‹ Traite de la formation des mots dans la langue grecque avec des notions comparatives sur la derivation et la composition en sanscrit, en latin et dans les idiomes germaniquesChapitre 76 sur 120 · I. remarques préliminaires · texte numérisé non relu

I. remarques préliminaires

Bien que nous nous servions du même mot pour désigner les formatives nominales et verbales, il y a entre elles, non quant au procédé de la dérivation, (elles sont identiques à cet égard), mais quant à leur rôle et à leur valeur,, une assez notable différence. Les premières, les formatives nominales, n’ont

pas pour objet de coopérer à la flexion, et ne caractérisent les cas que lorsqu’il se fait quelqu’une de ces confusions comme nous en avons remarqué dans l’allemand moderne*. Les secondes, au contraire, les formatives verbales, sont, dans un trèsgrand nombre de verbes, des auxiliaires de la conjugaison, et servent souvent à marquer le temps et parfois le mode.

Nous avons parlé plus haut (§■ 28 bis) des temps généraux et des temps spéciaux de la conjugaison sanscrite, et nous avons montré (pie cette division, quoique moins régulière et moins constante eu latin, et surtout en grec, s’étendait cependant aussi, plus ou moins, à ces deux langues. De ce fait, que les suffixes ne s’ajoutent à la racine ou au thème d’où le verbe est tiré que dans certaines parties et à certaines formes de sa conjugaison, il résulte qu’il devient un signe de flexion, un moyen de reconnaître ces formes et de les distinguer des autres.

Les verbes ayant à exprimer un plus grand nombre de rapports que les noms, à savoir : le rapport de

1 . Il fout convenir que cette confusion a lieu presque inévitablement dans la plupart des langues, dans toutes peut-être, pour les suffixes terminés par des voyelles. Dans les noms en a de la première déclinaison grecque et latine, par exemple, la désinence étant tombée à certains cas pour ne laisser que le suffixe, et à d’autres s’étant unie indissolublement à lui, il est devenu presque impossible de distinguer, dans la plupart des flexions du nom, la terminaison et la formative; les finales a, aç, a, a, æ, æ, etc. sont devenues, pour la' grammaire usuelle, de véritables cas ; mais cela n’infirme point ce que nous disons : l'objet essentiel et primitif du suffixe déclinable est de donner à une racine ou à uu thème une valeur de nom ou d’adjectif, et non de signifier les rapports que marque la flexion.

vpix, de mode, de temps, de personne et de nombre, on a adopté, pour simplifier la conjugaison , des moyens génériques, dont la combinaison rend, avec autant d’aisance que de clarté, ces relations complexes, dont la désinence, le plus souvent par elle seule, quelquefois secondée par un redoublement, ou un angnient, ou une altération du radical, doit être l’exposant.

Quand nous disons ).u-6-/;(jd;j.eÔa, nous serons déliés , la première syllabe de la désinence (h donne ait verbe le sens passif; le <r qui suit marque qu’il est au futur, le que c’est une première personne, et la lettre finale « que c’est la première personne du pluriel. La combinaison de toutes ces caractéristiques est nécessaire pour donner à cette forme sa valeur propre et individuelle ; On s’applique aussi bien à l’aoriste qu’au futur, m à diverses personnes du futur des trois voix,' p.e9 au duel comme au pluriel. Cet exemple montre clairement ce que j’entends ici par moyens ou signes génériques.

Les caractères des classes sont , d’après ce que nous venons de dire, des caractères génériques : ils divisent la conjugaison en deux séries, et leur présence ou leur absence marque à quelle série lè verbe appartient. • r

Dans le présent Jetjc-vu-ai, vu m’apprend que la forme que j’ai sous les yeux est à l’un des modes du présent ou à l’imparfait.

Dansla conjugaison du verbelatin rnon-e-re, « avertir », la présence de l’e, caractéristique de la classe, nous indique que la forme verbale mon e-o , par exemple, ou mon-e-bnm, mon-e-ùo,e te., est de la première série, c’est-àrdire de l’un des temps qui pré-

sentent l’action comme non accomplie, non achevée; son absence, clans rnon-ui, par exemple, ou mon-uera//i, mon-uero, qu'elle est de la seconde, c’est-à-dire de la série des temps qui marquent que l’action est accomplie, achevée*. . !

1 . On voit, par cet exemple, emprunté à la langue latine , que la division en séries n’est point arbitraire, et qu’elle est fondée sur la différence bien réelle des parties de la durée. La première série latine renferme six temps : le présent de l’indicatif et celui du subjonctif, les imparfaits de ces deux modes, le futur et l’impératif. La seconde, qui a aussi sa lettre figurative ou caractéristique, mais une figurative commune aux quatre conjugaisons, contient le parfait de l’indicatif et du subjonctif, le plusque-parfait des deux modes, et le futur passé. Les noms et adjectifs verbaux que l’on considère comme des annexes de la conjugaison se règlent en partie sur cette division : l’infinitif présent a la formative de la première série, ainsi que le participe présent et les gérondifs; l’infinitif parfait prend celle de la seconde (le participe préseht a de -même en sanscrit les caractères des temps spéciaux). Quant au supin et aux formes qui en dérivent, ils composent' comme une série à part, car ils ajoutent, soit au thème de la première série, soit à la racine, une nouvelle formative : lec-t-um , ama-t-um . La conjugaison latine a ainsi trois radicaux : ceux de la I” et de la 2* séries, et celui du supin ou, si l’on veut, du participe passé et de ses dérivés : ama-bam , amai’-i, wnnt-us. La figurative de la 2! série est le plus souvent u, qui, entre deux voyelles, se change en v : mon-u-i , tmdi-v-i. — Le grec, sans parler des temps qu’on appelle seconds (futur, aoriste! parfait seconds), a une triple série très-régulière aussi : la I r* se compose du présent, à tous ses modes, et de l’imparfait, et prend des caractéristiques qui répondent souvent, comme nous le verrons, aux formatives des temps spéciaux en sanscrit; la 2”, qui renferme le futur et l’aoriste, se forme un nouveau thème par l’insertion d’un c ; la 3*, où est le parfait et le plus- que -parfait, prend pour figurative à l’actif un x ou une aspiration dé la dernière consonne du radical ou de la racine. Nous verrons plus loin qu’il arrive souvçnt , surtout en grec, et

Seulement, il faut remarquer que ces figuratives des premières séries de temps varient avec les classes (fil-s-ùi , Tiji-a-tü, )X-o-«, arn-a-s , mon-e-s , aud-i-s), et qu’elles se distinguent des lettres caractéristiques des autres séries, en ce qu’elles ne sont pas constantes et ne s’étendent pas à toutes les conjugaisons, comme font, par exemple, le a et le x, qui marquent partout, en grec, la série du futur et celle du parfait; et Vu ou \> latin, qui, presque partout, distingue la série des temps accomplis.

H. DIVISION DGS VERBES EN DIVERSES CLASSES ,d’aPRÈS LE MODE DE FORMATION OU DE DÉRIVATION DES TEMPS SPÉCIAUX.

Nous avons dit que les racines sanscrites se divisaient, quant aux temps spéciaux, en dix classes. A la fin du. premier chapitre, où il est traité des mots primitifs, c’est-à-dire des racines qui, pour devenir parties du discours, ne prennent pas de suffixes, nous avons parlé de deux de ces classes : de la seconde et de la troisième, qui, toutes deux, renferment des verbes de formation primaire (voy. p. 130 et surv.). 11 nous reste à parler des huit autres, et

en latin, que le thème de la 1" série passe tout entier dans les autres, qui conservent sa formative et y ajoutent la leur : ama- -bam, aîvt-to, aîvéu-w, et en allongeant la voyelle finale

de ce premier thème, <o. Voy., pour tout ce qui concerne

la conjugaison latine, l’êxcellente grammaire latine de M. Burnouf, dont les judicieuses et solides théories peuvent si aisément, je le sais par expérience, être mises à la portée des plus jeunes esprits. La simplicité est sans doute une belle chose, mais il ne faut pas l’acheter aux dépens du vrai. Ici, d’ailleurs, la simplicité et la vérité peuvent se concilier parfaitement.

à rapprocher de chacune d’elles les dérivations, identiques ou analogues, que nous offrent le grec, le latin et l'allemand.

4 0 Verbes qui prennent en sanscrit la formative a (1 r* et 6* classes).

, a) La 1" classe, qui renferme à peu près la moitié des verbes de la langue, insère un a devant la flexion des temps spéciaux, et augmente par le guna la voyelle radicale, quand cette voyelle est susceptible de cet accroissement. Exemples : cit , « observer, connaître »; cél-a-ti, « il connaît »; pac, « cuire» ; pac-a-ti, « il cnit » (ou au moyen pac-a-te)'. La 6* classe, qui ne renferme qu’environ cent trente verbes; prend de même un a mais ne modifie pas la voyelle de la racine. Exemples : tud, « frapper, » tud-a-li, tud-a-te. Elle ne contient que cent trente verbes, parce qu’on fait rentrer dans la première presque tous ceux qui ont pour voyelle" radicale a, et qui ne peuvent pas, par conséquent, prendre le guna.

L’a inséré entre la racine et Ja désinence, dans ces deux classes, se supprime devant les terminaisons qui commencent par une voyelle, et se change en ü devant toutes celles qui ont pour premières lettres m ou c*. Ainsi l’on dit, aux premières personnes des

1. LVest, comme nous l’avons dit (p. 23, note), le guna <17 ; f<7 n’est pas susceptible de guna, mais seulement de vrlddlii.

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