Campbell, Causaiion of Diseuse, 1889, p
Les statistiques, qui ont été publiées dans les littératures française, anglaise et allemande, tendent toutes à démontrer la puissance de l'hérédité dans la goutte. Parmi la classe élevée oii la goutte domine et chez laquelle les antécédents de famille sont les plus complets et les plus dignes de foi, son influence apparaît d'une façon évidente et peut être constatée dans 50 à 7o p. 100 des cas. Si l'on pouvait aj'river à avoir des notions plus complètes sur les antécédents relatifs aux générations antérieures, on atteindrait une moyenne bien plus élevée; peut-être arriverait-on à 90 p. 100 de tous les cas. Quant au reste, on peut y faire rentrer tous les cas de goutte acquise.
L'hérédité est donc un des facteurs les plus puissants dans la goutte. Mais comme je l'ai fait remarquer la maladie n'est pas toujours « pur sang ». En raison sans doute du mélange des diathèses, du retour d'une diathèse à son état primitif, il peut se développer d'autres formes d'arthritisme et, avec elles, un certain nombre de manifestations bizarres. Comme exemple, nous citerons un fait assez commun : les filles d'un goutteux sont assez souvent atteintes d'arthrite rhumatismale chronique. Cela peut être simplement une phase de la diathèse arthritique ou bien le retour à un type à l'état latent, depuis longtemps dans la suite des générations qui se sont succédé, ou encore la conséquence d'un mélange de diathèses, si, à un moment donné, une prédisposition scrofuleuse est venue se greffer dans la famille. Le problème est si complexe qu'il ne peut jusqu'à présent recevoir de solution. Nous pouvons et nous devons découvrir les causes d'après les effets, retrouver les différents facteurs constituants et établir entre eux les relations qui les lient. En même temps on doit étudier les caractères et l'évolution de chaque cas d'arthritisme avec l'œil, l'esprit et la perspicacité du naturaliste.
L'étude de l'hérédité est de la plus grande importance en clinique, car elle nous permet bien souvent de lutter contre l'évolution de tendances malignes inhérentes à l'individu. En modifiant le milieu dans lequel il vit, on peut arriver à de grands résultats, tandis que l'organisme est encore jeune et malléable. Mais lorsqu'un état diathésique s'est implanté, il est bien difficile d'arriver à le modifier.
Les causes de la goutte acquise sont surtout relatives aux habitudes de luxe et de bien-être, de bonne chère et de boissons alcooliques, d'une insuffisance d'exercice et d'épuisement des centres nerveux.
L'observation démontre que l'hérédité provoque de bonne heure des manifestations de la diathèse, tandis que la goutte acquise ne se révèle guère que vers l'âge de quarante ans.