‹ Traité de la goutteChapitre 106 sur 165 · Sanderson, On the Sphygmograph, p · texte numérisé non relu

Sanderson, On the Sphygmograph, p

Nous avons parlé plus haut de la goutte qui se porte sur le cœur par métastase. Dans ce cas, il n'y a aucun signe clinique ou autre qui puisse indiquer qu'un processus inflammatoire a envahi les parois musculaires ou bien qu'il y a de l'endocardite ou de la péricardite. Celle-ci a été signalée seulement comme une complication de la néphrite chronique.

Dans les cas d'irrégularité du pouls de nature goutteuse, il faut tenir compte d'une manière spéciale du volume du pouls, qui reste normal tant que le cœur est sain. Si les parois du cœur sont ramollies et dilatées, par suite d'une dégénérescence, le pouls peut être petit, sa tension faible, en même temps qu'il est irrégulier. Le caractère intermittent peut disparaître au bout de peu de temps ou subsister pendant des années sans présenter des symptômes bien saillants.

On peut observer un pouls d'une extrême lenteur quand le cœur est faible et dilaté, le nombre des pulsations s' abaissant à vingt par minute au niveau du pouls radial, mais elles sont plus nombreuses au niveau du cœur même, parce que beaucoup d'entre elles n'ont pas la force suffisante pour arriver jusqu'aux artères un peu éloignées. Quelquefois l'intermittence dépend de causes purement nerveuses, en dehors de la goutte, chez les sujets goutteux; dans quelques-uns de ces cas, il existe probablement, comme relevant de la névrose goutteuse, un état instable des centres cardiaques de la moelle.

Dans chaque cas particulier, la gravité est subordonnée à l'état de la nutrition des parois cardiaques et à l'état général du malade en ce qui regarde la cachexie goutteuse.

Quand la diathèse goutteuse est bien établie, le pronostic sera favorable si le cœur est sain et les fonctions rénales intactes. L'intermittence en elle-même n'est pas un symptôme grave; mais c'est toute autre chose lorsqu'elle coexiste avec des lésions dégénératives ; le pronostic devient alors grave.

La mort subite, chez les goutteux, est presque toujours due à une affection aortique ou à un état graisseux du cœur et arrive soit par syncope, soit par rupture du ventricule gauche. Elle peut être déterminée par une attaque de goutte qui vient jeter la perturbation dans le fonctionnement du cœur. Quand il n'y a pas d'attaque, on peut alors considérer à tort le cas comme étant une métastase.

Un pouls avec une haute tension est fréquent dans la goutte. On peut le constater longtemps avant que les lésions cirrhotiques du rein se soient produites; mais la plupart du temps, il a des relations très étroites avec ces lésions et il faut toujours s'attendre à le constater

DUCKWORTH. — Goutte, 18

dans les dégénérescences cardio-vasculaires. Une haute pression artérielle continue porte surtout son action sur les valvules aortiques en y déterminant de la sclérose et produisant ainsi, soit du rétrécissement, soit de l'insuffisance, soit les deux à la fois. Les valvules mitrales participent également à ces lésions, l'endocardite scléreuse produisant de l'insuffisance et parfois du rétrécissement. Le plupart du temps, les lésions mitrales sont dues au rhumatisme, cependant la goutte y a parfois une certaine part en produisant les lésions scléreuses dont nous venons de parler. C'est ainsi qu'on voit des vieillards présenter des symptômes de cette afîection en même temps que des signes de dyscrasie goutteuse, chez qui l'on ne peut trouver aucun antécédent de rhumatisme. La variété rhumatismale est l'apanage de la jeunesse, surtout de la femme. Dans la variété goutteuse qu'on observe chez les individus âgés, on ne constate pas les symptômes du rétrécissement mitral des jeunes gens, à moins qu'il n'y ait une dégénérescence des parois cardiaques. Le cœur peut être vigoureux et agir avec force, bien que le pouls soit irrégulier comme rythme et comme volume. S'il survient une bronchite grave, le cœur droit peut être atteint, ce qui vient augmenter la gravité du cas.

Quand, dans un cas donné, on constate une haute tension artérielle, cela est loin de constituer un état immuable, car il peut varier de jour en jour et même d'heure en heure. On l'observe dans la goutte aiguë et chronique ainsi que dans la goutte incomplète.

La pénétration dans le sang de produits imparfaitement métamorphosés en est la cause première. Aussi l'uricémie, la grossesse, l'anémie, le saturnisme sont des causes bien connues d'augmentation de la pression artérielle. Dans ce dernier cas, il peut probablement se former des albuminates de plomb, qui sont trop stables pour être oxydés et il est démontré que le plomb arrête l'élimination de l'acide urique. Les sels de chaux en excès agissent probablement de même et, comme ceux de plomb, ils ont de la tendance à produire la goutte.

La dyspepsie si fréquente comme antécédent de goutte et plus fréquente encore comme phase irrégulière de celle-ci, peut quelques fois donner lieu à de la sclérose artério-capillaire et comme conséquence à une élévation de la pression. Quand les causes, qui ont déterminé l'élévation de la pression, agissent d'une façon temporaire, lorsqu'elles disparaissent le pouls peut reprendre ses caractères habituels.

L'état de tension du pouls n'est pas toujours perceptible au doigt et peut n'être appréciable qu'au sphygmographe.

Haig ' a fait voir quels étaient les rapports de l'uricémie avec l'élévation de la pression.

Dans la goutte, comme dans les autres états, l'élévation de la pression peut être abaissée par un traitement diététique et pharmaceutique approprié et l'on doit diriger tous ses efforts dans ce sens toutes les fois que cet état s'accompagne de symptômes graves.

Les tracés sphygmographiques précédents (fjg. 17-20) montrent bien les caractères du pouls goutteux.

Rapports de la lithiase rénale et de la goutte.

Il existe des rapports incontestables entre la goutte et la formation de calculs uriques dans le rein. Il est rare que la gravelle et la goutte coexistent en même temps. L'élimination de graviers précède généralement l'attaque de goutte et cesse avec elle. Ces deux états peuvent alterner. Des calculs peuvent se former sans qu'il y ait de symptômes goutteux manifestes; mais on voit des cas où à la suite d'attaques de goutte, apparaissent des signes de calcul rénal, tels que douleurs, hématuries, en même temps que les symptômes goutteux ordinaires cessent. On peut observer ce fait même à partir de l'âge de trente ans, ainsi que Langton en a publié une observation.

Dans un autre cas, un homme, de cinquante-sept ans, avait eu plusieurs attaques graves de goutte dans le gros orteil et, dix ans après leur début, commença à avoir des hématuries qui durèrent dix-huit mois avec des intervalles de rémission. Il n'y avait pas de douleur lombaire très marquée, ni signes d'affection vésicale; et bien qu'aucune parcelle de gravier n'ait été évacuée, je n'eus pas un instant de doute au sujet de l'existence d'un calcul rénal. ■ ■

Quand les calculs sont volumineux, ils ont peu ou pas de tendance à se déplacer, aussi ne donnent-ils pas lieu à des symptômes de coliques néphrétiques. Les cas les plus douloureux de néphralgie et de coliques dues à une formation calculeuse semblent liés à la présence de petites pierres dures et facilement mobiles, et s'observent par conséquent dans les premières phases de la maladie. Dans certains cas de calculs rénaux, il n'y a pas de douleur ou du moins celle-ci est peu marquée et peut être rapportée indifféremment à la religion lombaire et est difficilement localisable d'un côté plutôt que de l'autre. Thornton affirme que des symptômes de calcul rénal pouvaient être déterminés

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