INDICATIONS
résultat que de faire perdre un temps précieux aux chirurgiens en reculant le moment de leur intervention (i).
Il faudrait donc opérer, dans les cas de rétrécissement cancéreux, lorsque, la nature et le siège du mal étant connus, la déglutition des liquides tend à devenir impossible, et avant que le malade soit tombé dans le marasme par le fait de l'inanition ou par celui de la cachexie cancéreuse, enfin avant l'arrivée d'une complication pulmonaire ou autre.
Les indications sont toutes différentes lorsque le rétrécissement est cicatriciel. Dans ce cas, en effet, il ne faut opérer que lorsque l'obstacle, siégeant au-dessous de la portion cervicale de l'œsophage, est infranchissable, et qu'on ne peut par conséquent songer ni à la dilatation ni à l'œsophagotomie interne. Tant que l'on peut faire passer une sonde, si mince qu'elle soit, on peut espérer qu'on la fera suivre par une plus volumineuse, puis par une olive, ou par l'œsophagotome, et cet espoir est parfaitement fondé; mais dès que l'imperméabihté est reconnue, il faut adopter l'idée que la gastro-slomie est le seul parti à prendre, bien préférable à la dilatation forcée, qui le plus souvent a produit la perforation du conduit, et la pratiquer le plus tôt possible, sans attendre que l'inanition prolongée ait épuisé les forces du sujet.
Ainsi, pour opérer avec des chances de succès, il faudi-ait, dans le premier cas, le faire dès qu'on sait que le rétrécissement est cancéreux, qu'il s'étend au-dessous du bord supérieur du thorax, qu'il rend la déglutition impossible — qu'il soil
{i) D'aulres observateurs ont fait du reste des remaniuos analogues, niais nous ne pouvons pour le moment nous élendre davantage sur ce sujet, (|ui demande à lui seul de longues recherches. C'est encore un des nombreux problèmes soulevés par l'étude de la gastro-stomie, et que nous nous efTorcerons d'éclairer prochainement.
infranchissable ou non; — dans le second, seulement lorsque le rétrécissement est infranchissable (1).
Une affection pulmonaire concomitante sera une contreindication formelle.
En cas de rétrécissement cancéreux, l'opération ne sera évidemment que palliative; mais elle pourra prolonger l'existence plus ou moins longtemps, la rendre certainement plus douce, en apaisant les tortures de la faim et de la soif, et surtout les efforts de vomissement notés pendant des mois entiers dans plusieurs de nos observations.
La prolongation de l'existence, lorsque la gastro-stomie réussira, chez un cancéreux, doit être admise en toute certitude ; il n'est pas douteux en effet que la marche du. cancer sera moins rapide lorsqu'il ne sera plus irrité par des tentatives répétées de cathétérisme ou de déglutition. Le malade de Schœnborn a survécu trois mois, celle de M. Studsgaard plus de 5 mois, et ceux de Sydney Jones et de Lanelongue auraient pu vivre tout aussi longtemps sans la complication thoracique qui les a emportés.
Dans les rétrécissements cicatriciels, la gastro-stomie pourrait bien n'être que le premier pas vers un résultat plus satisfaisant : nous voulons parler de la dilatation par le bout inférieur, c'est-à-dire de bas en haut, en faisant passer une bougie flexible par le cardia.
Cette idée nous a été suggérée par la disposiiion du rétrécissement qui existait chez le malade de Jouon. L'orifice supérieur, en effet, dans ce cas, était situé contre la paroi, au mi-
(1) Le fiiit de M. Bradley nous enseigne que le succès opératoire peut ùlvv suivi à bref délai de la mort du sujet, lorsque l'estomac a été atteint par le caustique; malheureusement on ne peut guère diagnostiquer cette coïncidence du rétrécissement œsophagien.