Garrod, loc. cit. p
3. Gairdner, article Angine de poitrine in ReynolcVs System of medicine, t. IV, p. 547.
RAPPORTS DE LA GOUTTE AVEC L'ANGINE DE POITRINE 20o
l'attaque de goutte dans sa forme ordinaire, sont du moins étroitement alliées aux causes de la goutte et forment par conséquent partie de son tableau pathologique en tant qu'affection générale.
Lécorché s'exprime ainsi : « Pour nous, la maladie d'Heberden, chez les goutteux, est toujours due à une artérite des coronaires ».
Nous avons vu que le cœur et le système artériel étaient le siège de lésions graves dans le cours de la goutte chronique. Celles-ci sont précisément les mêmes qui, produites par d'autres états cachectiques, déterminent l'angine de poitrine. Il est donc impossible de ne pas conclure que les dégénérescences graves, quelle qu'en soit l'origine, ont des rapports directs avec les phénomènes de l'accès d'angine de poitrine.
Il a été publié de nombreuses observations qui démontrent que les lésions scléreuses de l'aorte et des coronaires envahissent et compriment les branches du plexus cardiaque. La lésion de ces artères peut être assez avancée pour amener la dégénérescence des parois du cœur, sans donner lieu à des signes physiques très marqués. Dans ces cas, il peut y avoir de l'angine sans que l'on soupçonne la lésion cardiaque, à moins que l'on ne soit amené à faire l'autopsie. C'est ainsi qu'on peut expliquer les cas d'angine mortelle dans lesquels on a supposé que le cœur était intact.
Il est peut-être plus difficile d'expliquer pourquoi l'angine ne se produit pas lorsque l'athérome artériel a déterminé le ramollissement et la dilatation des parois du cœur, car il est certain que bien des cas de ce genre surviennent et se terminent fatalement sans présenter aucun symptôme d'angine. Pour moi, cela lient à ce que, dans ces cas, l'élément nerveux nécessaire pour produire l'accès fait défaut.
On peut exprimer ainsi les rapports de la goutte et de l'angine de poitrine :
1° La pseudo-angine de poitrine peut survenir comme symptôme concomitant de la goutte chronique. C'est certainement la forme la plus commune de cardialgie qui se voit dans la goutte. Elle se traduit par une douleur angoissante avec palpitations^ lipothymies, vertiges et respiration haletante. Il y a généralement en même temps des troubles gastriques, de l'indigestion et de la flatulence. Le malade a habituellement moins de cinquante ans et est du sexe masculin. Quand il s'agit d'angine vraie, elle survient à tout âge.
2° L'angine de poitrine vraie peut survenir dans les cas de goutte chronique ou de cachexie goutteuse lorsqu'il y a des dégénérescences artérielles étendues, de l'athérome de l'aorte et du ramollissement
des parois du cœur en même temps que d'autres signes de déchéance des tissus. Ici l'état goutteux est le facteur qui prépare la voie à l'éclosion de l'angine; mais des dégénérescences analogues peuvent être produites par d'autres influences que la goutte.
Dans cette forme, le malade a généralement dépassé la cinquantaine. La douleur est atroce et produit une sensation de constriction violente, elle s'irradie au dos et souvent jusqu'au bout des doigts mais surtout du côté gauche et le long de la face interne du coude. 11 n'y a pas de dyspnée. Le pouls est petit, tendu, irrégulier; il peut être lent. Le malade éprouve le sentiment d'un danger imminent. Il peut y avoir de la flatulence gastrique. L'accès est suivi d'une miction aboniJanle,
Les angineux sont souvent des gens doués d'une grande activité intellectuelle, de même que les goutteux.
Des cas d'angine de poitrine ont été décrits comme de la goutte diaphragmatique.
Dans les cas de cardialgie pure ou pseudo-angine, le cœur ne présente pas des signes d'affection organique et l'on ne peut découvrir aucune lésion artérielle. Les malades sont en général trop jeunes pour être arrivés à ce degré pathologique et sont encore loin de la phase cachectique de la goutte. Les attaques peuvent être graves, bien marquées, et survenir à de longs intervalles. Elles sont fréquentes pendant la nuit. Quelquefois les malades présentent ces symptômes sans avoir eu aucune attaque de goutte franche, mais ils ont généralement des antécédents goutteux héréditaires très nets. Nous pouvons donc considérer avec Trousseau ces attaques comme des manifestations de la diathèse goutteuse.
Nous ne pouvons quitter ce sujet sans parler de l'élément nerveux qui y est inhérent. Dans chaque forme il peut bien y avoir des lésions importantes ou un état qui favorise l'attaque, mais le facteur spécial qui domine tout vient du système nerveux : c'est lui qui tient sous sa dépendance l'éclosion de l'attaque et l'intensité de la douleur. Il est impossible de négliger l'état spécifique des centres nerveux, dans les deux cas, l'instabilité et la tendance à suivre certains filets nerveux représentant probablement une perversion fonctionnelle.
On peut ainsi découvrir une relation causale (nerveuse) entre la diathèse goutteuse et la tendance aux attaques non seulement d'angine de poitrine, mais d'autres troubles nerveux douloureux.
L'influence des émotions comme facteurs déterminants et la tendance qu'ont les attaques d'éclater après le premier sommeil, le ma-
tin de bonne heure, appartiennent à d'autres névroses spasmodiques.
Goutte et goitre exophthalmique. — On a observé cette dernière affection chez les individus issus de parents goutteux. Je n'en ai guère observé qu'un seul cas, chez une daine nerveuse et liA'stérique. Les symptômes de la maladie apparurent vers l'époque de la ménopause. Ils disparurent dans l'espace d'une année. Son père et plusieurs de ses frères avaient des manifestations goutteuses très nettes.
Goutte et tachycardie. — On sait que les palpitations cardiaques s'observent chez les individus prédisposés à l'arthritisme. Dans des cas
Fig. 17. — Spbygmoo-ramme d'un cas de g-oatte chi-onique avec lophus, psoriasis ef albunûnurie légère, montrant l'augmentation de la tension artérielle.
d'arthrite rhumatismale chronique à marche progressive, on observe parfois de la tachycardie presque dès le début, le pouls étant tendu
Fig. iS. — Sphygmogramme d'un cœur faible et sans souffle.
et arrivant à 90 pulsations ou davantage. J'ai vu un ou deux cas, chez des femmes, où il est resté d'une manière persistante à 150 et 200 *
Fig. 19. — Augmentation de tension non perceptible au doigt.
par minute, mais je n'ai jamais rien vu de semblable dans la goutte. Dans les cas d'origine rhumatismale, il n'y a pas de signes d'affection cardiaque et pas de fièvre.
D'après Gerhardt % il y a deux formes de tachycardie, l'une permanente, l'autre transitoire. Il attribue la plupart des cas de la forme