Hutchinson, Pedigree of diseuse, 1883, p
Hutchinson regarde comme rare de trouver des dépôts dans les articulations, sans autres lésions. Mon expérience m'a démontré le contraire, de sorte que je regarde comme un fait commun l'existence de dépôts uratiques sans autres lésions. Quant aux lésions importantes auxquelles Hutchinson fait allusion en les rapportant à une influence rhumatismale, je les considère comme étant le résultat d'une arthrite goutteuse et j'avoue qu'il faudrait me fournir des preuves bien convaincantes pour me faire admettre le contraire. Dans les cas où il existe d'autres signes de nature vraiment goutteuse, il n'est évidemment pas nécessaire de trouver des dépôts d'urates dans chaque articulation, car je crois que l'uricémie a pour efl"et d'amener des lésions de tissu nombreuses et variées, sans qu'il y ait de dépôts d'urates, et je ne suis pas le seul de cette opinion. La variété de cartilage qui est surtout atteinte dans le processus goutteux, c'est le cartilage articulaire ou cartilage hyalin. Ses cellules sont sphériques ou ovales avec un seul noyau et sont disposées habituellement par paires renfermées dans une seule capsule. Dans le voisinage de l'os, les capsules contiennent plus de deux cellules.
En ce qui regarde la nutrition du cartilage, on peut se reporter aux observations d'Albert Carter sur le système diaplasmatique des vaisseaux qu'il croit exister dans les parties non vasculaires. Il a trouvé dans le cartilage articulaire certains réseaux (canaux de plasma) qui partent des bords des lacunes remplies par-ci par-là de granulations.
Ces réseaux n'ont été signalés par aucun autre observateur. D'après les entretiens que j'ai eus à ce sujet avec des anatomistes et des histologistes distingués, il résulte que l'on ne connaît pas encore très bien le mécanisme de la nutrition intime du cartilage.
Dans les endroits oi^i le cartilage articulaire est voisin de la synoviale et de la capsule de l'articulation, les cellules se ramifient et pénètrent insensiblement dans le tissu conjonctif de la synoviale.
Dans l'étude des lésions articulaires d'origine goutteuse, il faut d'abord examiner les cartilages diarthrodiaux aux divers âges de la vie et chez l'homme sain. Wynne et moi, nous avons constaté qu'il existait trois zones dans le cartilage adulte normal (fig. 1) : a. Une zone superficielle de cellules plates, courtes, fusiformes à la coupe, situées parallèlement à la surface et formant trois ou quatre couches, b. Une zone moyenne de lacunes contenant une ou deux cellules, disséminées en petit nombre, tendant à se placer horizontalement et parallèlement à mesure qu'elles se rapprochent de la surface, c. Une zone pro-
fonde de lacunes plus grandes et plus nombreuses qu'en b contenant un nombre variable de cellules et situées perpendiculairement. Il n'existe pas de couche de cellules épithéliales limitant la surface libre.
11 n'y a pas de revêtement synovial à la surface libre du cartilage articulaire. La zone superficielle est environnée de cellules fusiformes situées dans une substance fondamentale qui, à la périphérie, devient tissu fibreux se continuant avec celui de la synoviale
Chez les individus non goutteux, il se fait des modifications séniles : a. la zone de cellules plates disparaît; b. les cellules cartilagineuses peuvent proliférer, de sorte que les zones moyenne et profonde ne se distinguent plus ; €. la substance fondamentale devient fibrillaire (fig. 2); cl. il peut se faire des érosions qui mettent l'os à nu.
Ainsi que je l'ai déjà dit, il n'y a pas de revêtement synovial à la
surface libre du cartilage. La zone superficielle est environnée de cellules fusiformes, enfouie dans une substance fondamentale qui présente également des caractères différents de ceux qu'on voit dans d'autres parties du tissu. Ainsi elle prend un aspect fibreux et est striée horizontalement sur environ un sixième de profondeur du cartilage.
L'aspect fibreux est quelquefois très net sur des coupes où les fibres sont en partie détachées de la surface libre en lames comme des rubans. Les cellules sphériques de la couche voisine se transforment en cellules fusiformes vers la surface libre articulaire.
Le mécanisme de la nutrition du cartilage articulaire n'est pas encore bien élucidé par les anatomisles, comme je viens de le dire. Sir "William Turner enseigne habituellement que « le cartilage d'encroûtement des jointures diarthrodiales prend ses éléments nutritifs,
— Cartilage articulaire nonnal de la tète d'un métatarsien.
chez l'adulte, en partie des vaisseaux du périoste qui arrivent à sa périphérie et en partie de ceux de la synoviale, qui non seulement atteignent sa périphérie, mais rampent sur un très court trajet sur sa face libre où ils forment un bord vasculaire bien net, le circulus articuli vasculosus. Turner n'admet pas que le cartilage soit nourri par des vaisseaux venant des os sus ou sous-jacents.
Il existe aussi quelques divergences au sujet de la relation exacte
Fig. 2. — Cartilage articulaire encroûté d'urato de soude qui paraît noir il la lumière transmise. — Aspect fibriUaire de la substance fondamentale et prolifération des cellules cartilagineuses.
des dépôts uratiqiies avec divers éléments du cartilage articulaire. Ce sujet a été étudié très attentivement par différents auteurs. Cornil et Ranvier, Charcot, Rindfleisch prétendent que les cellules sont le centre du dépôt primitif. William Budd * considère aussi les cellules comme le foyer primitif des dépôts.
D'autres auteurs soutiennent que les dépôts se font d'une façon irrégulière et indistincte. II est évidemment très difficile de reconnaître quels sont ceux qui ont raison. L'aspect des coupes de cartilage ainsi encroûté justifie plutôt l'opinion que le dépôt en cristallisant se fraie un chemin sans égard pour les éléments constituants du tissu et se comporte vis-à-vis d'eux comme envers un milieu indifférent ou homogène. Pour moi le dépôt s'accroît indistinctement à travers les éléments du cartilage et les cellules ne prennent pas une part active soit pour le diriger, soit pour le former.
1. Budd, Recherches sur la rjouite. Med.-chir. Transact., t. XXXVIII, 18oo.
Bowlby ^ admet, comme Ebstein, que les urates se déposent dans le cartilage où il existe déjà une lésion. Il a remarqué que le cartilage articulaire est généralement fibrillaire et érodé. Il considère comme probable que certains sels puissent se former parla désintégration du cartilage lui-même et est ainsi d'accord avec Gantani, qui regarde la dyscrasie urique de la goutte comme due à un trouble de nutrition du cartilage et des autres tissus formant l'articulation, et avec Robin ^, qui prétend que les tissus gélatineux peuvent se désintégrer en acide urique. J'admets la possibilité de celte transformation, mais je n'accepte pas cette explication des dépôts uratiques ordinaires.
Relativement à l'encroûtement uratique du cartilage articulaire, il faut noter que l'autopsie montre que c'est ainsi que sont envahies les articulations qui n'ont pas été, pendant la vie, le siège d'attaques de goutte franche. En étudiant les articulations qui sont infiltrées à la première période ou à un moindre degré, on observe assez généralement que le cartilage est plus profondément afTecté dans les parties saillantes et dans les parties centrales. On a assigné deux raisons à ce fait. La première c'est que les parties saillantes étant le plus exposées aux frottements et aux pressions sont plus facilement lésées dans leur tissu. La seconde c'est que le cartilage est en relations plus étroites avec les vaisseaux à sa périphérie, et par conséquent moins bien nourri et plus vulnérable dans ses portions centrales. Il est à peu près certain que la formation des dépôts uratiques est favorisée dans les parties où la vascularisation et la chaleur sont moindres, c'est-àdire les plus périphériques ou les plus éloignées du centre circulatoire. Ebstein affirme n'avoir jamais observé de cristallisation uratique dans des tissus normaux. Il est certain qu'on ne trouve ces dépôts que bien des années après qu'une articulation a été le siège d'une attaque de goutte aiguë.
Les lésions goutteuses du cartilage articulaire comprennent deux périodes : l'une d'infiltration ou de dépôt, l'autre de réaction inflammatoire ou irritalive. L'observation d'un grand nombre d'articulations goutteuses ne paraît pas justifier cette classification. Il semble plus probable que les deux ordres de lésions marchent de pair dans la plupart des cas, et il est certain que la période irritative ou inflammatoire peut ne pas exister en tant qu'il s'agit de tophus ou de modifications importantes. Le dépôt d'urates peut continuer à s'effectuer après le début de la phase irritative. On a prétendu que celle-ci