TITRE IV
Du Contresujet
105. — On appelle Contresujet une partie, écrite en contrepoint renversable définition. à l'octave ou à la quinzième, qui, se faisant entendre un peu après le sujet, l'accompagne à chacune de ses entrées.
106. — Les qualités d'un bon conlresujet sont les suivantes :
1" Le contre-sujet ne doit avoir avec le sujet que des rapports de modu- qualités du lation : il ne doit en rappeler la forme ni par la mélodie, ni par le rythme ; néanmoins, quelle que soit la différence qui les sépare, le contresujet doit être de même style que le sujet.
Un contresujet ne doit jamais faire une disparate avec le sujet qu'il accompagne. Pas plus que, dans la composition, on ne donne à une mélodie grave et sévère, un accompagnement gai et sautillant, il ne faut joindre à un sujet de fugue d'une expression donnée un contresujet d'un caractère opposé.
2" Le sujet et son contresujet devront pouvoir se servir mutuellement de bonne basse harmonique.
Ce point est essentiel : il ne faut pas oul^lier que, dans le cours d'une fugue, le sujet et le contresujet passent alternativement dans toutes les voix; il est donc nécessaire que l'un et l'autre puissent remplir la condition d'une bonne basse d'harmonie.
3" Le contresujet devra toujours être entendu après le sujet et, autant que
possible, on le commencera immédiatement après la tête du sujet.
Cette règle a pour l^ut de maintenir au sujet sa prépondérance et d'éviter la confusion qui résulterait d'entrées simultanées.
Gomme on peut donner à un sujet de fugue autant de contresujels qu'il y a de parties vocales ou instrumentales en plus de celle qui propose le sujet, on aura soin, dans une fugue à plusieurs contresujets, que ceux-ci entrent successivement et non simultanément.
S'il y a plusieurs contresujets, chacun d'eux devra avoir sa mélodie bien distincte de la mélodie des autres aussi bien que de celle du sujet : ils ne s'imiteront pas plus entre eux, qu'ils ne pourront imiter le sujet.
DU CONTRESUJET
ExempU
Sujet.
SEEfe
l*"" Contresujei
• Pi»
2*^ Contresujel .
fr/fifffrr
4° Les temps principaux de la mesure devront toujours être frappés, soit par le sujet, soit par le contresujet.
Il faut éviter que le contresujet lasse entendre les mêmes valeurs que le sujet et aux mêmes endroits ; de même, si le sujet renferme des silences, le contresujel devra les remplir, et réciproquement on ne pourra mettre des silences dans le contresujet qu'aux endroits où le sujet a un mouvement mélodique.
Exemple :
(J.S.BACH
Sujet ^
5" Les harmonies déterminées par le contresujet devront être aussi riches et aussi variées que possible.
Pour cela il sera nécessaire d'employer aussi souvent que possible les retards ; il faudra par contre éviter de changer trop souvent les harmonies dans
DU CONTRESUJET
le courant d'une mesure, et on traitera comme notes de passage toutes celles dont la réalisation harmonique réelle ne sera pas absolument nécessaire.
Exemple
Contresujel
N.-B. — Chaque fois qu'une note, entendue à la fin d'une mesure, est répétée dans la mesure suivante immédiatement après un silence et descend d'un degré, on doit la considérer comme un retard et la traiter harmoniquement comme si la syncope avait été soutenue ; dans l'exemple précédent, mesures 4 et 5, on agit comme si la mélodie était écrite ainsi :
fc);a rJ ■ \ P ^ 0 ^ 0 '
107. Lorsque le contresujet accompagne la réponse d'un sujet qui ne mutatiox DA^s module pas (fugue réelle), il ne subit aucun changement : on le transpose simplement dans le ton de la réponse.
Si le sujet module (fugue du ton), le contresujet entendu avec la réponse présente une ou plusieurs modifications parallèles aux changements que, dans ce cas, a subis la réponse par rapport au sujet.
II y a donc dans le contresujet mutation correspondante à la mutation de la réponse.
108. — Lorsqu'un sujet doit amener dès le début une mut.\tion dans la réponse, on fait en sorte de ne commence!- le contresujel qu immédiatement après l'endroit oii se produira la mutation.
Contresujet. .
Siyet...
Këponse
ij"^ i^j-^
Jl-
mufatie*
109. — Mais, si, pour une raison quelconque, on commence le contresnjei, avant la première mutation du sujets on doit suivre les mêmes règles que pour le sujet, lorsque le contresujet est entendu avec la réponse, c'est-àdire que pour l'un et pour l'autre il y a identité de mutation.
DU CONTRESUJET
Exemple •
Les chiffres places sur les notes indiquent les degrés.
es. du Sujet
Sujet et son Contresujeti
Sujet;
'-■^ il - I .^~ l'
ton d'ut :tondesol ;tond'ul
C,S.de la Réponse
tr-
Réponse fct son Contresujeti
Réponse:
-r-iS'-
ton de sol; ton d'ut ; ton de sol
pÈ^
rrrrrr
fo--
11 y a ici, dans la tête du contresujet, deux mutations correspondant aux changements d'intervalles (-{-) de la réponse par rapport au sujet : à un intervalle mélodique de tierce (+), au début du contresujet du sujet, le contresujet de la réponse répond, par un intervalle de seconde ; c'est le contraire qui a lieu au signe (++) où à un intervalle de seconde du contresujet du sujet répond un intervalle de tierce. On remarquera que, dans le cas présent, le sujet et la réponse présentent des mutations inverses à celles du contresujet, en ce sens qu'à une addition d'un degré entre deux intervalles de la réponse par rapport au sujet, correspond une diminution égale dans le contresujet et réciproquement.
110. — Mais, dans bien des cas, on éprouve des difficultés presqu'insurmontables à faire entrer le contresujet avant la première mutation, et, de toute façon, on n'est pas libre de donner à la tète dit contresujet telle forme mélodique que l'on désirerait. Il vaut donc mieux ne faire entrer celui-ci qu'après la première mutation de la réponse.
111. — Le contresujet subit d'ailleurs autant de mutations qu'il y a de modulations dans le sujet ; l'effet de ces mutations ne se faisant sentir que dans la réponse, il est de toute nécessité de ne jamais chercher le contresujet SUR LA RÉPONSE, mais au contraire de toujours se servir du sujet pour le trouver. Gela se comprend sans qu'il soit besoin d'entrer dans des explications.