OBSKRVATION DE LE DENTU
rnenté par une soif très-intense; on craignait l'apparition d'un abcès du médiastin, mais les douleurs s'atténuèrent.
L'intervention devenait nécessaire, car l'émaciation augmentait de jour en jour et rapidement.
Le 27 décembre au matin, le malade pesait 51 kilog. 500 gr.; le 28, 50 kilog. seulement ; la perte de poids était donc de 1 500 gr. dans les 24 h.; même soif et même impossibilité d'avaler; lavements alimentaires composés d'œufs, de vin et de bouillon en parties variables.
29 décembre, poids, 48 kilog. 500. — 3 lavements alimentaires. Affaiblissement rapide des forces. Le malade demande instamment une opération. Son intelligence paraît diminuer.
Le 30, poids : 48 kilog. 500. — Mêmes symptômes.
Le 31, 49 kilog. 700.
janvier 1878, 48 kilog. 900. P... est de plus en plus faible, ses téguments sont pâles, légèrement pigmentés; ses muqueuses sont décolorées, ses joues très-creuses. Il est sans cesse tourmenté par une soif ardente qu'il cherche à calmer par l'ingestion d'eau froide. Lorsqu'il boit au verre, il prétend qu'aucun liquide ne franchit le rétrécissement; plusieurs fois il s'est mis la bouche sous le robinet d'une fontaine à jet assez intense, et il dit qu'alors seulement il sent quelques gorgées de liquide descendre jusque dans l'estomac. Il se lève quelques heures dans la journée ; il est extrêmement sensible au froid. On continue les lavements alimentaires.
2 janvier. — Poids : 48 kilog. 400 grammes. — Mêmes sensations ; nausées fréquentes très-douloureuses; quintes de toux assez pénibles.
La température axillaire a suivi la même décroissance que le poids.
Le 27 au matin, elle est à 36'',5; le soir, 37°,4.
Le 28, le matin, 36°,5 ; le soir, 38°.
Le 29, matin, 37%2; soir, 36%0.
Le 30, matin, 36%3; soir, 36%6.
Le 31, matin, 360,3; soir, 36%6.
Le janvier, matin, 36"; soir, 35%8.
Le 2, matin, 35'<',8 ; soir, 350,8.
Le 3, matin, 35",6.
3 janvier. — Poids : 47 kilog. 500. — Même état.
M. Le Dentu fait ce jour-là, à 9 heures du matin, la gastro-stomie, assisté de M. le professeur Verneuil et de MM. Théophile Anger et Lannelongue.
Toutes les précautions ont été prises pour remplir les conditions du pansement de Lister. Dès le matin, tous les instruments ont été plongés dans la solution d'acide phénique au 20MJn jet considérable de vapeur d'eau phéniquée est projeté sur le creux épigastrique pendant tout le cours de l'opération, au moyen du pulvérisateur à alcool de M. Colin.
La température axillaire avant l'opération est de SS^G.
On limite d'abord la matité hépatique par la percussion.
Après avoir donné le chloroforme, M. Le Dentu fit au lieu d'élection, c'est-à-dire à un travers de doigt du rebord des fausses côtes gauches, et parallèlement à leur cartilage, une incision de 4 cent., dont l'extrémité inférieure ne dépassa pas la 9" côte. Les tissus furent divisés à petits coups, en liant les vaisseaux ou en les saisissant avec des pinces hémostatiques au fur et à mesure de leur section. La division du muscle droit fut fort laborieuse, car il n'avait pas moins de deux centimètres d'épaisseur. On reconnaît assez facilement le péritoine pariétal ; on saisit un pli avec une pince, on y fait une petite incision, et on divise le reste, dans l'étendue de la plaie, sur une sonde cannelée. Les lèvres de la plaie étant écartées, on aperçoit une masse rouge, ratatinée, qui n'est autre que le grand épiploon ; on l'attire dans l'angle inférieur et on aperçoit alors l'estomac que l'on reconnaît à sa fermeté et à sa coloration blanc rosé. On le saisit avec des pinces, on l'attire dans la plaie et on fixe le pli hernié avec deux longues aiguilles à acupressure qui le traversent en croix et dont les extrémités reposent sur la peau. Une faible portion d'épiploon est venue avec l'estomac et reste dans l'angle inférieur de la plaie. On fixe alors l'estomac au pourtour de l'incision par 14 sutures, en commençant par celles des angles, et en ayant soin de saisir d'abord le péritoine pariétal avec des pinces à pression continue. Les fils d'argent sont ensuite simplement tordus. La séreuse viscérale adhère alors à la séreuse pariétale sur une étendue d'environ un centimètre dans tout le pourtour de la plaie, et la cavité péritonéale est hermétiquement fermée.
A mesure que le nombre des sutures augmente, la coloration de la portion herniée de l'estomac devient de plus en plus foncée et finit par passer au rouge violacé.
Reste l'ouverture de la paroi de l'estomac. Avec une pince à disséquer on saisit un pli de cette paroi et on l'incise avec des ciseaux; cette section donne lieu à une hémorrhagie en nappe assez considérable. On introduit par l'ouverture, qui a environ 4 cent. 1/2, une sonde
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en caoutchouc rouge, de très-fort calibre, qui pénètre de 7 à 8 cent, dans l'estomac et que Ton fixe aux lèvres de la plaie par deux sutures en fil d'argent. Une couronne d'amadou suffit pour arrêter l'héinorrhagie. La portion d'épiploon qui fait hernie dans l'angle inférieur de la plaie a été comprise dans les sutures et coopère avec elles ii la fermeture absolue de la cavité péritonéale.
L'abdomen entier est recouvert d'une épaisse couche de coUodion; on applique ensuite sur la région épigastrique de la ouate et un bandage de corps.
Température après l'opération, 35°, 4.
A 1 h. 1/2, c'est-à-dire deux heures après l'opération, on lui fait par la sonde une injection de 100 grammes de lait, aussi lentement que possible. Le lait a été chauffé à 39 ou 40°. Le malade se plaint constamment de son coté gauche et cherche sans cesse une position différente. Nausées fréquentes, hoquet, soif très-ardente, qui se calme en introduisant quelques gouttes d'eau dans la bouche. Face paie, souffrante. Température, 35°,4.
A 3 h. 1/2, injection de 100 grammes de lait avec une cuillerée d'alcool. Malgré la grande lenteur de celte injection, le malade éprouve une violente envie de vomir; sa face se cyanose, ses yeux deviennent saillants ; il souftre horriblement de ne pouvoir satisfaire ce besoin de vomir.
Le soir, température 36", 2; calme, point de nausées. La douleur persiste toujours à gauche de la plaie, au niveau des attaches du diaphragme; soif opiniâtre, calmée en gardant un morceau de glace dans la bouche, mais ce n'est qu'une rémission momentanée.
A 7 heures du soir, injection sous-cutanée de 5 gouttes d'une solution de chlorhydrate de morphine au 50°. Soulagement; moins d'agitation; respiration plus facile. Un peu de sommeil.
A 8 heures, nouvelle injection de 100 grammes de lait avec une cuillerée d'alcool ; elle ne provoque ni nausée ni hoquet. Calme relatif jusqu'à 9 heures. A il heures, injection de 10 gouttes de morphine. L'agitation cesse, la douleur est très-supportable.
Nuit assez bonne. Quelques heures de sommeil à intervalles irréguliers.
4 janvier. — Le visage exprime une fatigue extrême; légère teinte subictériqup, joues creuses. La peau est moite, le pouls moins fort qu'hier; 156 pulsations. Pansement de la plaie avec de la glycérine; elle n'oflre rien de spécial; pas de suppuration; elle est froncée sur les bords et un peu infundibuliforme.
A 9 heures. — Pouls à 140. T. 37o,G. Injection de lait froid suivie, sur la demande du malade, d'une injection d'eau glacée. A mesure que cette eau est introduite, sensation de soulagement vers l'estomac et plus encore vers le pharynx et l'arrière-houclie. Les liquides froids sont mieux supportés. Les nausées et le hoquet sont moins fréquents. Ils n'existent que lorsque le malade boit quelques gorgées d'eau glacée pour apaiser la soif qui le tourmente sans cesse; il se jette avidement sur le verre qu'on lui présente ; mais quelques secondes après l'eau est rejetée avec souffrance et il s'ensuit pendant quelques instants des besoins très-douloureux de vomir et une quinte de toux,
A midi, injection de 100 grammes de bouillon et de vin froids; elle est moins bien supportée que les précédentes. Hoquets plus fréquents; la douleur sous le rebord des fausses côtes gauches s'accentue. Malaise général.
A 2 heures, injection de 150 grammes de lait. Plus d'envie de vomir, mais sensation pénible dans le pharynx, qu'il compare à du dégoût des aliments ; ensuite injection d'eau glacée. T. à ce moment 37». Pouls 128, moins fort et inégal.
A 4 heures, même injection ; le malade est plus faible ; prostration et malaise général ; la douleur de l'hypochondre gauche est plus vive, l'abdomen très- sensible.
A 6 heures, mêmes injections, accompagnées d'une sensation très-désagréable vers le pharynx. Les nausées sont très-fréquentes, ainsi que le hoquet. Le malade est soulagé par l'expulsion d'une salive abondante, les forces faiblissent; pouls petit, régulier, incalculable. T. 37",3; face grippée, prostration croissante.
L'abdomen est douloureux à la pression dans toute son étendue et surtout au pourtour de la plaie. Le venire reste rétracté sous la cuirasse de coUodion. Pas de garde-robe depuis le dernier lavement alimentaire. Urines fébriles, très-épaisses, chargées d'urates. Le thorax ne présente rien de spécial: dypsnée assez considérable; 48 respirations à la minute; peau froide; agitation croissante ; injection sous-cutanée de 10 gouttes de morphine.
5 janvier. — La faiblesse s'est encore accrue depuis hier soir. A 8 heures, injection de 10 gouttes de morphine. Sur la demande du malade, on lui fait une injection de liquide glacé (mi-parti eau et lait) ; elle le soulage très-peu ; les nausées et le hoquet ont cessé.
Faciès de plus en plus grippé, péritonitique ; teinte subictérique. Respiration fréquente, anxieuse; malaise, agitation crois-