ALIMENTATION APRÈS L'OPÉRATION
Dans les premières heures qui suivront l'opération, on introduira dans l'estomac des liquides froids ou glacés pour prévenir ou apaiser les efforts de vomissement causés par le chloroforme : lait, bouillon, vin coupé d'eau de Sellz, Champagne frappé, eau-de-vie, etc.; plus tard on ajoutera des potages, des œufs, du hachis de viande.
Si la soif reste trop vive, malgré les injections de liquide dans l'estomac, on pourra la calmer en faisant sucer au malade de petits morceaux de glace, ou en le faisant se gargariser de temps à autre avec un liquide rafraîchissant. Mais il faut bien se garder de lui laisser avaler de grandes quantités de boissons, qui provoquent presque toujours des efforts de vomissement, ce qui nuit évidemment à la formation des adhérences et favorise d'autant l'apparition de la péritonite.
Il sera prudent de n'arriver à faire prendre la quantité normale d'aliments demi-solides, ou d'une digestion longue, que
préalablement et réduites, comme on dit, en pâtée. A celte série d'aliments joignez l'eau vineuse et sucrée, plus tard même le vin pur et sucré; mêlez le plus possible le sucre à Falimentalion, puisque rintroduction des matières amylacées sera plus difficile, et celle des matières grasses peut-être une cause d'indigestion ou au moins de malaise par un séjour prolongé dans l'estomac et par l'aHlux provoqué de la bile.
» Quant aux boissons, il sera toujours utile de les donner un peu plus que moins chaud. Sans doute, à Tétat de santé et môme de maladie, nous prenons des boissons froides, très-froides, avec plaisir et sans inconvénient; mais elles ont un assez long parcours jusqu'à l'estomac, qui, prémuni, averti, si je puis ainsi dire, par la sensation de la portion supérieure du tube dont il n'est que le rendcinent, ne subit point d'agression, point de surprise.
» Je conseille aussi, pour priver le moins possible le malade de ces sensations supérieures, de lui donner à boire et à manger par la bouche, comme s'il pouvait avaler; il crachera le liquide, mais il en aura perçu le goût, la température; quant aux aliments qu'on lui aura fait broyer et mâcher, une partie pourra servir aux ingestions gastro-stomiques. La synergie fonctionnelle et dynamique entre les actes qui s'accomplissent dans la bouche et ceux qui se passent dans l'estomac trouvera ici son compte : cela paraît subtil, mais cela est. »
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à ces excellents préceptes, dont on trouvera la confirmation en lisant la relation du malade de M. Verneuil.
du douzième au quinzième jour, alors que les adhérences de i| l'estomac à la paroi abdominale seront assez résistantes pour ne pas céder sous l'influence des mouvements étendus et prolon- ! gés de la cbymification. La digestion pourra être d'ailleurs aidée en ajoutant aux aliments une certaine quantité de pepsine. On pourrait encore, comme le proposait Michel Lévy et comme l'ont foit Trendelenburg et Schônborn, faire mâcher au malade ses aliments, qu'il faisait arriver ensuite à l'estomac au moyen -d'un tube en caoutchouc ou d'une cuiller.
Pour retenir les aliments dans cette cavité, ce qui du reste i n'est pas une difficulté, on emploiera soit une grosse sonde en caoutchouc rouge, fixée à la paroi abdominale autour de la fis-- j tule au moyen de baudruche coHodionnée (Verneuil), soit une €anule à double rebord fermée par un bouchon (Sédilloi), soit: la canule double de Kuster, soit encore le double tampon de M. Lanelongue.
Plusieurs chirurgiens s'étant demandé si l'alimenlation faite^ sans mastication et sans insalivation serait possible et profitable, nous pouvons maintenant répondre à celte question, eni nous appuyant sur les faits de guérison de la gastro-stomie.
Les faits relatifs aux malades de M. Sydney Jones, de M. Lanelongue et de M. Rradley, morts, le premier au quarantième jour,. Je deuxième au vingt-sixième jour, et le troisième au vingt-huitième, ne peuvent guère nous servir; mais le sujet de M. Schœn-born, qui pendant trois mois a digéré plusieurs beefsteaks par jour, celui de M. Trendelenburg, qui au bout de quatre mois étaiti bien portant, celui de M. Verneuil, dont la santé est restée bonne' pendant dix-huit mois environ, et celui de M. Studsgaard, quivit encore cinq mois après l'opération, peuvent enlever tous leS' doutes qu'on avait émis à ce sujet. On sait mainlenant que malgré l'absence (relative toutefois, si le malade mâche ses aliments)»
ALIMENTATION APRÈS L'OPÉRATION. Hl
irinsalivalion, les gaslro-slomisés peuvent gagner en poids, en [aille, en embonpoint, en forces, etc. Le malade de M. Verneuil a été plusieurs fois sérieusement indisposé; mais ce malheureux arçon, appartenant à la classe ouvrière, servait de jouet à ses amarades, qui s'amusaient à lui injecter dans l'estomac du vin, de l' eau-de-vie, des liqueurs, et qui souvent l'ont ainsi yrisé, sans réfléchir au dommage qu'ils lui causaient.