‹ Traité de la gravure à l'eau-forteChapitre 10 sur 18 · THÉORIES DIVERSES · texte numérisé non relu

THÉORIES DIVERSES

§ I. — Recommandations et procédés particuliers.

La roulette.

La latitude que je viens de vous donner n'est pas exclusive au point que Ton doit approuver tous les procédés matériels sans exception ; il en est un dont je vous proscris l'usage, la pointe ayant assez de ressources en elle-même pour pouvoir se passer du concours de certains instruments étrangers ; je veux parler de la roulette, qui trouve son application naturelle dans d'autres genres de gravure.

Servez-vous de la pointe plate avec ménagement ; La pointe plate. elle enlève d'assez fortes largeurs de vernis, mais donne des tailles peu profondes et moins vigoureuses que celles que l'on obtient par une morsure prolongée, avec une pointe ordinaire.

— Et Je burin, monsieur, qu'en direz- vous ?

Le budn. — Le burin est l'instrument usuel et fonda-

mental de la gravure proprement dite en tailledouce ; quoi qu'il ne soit pas absolument nécessaire dans le genre d'eau-forte que nous étudions, il y a des cas où il peut intervenir avec avantages, mais à titre d'auxilaire seulement.

Ainsi, pour obtenir des vigueurs sur un travail très mordu, mais d'apparence grisâtre et terne, dans un ton étalé, où régnerait une sorte de monotonie, quelques coups résolus et irréguliers de burin feront merveille et réchaufferont la valeur du ton.

Quelques tailles écartées de burin donnent de la fraîcheur à une teinte salie, creuse et rougeâtre, sans augmenter le ton.

On peut se servir aussi du burin pour des raccords partiels dans des travaux assez mordus.

Le burin d'une forme rectangulaire, aiguisé en biseau, est appliqué un peu horizontalement sur le cuivre nu ; son manche, arrondi au-dessus, plat audessous, est tenu dans la paume de la main, l'index appuyé sur la tige d'acier; on le pousse en avant et il pénètre franchement le métal ; son plus ou moins de pression et d'inclinaison sur la planche produit la différence des tailles. Le ton obtenu par le burin est plus vigoureux que celui de la morsure, parce qu'il creuse le cuivre plus profondément. Si on en faisait un grand usage dans une eau-forte, comme sa taille est extrêmement nette, elle trancherait par la différence de ton avec les travaux de la morsure ; pour

faire disparaître cette inégalité, il suffirait de faire remordre légèrement le plan où le burin a été employé, ce qui donnerait aux tailles de celui-ci le même aspect qu'à celles de la morsure,

En somme, n'usez du burin qu'avec la plus grande circonspection, parce que la science de son application à la pointe est très délicate et donne à l'eau-forte un autre caractère que celui qui nous occupe. Il me semble que l'employer dans une eauforte libre, enlevée du premier coup, c'est comme si on venait jeter une phrase de Bossuet au milieu de la conversation.

En fait de moyens mécaniques, redoutez les Pap»« r de verre tons obtenus par le frottement du papier de verre sur le cuivre ; ils se traduisent la plupart du temps par une tache sale et sans fraîcheur. Évitez ce procédé à cause de sa difficulté d'emploi. Un très habile graveur peut seul en tirer parti.

Pour harmoniser ou augmenter la valeur d'un Fleur de soufrc * ton, je craindrais moins de vous voir employer h fleur de soufre. On la friêle avec de l'huile, de manière à former une pâte homogène assez épaisse que l'on étend par couches au pinceau sur le travail mordu.

L'action de ces deux corps sur le cuivre dépolit celui-ci et produit à l'impression un ton frais et suave qui se marie agréablement avec celui de la pointe.

Il est facile d'obtenir des différences de valeur

en laissant plus ou moins longtemps le soufre sur la planche. Cette morsure d'un autre genre est rapide dans la chaleur; quelques minutes suffisent pour un ton ferme. Par le froid, elle demande un temps relativement prolongé. Cette corrosion, d'un aspect fortement bistré sur le cuivre, produit à l'impression des teintes beaucoup moindres. Si l'on n'est pas satisfait de ce que l'on obtient, on l'efface au charbon, car le cuivre est très superficiellement attaqué.

Cette extrême légèreté de morsure permet aussi d'éteindre au brunissoir quelques parties que l'on voudrait faire ressortir en blanc.

C'est un procédé très complaisant, vous le voyez, mais il rappelle trop la manière noire ou l'aquatinte, et d'ailleurs il ne peut être appliqué qu'en teintes plates, sans modelés; je vous l'indique néanmoins, pour que vous en usiez par fantaisie, à titre de curiosité, mais avec réserve ; il vaut mieux employer la pointe sèche, qui rentre dans les procédés naturels de la gravure à l'eau-forte.

Morsure par H vous est accordé, avec la même restriction,

pour quelques parties de vieux murs, de rochers ou de terrains, pour des plans où vous voudriez faire régner une sorte de désordre pittoresque d'exécution, de recourir au moyen suivant (pi. V, fig. 2) ; vous étalez du vernis ordinaire sur une plaque de cuivre suffisamment chauffée : vous tamponnez et reportez le tampon inégalement chargé sur

picotements.

Pi: S.

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les plans déjà mordus de votre planche, chauffée à son tour ; le vernis y adhérera d'une manière irrégulière, laissant le cuivre à nu dans quelques endroits ; vous protégerez au pinceau les parties que vous voulez réserver et ferez mordre à l'acide pur ; vous obtiendrez des picotements assez curieux. Employé à propos dans des sujets où votre fantaisie sera libre de s'exercer, ce procédé vous donnera des résultats inattendus et souvent heureux.

Avant de passer outre, je dois vous expliquer un Réserves

au petit vernis

moyen commode pour rendre un effet d'orage (pi. V, sur ie travail. fig. 2) : vous ferez le ciel à la pointe, d'une manière serrée, pour avoir les tons sombres des nuages, et, avant de faire mordre, vous dessinerez au vernis au pinceau les carreaux de la foudre ; ainsi protégée à la morsure, cette ligne sera blanche à l'impression ; elle sera plus nette et plus naturelle que si vous l'aviez réservée dans le travail de la pointe, l'obtenant par deux traits qui l'auraient cernée d'une manière un peu dure.

Vous pouvez procéder de même pour un clair de lune, pour des filets de lumière dans l'eau, pour toutes lignes claires difficiles à réserver sur un fond noir.

§ IL — Planches de %inc et d'acier.

Jusqu'ici je ne vous ai parlé que de planches de cuivre. On grave aussi à l'eau-forte sur le iync et

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Y acier. La morsure du zinc est rapide et exige quatre fois moins de temps que celle du cuivre à degré égal : 10 degrés suffisent pour le même temps. Cette morsure est brutale, sans finesse et sans profondeur. Le zinc ne supporte pas un long tirage.

L'acier mord aussi avec une grande rapidité ; un huitième d'acide sur sept parties d'eau suffit pour sa morsure qui, en moyenne, dure d'une minute à cinq, depuis les plans faibles jusqu'aux plus forts.

On fait très-peu d'eaux-fortes libres sur l'acier, employé plus particulièrement dans les autres genres

de gravure.

§ III. — Théories diverses.

Vemis mou. Il y a un genre de gravure peu pratiqué aujour-

d'hui, connu sous le nom de vernis mou, et qui a été cultivé avec succès, il y a une trentaine d'années, par Louis Marvy et Masson. Les graveurs du siècle dernier le désignaient sous le nom de gravure en manière de crayon.

On prend une boule de vernis ordinaire que l'on fait fondre au bain-marie, dans un petit vase, en y ajoutant, en hiver, un volume égal de suif; en été, on met un tiers de suif et deux tiers de vernis ; on laisse refroidir le mélange obtenu et on en fait une nouvelle boule que Ton enveloppe d'un morceau de soie, très fine de tissu. On en vernit une planche à la manière habituelle et on enfume

légèrement. Sur ce vernis ramolli on fixe une feuille de papier très mince, ayant du grain, et Ton y fait un dessin au crayon; partout où passe celui-ci, le vernis s'attache au papier en proportion de la pression de la main, et, quand la feuille est retirée avec précaution, elle entraîne le vernis qui y est adhéré. On fait mordre la planche ainsi dépouillée et on obtient une gravure identique au dessin (pi. VI).

Si à l'impression on remarque de la mollesse ou de l'indécision dans ce travail, on peut le reprendre à la pointe, en revernissant et en faisant mordre ; c'est-à-dire que l'on fait une eau-forte sur ce premier état en le précisant davantage et en ajoutant des travaux de morsure ou de pointe sèche partout où la pensée est traduite d'une manière insuffisante ou vague. On ne peut néanmoins procéder que par pointillés inégaux pour se conformer au caractère du premier travail. Sans cela il n'y aurait pas d'homogénéité dans l'aspect de ce genre de gravure, où le grain du papier joue le plus grand rôle; on n'obtiendrait rien avec un papier satiné. On se sert à son gré de papier à gros grains ou à grains fins ; on peut même les alterner dans le même sujet. Ce genre de gravure demande beaucoup de précautions à cause de la fragilité du vernis. Il est nécessaire de protéger la planche de manière à ne pas y appuyer la main. (Voir ci-après à Y Aciérage.)

On grave aussi à la pointe sèche ; ici l'eau-forte n'a Gravure à i* rien à mordre (Outillage). On dessine à la pointe pomte c c *

sèche sur le cuivre nu, appuyant plus ou moins fort, et élargissant ou resserrant ses tailles, suivant la valeur des tons que Ton cherche (pi. VII). L'accent de ce genre de gravure consiste dans Yébarbure. Il est rationnel de commencer par le ciel ou les valeurs délicates et de les ébarber si on a des valeurs plus vigoureuses à disposer par-dessus. (Voir la Pointe sèche, page 50.)

Il est commode de préparer ses plans en dessinant sur la planche vernie et enfumée, que Ton essence pour continuer, guidé par le trait général effleuré sur le cuivre.

On voit parfaitement ce que Ton fait en étalant au chiffon un peu de noir de fumée, délayé dans du suif, sur le travail, au fur et à mesure qu'on l'exécute, et en l'essuyant avec le plat de la main ; on peut ainsi observer et conduire son œuvre jusqu'au bout, soit en ébarbant plus ou moins ou n'ébarbant pas du tout les tailles de chaque plan, soit en ajoutant des travaux partout où on les voit insuffisants. Le travail présente sur la planche ce qu'il présentera sur le papier. On modèle ainsi son sujet ; on fait passer des tailles vigoureuses sur des tailles ébarbées ; on en enlève, on en remet. A l'impression on obtient des tons veloutés et puissants, tels que les produit l'estompe sur le papier. (Voir ci-après à Y Aciérage.} Rembrandt a employé, sans l'ébarber, la pointe sèche dans quelques-unes de ses principales eaux-fortes.

Pl.é-

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