TRAITEMENT DU GOUTTEUX
Le traitement pharmaceutique varie nécessairement avec chaque individu. Les alcalins tiennent le premier rang, autant parce qu'ils régularisent la digestion que parce qu'ils font disparaître le sucre du sang. On pourra avoir recours au citrate de soude effervescent, aux citrates d'ammoniaque et de potasse, qu'on associera à la quinine et à la noix vomique. On se trouvera très bien de suivre le conseil de Trousseau, c'est-à-dire de prescrire ce traitement pendant huit à dix jours chaque mois. L'arsenic est également très utile à la fois comme tonique nervin et comme médicament d'épargne, sous forme de liqueur de Fowler à la dose de cinq à dix gouttes deux fois par jour après les repas.
. Les meilleures conditions hygiéniques possibles viendront beaucoup en aide au traitement. On entretiendra la tonicité musculaire par un exercice régulier en plein air et l'on favorisera ainsi les fonctions de la peau. La vie en plein air est de la plus haute importance. L'exercice physique paraît diminuer la glycosurie. En été on dirigera le malade vers une station d'une altitude élevée ou dans une des villes d'eaux connues, telles que Garlsbad, Kissingen, Vichy, Vittel.
Il est incontestable que l'on obtient ainsi des guérisons et cela se voit surtout dans les cas de ce genre ainsi que dans les autres formes légères de la maladie. Le traitement hydro minéral agira d'autant mieux que le malade aura une vie régulière exempte de soucis. Les seuls stimulants permis sont du bon bordeaux avec de l'eau ou du vieux cognac dilué.
Dans la forme chronique, on devra relâcher un peu le régime au point de vue des féculents, de peur que le malade ne s'épuise, ne devienne cachectique ou dyspeptique. On permettra en petile quantité du pain blanc bien grillé, du riz, du macaroni, des oignons, des haricots et de temps en temps une moitié de pomme de terre. La crème et les aliments gras sont très utiles et l'on ne restreindra pas l'usage du lait. On évitera les asperges. Tout écart de régime ne tarde pas à amener de l'épuisement, de la polyurie, de la langueur, de la soif.
On préviendra toute source d'irritation du foie. S'il est nécessaire d'administrer une purgation on donnera de l'huile de ricin, des pilules bleues ou de la coloquinte.
Schmitz fait remarquer que c'est précisément dans cette forme de diabète que les eaux alcalines et le salicylate de soude produisent les meilleurs effets, parce qu'ils agissent contre le principe même de
la maladie. Souvent il a vu une amélioration immédiate et fréquemment une disparition complète du diabète après une attaque aiguë de goutte; de même il constatait une réapparition de sucre quand une attaque de goutte, qui devait éclater, n'arrivait pas à évoluer complètement.
Dans ces cas, il s'élève contre le régime antidiabétique parce qu'il est trop azoté et tend à entretenir l'état goutteux; il conseille de s'assurer dans chaque cas du degré d'assimilation des féculents que le malade possède en donnant du pain, du riz, du macaroni, de la purée de pois, des lentilles, des haricots et une bonne quantité de lait. On exclura complètement la dextrine et le sucre. On pourra faire usage de la saccharine.
Mon expérience confirme tout à fait l'opinion de Schmitz.
En général, les cas de cette classe sont vite influencés par le régime, et, en quelques jours, toute trace de sucre peut disparaître. En même temps, une amélioration se fait dans l'état général du malade. Il regagne du poids et n'a plus de sensation de malaise. On peut ainsi reprendre graduellement le régime ordinaire. Il est impossible de fixer une règle générale au point de vue de la restriction du régime dans ces cas, chacun doit être étudié isolément.
Dans tous les cas, il faut toujours considérer le patient comme un malade et, sans l'effrayer à tort, le convaincre qu'il a besoin de se soigner. On aura ainsi plus de chances de lui faire observer son régime et de l'empêcher de s'exposer au surmenage, aux soucis et aux refroidissements. Il est nécessaire d'insister sur ce point parce que beaucoup de ces malades se sentent de temps à autre dans un état de santé excellent et paraissent très robustes. Ils arrivent ainsi à se tromper eux et leurs amis sur leur situation. Aucun cas ne doit être envisagé à la légère. Dans tout cas chronique, il ne faut pas perdre de vue les chances de lésions du système cardio-vasculaire et des reins. La glycosurie perd de son importance quand surviennent des complications aussi graves.
Dans les cas où l'arthritisme s'est révélé par des symptômes bien marqués, et qu'il survient des dépôts uratiques, on les a considérés depuis longtemps comme un signe favorable. Bence Jones, Pavy, Garrod, Beale sont de cet avis. Un autre signe favorable est une faible quantité d'urine d'une densité ne dépassant pas 1033. Le diagnostic précoce de la glycosurie est de la plus grande importance. Bien des cas font malheureusement beaucoup de progrès avant qu'on découvre la présence du sucre, parce qu'un certain nombre de