‹ Traité de la goutteChapitre 126 sur 165 · Jaccoud, Progrès médical, 1877, p · texte numérisé non relu

Jaccoud, Progrès médical, 1877, p

salicylates dans la même proportion contre la goutte que contre le rhumatisme aigu, on en retirerait des résultats très satisfaisants et il croit que dans la plupart des cas où il a échoué, c'est qu'on n'a pas été assez persévérant.

Le salicylate de soude est le plus employé; on a aussi fait usage du salicylate de lithine et du salicylate de quinine avec de bons résultats. Dans chacun de ces derniers, la quantité d'acide salicylique est sans doute trop faible pour être vraiment efficace et les bons effets constatés sont dus sans doute à la lithine et à la quinine.

Beaucoup de médecins prescrivent des alcalins, en même temps que le salicylate de soude, et souvent y associent l'ammoniaque pour ombattre leur action déprimante sur le cœur. Dans ces cas, il est impossible d'apprécier la valeur exacte du médicament.

On doit s'abstenir de le prescrire dans les cas où les reins ne sont pas sains, et c'est là une contre-indication qu'on doit souvent rencontrer dans les attaques de goutte chez les gens âgés. Quelquefois, le salicylate de soude produit de l'albuminurie chez les individus sains et l'ag^'ave chez ceux qui en étaient primitivement affectés.

M. Germain Sée administre 12 grammes par jour, pendant les trois premiers jours, puis 8 grammes pendant les trois jours qui suivent et continue ce traitement pendant trois semaines en alternant les doses. Ce traitement est quelque peu énergique. De même qu'avec le colchique, il est bon, dans chaque cas, d'observer la tolérance pour le médicament, et en particulier de s'assurer du degré d'insuffisance rénale qui peut exister.

J"ai parlé plus haut du cas d'un homme, de mon service, atteint de goutte articulaire aiguë, avec sueurs profuses, qui n'éprouva aucune action du colchique et fut soulagé tout d'un coup par le salicylate de soude donné comme pour le rhumatisme aigu. Pour Haig, le salicylate se combine à l'acide urique et en détermine l'élimination sous forme de salicylurate soluble, et il a montré que, tant que le sang est imprégné du médicament, l'alimentation ni les acides ne peuvent amener les troubles par rétention de l'acide urique comme la céphalalgie et autres symptômes goutteux. 11 admet que parfois son action n'est pas rapide dans la goutte aiguë. Les acides ordinaires diminuent la solubilité de l'acide urique.

L'acide salicylique augmente l'acidité de l'urine, mais ne diminue pas l'excrétion de l'acide urique K L'acide salicylurique est beaucoup

1. Haig, Transactions of thc Royal medico-chirurgical Society, 1S88.

TRAITEMENT DE L'aTTAQUE DE GOUTTE 331

plus soluble dans l'eau que l'acide urique. Il a fait voir, en outre, que l'acide urique existait avec l'acide salicylurique dans l'urine sécrétée après l'administration des salicylates, et il croit que cela est dû à leur action sur l'acide urique du sang et non sur celui qui est excrété directement par les reins.

L'efficacité des salicylates est due sans doute à leurs propriétés chimiques et à leur faculté de pouvoir modifier l'uricémie. De même que le colchique, l'acide salicylique est un stimulant hépatique très énergique, augmentant la quantité de la bile et la rendant ainsi plus aqueuse. C'est aussi un dépresseur vasculaire et il contribue ainsi au soulagement de la douleur dans les fluxions inflammatoires aiguës.

Mais cette action n'est pas toujours aussi rapide qu'avec le colchique et le malade ne peut guère l'apprécier qu'après un ou deux jours. Cependant, dans certains cas, il agit d'une façon rapide et très marquée. Je ne pense pas qu'il vienne jamais diminuer la valeur du colchique en tant que calmant rapide, mais c'est un médicament d'une utilité et d'une efficacité considérables, comme favorisant l'excrétion de l'acide urique et empêchant les autres acides de l'économie de déterminer la rétention de ce dernier.

Ebstein n'est pas très satisfait de ce médicament. Il a constaté que l'inflammation goutteuse tendait à se déplacer rapidement d'une articulation à l'autre quand le malade était maintenu sous l'influence du médicament.

M. Lécorché l'a trouvé inférieur au colchique et sans action sur la diminution de durée de l'attaque. Il .diminue la douleur et la violence de l'attaque et détermine en un ou deux jours une abondante élimination d'urée, d'acide urique et d'acide phosphorique, durant trois ou quatre jours au bout desquels elle diminue. Il en prescrit 4 à 6 grammes par jour et, dans la goutte chronique avec manifestations viscérales en dehors de la néphrite interstitielle, il continue cette médication pendant des mois en laissant des intervalles de quelques jours après chaque quinzaine.

Bouchard est favorable à ce traitement pour la goutte aiguë; mais il le rejette quand il y a des signes de dégénérescence rénale ou cardiaque.

Latham est un partisan fervent de l'emploi des salicylates dans la goutte; avec les précautions mentionnées plus haut, il croit qu'ils mettent obstacle à la formation de l'acide urique.

Noël Paton ^ a trouvé aussi qu'ils diminuaient l'excrétion de l'acide

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