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CHAPITRE XXII

La littérature médicale est très riche en travaux concernant le traitement de la goutte, ce qui tient à ce que nous ne sommes pas très bien fixés sur la nature de la maladie que nous cherchons à combattre.

Cependant, pour la goutte comme pour d'autres maladies, nous pouvons dire que les progrès que nous avons faits dans l'étude anatomo-pathologique et clinique de la maladie, en ont rendu la thérapeutique beaucoup plus simple et moins vague.

La question de la curabilité de la goutte a été souvent posée et des médecins distingués en ont nié la possibilité. Trousseau et Gullen, en particulier, soutenaient que l'on ne devait jamais chercher à faire passer une attaque de goutte, et la recommandation du premier, qui prescrivait « de la patience et de la flanelle » dans les cas de goutte et de rhumatisme, est passée en proverbe.

On peut dire que, depuis longtemps, on n'a éprouvé aucun mécompte à traiter avec succès les attaques de goutte et que, ainsi que l'aftirme Garrod, celles-ci sont aussi justiciables d'un traitement approprié que tout autre processus inflammatoire.

Il est évident qu'avec une diathèse héréditaire ou acquise, les malades sont exposés toute leur vie à ses manifestations qui domineront et modifieront chez eux un grand nombre des processus nutritifs. Nous dirons une fois pour toutes qu'aucun médicament ne peut détruire la diathèse goutteuse. Il est de l'essence même de la maladie de récidiver et de se manifester de temps en temps, malgré toutes les précautions. Ainsi que nous l'avons vu, chaque individu est plus ou moins impressionné par l'une ou l'autre diathèse. Les traitements diététique et pharmaceutique ont une action très notable pour arrêter

la tendance de la maladie à récidiver, mais trop souvent on peut dire •que « une fois qu'on est goutteux c'est pour toujours. »

L'observation d'une attaque de goutte nous conduit à croire que l'attaque est le moyen dont la nature se sert pour se débarrasser de la maladie. Gela est si vrai que l'on n'accorderait aucune foi à une thérapeutique qui tendrait k faire avorter l'attaque. Mais le médecin ne peut se résoudre à rester inactif en présence de son malade. Il a en ■effet un rôle à jouer, c'est de traiter non la maladie mais le malade, et de l'aider à traverser celle-ci sans encombre. Tel est aujourd'hui le rôle du médecin.

Ainsi, dans les formes chroniques de la goutte, il y a beaucoup à faire pour rendre au malade la vie tolérable et empêcher le processus morbide de se développer.

Le traitement de la goutte et des états goutteux a été très discrédité par suite de l'impatience et de la crédulité des malades. Ils ne veulent pas se soumettre au régime et au repos nécessaires et ils sont trop -enclins à employer une drogue quelconque, qui leur aura été recommandée par des gens ignorants ou dont ils auront lu l'annonce à la quatrième page des journaux. C'est ainsi qu'après avoir compromis leur état, ils viennent trouver le médecin pour se soumettre à un traitement rationnel, ce qui est fort désavantageux pour eux et pour lui.

Dans le traitement de la goutte, il est essentiel d'avoir en vue la maladie générale et non pas seulement ses manifestations locales. 'Dans chaque cas, l'état général demande une attention continue. Celle du malade est surtout dirigée vers les phases douloureuses de sa maladie et il est peu disposé à suivre le régime qui lui est nécessaire, quand les manifestations goutteuses ont disparu.

Aussi le traitement doit s'appliquer aux phases aiguës de la maladie et à l'état du malade dans les intervalles de ces attaques. Le traitement de la cachexie produite par la goutte, dans ses dernières périodes, doit s'appliquer plutôt à l'état général du malade qu'à une manifestation quelconque de la dyscrasie.

Nous décrirons successivement dans ce chapitre :

1° Le traitement des attaques de goutte;

2° Le traitement à instituer dans l'intervalle des attaques;

3° Le traitement de la goutte irrégulière et chronique;

4° Le traitement local des articulations dans l'arthrite goutteuse 'Chronique et le traitement des tophus;

5° Le traitement de la goutte incomplète et rétrocédée ;

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