‹ Traité de la goutteChapitre 115 sur 165 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

i° Pyrexie dans la goutte aiguë. — J'ai cherché à faire ressortir le caractère de la pyrexie dans -la goutte aiguë en étudiant un certain nombre de cas de mon service d'hôpital, pendant ces dernières années. Comme il serait impossible de les rapporter en détail, je me bornerai à donner les chiffres et à reproduire les tracés. Les températures étaient prises régulièrement à huit heures du matin et à huit heures du soir. La majorité des malades avait de quarante à soixante ans.

Dans quelques cas, la température a pu être prise jour et nuit toutes les quatre heures. La pyrexie s'observe le mieux quand les malades sont pris par la goutte étant à l'hôpital; autrement, quand ils y entrent avec de la goutte aiguë, on ne peut avoir de données précises sur le début.

J'ai constaté que la température dépassait rarement 38°, 8, dans les attaques les plus aiguës, quand il n'y a pas de complication. Une première élévation se fait généralement, un, deux, trois ou quatre jours avant l'envahissement de l'articulation, la température du soir étant toujours plus élevée. Lorsqu'apparaissent les symptômes de goutte manifeste, la température atteint 37°, 7 ou 38° le soir, avec une rémission le lendemain matin. Le second jour, il y a une élévation vespérale à 38°,3 ou 3\y\ suivie d'une rémission matinale à 37°, 5 ou même au-dessous de la normale à 36°. Puis l'élévation vespérale est habituellement irrégulière, atteignant 37°, 7 à 38°, 3, et les rémissions matinales descendent à la normale ou au-dessous. La pyrexie dure de deux à sept, huit ou dix jours et cède souvent, la température restant

au-dessous de la normale pendant quelques jours. Dans beaucoup de cas, il n'y a qu'une pyrexie modérée, la température arrivant à peine à 37°, 7, même la nuit.

Lorsqu'on prend la température fréquemment, on constate que le maximum est atteint à six heures du soir et le minimum à huit ou dix heures du matin. L'élévation commence dans la matinée et la ■chute arrive vers minuit, en continuant graduellement jusqu'à huit heures du matin.

Dans les rechutes, la température peut s'élever tout d'un coup avec une exaeerbation le soir. Dans un cas, il y eut une élévation de 37° à 38°, 5 ; le lendemain matin, 37'',7; puis le soir, 39°; le matin suivant, 38'^; même chiflre, le soir; le lendemain matin, 37°, puis au-dessous de la normale. Ceci se passait chez un homme de vingt-neuf ans, dont la première attaque était survenue huit ans auparavant. La rechute se fit trois semaines après son entrée à l'hôpital.

Les plus hautes températures s'observent dans la goutte franche, ■chez les hommes jeunes, alors que l'économie est dans la plénitude de son pouvoir vital et de l'énergie de ses réactions.

Mes observations prouvent que l'âge n'a pas beaucoup d'influence sur la régularisation du degré de la pyrexie, car quelques-uns des chiffres les plus élevés ont été constatés chez des hommes au-dessus de cinquante ans. Chez le plus vieux de tous qui était âgé de soixantehuit ans, on notait 38° le cinquième soir et ce fut le maximum. Chez un homme de soixante ans, on nota 33°, 3 le quatrième soir et 38°, 5 le cinquième. L'attaque cède habituellement deux jours après l'accès, mais peut traîner encore pendant une semaine. Chez un homme de cinquante-quatre ans, qui avait une tumeur hydatique, probablement du foie, une attaque aiguë se déclara, le 7 mai, avec une température vespérale de 39°, mais celle-ci avait commencé à monter deux jours avant, atteignant 38°, 3 la nuit qui précéda l'attaque. Celleci dura douze jours, la tempérafure oscillant de 38° à 39° pendant cinq jours.

2° Pyrexie dans la goutte chronique. — Dans la plupart des cas de goutte chronique et de cachexie goutteuse, la température revêt un type remarquable.

Mes observations montrent que la fièvre ne survient qu'en s'accompagnant des exacerbations qu'on trouve dans la goutte aiguë. Dans ces cas, il peut y avoir une élévation à 37°, 7 ou 38°, 3 pendant deux ou trois soirs, mais la douleur et les autres symptômes peuvent persister longtemps après que la température est redevenue normale.

Dans beaucoup de cas, il y a une légère pyrexie continue tant que la douleur parcourt les diverses articulations et cela peut persister pendant plusieurs semaines.

Ces cas sont en général intraitables, n'étant que peu influencés par le traitement et on observe souvent de légères exacerbations. On les confond assez souvent avec le rhumatisme chronique parce que les douleurs sont polyarticulaires. Ils sont très fréquents chez les hommesqui ont dépassé l'âge moyen et qui sont déjà fortement touchés par des attaques de goutte successives et souvent aussi par l'intempérance. Lesdouleurs ne s'atténuent que lentement et la convalescence est prolongée.

En notant ces températures, on a pris soin d'exclure toutes lèscomplications, telles que pneumonie, adénite et deUrium tremens.

Les tracés que nous avons reproduits ont été choisis parmi un grandi nombre d'autres, et montrent bien les principaux caractères de la pyrexie, qui accompagne les attaques de goutte articulaire.

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Tracé 1. — Goulle uiguë.

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Tracé 2. — Goutte aiguë polyarticulaire.

Les tracés 1 et 2 sont des types du mouvement fébrile ordinaire.

Les tracés 3, o, 6, 7, 8, 9, montrent l'élévation de température qui

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Tracé 3. — Goutte aiguë. Attaques espacées pendant dix ans.

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Tracé 4. — Goutte chronique. Fin d'une attaque aiguë.

Tracé 5. — Goutte clironique. Attaque durant !<ix jours.

précède l'attaque aiguë. Dans le tracé 9, il y eut une complication

sérieuse avec attaque de delîrium tremens, ce qui amena une élévation plus grande que d'habitude.

Quand la maladie atteint un grand nombre d'articulations, la fièvre

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Tracé 0. — Goutte chronique et néphrite goutteuse. Mort par pleuro-pneumonie un mois

après l'attaque.

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[Tracé 7. — Seconde attaque do çoutte aiguë trois mois après la premi'ère.

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Tracé S. — Attaque de goutte aiguë (18 ans). Tumeur hydatique du foie.

n'est que modérée. Ce caractère servira à faire le diagnostic dans certains cas qui ressemblent beaucoup au rhumatisme aigu, môme par la transpiration abondante qui se produit.

304 TRMTK DE LA GOTÎTE

Dans le tracé 10, pris che/ une lemniL' atleinle de cancer du foie, on voit une liOs légère réacliun fébrili' pendant les attaques aigués. 1/inlluence du cancer et Télal carlifrli(|ni' du malade semblent modi-

'rincé 9. — GouUc chez un alcoolique. Attaque aifrui; et recliiilc.

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35' Tracé 10. — Goiillc! aifrui". Invasion du coii-ilo-pieil an ">' j^nii-.

fier la température. Quand chez un cancéreux on voit survenir de la fièvre, celle-ci est toujours modérée.

La température locale des articulations envahies dans les attaques de goutte aigui- est habituellement plus basse que celle de l'aisselle ou de la bouche, quelquefois l'écart est de plusieurs dixièmes de degré, bien que l'arliculalion semble à la main plus chaude que les parties voisines non alTeclées. Celte sensation n'est que la conséquence du principe uhi siinudns, ihi /lu.iiis; elle n'est due par conséquent qu'à la quantité plus grande de sang, qui se trouve dans le voisinage d'un foyer inflammatoire.

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