
Il a les mêmes emplois, et forme un bon nombre de mots tout semblables aux mots sanscrits (comparez -rcXé-o-;, pour n>.o(F)-o-;, et plav-a-s; à la fin des composés -àaf jÙo-ç et - durn-a-s , «qui dompte», etc.).
En latin, le suffixe u(s) de la deuxième déclinaison est l’équivalent du sanscrit a(s) , du grec o(;), et je n’ai pas besoin de dire ici quel grand rôle il joue dans
l.Il peut garder ce sensabstrait à la fin d'uncomposc. Ainsi, dans Yrfjnavalkya (Irl 39), nadi-tara signifie « le passage d’un fleuve »
la formation des mois. Que l’on compare aux exemples grecs et sanscrits que nous venons de donner, les mots latins, inusités à part, - volus , -dicus, rficus; les apocopes -fer, -ger (pour - fer-us , - ger-us ), etc. ; lés noms d’agents coqu-u-s (proprement « celui qui cuit»), son-u-s, « son » (proprement « le retentissant ») , mer g- u~ s, « plongeon » , proc-u-s, u prétendant, celui qui demande en mariage» (même racine que prec-or , prec-e). Comme noms abstraits, le latin ne forme guère, au moyen de ce suffixe , que lud-tq, et peut-être foc-us (voy. Bopp, Gr. comp ., § 8571).
Les langues germaniques nous offrent aussi des formations semblables : ainsi, a) des noms, comme vég-a (nojpin. veg-s, de vig-an, «agiter», allcm. mod. bewegeri ), signifiant, dans Ulfilas, « agitation » et « vague », c’est-à-dire, s’employant comme nom abstrait et comme nom d’agent*; b) des adjectifs, comme Igns-a flous), « vide», aujourd’hui las, de la racine lus, qui forme le verbe li us-an, «perdre », verbe qui n’est usité qu’en composition ; et c), à la fin des composés, des mots de genre divers, comme, par exemple, faur- -hoh-n (neutre, nomin. faur-hah), aujourd’hui Forfuing , «rideau»’, etc. Dans l’allemand actuel, il ne
\ . Voyez au même paragraphe les remarques comparatives de M. Bopp sur oenum, venu, qui sont des restes d’un ancien nom verbal abstrait, dont nous .parlerons plus loin.
2. Ulfilas traduit par veg-s, dans saint Matthieu, «einjzéi et xtj,u* ; dans saint Marc, xùpa ; dans saint Luc, jtXüSstv. — . Qe la meme racine vient vig-a (nomin. vig-s), « chemin ». aujourd’hui VFeg. On peut donner à ce dernier nom un sens, sou actif, soit passif, « celui qui nous fait mouvoir, avancer », ou « celui sur lequel on se meut »
3. Ce mot traduit x«Tont£Ta(T|A7, dans saint Matthieu et saint Marc.
reste plus guère de trace de ce suffixe a. Ainsi staig-ô, «sentier», est devenu «Steig»; vig-a, «Weg », chemin. Quelques féminins ont gardé un e mi-muet, comme « Grube », fosse , qui répond au gothique grôb-fi.
Les noms abstraits gothiques, formés au moyen de ce suffixe, sont, pour la plupart, du genre neutre. .Lai dit qu'en sanscrit Va bref servait à la fois pour le masculin et pour le neutre ; il n’est pas besoin de faire observer qu’il en est de même de l’o grec et de l’w latin , qui , avec la désinence du nomin. sing. neutre, forment des noms en o(v) et en «(/«)*.
2° Suffi.ce sanscrit â \ De ce que ce suffixe est, comme nous l’avons dit, le- féminin du masculin et neutre a , il ne faut pas conclure que les noms féminins aient nécessairement des masculins et des neutres correspondants en a-s 'e t en a-m. On peut bien souvent considérer le masculin comme existant virtuellement, mais il n’est pas toujours usité dans la langue.
Le suffixe// sert à former des noms abstraits, comme