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GOUTTE CÉRÉBRALE

Les symptômes varient d'intensité, depuis la simple confusion des idées jusqu'à la manie et peuvent même devenir apoplectiformes avec du coma. La folie temporaire est une forme de rétrocession goutteuse.

En même temps que les symptômes articulaires se calment, apparaissent les troubles cérébraux avec du délire. On peut observer aussi dans ces cas du vertige, de la somnolence, de la photophobie et des troubles de la vision. Des attaques d'apoplexie peuvent survenir tout d'un coup avec les symptômes classiques et l'hémiplégie à la suite. Tout disparaît sous l'influence d'un traitement convenable ou d'une attaque articulaire. Ces cas ressemblent absolument aux cas les plus graves d'hémorragie cérébrale, et parfois leur véritable nature ne se révèle que parce qu'une localisation goutteuse sur un autre organe fait évanouir tous les symptômes encéphaliques.

Apoplexie arthritique. — Scudamore a rapporté plusieurs observations intéressantes d'attaques d'apoplexie due à une rétrocession cérébrale. Celles-ci survenaient surtout chez des gens pléthoriques vers l'âge de soixante ans. La saignée est alors très utile et atténue la paralysie consécutive, souvent même l'empêche de se produire.

Je ne pense pas que ces deux cas soient aujourd'hui aussi fréquents qu'au commencement du siècle, ce que l'on peut attribuer aux meilleures conditions d'hygiène privée que nous avons aujourd'hui. Il est impossible d'admettre qu'aucun de ces cas s'accompagne d'hémorragie cérébrale, étant donné qu'ils guérissent toujours d'une façon complète. Cependant, à cet égard, le diagnostic est impossible; mais, en tous cas, si la tension du pouls est anormale, on sera toujours autorisé à faire une saignée.

Encéphalopathie goutteuse. — On peut observer des attaques moins graves d'encéphalopathie goutteuse dans lesquelles la conscience est conservée, mais on voit apparaître de la parésie hémiplégique de la face et des membres, avec aphasie, embarras de la parole et amnésie. Ces accidents peuvent être causés par des émotions vives ou du surmenage intellectuel s'exerçant quand le malade est en puissance de symptômes goutteux aigus. La lésion essentielle n'est probablement que de la congestion vasculaire.

D'après Gairdner, « la métastase cérébrale est la plus fréquente; elle se manifeste surtout par une sorte de stupeur, dans laquelle la vue et l'ouïe sont conservées; mais le malade n'a pas conscience de ce qui l'environne, il ne reconnaît pas les personnes qui l'entourent, et il a perdu les notions de temps et de lieu. La parole est difficile ou

tout à fait impossible. Le regard est vague, l'intelligence est abolie, les actes sont automatiques. Le pouls est plein et dur. Cet état arrive graduellement; il est précédé de céphalalgie, de somnolence, après les repas, de diminution des facultés intellectuelles, de la perte du sentiment d'intérêt que l'individu attachait autrefois à ses occupations. Le malade a conscience de la perte de son intelligence et la regrette. » Ces symptômes peuvent quelquefois dépendre de l'urémie et être plutôt de cette nature que l'expression vraie de la goutte métastatique,

Charcot a rapporté un cas d'aphasie complète sans perte de conscience et sans paralysie chez un goutteux, puis tout disparut lors d'une attaque de goutte franche. Ensuite des accès d'épilepsie survinrent précédés d'une aura dans le petit doigt et dans certains groupes de muscles d'un bras avec aphasie, indiquant une lésion corticale. L'aphasie peut être intermittente et durer plusieurs mois.

Dans ces cas d'encéphalopathie goutteuse, on ne peut faire le diagnostic exact qu'après avoir examiné très attentivement l'état des divers organes et des différentes fonctions de l'individu. On recherchera l'existence de la goutte ancienne ou récente. S'il y a des signes de néphrite interstitielle, de faiblesse du cœur et d'athérome artériel, on se souviendra de la possibilité de l'urémie ou de l'hémorragie méningée.

Le diagnostic sera quelquefois impossible à faire de suite. L'âge du malade et l'état des tissus pourront être pris en considération. La tension du pouls est la même dans l'encéphalopathie urémique et goutteuse. Il peut être difficile de se prononcer tout d'un coup en faveur de l'épilepsie ou de l'éclampsie urémique chez un individu prédisposé à la goutte. Les deux sexes peuvent être atteints, mais surtout le sexe masculin, après cinquante ans.

Nous avons déjà parlé de la manie, de la mélancolie, de Thypochondrie et de la migraine comme manifestations cérébrales de la goutte.

Dans ces conditions, l'uricémie détermine une diminution marquée de l'alcalinité du sang. Les troubles cérébraux sont en corrélation avec les troubles digestifs, il y a diminution d'urée et d'acide urique par suite d'absorption et de nutrition défectueuses et diminution d'acidité du sang. Cet état détermine l'issue de l'acide urique accumulé dans le foie et dans la rate, ce qui produit l'uricémie et provoque ainsi des manifestations goutteuses. Haig a montré que la quantité d'urée tombait de 33 grammes à 21 grammes dans les quatre jours qui précédaient une céphalalgie urique par suite d'absorption et de nutrition défectueuses.

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