‹ Traité de la goutteChapitre 63 sur 165 · Budd, Lancet, 1851, p · texte numérisé non relu

Budd, Lancet, 1851, p

Nous noterons ici, comme pour la scrofule, que les premières manifestations de la syphilis surviennent plus tôt que celles de la goutte, mais même dès les périodes de début, on peut observer une influence modificatrice de l'une sur l'autre.

Nous dirons d'abord que les goutteux semblent jouir d'une réceptivité aussi spéciale que fâcheuse à l'égard du virus blennorrhagique, ils en éprouvent les eïï"ets plus rapidement et d'une façon plus marquée que les autres. Chez eux, il existe une prédisposition spéciale à l'arthrite dite rhumatisme blennorrhagique et aux complications oculaires de même nature.

La conjonctivite blennorrhagique est-elle ou non le résultat de l'inoculation directe? La question est très débattue. La non-contagiosité paraît être vraisemblable. Il serait difficile d'assigner l'infection comme cause de la selérotite qui accompagne si souvent la blennorrhagie, chez les goutteux. D'autre part on ne peut guère mettre en doute que les cas de blennorrhagie suivis d'arthrite et de selérotite s'observent le plus souvent chez les individus affectés de diathèse arthritique, surtout chez les goutteux. Il serait facile de montrer qu'il suffit pour faire apparaître une uréthrite chez un goutteux d'un simple rapprochement sexuel où l'on pourrait tout au plus faire intervenir la leucorrhée comme cause excitante, et cette uréthrite peut encore provoquer des manifestations articulaires et oculaires, comme dans ce qu'on appelle le rhumatisme blennorrhagique.

Ces complications sont l'indice d'une prédisposition goutteuse, et la preuve de la vulnérabilité spéciale dont nous avons parlé plus haut. On peut les rencontrer chez des individus qui n'ont jamais eu de uoutte régulière.

Quant au virus spécifique blennorrhagique, il est aujourd'hui bien reconnu que son développement varie selon le terrain qui l'a reçu; de sorte qu'on peut assister à des manifestations variées selon que le patient est scrofuleux, goutteux ou alcoolique.

Chez le goutteux, il y a quelque raison de supposer que la syphilis donne lieu à des symptômes cutanés, semblables à ceux qu'on voit si souvent chez eux, surtout les dermatoses squammeuses, et qu'elle y développe un degré de prurit et d'irritation plus marqué que chez d'autres malades.

Rien ne démontre que la lésion primaire puisse être influencée en quelque façon par la prédisposition goutteuse.

Les manifestations tertiaires, survenant à un âge avancé, peuvent plus que toutes autres être modifiées parla goutte.

DUCKWORTM. — Goutte. 11

Ainsi on observe les différentes formes de psoriasis de la langue, l'ostéite chronique, la synovite rebelle à tout traitement. On peut voir des névralgies et desmyalgies persistantes chez les goutteux syphilitiques. Lécorché tend à croire, d'après ses observations, que la goutte confère une sorte d'immunité à l'égard des manifestations syphilitiques.

Les blennorrhées rebelles sont souvent sous la dépendance d'une diathèse goutteuse de même que certains rétrécissements qui, d'après Paget, peuvent être comparés aux indurations qu'on trouve dans les corps caverneux et dans l'aponévrose palmaire.

Pour Hutchinson, rien n'autorise à croire que la syphilis puisse être modifiée par la goutte. Il est parfois, selon lui, très difficile de déterminer ce qui est de la goutte et ce qui est de la syphilis dans les cas où les os et les articulations sont atteints, surtout dans les cas d'ataxie menaçante consécutive à la syphilis.

VI. — Des rapports de la goutte avec le diabète et la glycosurie.

Rien n'est mieux établi en médecine que la dépendance d'une certaine variété de glycosurie par rapport à la goutte. Dans ces cas, on n'a pas beaucoup de peine à trouver les traces de la goutte. Il peut y avoir eu ou non des attaques articulaires. Les antécédents de famille dénotent clairement la prédominance de cette diathèse. Ainsi la goutte chez l'aïeul pourra reproduire de la goutte vraie chez certains membres de la famille et du diabète chez d'autres. D'autres pourront être atteints de migraines, d'obésité, de lithiase biliaire, de gravelle, d'eczéma ou d'autres formes de goutte larvée. L'école française a beaucoup insisté sur les relations qui unissent ces différentes manifestations; ma propre expérience confirme pleinement cette doctrine et je considère comme de la plus haute importance de l'étudier dans tous ses détails.

On sait depuis longtemps '■ qu'il existe des relations entre le diabète et la goutte. Ce fait saute aux yeux de tout observateur qui le cherche^ aussi a-t-on le droit de s'étonner de ne trouver qu'un petit nombre d'auteurs qui signalent ces relations. Il faut bien dire aussi que ceux

1. Stosch en 1828 et Naumann en 1829 passent pour avoir signalé ce fait les premiers en Allemagne, Trotter l'a également mentionné {Essay on Dmnhenness, 1804), Thomas Willis en 1674 attribuait le diabète à l'usage des vins forts, aux chagrins, et aux malheurs. Rayer a signalé la transformation de la goutte en diabète.

qui l'ont fait, ont très peu contribué à élucider la question, qui est, il est vrai, très obscure.

Nous croyons qu'il est utile de passer tout d'abord en revue quelques-unes des observations qui ont été publiées et nous noierons en passant que les auteurs se sont bien plus occupés du côté diabétique que du côté goutteux de la question.

Prout ' a été un des premiers à signaler la glycosurie comme fréquente chez les dyspeptiques et les goutteux, et à montrer que des centaines de ces malades présentaient ce symptôme d'une façon plus ou moins constante, sans s'en douter, jusqu'au jour où il y avait de la polyurie ^.

Prout divisait les diabétiques en deux classes : les maigres et les gras, et cette classiflcalion nous permettra de mettre en lumière ce qui est le mieux connu sur ce sujet. Il a montré les rapports de la goutte et du diabète dans deux cas très intéressants, l'un avec gravelle rouge, l'autre avec calcul rénal. Il a aussi rapporté des cas de glycosurie chez des femmes grosses et je crois que c'est lui qui a signalé le premier le prurit de la vulve comme étant un symptôme de diabète.

Prout insistait en outre sur ce fait que, dans les cas favorables de diabète, la quantité d'acide urique éliminée était très considérable et il faisait remonter les premiers symptômes du début de la glycosurie à l'époque où l'urine, primitivement trouble par le refroidissement, commençait à devenir claire ou bien à une certaine attaque de goutte ou de rhumatisme. Il montrait que cette modification survenait parfois

1. Prout, On stomach and rénal diseuses. 4'= édit., 1843, p. 34.

2. On n'est pas encore d'accord sur l'unité du diabète. D'une part les formes légères et intermittentes semblent en faveur de l'opinion d'après laquelle il y a un trouble distinct ou même une série de troubles auxquels le terme de glycosurie convient de préférence. D'autre part le fait que ces formes de glycosurie se transforment parfois en diabète essentiel vrai, semble en faveur de l'opinion de l'unité du diabète, les cas de glycosurie n'étant regardés que comme du diabète léger. Quant à moi je serais plutôt de cet avis. Je ne puis admettre qu'une perversion localisée des rapports chimiques puisse exister dans l'organisme sans l'intervention de l'influence directe du système nerveux central. Le fait que l'irritation du foie par des aliments nuisibles produit parfois de la glycosurie s'explique facilement par une action nerveuse réflexe transmise par la moelle allongée et peut être appelée à juste litre glycosurie hépatique; mais si l'expérience clinique montre que ce trouble se transforme en diabète ordinaire avec lésion probable des centres nerveux, je crois que l'unité du diabète se trouvera démontrée. 11 y a certainement diverses variétés de diabète selon les causes qui le produisent, parmi elles je citerai les variétés symptomatiques ou diathésiques. Dans la plupart de ces cas, si on peut supprimer Ja cause, on fait disparaître l'effet. Parmi ces variétés nous rangerons celle qui est en rapport avec l'arthritisme. Lancereaux {Bulletin de l'Académie de médecine, 1877, p. 1215) et d'autres ont rapporté des exemples où la maladie était évidemment due à la destruction du pancréas; ces cas constituent uue variété rare de diabète.

tout à coup, les symptômes diabétiques apparaissant alors graduellement. Il appelait ces cas « diabète latent ».

Il y a près de trente ans, Bence Jones *, à propos du diabète intermittent, relatait sept cas où il y avait eu alternance du sucre et des •urates en excès.

En 1854, Gairdner écrivait qu'il pensait depuis longtemps que la glycosurie, sans tendance à devenir du diabète, était un symptôme concomitant de différentes phases de la goutte.

Claude Bernard ^ disait : « On voit quelquefois des malades s:out- ■teux dont les urines contiennent beaucoup d'acide urique présenter tout à coup des symptômes diabétiques et les urines se charger de sucre, c'est-à-dire la goutte se changer en un accès de diabète. »

Laycock ^ enseignait que les diabétiques goutteux ne dépérissaient pas et ne devenaient pas tuberculeux.

Marchai (de Calvi) a discuté la question d'une façon très complète *. Il croit que la goutte et le diabète (dans sa forme la plus commune) ne sont que les expressions différentes d'un même état morbide, sousdialhèse de la diathèse urique. Il regarde le diabète urique ou goutteux comme une variété connue et comme le type du diabète. D'après lui, quand la diathèse urique attaque les solides, elle donne lieu à la goutte ou au rhumatisme quand elle se porte sur le sang, elle produit le diabète et ce diabète n'est alors rien autre chose que la goutte du sang.

En passant en revue les opinions de Marchai, Charcot montre que ses conclusions concordent avec ses observations et avec les faits actuels, mais il croit que cet auteur a trop étendu l'influence de cette forme de diabète et la diathèse urique, ses idées ne pouvant s'appliquer aux classes élevées de la société, du moins en France. Lécorché '* s'exprime ainsi à propos de la théorie de Marchai : « On aurait tort de vouloir donner à ce terme spécifique de diabète goutteux une extension trop grande et surtout de regarder tous les diabètes comme fatalement liés à la grande diathèse urique, ainsi que l'a fait Marchai. »

Cette question de rapports a beaucoup intéressé Trousseau qui l'a discutée dans ses leçons sur la goutte et sur le diabète. Il a parfaite-

1. Jones, Medico-cliirurgîcal Transactions, 1853, p. i03. , 2. Cl. Bernard, Leçons de physiologie expérimentale, Paris, lb!o5, p. 429.

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