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PREMIÈRE OBSERVATION DE SÉDILLOT

I muscle lui-même, l'aponévrose située entre ce dernier et le péri- I toine, et enfin cette membrane, en la soulevant légèrement avec des l pinces. Un seul vaisseau donna du sang et fut lié.

Dès que le péritoine eut été ouvert, on put apercevoir le grand épiploon épanoui à la surface des viscères abdominaux et fort éloi- <rné de la paroi abdominale, en raison probablement de l'introduction de l'air et de la paralysie chloroformique des muScles.

J'allai chercher avec un crochet mousse une petite portion d'épiploon et je l'attirai de haut en bas par la plaie. Le côlon transverse fut ainsi amené au dehors. J'essayai de le faire sortir par la blessure pour entraîner l'estomac; mais ayant rencontré une trop forte résistance, je réduisis le gros intestin et l'épiploon en conservant les feuillets superficiels et supérieurs de cette membrane et en les développant de nouveau hors de l'abdomen, et j'attirai peu à peu dans la plaie une portion de la grande courbure de l'estomac.

Arrivé à ce temps de l'opération, je réduisis l'épiploon et, ayant fait une ponction dans la partie de l'estomac qui me parut appartenir à la face antérieure de l'organe et répondre à la réunion des deux portions pylorique et cardiaque, je fis pénétrer par cette ouverture la canule stomacale dont j'avais adopté l'usage.

Cette canule était composée de deux moitiés ou valves représentant par leur contact un tube complet. Chacune des valves olîrait un rebord saillant, coudé à angle droit, l'un pour soutenir l'estomac €ontre les parois de l'abdomen, l'autre pour retenir l'instrument à la plaie extérieure.

Des tubes cylindriques en argent de différents diamètres pouvaient être introduits entre ces deux valves, les écarter plus ou moins, à volonté, en être retirés pour les nettoyer et permettre, dès que les adhérences de l'estomac seraient établies, d'enlever momentanément ou définitivement la totalité de l'instrument, selon les indications.

Un peu de sang s'écoula de la ponction faite à l'estomac ; deux sondes cannelées furent portées dans le viscère, et sur chacune des cannelures placées aux angles opposés de la solution de continuité je fis glisser l'une après l'autre les deux valves de ma canule. Ensuite un tube fermé par un bouchon de liège fut placé entre elles pour les maintenir écartées; on fixa avec des boutons disposés à cet effet les diverses pièces de l'instrument, et l'estomac fut réduit.

A ce moment le viscère fut entraîné avec force en arrière, la

DE LA OASTIIO-STOMIE.

canule suivit et s'engagea dans l'abdomen de toute sa hauteur, qui était de six à sept centimètres. Nous fîmes quelques efforts de* traction pour soulever l'estomac; mais ayant rencontré de la résistance, nous crûmes que nous obtiendrions plus aisément les rapports de l'estomac avec la paroi abdominale, après que cette paroi se serait davantage affaissée sous l'induence d'une traction continue.

J'appelle l'attention sur cette circonstance, qui nous paraît le seul : point à modifier dans notre procédé opératoire, comme nous le dirons plus tard.

Des cordons noués autour du corps furent placés dans deux anses< extérieures de la canule, dont les bords reposaient sur la plaie sanspouvoir la traverser. Des fomentations émollientes tièdes furent appliquées sur le ventre.

Une heure s'était écoulée depuis le moment où l'on avait commencé l'anesthésie jusqu'au moment où l'opération avait été terminée. L'insensibilité était restée complète. Le pouls n'avait jamaiss disparu, le réveil du malade s'opéra vite et avec régularité.

Journée calme. Le ventre, plusieurs fois exploré, ne devint le^ siège d'aucune douleur. On injecta à plusieurs reprises dans l'estomac, avec une seringue en étain et une longue sonde de gomme élastique, de l'eau sucrée et environ 250 grammes de bouillon de poulet.

Plusieurs fois ce viscère fut trouvé distendu par une bile verdâtre qui s'écoulait par la canule aussitôt qu'on en enlevait le bouchon; on trouva également une assez grande quantité de ce liquide sur la llanelle servant aux fomentations, dans le milieu de la journée, ce qui provenait de l'occlusion incomplète de l'instrument; mais dans d'autres moments l'estomac parut vide. Tout le liquide ingéré s'accumulait dans la portion cardiaque et n'offrait aucune tendance à s'écouler au dehors.

Je vis une dernière fois le malade à neuf heures du soir. Je le trouvai très-calme, rempli d'espoir, n'accusant aucune souffrance. Le pouls était plus plein, plus fréquent, moins intermittent; la face légèrement colorée; l'abdomen insensible à la pression; la soif nulle.

L'opéré offrait des conditions si favorables en apparence, que je renonçai à passer près de lui la nuit, comme j'en avais d'abord eu l'intention, et je le confiai aux soins du docteur Wieger, qui voulut bien me remplacer.

Minuil. — U malade dort; respiration bruyante; injection de soixante grammes de solution gommeuse par la canule, d'où s'e-

PREMIÈRE OBSERVATION DE SÉDIl.LOT.

chappe une petite quantité de liquide verdâlre. Pouls à 100 pulsations ; chaleur de la peau moindre qu'à dix heures. Quatre heures damatin. — Assoupissement entremêlé de fréquents

réveils. ^ ^

Quatre heures et demie. — Réveil en sursaut avec anxiété; le malade demande de l'air. Abdomen indolore à la pression. Sensation de brûlure au pourtour de la plaie. •

Six heures. — Accès momentanés de dyspnée et de suffocation. Respiration par instants ronflante et accélérée. Peau chaude au visage et au tronc. Refroidissement des extrémités.

Sept heures. — La faiblesse augmentant, M. le docteur Wieger injecte cinquante grammes de malaga dans l'estomac.

La respiration, toujours bruyante, quoique affaiblie, s'arrête par intervalles. Pouls filiforme. Mort à sept heures et demie, sans plaintes et sans aucune agonie.

Autopsie. — Roideur cadavérique prononcée; dépression profonde des parois abdominales dont la teinte blanchâtre n'est pas altérée. Quelques marbrures aux épaules et aux membres inférieurs.

Cavité abdominale. — Une incision cruciale de la paroi de l'abdomen permet d'apercevoir le grand épiploon régulièrement étalé audevant des intestins et entourant de gauche à droite la canule stomacale. Cet organe est légèrement rougeàtre, mais sans aucune opacité, exsudation, ni adhérence, si ce n'est au pourtour de la canule, où il est fixé à la face externe de l'estomac. Çà et là quelques taches ecchymotiques lenticulaires, déchirure de cinq centimètres de hauteur audessous de l'estomac et un peu à gauche, entre deux vaisseaux restés intacts et sans trace d'aucun écoulement de sang.

Circonvolutions intestinales lisses, sans exsudations plastiques ni adhérences. Les portions libres offrent quelques lignes rougeâtres et un peu saillantes, qui disparaissent sous la pression du manche du scalpel et n'ont plus été retrouvées après une macération de quatre heures dans l'eau.

L'hypochondre gauche contenait quelques grammes d'une sérosité rougeâlre sanguinolente.

La plaie du péritoine abdominal est entourée d'un léger cercle ecchymotique et mesure vingt-cinq millimètres de diamètre.

La plaie de l'estomac en occupe la face antérieure et est située à dix centimètres et demi du pylore, treize centimètres du cardia, •quatre de la grande courbure et quatre et demi de la petite. La canule ■en ferme complètement l'origine et permet par ses ailerons antérieurs

de soulever l'estomac et de le ramener au contact de la plaie abdominale.

A droite, adhérences entre les deux faces opposées etpéritonéales d'un repli de l'estomac. A gauche et supérieurement, l'épiploon enveloppait la canule, qui était restée libre et à découvert au milieu de la cavité abdominale, dans une étendue de trois à quatre centimètres.

La paroi stomacale traversée par la canule était légèrement ecchymoséepar infiltration sanguine, dans une circonférence de sept centimètres de longueur sur quatre de largeur.

L'intérieur du ventricule renfermait deux cents grammes de liquide verdâtre. Foie assez volumineux, très-pesant, fortement congestionné et de couleur brune; vésicule biliaire très-volumineuse, distendue par une bile verdâtre qui remplissait également le canal cholédoque et avait abondamment coulé dans l'estomac et les intestins.

Fèces moulées dans l'S du côlon et le rectum; vessie vide, quoique le malade n'eût pas uriné.

Cavité Ihoraciqxie. — Adhérences anciennes et très-étendues des poumons qui étaient sains; au niveau de l'origine delà sixième côte, tumeur très-dure, ovoïde, blanchâtre, ayant trente-cinq millimètres de hauteur sur vingt-huit de largeur. Le nerf pneumogastrique gauche s'engageait dans la tumeur et y disparaissait pour en émerger un peu plus bas.

Le rétrécissement ne laissait passer qu'avec effort un stylet de trois millimètres de diamètre. Légère dilatation au-dessus et audessous de la tumeur; les parois œsophagiennes ne paraissaient avoir éprouvé aucune modification notable.

Examen microscopique de la tumeur, par M. le docteur Michel, qui la trouva formée des éléments des altérations décrites sous le nom de cancer épithélial des lèvres.

Ce tissu était blanchâtre, lardacé, criant sous la section du scalpel, facile à diviser en lames minces et transparentes. La muqueuse était froncée, adhérente et percée de petits pertuis d'où s'échappait assez abondamment une matière d'apparence sébacée, semblable à celle que sécrètent les follicules de la peau (tannes).

Observation IL

Bétrécissemenl cancéreux de Vœsophage. Gastro-stomie. Mort au iO° jour (1).

Homme de 58 ans, entré à l'hôpital le 21 janvier 1853; constitulion robusle, vie régulière, santé parfaite; pas d'antécédents cancéreux.

Il y a neuf mois, commencement de la gêne de la déglutilion, qui augmente progressivement. Au commencement de novembre dernier, le malade est réduit à se nourrir de bouillons, de potages, de semoules, et depuis quinze jours ces matières ne passent plus. Le bouillon et le lait sont les seuls aliments. La faim devient très-vive.

Diminution de l'embonpoint et des forces depuis six mois. Avant l'entrée à l'hôpital on a sondé l'œsophage deux ou trois fois sans succès. Les essais que l'on fait ensuite sont aussi infructueux; la sonde est arrêtée à vingt centimètres environ.

La gastro-stomie est proposée et acceptée avec joie. Voici quel est l'état organique, d'après l'examen de M. Schutzenberger :

Les poumons paraissent sains ; cependant un peu de bronchite depuis un temps indéterminé. Circulation veineuse difficile; veines sous-cutanées de la poitrine extrêmement dilatées; elles le sont également aux extrémités inférieures. Rien du côté du cœur qui donne la raison de ce phénomène. Digestions faciles, selles normales; rien ne contre-indique l'opération.

Elle a lieu lei20 janvier 1853, à onze heures du matin. Le malade est chloroformisé rapidement, Licision longitudinale à deux travers de doigt de la ligne médiane, à deux centimètres au-dessous du rebord des fausses côtes du côté gauche. Cette incision est faite sur la peau pliée en travers. Seconde incision, plus petite, perpendiculairement à la première, de manière à former une croix. M. Sédillot arrive rapidement au péritoine sans avoir d'hémorrhagie; une petite artère donne quelques gouttes de sang à la partie supérieure de la plaie. L'écoulement est arrêté par une légère compression. Le péri-

(1) Sédillot, Gazette médicale de Strasbourg, 1853, p. 69. — (Résumé.)

DE l.A GASTRO-STOMIE.

toine incisé, l'opérateur enfonce l'index dans la plaie et ramène, quelques instants après, à l'aide d'une pince courbe à mors circulaires évidés au centre, et dirigée sur le doigt, un organe à surface lisse qu'il tire au dehors : c'est l'estomac. Au moment de l'ouverture du péritoine, l'air s'est précipité dans l'abdomen avec un sifflement distinct, et le même phénomène s'est répété plusieurs fois pendant les inspii ations.

« Depuis la première inspiration de chloroforme jusqu'à l'extraction d'une portion de l'estomac au travers de la plaie, il s'est écoulé douze minutes.

» Le second temps de l'opération consiste à fixer l'estomac aux parois abdominales. A l'aide de cinq à six points de suture, intéressant d'une part la peau de l'abdomen, d'autre part les tuniques péritonéale et musculeuse de l'estomac, cet organe paraît suffisamment attaché et ressemble assez bien à un intestin qui ferait hernie par une ouverture accidentelle; il est bleuâtre, congestionné.

» L'opération est terminée ; on remet l'incision de la paroi stomacale à l'époque où des adhérences se seront formées entre cet organe et les parois de l'abdomen. Fomentation tiède à plat sur la tumeur : c'est le pansement. »

On reporte le malade dans son lit et on l'entoure d'objets chauds ; il est tranquille ; peau fraîche, pouls à 70.

On prescrit pour la suite des applications chaudes sur l'abdomen et des boissons chaudes.

« A une heure un quart, et pendant de violents efforts de toux, l'estomac rentre dans l'abdomen. On cherche à l'instant le chef des cliniques et l'on envoie prévenir M. Sédillot. Vers deux heures le malade est pris d'un tremblement fébrile qui se dissipe rapidement par l'application de flanelles chaudes.

» M. Sédillot arrive quelques instants après, et après avoir fait chloroformiser le malade, introduit l'index dans la cavité abdominale et va à la recherche de l'estomac, qu'il amène au dehors à Taide de la pince déjà mise en usage. Les sutures encore adhérentes entre la peau et l'estomac avaient soutenu le viscère et avaient permis de le retrouver à peu de distance de la plaie. Les fils furent coupés et extraits. Une petite portion du viscère est serrée entre les mors d'une pince à coulant d'Assalini, qu'on place perpendiculairement à la ligne médiane. Sous les tiges de la pince on passe des linges cératés, pour ^ en empêcher le contact immédiat avec les bords de la plaie. Ou veut i ainsi fixer solidement l'estomac. La portion serrée par la pince se |

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