DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE LA GOUTTE
peuvent très bien échapper à la goutte dans tous les pays chauds, mais il y a une belle proportion de goutteux dans l'Inde, ainsi que j'ai pu m'en convaincre après vingt-trois ans de pratique parmi les employés européens de plusieurs grandes Compagnies de chemins de fer de l'Hindoustan. Un régime copieux, l'usage de la bière et de l'eaude-vie en quantité plus qu'ordinaire, joints à un exercice physique limité, aux soucis, aux travaux intellectuels, semblent être les principaux facteurs de la maladie. Il en est de même pour les Européens qui habitent Geylan et la Chine. Cependant Hirsch mentionne l'existence de la goutte parmi la population indigène d'Amoy. La Nouvelle- Zélande, comme la plupart des colonies anglaises, paraît exem.pte de goutte.
On n'a jamais signalé l'existence de la maladie sur le continent africain ni sur les îles qui en dépendent, telles que Madère et les Canaries. Les Européens peuvent avoir la goutte n'importe où, soit par suite d'une prédisposition héréditaire, soit parce que leurs habitudes de vie en favorisent l'éclosion; c'est ainsi qu'on en trouve parfois des cas chez des individus qui ont habité sous les tropiques ou dans des colonies où cette maladie était inconnue parmi les indigènes ou parmi les colons n'ayant pas de tare héréditaire.
Dans les Étals-Unis, la goutte est inconnue. On en rencontre quelques cas dans les grandes villes; mais, selon le D'' Da Costa, de Philadelphie, la maladie ne s'est pas encore développée parmi la population. On trouve cependant des cas de lithiase, qu'on considère comme la première indication de la maladie. Aussi je ne suis pas d'accord avec Hirsch qui prétend que la goutte semblerait être aussi fréquente dans les villes populeuses du nouveau monde qu'elle l'est dans les mêmes circonstances dans celles de l'ancien.
Le régime, les habitudes, les antécédents héréditaires des citoyens des États-Unis sont tels qu'ils empêcheront pendant longtemps la goutte de se développer dans ce pays. L'immigration des populations irlandaises, écossaises, Scandinaves et allemandes dans ce pays représente une collectivité d'individus exempts d'hérédité goutteuse. Un bon climat et la vie à l'air libre tendent à éloigner les manifestations de la maladie. On consomme peu de vin, la bière est légère et l'on boit beaucoup d'eau et de thé faible. L'alcool le plus en usage est le whisky.
Le Canada se trouve dans les mêmes conditions.
Quant aux colons, il faut se rappeler qu'ils commencent leur nouvelle vie à un âge jeune où il est peu probable que la goutte se mani-
Testera, et la vie frugale et active que mène la majorité de ceux qui réussissent, met naturellement obstacle à Féclosion de la maladie. « La tempérance et le travail sont les meilleurs médecins de l'homme. »
En Australie, la goutte est inconnue, excepté parmi les immigrants qui en sont déjà atteints. Il est à noter que les colons sont de gros mangeurs de viande et, dans les villes, de grands buveurs de bière et de thé.
On ne sait rien au sujet de la goutte dans le Centre-Amérique ni en Californie. Dans les Antilles elle est également inconnue.
Dans le Sud-Amérique on sait peu de chose de la goutte. Hirsch a appelé l'attention sur les observations du D'' Dundas, au point de vue de l'immunité pour la goutte dont on jouit au Brésil, ce qui serait assez remarquable étant donné que les habitudes des classes élevées et des étrangers riches sont des plus favorables à la production de la maladie. On y mène une vie indolente, on y prend beaucoup de nourriture animale, mais peu de vin. Il est probable que la colonie étrangère y compte peu d'Anglais et que parmi ceux-ci, la plupart arrivent très jeunes dans le paj^s et n'y restent que juste le temps qui leur est nécessaire.
Quant au séjour sous les tropiques et à son influence sur le début et la marche de la goutte, il ne faut pas oublier que les fonctions de la peau sont très actives, qu'on y absorbe beaucoup de liquide et que l'influence du soleil est partout un facteur puissant pour arrêter le processus goutteux. Les cas de goutte confirmée ne sont pas favorablement influencés par l'extrême chaleur ou par le séjour sous les tropiques qui est très énervant.
Les climats froids et secs semblent conférer une immunité pour la goutte et pour le rhumatisme sous toutes ses formes.
Les climats chauds et humides favorisent ce dernier, ainsi que le montre sa fréquence en Irlande et dans la partie ouest de l'Ecosse.
Il parait certain que les conditions de vie dans les climats tropicaux et subtropicaux tendent à reculer le début de la goutte, même quand il y a des antécédents héréditaires. Cela tient sans doute à ce que la peau fonctionne d'une façon très large, au régime moins azoté, aux boissons diurétiques prises en abondance et à l'influence bienfaisante du soleil.
Dans les climats froids mais exempts d'humidité, il faut forcément se livrer à un exercice musculaire actif, respirer un air très oxygéné, avoir une alimentation azotée copieuse, ingérer des hydrocarbures en abondance. Dans ces conditions, les goutteux héréditaires