Murchison, loco citato
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Le système circulatoire est atteint d'une façon très marquée, c'est ainsi qu'on voit des palpitations, des pulsations irrégulières, de la syncope, et de la pseudo-angine de poitrine, des spasmes artériels dans diverses parties donnant lieu à des rougeurs ou à des sensations telles que le « doigt mort ».
Le système nerveux est atteint d'une façon variée et profonde par l'état goutteux. On observe ainsi diverses conditions pathologiques que nous avons examinées au chapitre X; telles sont la céphalalgie, la migraine, les névralgies, les névrites, les vertiges, les tintements d'oreilles et des douleurs vagues, parfois fugitives.
Psychopathie goutteuse. — Les états psychiques varient à l'infini. L'irascibilité, un caractère chatouilleux, capricieux, avec tendance à tout voir en noir, l'hypochondrie; la neuromimèse, la mélancolie et même la tendance au suicide sont des expressions diverses de la goutte irrégulière. Une violente attaque de colère peut être la manifestation unique d'une attaque de goutte régulière ou même une substitution de celle-ci; de même aussi quelque trouble mental transitoire.
L'élément mental chez les goutteux est un facteur très important au point de vue du résultat du traitement. Les forces morales ne doivent jamais se développer à l'excès au détriment des forces physiques et bien des personnes deviennent goutteuses parce que ce fait se produit. Cela se voit souvent dans les cas d'individus placés par les exigences de la vie dans des conditions qui s'adaptent mal à la mise en activité de leurs forces. Ainsi un homme qui, par sa musculature et l'énergie de sa circulation, devrait vivre en plein air, est mal favorisé par les circonstances s'il doit se livrer à des occupations sédentaires dans une grande ville. Le manque d'air et le défaut d'exercice favoriseront la goutte et cette tendance sera encore accentuée par des excès de travaux intellectuels qui se trouvent être pour lui la seule façon de déployer son activité. Il en résulte un conflit de forces ; les forces musculaires non employées subissent des transformations vicieuses parmi lesquelles figure l'uricémie (goutte acquise), et c'est alors que les facultés mentales peuvent prendre un caractère morbide et être fâcheusement influencées par l'apparition de l'état goutteux.
Insomnie ^ — L'insomnie est parfois une manifestation de la goutte irrégulière qui est peu connue. L'interruption brutale du sommeil par un accès de goutte qui éclate aux premières heures du jour est le type de l'insomnie goutteuse dans sa forme la plus atténuée.
1. Diickworlh, On Insomnla and otiier troubles connecled willi sleep in Versons of gouhj Dispositions. B7Yim, iuiUei, 1881.
La forme la plus simple d'insomnie qui survient chez les individus prédisposés à la goutte est due, dans la plupart des cas, à la dyspepsie acide ou par fermentation. CuUen en a donné une des meilleures descriptions que je connaisse, dans les termes suivants : « les individus qui ont une faiblesse d'estomac, ce qui est mon cas depuis longtemps, savent que certains aliments les empêchent de dormir; ainsi j'ai élé réveillé des centaines de fois à deux heures du matin sans ressentir aucune impression particulière, mais je savais que mon réveil était dû à une opération irrégulière qui s'effectuait dans cet organe, et en passant en revue ce que j'avais mangé à dîner, j'arrivais à trouver quelle en était la cause ». Cette insomnie est souvent causée par ceriain aliment que le malade digère mal, ou bien elle peut être due à un excès de vin ou à un mélange de différentes liqueurs. Très souvent les substances grasses ou sucrées en excès ou le mélange de fruits et de vins peut déterminer celte dyspepsie. Il peut ne pas y avoir de symptômes manifestes de dyspepsie, mais le simple excès de nourriture ou l'ingestion d'une seule substance qui est digérée difficilement peut troubler la circulation cérébrale au point que le sommeil est interrompu et suspendu pendant un certain temps *.
La dyspepsie se développe non seulement dans l'estomac, mais aussi dans le duodénum et la partie supérieure de l'intestin grêle.
Murchison a décrit cette forme d'insomnie et l'attribuait à des troubles du foie qui produisaient l'uricémie et d'autres symptômes de goutte. Un point à noter à ce sujet, c'est le moment particulier auquel cette insomnie commence. Le malade se couche en se sentant tout à fait bien et sans ressentir la moindre gêne. Puis son sommeil est brutalement interrompu, par un rêve désagréable quelquefois, et tout d'un coup il ressent du malaise dans l'estomac, de la gastralgie, de la flatulence et parfois des nausées.
Si l'on n'intervient pas, le malade reste éveillé, avec des battements dans la têle et un flot d'idées qui traversent son cerveau pendant une ou deux heures, jusqu'à ce que le sommeil revienne.
En se réveillant le lendemain, il éprouvera de la céphalalgie et son appétit sera diminué. Le surlendemain, il pourra être en proie à la migraine. Cette forme de dyspepsie est surtout une manifestation de la tendance goutteuse.
L'impossibilité de digérer certains aliments est un phénomène très
1. Duckworth, On cer/ains fovins of Sleeplesness {Brilisli médical journal), 27 décembre 1873.
marqué dans la goutte et souvent un des signes les plus précoces de la maladie. Pendant la jeunesse, tous les aliments peuvent être digérés rapidement, mais à partir de trente ans, la sélection commence à se faire.
On pourra objecter que ces symptômes ne présentent rien de bien saillant et qu'ils sont assez communs. La caractéristique de ce trouble c'est l'impuissance spéciale de la digestion à une période bien définie de ce processus. Si l'on suppose que cette faiblesse est due à l'heure tardive à laquelle a eu lieu le diner et que le pouvoir digestif serait normal, si le repas avait été pris plus tôt, ce qui est admissible, nous n'avons pas à rechercher si le sommeil serait interrompu dans ces circonstances. La question est toute autre, c'est-à-dire que, chez des individus de constitution goutteuse, le sommeil peut être troublé par une irritation d'une incapacité digestive spéciale, et cela à une période bien définie de ce processus. Il s'écoule un intervalle de quatre à cinq heures entre le repas et le réveil, qui arrive environ deux heures après que le malade s'est mis au lit. C'est le moment qu'affectionnent les attaques de goutte, qui réveillent tout d'un coup le malade quand la douleur éclate. Dans ce cas, comme dans l'insomnie goutteuse dyspeptique, le malade s'est mis au lit en se sentant bien et en bon état de santé.
D'autres formes de troubles goutteux se manifestent souvent dans les premières heures du jour. Ainsi des attaques de bronchite avec dyspnée asthmatique alternent avec les attaques de goutte, et les accès d'asthme débutent souvent après minuit.
Les individus prédisposés à la goutte sont exposés en outre à d'autres symptômes particuliers qui se manifestent pendant la nuit. On a observé que, dans les cas oii une attaque de goutte régulière est attendue mais n'arrive pas, le sommeil est interrompu brusquement plusieurs heures avant l'heure habituelle du réveil et ne revient pas. Un cauchemar peut en être la cause et le même fait peut se reproduire plusieurs matins de suite. Scudamore rapporte deux cas, où le sommeil était simplement troublé par des rêves désagréables, et le lendemain, au réveil, la goutte envahissait les articulations.
Des tressaillements, des cris s'observent parfois dans la dyspepsie goutteuse. Le grincement des dents, pendant le sommeil, est un symptôme que l'on rencontre chez les goutteux. J'en ai réuni plusieurs exemples, et Donkin * a de même appelé l'attention sur des cas
l.Donkin, Brilish médical journal, 21 février 1880, p. 279.
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bien marqués, observés dans une famille de goutteux, on y trouvait aussi des cas de somnambulisme. Le père, goutteux, avait été somnambule dans son enfance, et parfois, dans ses dernières années, se promenait encore en dormant. La mère avait grincé des dents la nuit pendant des années; elle était issue de parents goutteux, mais n'avait jamais eu de goutte. Le reste de la famille, composée de huit enfants, grinçait des dents presque constamment la nuit. Presque tous étaient très nerveux, se promenaient et parlaient en dormant.
J'ai rapporté un cas dans lequel il y avait à la fois des grincements de dents et du somnambulisme; la mère et la grand'mère maternelles avaient été très goutteuses. On a observé aussi des cauchemars et des tressaillements des jambes chez les sujets disposés à la goutte.
A propos de l'insomnie des goutteux, notons ce fait que la plupart des manifestations spéciales de la maladie ont lieu pendant la nuit, avec ou sans interruption du sommeil. Le malade se couche dans son état habituel, mais en se réveillant le malin, il découvre une nouvelle phase de la maladie, cela peut être une raideur ou une douleur musculaire, de l'angine, un début de migraine, une douleur plus ou moins vive dans une jointure ou dans les tissus qui l'environnent, telle qu'un torticolis, un lumbago ou une sensation de brûlure dans une articulation des phalanges. Ces symptômes se déclarent la nuit, mais ne sont pas assez intenses pour troubler le sommeil. Les crampes des mollets sont très gênantes et parfois précèdent, plusieurs nuits de suite, une forte attaque de goutte.
Ce fait que non seulement les attaques aiguës de goutte peuvent survenir pendant les heures dévolues au sommeil, mais que d'autres manifestations goutteuses moins graves se déclarent de même pendant la nuit, vient s'ajouter aux nombreux autres qui démontrent la nature nerveuse de la maladie, car elle partage cette particularité avec plusieurs autres affections qui sont considérées comme des névroses bien franches. Telles sont l'épilepsie, les névralgies, l'asthme spasmodique, la gastralgie, l'angine de poitrine, la laryngite striduleuse, la migraine qui toutes atteignent le malade dans les premières heures ou immédiatement au réveil. Dans tous ces cas, nous devons chercher la cause qui détermine ces manifestations avec une telle constance pendant les heures de sommeil.
• Nous n'avons que des notions très restreintes sur les conditions physiologiques du sommeil. On sait cependant qu'il y a abaissement de la température, à l'état normal et dans la plupart sinon dans tous les états morbides, entre minuit et six heures du matin. Certains
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auteurs ont noté le minimum de température, entre onze heures du soir et trois heures du matin, et bien que rabaissement de température ne soit pas de plus d'un degré, il a cependant une signification très nette en ce sens qu'il est l'indice d'une influence nerveuse directe exercée sur la production de la chaleur. Cet abaissement constant et normal de la température est certainement indépendant de l'enlèvement des vêtements et n'est pas influencé par la chaleur du lit. La sensation de frisson vers trois heures du matin est journalière à ceux qui veillent, et à ce moment l'épuisement et la fatigue sont à leur maximum. A cette heure, on voit généralement tomber de sommeil ceux même qui dorment le plus difficilement.
Les heures de la nuit sont aussi celles où la susceptibilité au froid est le plus grande. C'est vers le milieu de la nuit que le système nerveux est le plus épuisé, l'activité automatique du cerveau cesse et le sommeil devient la « diastole du cerveau ».
Pendant le sommeil, la digestion est plus faible qu'à l'état de veille, de même que l'action du cœur. A l'exception des fonctions de la peau, toutes les autres sont dans le repos le plus complet possible.
Le sommeil est plus profond dans les premières heures de la nuit, et le devient moins à mesure qu'on se rapproche du matin.
Il semble impossible, d'après les considérations précédentes, de ne pas trouver des raisons qui expliquent qu'il y ait une tendance marquée vers les manifestations irrégulières de la force nerveuse pendant les heures où tant de processus cycUques sont modifiés ou interrompus.
Chez les individus bien portants et sans prédisposition nerveuse, il n'en résulte aucun effet irrégulier; mais dans les états morbides et dans les névroses, les heures de sommeil sont surtout celles oii l'on doit s'attendre à quelque manifestation irrégulière.
L'anémie cérébrale, qui existe pendant le sommeil, peut avoir quelque influence pour déterminer certains de ces troubles, cependant cet état ne passe pas pour être la cause, mais bien TefTet du sommeil. Dans les cas de dyspepsie dont nous venons de parler, il existe une source manifeste d'irritation, mais ce qui constitue ici la particularité, c'est qu'elle ne devient effective et ne trouble le sommeil qu'à un moment bien défini, par suite de la formation d'un produit morbide spécial dans le cours de la digestion, agissant à distance d'une façon réflexe ou pénétrant dans la circulation et gagnant les centres nerveux. Ceux-ci, par suite d'un état de dépression temporaire dû au sommeil, peuvent être plus irritables qu'à
d'autres moments et lorsqu'il s'agit d'individus ayant une prédisposition nerveuse, ils sont certainement dans un état moins stable que des sujets bien portants.
Il ne faut jamais perdre de vue l'influence directe d'un excès d'acide urique dans le sang, sur l'insomnie goutteuse. On sait très bien que cet excès existe souvent sans produire aucun trouble manifeste nerveux ou autre , chez les individus qui n'ont pas de prédisposition goutteuse; mais dans les cas de goutte vraie, nous ne devons pas méconnaître l'influence d'un produit qui, lorsqu'il est en excès dans le sang, est un vrai poison.
Les localisations de la goutte sur certains points, sont très étroitement reliées à l'excès d'acide urique dans ces parties et nous pouvons ainsi concevoir que certains troubles nerveux qui surviennent dans la goutte, sont dus à l'irritation des éléments nerveux par cette matière peccante. L'insomnie peut être un des symptômes dus à cette irritation.
Nous ferons remarquer que les troubles liés à l'état de sommeil se rencontrent non seulement chez des goutteux ou comme précurseurs d'attaques de goutte articulaire, mais qu'ils rentrent dans une foule de ces petites misères auxquelles les personnes prédisposées à la goutte sont sujettes. Comme d'autres maladies, la goutte a une signification qui varie selon les particularités individuelles qu'elle présente et la façon dont elle modifie la constitution. C'est ainsi que beaucoup de goutteux n'ont aucun trouble lié à l'état de sommeil, de même que d'autres n'ont pas de migraine, ni de tophus ou de symptômes urinaires.
Le fait que de violentes attaques de goutte éclatent dans la journée et non la nuit n'amoindrit en rien la valeur et l'importance des remarques que nous venons de faire au sujet des symptômes auxquels sont exposés pendant le sommeil, les individus prédisposés à la goutte. On ne doit pas méconnaître leur signification spéciale quand on a l'occasion de les observer.
Bien des malades dorment parfaitement dans l'intervalle qui sépare les fortes attaques et bien d'autres peuvent s'assurer de bonnes nuits en prenant des précautions convenables au point de vue du régime et du genre de vie. L'insomnie spéciale que nous venons de décrire est plutôt le signe de la diathèse goutteuse qu'une phase particulière de la goutte aiguë ou chronique, comme on l'entend habituellement, et à cet égard, elle n'a pas été jusqu'ici signalée d'une façon assez claire. Il est indispensable de savoir la reconnaître pour instituer le traitement qui permettra d'y remédier.