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CHAPITRE XIlî

Goutte viscérale.

Nous avons suffisamment démontré, je pense, dans les chapitres précédents, que la goutte se porte sur les viscères aussi bien que sur les articulations. Nous n'avons donc pas besoin d'expliquer ici ce que veut dire le terme de goutte viscérale.

La cause des attaques viscérales est probablement la même que celle des attaques articulaires. La rétention ou la précipitation des sels uratiques dans un organe peut déterminer une attaque de goutte,. d'où congestion, irritation, douleur et symptômes d'inflammation plus ou moins marqués révélant des troubles fonctionnels particuliers selon l'organe qui est atteint.

Telles sont par exemple les bronchites, cystites, orchites, parotidites, névrites, phlébites, gastro-entérites et l'état pathologique du foie qui est en rapport avec la glycosurie. Les tendances individuelles et les prédispositions de tissu jouent certainement un très grand rôle dans la localisation de la maladie, en même temps que l'état dominant du système nerveux a aussi son importance dans chaque cas.

Les métastases goutteuses sur un organe quelconque sont une preuve incontestable de l'existence de la goutte viscérale.

Nous avons vu que, dans les cas de goutte héréditaire, divers organes pouvaient, même dans la jeunesse, être le siège de manifestations morbides dues à cette diathèse et que celles-ci pouvaient céder le pas à des symptômes articulaires, susceptibles cependant de ne se montrer que plus tardivement. Pour nous servir des termes de

Charcot : « Quand ralTection viscérale précède la goutte articulaire et constitue, pendant un temps plus ou moins long, la seule manifestation de la dialhèse, on Tappelle goutte Larvée^ quand, au contraire, elle suit les symptômes articulaires, on l'appelle rétrocédée^ à condition toutefois que la métastase soit provoquée par une cause externe, telle que le froid, par exemple ».

L'attaque viscérale peut être primitive ou secondaire, par suite d'une métastase. Il serait assez étrange que, dans une maladie qui affecte tout l'organisme, il y eut quelque partie épargnée, et, comme nous l'avons vu, à l'exception peut-être des ganglions lymphatiques, aucun tissu n'est exempt des atteintes de la maladie.

Le foie, étant le plus gros viscère, est atteint plus que tout autre organe. Les reins ont des lésions au moins aussi graves que les articulations. Le cœur, les vaisseaux et les poumons prennent également une grande part aux troubles généraux de la nutrition. La peau, le tube digestif, la vessie, les testicules, le pénis, les parotides et très probablement le cerveau et les nerfs, peuvent aussi être atteints.

L'hérédité, ainsi que nous l'avons montré plus haut, imprime ses caractères particuliers aux tissus encore indemnes, leur donnant une véritable physionomie goutteuse très facile à reconnaître quand l'individu atteint l'âge adulte.

Certains goutteux ont plus de tendance à avoir des manifestations viscérales qu'articulaires; chez d'autres, c'est l'inverse.

Un grand nombre de troubles viscéraux peuvent être reconnus ^omme d'origine goutteuse quand bien même il n'y a pas encore eu de signe de goutte articulaire. Ce qui en fait la caractéristique, c'est leur soudaineté et leur fugacité. Par exemple, chez certains individus, le retour périodique d'un catarrhe bronchique, de troubles fonctionnels du foie, de céphalalgies, etc., n'est autre qu'une manifestation de la goutte et réclame un traitement dirigé contre la diathèse. Certains flux, sanguins ou autres, sont de cette nature, par exemple des épistaxis abondantes chez des filles de goutteux pouvant revenir pendant toute leur vie, étant parfois très salutaires et demandant à être respectées. Le sang se reconstitue rapidement et son écoulement peut éviter des accidents graves. Il est difficile de diagnostiquer les cas de cette nature sans faire une enquête sérieuse au sujet des antécédents héréditaires: mais, en revanche, une erreur de diagnostic peut avoir des conséquences fâcheuses au point de vue du pronostic et du traitement.

Les goutteux âgés sont exposés aux hémorragies vésicales. Celles-ci ne réclament aucun traitement et ne sont pas dangereuses.

Dans cet ordre d'idées, nous signalerons différentes affections de l'œil que la diathèse ou la tare goutteuse peut déterminer. On a tort dans ces cas de toujours rechercher des antécédents articulaires; it est bien plus important de s'occuper des antécédents personnels du malade et de ceux de sa famille, qui permettront de découvrir la cause de la maladie. Mais il faut aussi éviter un écueil qui consiste à affirmer trop vite une influence goutteuse.

La goutte viscérale est habituellement une phase de la forme chronique de la maladie et ses manifestations les plus marquées se traduisent par différentes métastases bien connues. Les « orages » de glycosurie, qui surviennent dans la goutte, ont été attribués par Ord à de la goutte du foie, l'hyperémie et la suractivité de cet organe n'étant parfois que da substitution de troubles articulaires. Dans la néphrite interstitielle goutteuse il y a parfois des poussées aiguës du côté du rein, ayant un caractère brusque et fugace rappelant les phénomènes semblables qui se passent dans les articulations et ne se bornent pas à causer simplement de la polyurie ou une augmentation de l'albuminurie. Il en est de même pour la bronchite, le catarrhe gastrique, les névralgies, migraines et autres misères qui se rattachent à la diathèse. Puis la poussée locale s'apaise et l'organe revient à son état primitif. Je vais, dans ce chapitre, décrire un peu plus en détail, certains caractères de la goutte abarliculaire.

Goutte cardiaque.

Nous avons exposé plus haut les lésions cardiaques dues à la goutte. Elles rentrent dans la série des dégénérescences liées à cette maladie. Ainsi, elles coexistent généralement avec de la néphrite scléreuse et dépendent aussi plus ou moins de l'induration et de l'athérome des coronaires. Il peut se faire des lésions valvulaires chroniques avec hypertrophie consécutive. Puis la dilatation peut survenir comme conséquence des troubles de nutrition générale, subissant une aggravation du fait de l'apport imparfait du sang par les coronaires.

Nous avons déjà parlé des névroses cardiaques douloureuses, telle que l'angine de poitrine vraie et fausse. Dans la goutte chronique, l'action cardiaque peut être anormalement violente et rapide ou au contraire remarquablement lente. Depuis longtemps, l'intermittence du pouls est connue comme dépendante dans certains cas de la goutte et s'observe plus souvent dans la pratique que la tachycardie. Ces deux états demandent à être étudiés avec soin.

Nous avons posé comme axiome qu'un pouls irrégulier, intermittent, chez les individus qui ont passé la première moitié de la vie, surtout s'il est associé à des troubles de l'estomac et s'il ne s'accompagne pas de signes bien nets d'affection cardiaque, est souvent sous la dépendance de la goutte.

Sanderson ^ a appelé l'attention sur les irrégularités du pouls chez les goutteux, sans qu'il y ait de lésion cardiaque et il a fait voir que le rythme du pouls pouvait être régulier pendant une attaque et irrégulier dans une autre.

« Pendant la période d'inspiration, la fréquence des contractions du cœur augmente, le pouls devient dicrote; son tracé est complètement différent de ce qu'il est pendant la pause respiratoire où il est relativement relardé. D'autre part, pendant la pause respiratoire, les contractions sont moins fréquentes, les intervalles diastoliques sont plus longs, de sorte que le cœur a le temps de se remplir complètement avant de se contracter. Aussi la quantité de sang chassée dans l'aorte est-elle beaucoup plus grande proportionnellement à celle qui peut passer à travers les capillaires. La durée de la systole ventricuiaire est plus grande et les artères restent distendues beaucoup plus longtemps. Le pouls cesse d'être dicrote. Ainsi chez le même individu, on a du dicrotisme pendant l'inspiration et celui-ci disparaît pendant la pause respiratoire; la seule différence qui se produit dans la circulation c'est que, dans un cas, le repos diastolique est raccourci et par conséquent le ventricule se contracte sur une quantité de sang insuffisante; tandis que, dans l'autre cas, son expansion est complète et sa systole normale. )^

Ainsi que Balfour l'a fait remarquer, les palpitations peuvent être provoquées, chez le goutteux, par une émotion ou à la suite d'un exercice violent, l'état inverse se produisant quand il existe une lésion valvulaire. Un autre fait à signaler comme distinction à établir entre les troubles fonctionnels du cœur provenant de la goutte et les symptômes dus à une affection organique c'est que, dans le premier cas, les palpitations ont un caractère tout à fait subjectif, donnant lieu parfois à des sensations de choc ou de secousses, avec peu ou pas de dyspnée, tandis que, dans le second cas, la dyspnée est à la fois subjective, généralement très marquée, les palpitations n'étant pas constantes ou, quand elles existent, ne constituant pas un symptôme gênant,

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