‹ Traité de la goutteChapitre 62 sur 165 · Pye-Smith, Ginfs Hospital Reports · texte numérisé non relu

Pye-Smith, Ginfs Hospital Reports

Dans les autopsies de 80 cas de goutte, rapportées par Norman Moore, il constata 6 fois des tubercules pulmonaires chez des hommes de trente-quatre à soixante ans. Ils s'y trouvaient à toutes les périodes, depuis le dépôt récent jusqu'aux cavernes et à la crétifîcation. Dans aucun cas, ils ne furent la cause de la mort ni ne donnèrent lieu à des symptômes saillants pendant la vie.

Les caractères principaux de la tuberculose pulmonaire modifiée par la goutte sont les suivants : il y a au début une tendance plus marquée que d'ordinaire aux hémoptysies et à leur retour fréquent ; malgré les exacerbations aiguës du processus tuberculeux pulmonaire il y a une tendance marquée à la limitation de la maladie et à sa résolution, celle-ci s'accompagnant de la cicatrisation. La conséquence de ce mode d'évolution du processus tuberculeux, arrêtée par la diathèse goutteuse, c'est que ces malades présentent une tendance marquée à la guérison. Dans ces cas, il n'est pas nécessaire de chercher bien loin les antécédents tuberculeux, et le facteur goutteux vient s'y ajouter très heureusement, car chaque arrêt du processus tuberculeux est une étape vers l'amélioration générale et parfois vers la guérison complète. Quelle qu'en soit la cause, les tissus du goutteux semblent être moins vulnérables que ceux des autres individus à l'égard de la tuberculose, mais l'antagonisme est loin d'être absolu et par conséquent celle-ci peut parfaitement être mortelle. Lorsqu'on essaie, comme on doit le faire, dans les cas où il existe plusieurs diathèses, de déterminer la part qui revient à chacune dans l'issue fatale, on doit arriver à reconnaître le degré de prédominance de l'une ou de l'autre, ce qui est le point important ^ Le début de la phtisie pulmonaire dans le cas de goutte chronique doit parfois être regardé comme un mode de dégénérescence, dans les cas où, par suite d'alcoolisme, les poumons deviennent vulnérables et s'ulcèrent. Les progrès de la phtisie sont alors retardés par le degré de vitalité qui subsiste et par la tendance à la transformation fibreuse, qui entraîne alors un pronostic de chronicité.

La goutte ne met pas à l'abri du cancer; elle semblerait plutôt y prédisposer. Sur dix cas mortels de goutte, P3'e-Smith signale le cancer dans deux cas.

1. D'après M. Baumes, un père goutteux et une mère tuberculeuse engendreront un enfant asthmatique, le père fournissant la cause générale prédisposante et la mère la cause locale.

D'après Paget, la goutte et le cancer sont souvent associés, chacun suivant sa marche isolément. En traitant de la succession des maladies constitutionnelles, il dit qu'il n'est pas rare de trouver un malade qui a été scrofuleux dans sa jeunesse, goutteux plus tard, puis qui finit cancéreux. Il rapporte le cas d'un individu âgé de soixantequinze ans, qui avait eu du psoriasis pendant trente ans; à soixantequinze ans il eut un cancer épithélial au petit doigt; on le lui amputa et il eut, immédiatement après, sa première attaque de goutte, maladie qui était héréditaire chez lui, car son frère, âgé de quatre-vingts ans, en était atteint en même temps. Il mourut au bout d'un an, de cancer des ganglions axillaires.

Charcot a noté à la Salpêtrière que les femmes qui avaient des nodosités d'Heberden étaient plutôt sujettes au cancer du sein et de l'utérus. Cela est intéressant par rapport à la goutte, qui peut être la cause de certaines de ces nodosités; dans un cas semblable, où il y avait un cancer du foie, j'ai trouvé des dépôts uratiques associés aux nodosités. J'ai aussi observé un cas très net de goutte tophacée, chez une femme de cinquante-cinq ans, qui mourut de cancer du foie.

W. Budd * a publié une observation de cancer du pénis avec dépôt cancéreux dans le foie et les poumons, chez un homme de soixantehuit ans, qui avait eu de la goutte vraie avec tophus.

Lécorché a rapporté trois cas de cancer de l'estomac associé à la goutte.

En France, on croit que le cancer est fréquent surtout chez les arthritiques. Bazin, Gazalis et Verneuil ont soutenu cette thèse; mais son association à d'autres maladies n'a pas été étudiée dans ce pays.

Quant à l'influence de la diathèse goutteuse sur le cancer, Paget admet que dans ce cas celui-ci s'accompagne de douleurs plus vives et est plus susceptible de devenir le siège d'inflammation.

L'existence du cancer de la vésicule biliaire peut être en relation avec l'irritation prolongée causée par des calculs si fréquents chez les goutteux, surtout chez les femmes.

V. — Des rapports de la goutte avec la syphilis et les maladies vénériennes.

Dans ces dernières années, on a étudié d'une façon très approfondie les manifestations de la goutte et de la syphilis, ce qui a permis de mieux connaître l'influence réciproque de ces deux maladies.

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