Charcot, Aixhives de Physiologie, 1878, p
Graves pense qu'il peut se faire une dégénérescence goutteuse de la moelle consécutive aux névralgies, névrites, périnévrites, de nature centripète. Il fait remarquer « qu'il n'y a pas de motifs pour que la goutte respecte la moelle et ses enveloppes ». Ce qu'il y a de certain, c'est que ces cas sont très rares et que l'on sait très peu de chose relativement à leur anatomie pathologique.
Appareil urinaire. — Reins. — De toute l'anatomie pathologique de la goutte, la partie la plus importante est sans contredit celle qui a trait aux lésions du rein. Si l'on envisage la goutte d'une façon un peu large, on ne se bornera pas à étudier simplement les lésions qui accompagnent les dépôts uratiques ou qui en dépendent ; on a, au point de vue clinique, à passer en revue d'autres manifestations parmi lesquelles celles qui sont d'origine rénale présentent une importance capitale. A ce sujet, je répéterai que je crois très fermement que, soit sous l'influence directe du poison goutteux, soit par suite de prédispositions de tissus particulières inhérentes aux goutteux, il se fait dans différents organes des modifications que l'on ne peut pas attribuer d'une façon évidente aux dépôts uratiques. Dans la majorité des cas de reins goutteux, ces dépôts n'existent pas, ainsi que je l'ai constaté à l'autopsie; mais un point plus important à établir c'est l'existence de ceux-ci ailleurs que dans le rein, et surtout dans une articulation. Souvent, il est question de petits reins granuleux, qu'on appelle « reins goutteux ». Je ne mets pas en doute que la néphrite interstitielle survienne en dehors de la goutte, mais je suis également convaincu que les reins peuvent être primitivement et principalement affectés dans quelques cas par la goutte, qui détermine une néphrite chronique et l'état granuleux caractéristique. Si l'on pouvait démontrer que, dans les familles goutteuses, certains membres sont atteints primitivement de la forme articulaire, tandis que d'autres présentent des symptômes rénaux sans manifestations articulaires, et si alors l'autopsie révélait les lésions caractéristiques de la néphrite telles qu'on les constate dans la goutte chronique avec lésions articulaires, je crois que la preuve serait faite.
Le point faible de cette argumentation, c'est que l'examen incomplet des articulations rend très difficile la découverte de dépôts. Il est certain, en effet, que des dépôts uratiques peuvent s'effectuer d'une façon silencieuse dans une articulation, sans donner aucun soupçon de leur présence pendant la vie; aussi, dans ces cas, il n'existe dans les commémoratifs aucune trace de goutte. Il est également certain que la goutte peut affecter des articulations sans donner lieu à la
formation de dépôts uratiques. Les statistiques, qui seules ont quelque valeur dans ces cas, nous donnent les résultats suivants :
Dans une série de cas examinés dans le but de déterminer la présence ou l'absence d'affections rénales associées à des dépôts uratiques, Ord et Greenfîeld '■ ont constaté que dans les deux tiers des cas de goutte du gros orteil observés à l'hôpital, il existait en même temps des reins granuleux rétractés, et que, dans le dernier tiers, il y avait des affections du rein en relation très étroite avec la goutte. Su7' 96 cas d'affection rénale, on n'en trouvait que 9 sans dépôts uratiques dans les jointures. Parmi ceux-ci, dans deux cas, les reins n étaient pas granuleux ni rétractés d'une façon très marquée, deux l'étaient; et deux ne Vêtaient que légèrement; dans un cas il y avait de la néphrite granuleuse et tubulaire.
Norman Moore a réuni 49 cas de néphrite chronique interstitielle chez l'homme et a montré que les dépôts uratiques existaient dans 22 cas. Le malade le plus jeune avait vingt-huit ans, le plus âgé soixante-six ans. Dans une autre série de 16 cas, chez des femmes, il existait des urates dans 5 cas. La malade la plus jeune avait trentequatre ans et la plus âgée soixante-six ans. Dans 9 cas de néphrite parenchymateuse chronique, chez l'homme, il a trouvé des dépôts articulaires dans 2 cas, chez des individus de trente-huit et quarante ans.
Pye-Smith ^ a rapporté 10 cas mortels de goutte chez l'homme. En dehors de 2 cas où la mort fut causée par une affection maligne, l'âge moyen des malades était d'environ quarante-huit ans. Il existait de la néphrite interstitielle dans tous les cas, excepté dans ceux de cancer, et dans 2 cas il se fît une hémorragie cérébrale, chez des individus de trente-huit et de soixante ans.
Dans 69 cas mortels de reins granuleux, Dickinson ^ en a trouvé 16 dépendant de la goutte ou coïncidant avec elle. Il regarde les lésions comme étant celles de la goutte rénale. Il n'a pas examiné les articulations.
Virchow tend à croire qu'il peut y avoir une néphrite goutteuse sans l'existence soit de la goutte classique, soit des dépôts uratiques.
Il est évident que la goutte peut revêtir la forme articulaire sans atteindre le rein, qui peut rester sain, même jusque dans la vieillesse.
1. Ord et Greenfîeld, Transactions of the international médical Congress, Londres, 1881, p. 107.