‹ Traité de la goutteChapitre 124 sur 165 · LINIMENT · texte numérisé non relu

LINIMENT

Chlorhydrate de cocaïne 20 centigrammes

Acide oléique liquide 13 grammes

Le collodion élastique et la craie pulvérisée passent pour des topiques de premier ordre. Pour moi toute application qui obstrue les conduits des glandes sudoripares doit être rejetée dans l'inflammation goutteuse; mais d'autre part il faut reconnaître que l'on obtient quelquefois le soulagement dans un cas avec un moyen qui échouera complètement dans un autre. J'ai vu quelquefois la douleur de la goutte si prolongée, si intense et si rebelle à tous les moyens locaux que l'on n'obtenait de soulagement qu'après que la maladie avait bien suivi son cours. Il est toujours bon d'avoir à sa disposition un arsenal bien fourni en topiques locaux, afin de varier selon le plus ou moins d'efficacité qu'on obtient de ceux qu'on applique.

Parfois les cataplasmes et les fomentations chaudes calment un peu la douleur. Je préfère les dernières mais seulement au début de l'attaque, comme moyen préliminaire. Dans les attaques franches, les

vésicatoires ne doivent pas être employés, mais trouveront leur indication dans certaines phases de la goutte chronique. On ne doit alors les laisser appliquer que pendant trois ou quatre heures, la nuit, comme de vrais vésicatoires « volants ».

Comme médication interne, on fera bien de débuter par des pilules purgatives composées de calomel, de coloquinte et de jusquiame. Les purgalions énergiques sont contre-indiquées et peuvent aggraver l'attaque. Si le ventre est dur, cela peut être une indication que le malade supportera bien la purgation. Cinq à dix centigrammes de calomel avec six à huit des pilules ci-dessus suffiront à produire de l'effet le lendemain malin, surtout en prenant en outre un verre à bordeaux d'eau de Rubinat chaude, le matin de bonne heure.

Colchique. — Il est étonnant de penser que la valeur de cette plante est restée dans l'oubli pendant un temps infini. On sait très bien qu'au vi*" siècle Alexandre de Tralles l'employait contre la goutte sous le nom d'hermodactyle. Il est probable que si ce n'était pas le colchique d'automne, c'en était une variété. Ce dernier n'est guère entré dans la pratique qu'au dernier siècle et depuis on n'en emploie plus d'autre, bien que d'autres plantes de la même famille (Mélanthacées) aient quelque réputation dans le traitement de la goutte.

Mais aucune d'elles n'a détrôné le colchique comme calmant des douleurs goutteuses.

Avant d'administrer le colchique, on fera bien d'attendre que l'attaque ait éclaté. Le vin de bulbes de colchique est une bonne préparation, bien que d'autres préfèrent la teinture de semences ou de fleurs. La première dose devra être plus élevée que les subséquentes. On pourra donner 30 à 35 gouttes la nuit et moitié de cette dose le lendemain matin. Certains auteurs déclarent que le colchique est suffisamment purgatif par lui-même et qu'il ne demande pas à être associé à d'autres médicaments de cette nature; mais l'opinion générale n'est pas favorable à cette manière de voir. On fera donc bien d'ajouter à chaque dose 1 gramme de carbonate ou 4 grammes de sulfate de magnésie. La formule suivante employée à Saint-Bartholomew's Hospital est excellente.

MIXTURE DE COLCHIQLE

Carbonate de magnésie 50 centigramines

Teinture de semences de colchique 20 gouttes

Eau de menthe 30 grammes

Au bout de trois ou quatre jours de ce traitement on pourra donner pendant deux ou trois soirs deux pilules contenant 10 à 15 centi-

TRAITEMENT DE L'aTTAQUE DE GOUTTE 3^5

grammes d'extrait acétique de colchique avec une pilule contenant parties égales de poudre de Dover et de coloquinte composée, en faisant suivre, s'il est nécessaire, d'un purgatif léger. L'état de la langue est souvent un bon guide pour indiquer les progrès de la maladie. Il est rare qu'un soulagement marqué se produise tant que la langue reste chargée.

Le traitement de la goutte aiguë par le colchique est celui qui est pratiqué le plus souvent. Les travaux de la plupart des auteurs sur la goutte mentionnent des effets funestes de ce médicament et contiennent de graves accusations portées contre lui ou contre son usage prolongé. 11 est probable qu'on a un peu abusé du médicament, surtout dans ces dernières années, et bien des méfaits qu'on lui a reprochés sont arrivés quand les malades se l'administraient sans conseil médical. Quant à moi, je n'ai jamais constaté la moindre action fâcheuse produite par le colchique; le plus grave résultat que j'aie vu, c'était la purgation avec selles vertes caractéristiques (purée de pois). Souvent les médecins aussi bien que les malades s'attendent à des résultats trop marqués et sont tentés de les accélérer, dans certains cas, surtout quand il s'agit de rendre un malade apte à vaquer à ses occupations pour un jour déterminé.

Il faut prévenir les goutteux qu'il est très imprudent de leur part de diriger eux-mêmes leur traitement avec ce médicament ou avec d'autres et les mettre en garde contre les spécifiques vantés, dont la plupart contiennent du colchique ou de la vératrine.

Le vin de bulbes est la préparation la plus employée. C'est celle dont l'aspect est le moins flatteur de toutes celles qui sont liquides, car elle laisse toujours déposer un sédiment et elle est rarement claire; ce sédiment est inerte comme remède contre la goutte.

La vératrine et la colchicine ont été toutes deux employées à l'intérieur dans la goutte aiguë. La première détermine de violents éternuments, ce qui n'a pas lieu avec la seconde. J'ai employé la vératrine comme topique avec de bons résultats, mais je ne l'ai jamais administrée à l'intérieur.

Dans un cas de douleur goutteuse du genou, j'ai appliqué une lotion avec parties égales d'eau et de teinture de semences de colchique sans obtenir aucun soulagement. En revanche, il se fit une éruption papuleuse sur la peau.

Dans un cas de douleur goutteuse des articulations des doigts avec bourses séreuses enflammées « en yeux de crabe », une lotion de colchique calma bien la douleur.

L'explication des effets spécifiques du colcliique sur la goutte et sur la douleur goutteuse n'est pas encore bien élucidée. On a proposé plusieurs théories. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'influence que le médicament exerce sur l'excrétion de l'urée et de l'acide urique, ce qui selon Lauder Brunton est dû à ce que les expériences ont porté sur des individus qui suivaient des régimes différents. Une petite dose augmente la sécrétion intestinale, tandis qu'une dose élevée donne des nausées et de la diarrhée, diminue l'irritabilité musculaire et paralyse le système nerveux central. La pression du sang baisse graduellement en raison de la diminution d'irritabilité des centres vaso-moteurs.

Rutherford a démontré que le colchique à haute dose était un des plus puissants cholagogues vrais qu'on connaisse, la bile étant en même temps rendue plus aqueuse. Les propriétés purgatives sont très marquées, aussi l'emploie-t-on souvent avec d'autres purgatifs dans la pratique ordinaire.

La colchicine, son principe actif, a été employée dans la goutte avec de bons résultats. Elle est très active et ne peut être prescrite qu'à des doses variant de 4 à 6 milligrammes, en solution dans l'eau, en injection hypodermique ou en granules. On peut employer pour injections la formule suivante :

SOLUTION HYPODERMIQUE (Houdé)

Colchicine cristallisée o centigrammes

Alcool à 21° 20 grammes

Un centimètre cube contient deux milligrammes et demi de colchicine.

Je n'ai jamais essayé cette méthode, étant absolument opposé à toute espèce de médication hypodermique, excepté quand c'est indispensable.

Chez bien des goutteux, il est loin d'être prudent de léser les téguments, fût-ce avec une aiguille, et comme on peut obtenir des meilleurs résultats du médicament avec les méthodes ordinaires, je ne vois pas qu'il y ait avantage à en choisir d'autres.

Il est certain qu'on peut obtenir du colchique tous les bénéfices qu'on recherche sans produire chez le malade les effets physiologiques marqués de cette plante. En d'autres termes, on peut avoir l'action spécifique du médicament sur l'arthrite goutteuse sans déterminer de dépression, de nausées ni de purgations violentes. Quelquefois il cause des transpirations, mais cela n'est pas à rechercher. Le colchique est un dépresseur du système vasculaire, il diminue la

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