LA GOUTTE CACHEXIE GOUTTEUSE — GOUTTE IRRÉGULIÈRE
Les symptômes précurseurs de la goutte sthénique, dans les premières attaques, sont peu nombreux et peu marqués. Plus tard, dans les attaques subséquentes, ils sont plus prononcés et le malade en a mieux conscience. Le premier avertissement vient des systèmes digestif et circulatoire. On note généralement un certain degré de dyspepsie, accompagné d'une sensation de plénitude à l'épigastre et dans la région hépatique. De la gastralgie, des éructations aigres et de -la flatulence : tels sont les symptômes dyspeptiques principaux. Il peut y avoir de la céphalalgie. L'urine peut être chargée d'urates. L'action irrégulière du cœur se manifeste par des palpitations, qui se font sentir jusque dans la tête, surtout à la suite d'en"orts. Le pouls peut être ferme ou tendu. Il y a parfois de l'expiration prolongée. Il peut y avoir des hémorrhoïdes. Du côté du système nerveux, on trouve de la dépression morale, des névralgies, de la migraine, des bâillements, de la somnolence, des douleurs profondes dans différentes parties, parfois violentes et de peu de durée. On peut les ressentir dans les membres, dans les pieds ou dans les articulations des doigts. La douleur du calcanéum et de l'aponévrose plantaire est caractéristique de la goutte, de même que le prurit général.
Des douleurs lombaires, de l'odontalgie siégeant dans des dents saines, des douleurs aiguës dans les amygdales, ainsi que dans plusieurs autres endroits peuvent de même être des signes précurseurs d'attaque. On peut observer une certaine coloration jaune sale de la
face et une teinte ictérique des conjonctives. Scudamore a noté du ptyalisme. Il y a souvent de la constipation et les selles sont décolorées. Quand il survient des douleurs articulaires, les symptômes dyspeptiques peuvent disparaître. On a souvent remarqué que, la veille d'une attaque, l'appétit était particulièrement bon et qu'on éprouvait une sensation de bien-être ou d'euphorie, ce qui est souvent un mauvais signe dans bien des maladies. En général, il y a avant l'attaque diminution du volume d'urine; cependant parfois l'attaque est précédée d'une urinalion abondante. J'ai observé ce fait et Scudamore croyait que cela n'arrivait que chez des personnes d'un tempérament nerveux, qui avaient été très affaiblies par la goutte. Je suis tout à fait de cet avis. Graves en a rapporté deux observations dans des cas de goutte héréditaire.
On. a noté quelquefois, comme précurseur de la goutte, une ophthalmie intense affectant la sclérotique et la conjonctive.
La congestion est assez limitée et s'observe surtout près de l'insertion des muscles de l'orbite. Les nuits peuvent être troublées par divers symptômes dyspeptiques et le sommeil n'est pas réparateur.
Le matin l'on n'a pas d'appétit et les écarts de régime se reconnaissent très vite; on est mal en train, mal disposé à vaquer à ses occupations habituelles. Gomme symptômes psychiques, on note une irritabilité particulière, peu d'énergie, les efforts intellectuels sont difficiles, laborieux ou impossibles.
Ainsi qu'on peut s'y attendre,, ces symptômes varient lorsqu'une attaque éclate par suite d'une cause quelconque ou par un concours particulier de circonstances. En général, tous disparaissent avec le début d'une attaque articulaire. Quant aux causes déterminantes, elles sont bien connues. Ge sont des travaux intellectuels prolongés, des efforts exagérés, des soucis, les tracas des affaires, la vie confinée, la suppression d'un exercice habituel, la répétition fréquente de repas copieux; une seule de ces causes peut suffire, mais il y a en général réunion de plusieurs d'entre elles.