GOUTTE HÉRÉDITAIRE ET ACQUISE
Le pronostic de ces deux catégories est variable, mais en général meilleur pour la goutte acquise, surtout si le malade est sage et doué d'une grande force de caractère qui lui permette de modérer ses appétits.
Graves signalait comme distinction entre la goutte héréditaire et la goutte acquise ce fait que, dans la première, les attaques survenaient tout d'un coup, sans qu'il y ait eu de trouble précurseur ou l'intervention d'une cause quelconque, tandis que cela n'avait pas lieu dans la seconde.
Atavisme. — On a affirmé que la goutte, comme d'autres maladies constitutionnelles, pouvait sauter une génération et reparaître chez les petits-fils de ceux qui en avaient souffert. J'avoue que bien souvent j'ai pu mettre en doute la réalité de ce fait. La solution de la question est entourée de plusieurs causes d'erreurs. Il est bien démontré aujourd'hui en biologie que certains caractères peuvent rester latents pendant plusieurs générations successives, puis apparaître de temps à autre sous l'influence de circonstances favorables. Pour la goutte, ce fait ne peut guère s'appliquer qu'aux cas bien nets avec attaques articulaires. Quant aux manifestations moins importantes de la diathèse, y compris leurs phases multiformes que l'on a reconnues aujourd'hui comme étant de nature goutteuse ou bien comme des formes de goutte irrégulière ou incomplète, elles ont été très mal appréciées sinon complètement négligées, et il est bien certain qu'un grand nombre d'entre elles surviennent chez des enfants de goutteux par descendance directe, sans les symptômes classiques et paroxystiques. Ces caractères peuvent disparaître chez une ou plusieurs générations, puis reparaître sous une influence convenable et se développer en manifestations aiguës. Si l'on examine bien toutes les circonstances et si l'on étudie les antécédents des familles goutteuses, on verra que les faits ne permettent pas d'admettre la doctrine de l'atavisme pur dans la goutte. Le mélange des diathèsesa une grande influence pour modifier et arrêter des tendances héréditaires, et une sélection judicieuse dans les alliances de famille pourrait peut-être supprimer toute tare goutteuse. Mais, dans la majorité des cas, les faits démentent cette hypothèse, et il y a encore bien à faire pour arriver à poser les lois bien définies des prédispositions et tares héréditaires. En attendant, le médecin doit reconnaître ces caractères spécifiques physiognomoniques, trophiques et évolutionnels qui sont les signes distinctifs propres à la diathèse arthritique.