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GOUTTE GASTRO-INTESTINALE

Goutte gastro-intestinale. — La symptomatologie de la goutte gastro-intestinale est polymorphe. Dans les cas les plus simples, une douleur brusque dans l'estomac constitue le premier symptôme et le plus marqué. Il s'accompagne d'une grande dépression physique et morale. Si une localisation articulaire apparaît, cette douleur se calme brusquement et complètement. Parfois on observe des nausées, des vomissements, de la pyrosis, de la gastralgie. Dans ces cas, on trouve habituellement des signes de goutte sous forme d'attaques irrégulières. Les accès gastriques ne se terminent pas toujours par des attaques articulaires ; mais, dans beaucoup de ces manifestations, lorsqu'une attaque de goutte franche éclate, elle indique ainsi leur véritable nature. Bail a prétendu que certains de ces cas, considérés comme de la goutte stomacale, n'étaient autres que des crises gastriques de l'ataxie. Il est toujours bon d'être prévenu de la possibilité de semblables erreurs. Certains auteurs sont assez sceptiques au point de vue de la goutte stomacale. Watson prétend que, dans des cas considérés comme de la goutte de l'estomac, « il ne s'agissait de rien autre que d'une indigestion, ainsi que le démontrait un vomitif administré au malade ». Évidemment, il y a eu des erreurs de diagnostic commises dans des cas où d'autres interprétations auraient été plus exactes et plus d'accord avec les faits observés. Mais d'autre part il est incontestable que la goutte puisse atteindre l'estomac et l'intestin en déterminant une gastro-entérite aiguë mortelle, ainsi que les autopsies l'ont démontré. Bail dit que « la goutte est à l'estomac ce que le rhumatisme est au cœur ».

Une dyspepsie chronique grave peut être une manifestation de la dialhèse goutteuse longtemps avant que des symptômes articulaires n'apparaissent ou quand ceux-ci sont très légers.

L'application du froid sur une articulation goutteuse a souvent été suivie de spasmes gastriques; il sufflt même pour cela d'avoir les pieds humides lorsqu'ils sont le siège d'une localisation goutteuse. La métastase stomacale se traduit sous deux formes : spasmodique et inflammatoire.

Sutton a rencontré deux ou trois cas dans lesquels il a pu faire le diagnostic de goutte stomacale. C'était chez des hommes qui avaient de la goutte atonique; les symptômes étaient très marqués et s'accompagnaient d'une grande dépression et de signes de collapsus. Les malades se plaignaient surtout d'une douleur très vive dans la région épigastrique s'accompagnant de sueurs froides, de petitesse du pouls, d'une agitation extrême et d'un faciès anxieux. Tout disparut sous

l'influence d'une localisation de la goutte dans un autre organe. Dans un cas suivi de mort subite qui avait fait croire à une rupture du cœur, il fît l'autopsie sans constater de rupture ni aucune lésion organique qui ait pu expliquer la mort subite, en dehors de l'état granuleux et contracté des reins qui contenaient beaucoup d'urate de soude.

Dilatation de l'estomac. — Quelquefois on trouve une dilatation extrême de l'estomac.

Quand le processus goutteux se porte sur l'intestin, il se traduit par de la douleur, des coliques, des vomissements et de la diarrhée. On observe aussi les formes spasmodique et inflammatoire. Cette entérodynie était connue depuis longtemps et appelée « colique arthritique ». 11 peut y avoir beaucoup de flatulence. Une diarrhée durant quelques jours, avec écoulement muqueux abondant, peut être la seule expression de l'entérite goutteuse. Ces manifestations peuvent revenir à des intervalles de plusieurs semaines et alterner avec des attaques articulaires franches. Elles peuvent être causées par des écarts de régime, de fortes émotions ou des refroidissements. Comme symptômes prémonitoires, il peut y avoir des douleurs légères, de la migraine, des sédiments rouges dans l'urine. Quelquefois il peut y avoir de la pyrexie.

Observation. — Goutte gastro-intestinale. — Un clergyman, âgé de trentequatre ans, goutteux héréditaire, vint me consulter le 19 novembre 1887. Il se plaignait d'accès de douleurs périodiques dans le ventre, entre l'ombilic et le pubis, devenant de plus en plus intenses et durant environ dixhuit heures, la guérison complète mettant trois ou quatre jours avant de s'effectuer. La douleur s'irradiait dans tout l'abdomen, surtout du côté gauche. Sa dernière attaque débuta à quatre heures du soir par des élancements aigus; le lendemain à trois heures du soir, il y eut des vomissements alimentaires, suivis d'une sédation de la douleur et d'un profond sommeil ; à neuf heures du matin, la douleur avait cessé. L'urine resta épaisse pendant deux jours. Le quatrième jour seulement tout était rentré dans l'ordre.

Ces attaques avaient commencé à l'âge de dix-sept ans et revenaient tout d'abord à des intervalles de six mois. Une semaine avant, il était « bilieux », moralement déprimé; le sommeil n'était pas réparateur et s'accompagnait de rêves. A ce moment il avait des éblouissements en lisant. Il avait eu plusieurs attaques de goutte dans les talons.

Je lui prescrivis une pilule bleue avec de la coloquinte et de la jusquiame et une boisson alcaline deux fois par jour après le repas.

Il y eut de l'amélioration, puis il eut d'autres attaques analogues.

Observation. — Goutte intestinale avec coliques. — Un homme, âgé de trente-huit ans, négociant, vint me consulter pour des accès périodiques de

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douleurs abdominales. Ses parents étaient rliumatisants. Il avait eu auparavant de l'érysipèle, du pemphigus et de l'eczéma. Une ou deux fois par mois il avait de vives douleurs dans l'abdomen surtout à l'épigastre, sans qu'il ait pu les rattacher à un écart de régime ou à une autre cause. La douleur commençait après le dîner et allait en augmentant pendant douze heures, empêchant de dormir et donnant lieu à des nausées et des vomissements aqueux, ni acides ni bilieux. Le ventre restait sensible pendant plusieurs jours. Il y avait de légers frissons au début de l'accès. Dans l'espace de trois ou quatre heures, la douleur tendait à gagner la région iliaque et l'on pouvait sentir très nettement un gonflement que son entourage considérait comme dû à une « valvule gonflée », et qui disparaissait le lendemain sans laisser de trace.

Avant l'accès, il y avaft soit de la diarrhée, soit de la constipation. A la suite de chaque accès, il y avait de la faiblesse, de la prostration et de la constipation pendant un jour ou deux. La première selle était alors noire et en masses détachées. L'urine était rare et très foncée pendant l'accès.

Il n'avait jamais eu de goutte franche, mais il suffisait de quelques verres de Champagne ou de porto pour lui^onner des douleurs dans les genoux et la plante des pieds.

Rien ne pouvait calmer ces accès, pendant lesquels l'estomac était tellement irritable qu'il ne pouvait tolérer ni médicament ni aliments.

Je prescrivis des pilules de calomel, de la rhubarbe et un régime sévère.

Il était clair que ce cas relevait de la diathèse goutteuse. Ces accès de gastro-entérite spasmodique n'étaient pas dus à des écarts de régime qui avaient eu lieu à un moment donné. Leur retour était probablement dû à une augmentation de l'état goutteux sous l'influence d'un régime alimentaire peu convenable. Il est possible que tôt ou tard la goutte ait pu revêtir une forme frustre.

Budd ^ a décrit deux variétés de goutte stomacale : 1"^ celle qu'on rencontre dans la goutte chronique qui donne lieu à une sensation de faiblesse avec douleurs et crampes. Les vomissements sont rares et il n'y a ni pyrexie ni signes d'inflammation. La pression calme la douleur. 2° Celle qui provient d'une métastase de la goutte articulaire. Il y a alors dans l'estomac une douleur très vive, de la fièvre, des nausées, des vomissements et souvent une diarrhée profuse. Ces symptômes sont très graves et souvent la mort arrive par collapsus au bout de deux jours. Le traitement de ces deux formes n'est pas du tout le même.

Goutte vésicale. — On a publié un grand nombre d'observations de cystite goutteuse dans laquelle cette affection était survenue, comme métastase de goutte articulaire. L'exposition à l'humidité, au

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