IX. — Rapports de la goutte et de la leucémie splénique
Dans certains cas d'hypertrophie splénique, on a constaté une abondante élimination d'acide urique ^ Aujourd'hui les physiologistes regardent la rate comme un lieu temporaire d'emmagasinement de l'acide urique dans les cas de rétention de cette substance. Le foie partage aussi cette propriété avec la rate. Par conséquent on pourrait s'attendre à observer de la goutte dans des cas de leucémie splénique; cependant cette association n'a été jusqu'à présent constatée qu'assez rarement. Ebstein n'admet pas la coexistence de ces deux affections.
Les deux observations suivantes sont les seules que je connaisse.
Observation L — Un homme adulte était devenu pâle et faible depuis dixhuit mois ou deux ans. Le foie et la rate étaient très hypertrophiés. Le chiffre des globules blancs était de 1 pour 5 rouges. Pas d'antécédents de fièvre intermittente. L'urine contenait des traces d'albumine et d'urates, mais il n'y avait pas de cristaux d'acide urique précipité. Pas d'antécédents héréditaires de goutte ni de saturnisme. Au bout de quelque temps, il survint une attaque de goutte au gros orteil. Çousl'intluence du colchique, elle disparut en quelques jours. Un an auparavant, le même orteil avait déjà été le siège d'une attaque semblable.
Observation II. — W. F., âgé de cinquante-six ans, peintre, entra dans mon service en 1880. Quatorze ans auparavant, il avait eu la goutte dans le gros orteil droit et un an avant dans le coude gauche, et, depuis cela, dans les coudes, les poignets, les épaules, la nuque et la hanche. Les attaques avaient lieu plutôt à gauche qu'à droite. Pas de tare saturnine.
1. Dans certains cas de leucémie splénique, la quantité d'acide urique a été de deux à sept fois plus considérable qu'à l'état uoriual., Quelquefois on a même observé l'élimination de calculs uriqucs.
Artères dures. Tophus aux articulations et aux deux oreilles. Peau lisse, paupières boursouUées. Les attaques aiguës débutaient toujours dans la journée. Il est le fils aîné de sa famille. Son grand-père maternel a eu la goutte. Ses parents en sont exempts. L'urine contient des traces d'albumine. On le traita par des badigeonnages d'iode, du bromure de potassium et de la vératrine. Au bout de deux jours il y eut du soulagement. Au bout de neuf jours, la peau se desquama au siège de la douleur; l'amélioration fut considérable. On donna du quinquina, de la noix vomique avec de Tiodure de potassium, puis de l'iodure de fer. Ce malade était entré à l'hôpital, dix-huit mois auparavant, avec des ganglions hypertrophiés de chaque côté du cou et il avait eu une attaque de goutte. L'hypertrophie disparut pendant douze mois, puis revint. Il y a six mois, il y avait de l'hypertrophie ganglionnaire aux aines. Il y a trois semaines c'étaient les ganglions de l'aisselle et du cou qui étaient tuméfiés et la rate mesurait 13 centimètres de long et autant de large. Les globules blancs étaient augmentés de nombre, six mois plus tard la rate mesurait 23 centimètres verticalement. Attaque récente de goutte dans les deux genoux avec épanchement abondant. Trois mois plus tard, nouvelle attaque dégoutte et douleur splénique intense. Ganglions axillaires gauches très volumineux. Urine = 10 10, avec trace d'albumine. (Ce malade a été ensuite perdu de vue.)