LA GOUTTE DANS LES MEMBRES PARALYSÉS
pris de goutte dans le gros orteil du côté paralysé et, un mois après, dans celui de l'autre côté; il eut quatre attaques du côté droit. Lors d'une de ces attaques, il se fit une métastase vers les intestins, puis les douleurs disparurent quand le pied fut pris à nouveau.
Observation. — Goutte dans des membres paralysés. — Un homme âgé de cinquante ans, opticien, entra à l'hôpital le 22 février 1881 avec une hémiplégie gauche très marquée.
Antécédents. — Insolation pendant trois semaines il y a cinq ans. Il y a deux ans, attaque (épileptique?). Bouffissure des yeux il y a un ou deux mois. Il a eu deux attaques de goutte.
Pas d'antécédents de paralysie ni de goutte dans sa famille.
La paralysie siégeait du côté gauche; elle était plus marquée aux extrémités supérieures qu'aux inférieures. Le bras était enflé et douloureux, et toute tentative pour le mouvoir lui causait de la douleur. Bien que les mouvements de la jambe fussent difficiles, ils pouvaient cependant s'exécuter volontairement, mais la station debout était impossible. La sensibilité, bien que diminuée, était conservée. Les réflexes rotuliens et cutanés étaient normaux.
Le côté gauche de la face était paralysé à l'exception des muscles orbiculaire et occipito- frontal. Un peu d'albumine.
24 février. — La main et le poignet droits gonflent et deviennent douloureux, la main gauche également,
ï mars. — Amélioration. Le gonflement des poignets a presque disparu.
'/O mars. — Plus de douleurs ni de gonflement dans la main.
24 mars. — Légère attaque de goutte au gros orteil gauche qui céda le lendemain au colchique.
Il est bien possible que la goutte puisse avoir été soupçonnée dans les cas de paralysie où une arthrite est survenue dans le cours d'une affection cérébrale, constituant ce que Charcot' appelle Y arthropathie des hémiplégiques. Scott Alison ^ a appelé l'attention sur ces cas.
Charcot rapporte l'observation d'une femme âgée de quaranteneuf ans, qui fut prise tout d'un coup d'hémiplégie. Quelques jours après, de la douleur, de la chaleur et du gonflement apparurent dans le poignet, puis dans le genou et le pied du membre paralysé. A l'autopsie, on trouva un ramollissement cérébral. Les bassinets contenaient de nombreux calculs d'acide urique.
Un autre malade, un peintre âgé de cinquante-quatre ans, qui était atteint de goutte saturnine, devint tout d'un coup hémiplégique. Feu après, le poignet, la main et le pied du côté paralysé furent atteints par la goutte. On constata une hémorragie cérébrale à l'aulopsie.
]. Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, Paris, 1877, l. 1, p. 114. ■2. Alison, Lancet, 16 janvier 1846.
Dans tous ces cas, il est difficile de mettre en doute la nature goutteuse de l'arthrite. Charcot a soin de faire observer que ces cas étaient exceptionnels et très différents de ceux oîi il y eut de l'arthrite sans tare rhumatismale ou goutteuse.
Bourneville * a rapporté l'observation suivante : Une femme âgée de cinquante-quatre ans avait eu, cinq ans auparavant, une hémiplégie droite avec aphasie, due probablement à une hémorragie cérébrale. Puis survint une seconde attaque d'apoplexie qui fut mortelle. A l'autopsie, on trouva une vaste hémorragie récente qui, du cerveau, s'étendait dans les ventricules. Dans le genou et le gros orteil du côté droit paralysé, on trouva des incrustations uratiques, tandis qu'il n'y en avait aucune de l'autre côté. Les reins semblaient normaux, à l'exception de quelques stries uratiques dans les tubuli. Dans le genou, la synovie était sanguinolente et il y avait des exostoses à bords renversés. Bourneville pensait que ces dépôts avaient été déterminés par l'état paralytique des membres.
J'admets tout à fait l'existence des arthropathies chez les hémiplégiques et je crois que la théorie de leur production peut s'appliquer aux cas où l'arthrite goutteuse survient dans les membres paralysés. L'élément nerveux appartenant à la goutte est ici souvent, sinon toujours, le facteur déterminant de la localisation. Il y a évidemment des exceptions, mais elles ne renversent en rien la règle générale.
Observation (Wilks) ^ — Parali/sie guérie chez un goutteux. — Un homme âgé de cinquante-deux ans, était goutteux. 11 n'avait jamais eu la syphilis. Un mois avant son entrée à l'hôpital, il avait eu la goutte dans les pieds, et, au bout de deux semaines, il était paralysé des jambes et de la vessie. A son entrée à l'hôpital, il ne pouvait faire aucun mouvement. Il y avait une anesthésie partielle qui remontait jusqu'à Tombilic et des réflexes très marqués. Il avait des sensations de constriction en ceinture, et des engourdissements dans les bras et les mains. Puis la fièvre se déclara, il eut des frissons, du hoquet, la langue rouge, il se forma une eschare. On soupçonna une néphrite suppurée par propagation de la vessie aux reins. Il fut très mal pendant quelques jours, puis les symptômes s'atténuèrent; il put remuer un peu les jambes. La guérison fut ensuite rapide, et au bout de deux mois il quittait l'hôpital.
Goutte et idiosyncrasies. — • Un des caractères les plus remarquables qui s'attachent à la tendance goutteuse est celui des idiosyncrasies. C'est là un des côtés de îa question qui demanderait une élude
1. Bourneville, Études cliniques et thermomélriques sur les maladies du stjstème nerveux, Paris, 1872, p. 58.