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DU DESSIN A LA POINTE SUR LA PLANCHE

Si la théorie générale qui précède semble trop succincte et laisse incomplète l'idée qu'on doit se faire des diverses opérations de la gravure à l'eauforte/je vais essayer de réunir en un seul faisceau les conseils plus pratiques que j'ai eu l'occasion de donner dans mon atelier à un jeune dessinateur et à différentes personnes. J'ai prévu l'un après l'autre les accidents qui se sont produits ou qui auraient pu se produire. Il ne faut donc pas se préoccuper de l'apparente complication des détails que présentent les pages suivantes, que l'on consultera, si l'on veut, pour des renseignements' isolés, comme on consulte le dictionnaire. Dans tous les cas, on fera bien, au fur et à mesure qu'on les lira, d'en faire des applications immédiates ; afin d'éviter toute confusion de ces détails dans l'esprit et de s'épargner la sécheresse d'une lecture peu récréative.

i6 TRAITK DK LA GRAVURE

§ I. — Outillage.

On devra, avant tout, se munir des objets suivants (i) :

Des planches de cuivre ; Un étau ;

Du vernis ordinaire et du vernis blanc en boule ; Du petit vernis liquide ; Des pinceaux de diverses dimensions ;

Deux tampons, l'un pour le vernis ordinaire, l'autre pour le vernis blanc;

Une mèche de cire ;

Un porte-pointes ; plusieurs pointes ; une pointe sèche ;

Un brunissoir ;

Un grattoir ;

Une pierre à aiguiser, de premier choix ;

Une loupe ;

De la cire à border ;

Une cuvette en gutta-percha ou en porcelaine ;

Des doigtiers en caoutchouc ;

De l'acide nitrique à 40 degrés ;

Du papier végétal ; calque ou sanguine ; glace ou gélatine ;

Du papier émeri double ou triple zéro ;

Du papier buvard ;

Un rouleau à revernir et ses accessoires.

A ce bagage on ajoutera une provision de vieux chiffons.

(1) Outillage complet , boîtes d'aqua-fortiste ; chez M. Lamour, 43, rue de la Harpe.

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On ne saurait trop s'assurer de la qualité du cuivre, métal adopté de préférence pour l'ëàu-forte ; les cuivres mous sont d'une morsure lente ; tandis que les cuivres durs mordent rapidement et en profondeur. Il est regrettable que les planches aujourd'hui soient généralement passées au laminoir : ce qui laisse le cuivre peu resserré. Autrefois, on les préparait au marteau et le cuivre était meilleur; ainsi battu, le métal devient dur, offre moins de porosité, son état moléculaire se prête admirablement à la morsure, la taille n'en est que plus franche; et lorsque l'on conduit les travaux jusqu'à une extrême finesse, on est certain de la conserver à la morsure.

Les cuivres anglais et les cuivres replanés sont excellents. On pourrait demander des cuivres épais et d'une dimension inférieure à celle des sujets qu'on veut traiter et les faire allonger à coups de marteau, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le développement voulu ; on aurait là certainement de très bons cuivres.

On choisira un étau à manche de bois, pour ne pas se brûler les doigts.

On peut, pour tous les cas possibles, délayer du noir de fumée dans le petit vernis liquide. Quelques graveurs trouvent qu'il sèche trop vite, et, craignant qu'il ne s'écaille sous la pointe, ne s'en servent que pour les couvertures; ils emploient pour les retouches le vernis au pinceau:

Prendre les pinceaux dont on se sert pour l'aquarelle.

La soie des tampons devra être d'un tissu très fin.

Pour protéger ses doigts, un graveur a imaginé d'enfumer ses planches avec plusieurs bouts de chandelles ou de bougies réunis au fond d'un petit vase; ils fournissent une fumée abondante et peuvent s'éteindre au moyen d'un couvercle. La fumée de la bougie est la plus fine ; elle est excellente pour les petites planches.

Le porte-pointes reçoit des pointes courtes, de diverses grosseurs, et jusqu'à des aiguilles.

Pour aiguiser une pointe, on la passe à plat sur la pierre en la faisant rouler : puis, quand elle est devenue très aiguë, on lui fait tracer un grand cercle sur du carton en la tenant, cette fois, fixe dans les doigts ; on continue par des cercles plus petits. Plus on se rapproche du centre, plus la pointe est tenue verticalement. On obtient sa finesse ou sa grosseur en la tenant écartée ou en la rapprochant du point central.

La pointe sèche doit s'aiguiser plutôt par surfaces qu'en rond, pour couper le cuivre et y pénétrer franchement.

Si le brunissoir n'est pas assez poli, il raye le cuivre et produit des taches noires à l'impression.

Pour l'entretenir en bon état, on fait, sur une planchette de sapin, deux entailles allongées, de la largeur du brunissoir; on le passe dans la première

contenant de la potée d'émeri en poudre, puis, pour lui donner tout son lustre, dans la seconde contenant du rouge d'Angleterre et de l'huile.

Les pierres trop dures pour les rasoirs sont excellentes pour les grattoirs. On en trouve chez Lamour,43,ruedela Harpe. Après avoir aiguisé le grattoir à plat avec un peu d'huile, on le passe sur l'ongle; si on sent la présence de la dent la plus légère, si l'outil ne file pas avec la plus grande aisance, on continue de l'aiguiser, car il rayerait le cuivre.

On aura la liberté d'user de deux cuvettes, l'une pour la morsure, l'autre remplie d'eau pour laver la planche.

Un entonnoir de verre et un bocal bouché à l'émeri seront nécessaires pour transvaser le liquide et le conserver.

Il y a diverses substances pour nettoyer le cuivre ; la plus naturelle consiste dans la pâte obtenue par le frottement du charbon sur la pierre à aiguiser avec de l'huile.

Puis viennent le papier émeri double et triple zéro, la terre pourrie, le tripoli de Venise, le rouge d'Angleterre, et enfin l'ardoise ; la poudre d'ardoise dégagée par la simple action d'un canif est excellente, employée avec de l'huile et un chiffon fin comme pour les autres substances.

Le vernis à revernir n'est autre chose que du vernis ordinaire dissous dans de l'essence de lavande ; il doit être dur à peu près comme le miel en hiver.

Le rouleau à revernir, d'une forme cylindrique, est terminé par deux manches qui roulent dans les mains. On en trouve d'excellents chez Lamour, 43, rue de la Harpe. Il faut que le rouleau couvre autant que possible toute la surface du cuivre ; il y en a de diverses dimensions. Sitôt qu'on s'en est servi, on le met à l'abri de la poussière.

Ces diverses recommandations ne sont pas inutiles, car le moindre obstacle matériel peut quelquefois entraver l'essor de la pensée. Il est bon de se prémunir contre toute préoccupation gênante de métier. C'est déjà bien assez d'avoir à s'occuper des difficultés de l'art.

§ II. — Préparation de la planche.

Je résume les divers entretiens que j'ai eus avec mon jeune élève :

vernissage. Voici une planche, lui dis-je ; je la nettoie à

l'essence ; une fois bien essuyée, avec un linge fin, et à la rigueur après l'avoir épurée au blanc d'Espagne, je la prends avec Pétau par le bord, en plaçant un morceau de papier assez épais sous les dents de l'étau pour ne pas entamer le cuivre à la pression ; je présente l'envers de la planche à ce réchaud ; la flamme du papier ou une lampe à esprit-de-vin sert également ; quand la planche est suffisamment chauffée, je place sur la surface polie cette boule de vernis ordinaire enveloppée de soie ; la chaleur la

fait fondre. Si la planche est trop chauffée, le vernis bouillonne en se fondant, alors on attend un peu, . car il brûlerait ; je passe la boule sur toute la surface du cuivre, sans l'inonder toutefois ; puis, avec le tampon, je frappe dans tous les sens, assez fortement et vite en commençant, de manière à bien étendre et à égaliser la couche de vernis ; et en finissant, à mesure que le vernis se refroidit, j'appuie le tampon plus délicatement. Qjuand on remarque de l'inégalité et comme de petits points culminants dans le vernis, c'est qu'il est trop épais ; on tamponne jusqu'à ce que l'on ait obtenu une couche parfaitement homogène; elle sera mince, suffisante pour résister à de fortes morsures et permettra d'exécuter à la pointe des travaux très fins, ce qui serait difficile avec trop de vernis.

Sans attendre que la planche refroidisse, je la Enfumage. retourne et je présente le vernis à la fumée d'un flambeau ou d'une mèche de cire, que je tiens à deux centimètres environ du vernis pour ne pas l'entamer; je fais courir rapidement la flamme dans tous les sens, pour éviter de brûler le vernis, ce qui aurait lieu si je m'arrêtais longtemps sur le même point, et voici que j'ai obtenu un noir brillant. Nous ne voyons plus rien transparaître, ni le cuivre ni le vernis; notre première opération est donc réussie ; nous n'avons qu'à laisser refroidir la planche, le vernis se solidifiera et vous pourrez commencer votre dessin.

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Vous me faites remarquer qu'en se refroidissant, le vernis perd le brillant qu'il présentait à l'état liquide ; cela arrive toujours ainsi ; voyez quelle parfaite netteté sur le vernis ! Voici une planche dont l'enfumage n'est pas réussi; on voit d'abord les marques du passage de la mèche ; à la rigueur, elles ne vous gêneraient pas beaucoup pour travailler ; mais ici le brillant du noir est mélangé de parties très ternies ; le vernis est brûlé ; il s'écaillerait sous la pointe et ne résisterait pas à l'acide. Il faudra nettoyer cette planche à l'essence de térébenthine et recommencer l'opération.

On noircit le vernis, parce que sa transparence naturelle ne permettrait pas de voir le travail de la pointe. Ce travail nous donnera maintenant ce qu'on peut appeler un dessin négatif, c'est-à-dire un dessin brillant sur un fond noir. Cela déroute un peu tout d'abord, mais on s'y habitue assez vite.

§ III. — Du dessin à la pointe sur la planche.

Le transparent. jj est nécessaire de vous installer contre cette fenêtre, et de placer entre elle et vous, sur un plan incliné, un transparent de papier végétal soutenu par un châssis de bois, et sous lequel vous ne verrez plus la fenêtre ; le transparent adoucira et tamisera la lumière ; il atténuera le rayonnement du cuivre et vous permettra de bien voir ce que vous ferez.

Si vous dessiniez sur cuivre en plein air, le transparent serait inutile, parce que le jour éclairant d'une manière égale la planche dans tous les sens, le rayonnement n'existe plus et le cuivre attaqué n'éblouit pas comme lorsque la lumière vient d'un seul foyer.

On peut se servir d'une seule pointe, ou de poin- Pointes, tes de diverses grosseurs, d'aiguilles même, comme vous le verrez plus tard, mais on n'obtient jamais sur la planche qu'un travail uniforme, sans plans et sans relief; c'est par la morsure que le dessin sera modelé et coloré.

La pointe doit être tenue le plus perpendiculairement possible sur la planche, car la pureté du trait est en raison de l'angle d'incidence de la pointe sur le cuivre ; de plus, elle doit pouvoir être dirigée librement et aisément dans tous les sens ; c'est pour cela qu'il ne faut pas qu'elle soit trop aiguë ; on s'en assure sur une des marges du cuivre, en traçant des huit, ou simplement une ligne que l'on fait remonter obliquement dans le sens de la pointe; si celle-ci ne file pas aisément, si elle attaque le cuivre et s'y arrête, aiguisez-la en conséquence. (Voir ci-dessus, Outillage.)

Ceci est important, car en principe la fonction de la pointe consiste à tracer le dessin en dépouillant le cuivre du vernis qui le recouvre ; mais il faut éviter d'entamer le métal ; on empiéterait ainsi sur le rôle de l'acide et on obtiendrait des travaux

inégaux, Teau-forte ayant plus d'action sur les parties entamées par la pointe que sur les parties simplement dépouillées. Il faut sentir le cuivre sous la pointe sans toutefois le pénétrer.

L'effet opposé consiste à agir trop timidement; dans ce cas on n'arrive pas au cuivre ; on enlève, il est vrai, la couche noirâtre et l'on croit enlever aussi le vernis, parce qu'on voit briller le cuivre au travers ; mais on s'aperçoit plus tard , à l'absence de morsure, que l'on n'avait pas suffisamment appuyé.

Dans les premiers temps, on a une tendance à procéder comme pour le dessin sur papier, en donnant au coup de pointe beaucoup de légèreté dans les fonds et. en appuyant vigoureusement sur les premiers plans. C'est inutile.

Certains artistes néanmoins préfèrent attaquer le cuivre avec des pointes coupantes dans les travaux les plus fins, comme dans les plus robustes, et font mordre avec un acide vif; d'autres attaquent résolument le cuivre dans les plans où ils veulent obtenir un ton vigoureux. Abraham Bosse, appliquant l'eau-forte au burin, recommande d'attaquer légèrement le cuivre pour les traits qui doivent être fins, et vigoureusement, en creusant le métal, pour ceux qui doivent être très larges, de sorte qu'avec la même morsure, on obtienne des travaux légers et des travaux vigoureux ; ces derniers, il est vrai, devant être retouchés au burin,

on comprend que l'on puisse ainsi anticiper sur le travail de cet instrument.

En été, la température ramollit le vernis, le tra- Température

• 1 1 1 • 1 r • 1 1 • ^e l'appartemefli

vail de la pointe est souple, facile ; en hiver, le froid congèle le vernis qui s'écaille facilement sous la pointe, surtout à la rencontre des traits. Chauffez donc suffisamment votre appartement, ou munissezvous de deux plaques de fonte ou de deux pierres lithographiques, deux briques si vous voulez, que vous faites chauffer et que vous placez successivement sous la planche pour y entretenir une température douce et uniforme. On a remarqué que les travaux faits dans une bonne température ont plus de souplesse que lorsque le vernis est trop froid, quand même il ne le serait pas assez pour s'écailler.

Suivant ce que Ton veut faire, on aborde direc- Du calque. tement le cuivre, ou bien, dans le cas d'un dessin à interpréter dans les mêmes dimensions, on se sert du calque. Bien des graveurs s'en affranchissent et s'habituent à copier à l'envers. On connaît l'usage du calque; il y faut du papier végétal, du papier sanguine, un crayon ; on fait le calque du dessin sur le papier végétal, que l'on place ensuite sur le cuivre; entre le cuivre et le papier végétal on fait passer le papier sanguine; puis, discrètement, avec un crayon très fin ou une pointe un peu émoussée, on repasse les traits du dessin qui, sous la pression légère de l'outil, se trouve reproduit par la sanguine sur le vernis. -Il est inutile d'appuyer trop fort ; car

la trace du dessin serait obstruée par la sanguine, vous n'en retrouveriez plus la précision ni la finesse; de plus, vous risqueriez d'entamer le vernis ; le calque doit donner simplement la. place des traits, c'est à la pointe ensuite à les préciser.

Si vous avez à interpréter un sujet d'un aspect déterminé, tel que celui d'un monument ou d'un site convenu, des personnages dans une attitude exigée ; comme l'impression vous donnerait le sens inverse du sujet, vous êtes obligé de l'exécuter à l'envers sur la planche ; vous décalquez en conséquence, et cela vous est facile du moment que le dessin paraît également des deux côtés du papier végétal.

Dans ce dernier cas, on peut se servir avec plus d'avantage du papier glace ou gélatine ; on place ce papier transparent sur le dessin, et, comme il s'entame facilement, on calque le motif donné au moyen d'une pointe très fine et très coupante ; on peut s'assurer que l'on n'a rien oublié, en faisant passer du papier noir sous le papier glace. On ébarbe le trait obtenu avec une estompe de papier ou avec le grattoir, légèrement, et on recouvre la feuille ainsi gravée de poudre de sanguine ; après l'avoir bien essuyée, de façon qu'il ne reste de poudre que dans les creux, on la retourne et on l'applique sur la planche; puis, au moyen du brunissoir imbibé d'huile, on frotte l'envers du papier dans tous les sens; le dessin se trouvera calqué en sens inverse sur le vernis avec une finesse extrême.

Une fois le calque terminé, vous placez une glace devant votre planche, sur la table, le plus près possible ; entre la planche et la glace vous établissez le dessin à interpréter, et vous rendez l'image que vous voyez dans le miroir ; pour plus de commodité, vous vous placez non contre la fenêtre, mais dans le sens oblique, de manière que le transparent que vous laissez à votre gauche éclaire en même temps la glace, le dessin et votre travail. Quand on dessine sur cuivre d'après nature, pour avoir l'irriage dans le sens du sujet, on s'établit de manière, en lui tournant le dos, à le voir facilement dans une petite glace fixée en avant de la planche. C'est ainsi que faisait Méryon : debout et tenant dans la même main sa planche et la petite glace qu'il portait toujours dans sa poche, il conduisait sa pointe avec une sûreté extrême, sans plus d'installation.

Avant de commencer, vous tracerez la marge du dessin, cela sera nécessaire à l'imprimeur ; vous protégerez ensuite votre planche avec du papier très doux; la pression de la main ne fait rien, à la condition d'éviter le frottement sur le vernis ; s'il vous arrivait de le fatiguer, vous boucheriez au petit vernis, légèrement et avec un pinceau très fin, les points brillants qui en résulteraient.

Je pourrais vous faire copier une eau-forte facile ; mais vos études en dessin vous permettent, je crois, d'aborder un exercice plus important; supposons que vous ayez à faire un paysage, bien que ce que

vous allez apprendre s'applique à tout. Voulez-vous traduire ce dessin de Claude Lorrain (pi. I)? Cest une œuvre pleine de charme et de couleur, d'un effet harmonieux. Prenez une seule pointe, et maintenez votre travail serré pour les fonds et plus large pour les premiers plans ; ceci vous paraît paradoxal ; l'acide nitrique vous renseignera sur ce point. Je vous indiquerai, quand votre planche sera mordue, les cas où vous agirez autrement, c'est-à-dire où vous devrez serrer ou élargir indistinctement dans les différents plans les travaux de la pointe. Je ne puis vous donner plus d'explications à ce su* jet, avant que vous connaissiez les pratiques de la morsure avec lesquelles l'intelligence de ces travaux se combine. Cette observation se rapporte aussi à ce que je vous ai dit au sujet des pointes de différentes grosseurs.

— C'est étrange, monsieur, comme la pointe a quelque chose de doux et de précis en même temps ; ceux qui dessinent à la plume doivent aimer à faire de l'eau-forte. Il me semble toutefois que mes traits sont bien larges; j'en ai déjà diposé plusieurs, et je ne vois plus le vernis ; je crains de l'avoir enlevé en entier.

— Que cela ne vous inquiète point ; c'est l'effet du rayonnement du cuivre, dont le transparent n'atténue pas complètement le brillant; le trait brillante par l'éclat du métal paraît plus gros qu'il n'est ; mais appliquez à plat sur la planche une feuille de

papier végétal ou de papier glace, vous verrez les traits tels qu'ils existent réellement, c'est-à-dire assez espacés entre eux. A la loupe vous vous en convaincrez mieux ; vous aurez souvent l'occasion de vous servir de cet instrument, pour venir plus aisément à bout de travaux très fins ou pour vous rendre compte de ce que vous avez déjà exécuté.

Comme le rayonnement dont nous venons de parler trompe sur la quantité des travaux, il pourrait vous arriver d'en retrouver après la morçure moins que vous n'aviez pensé en mettre ; dans les premiers temps, les planches, que l'on croit très travaillées présentent à la morsure des sillons espacés et insuffisants, qui obligent à des retouches ; il est donc essentiel, en principe, sauf les cas spéciaux qui vous seront indiqués plus tard, de donner aux premiers travaux tout le développement nécessaire.

J'oubliais de vous dire qu'il faut vous munir d'un pinceau à poils très doux, d'un blaireau par exemple, que vous passerez légèrement de temps en temps sur la planche pour faire disparaître les parcelles du vernis enlevé; elles vous gêneraient pour bien voir votre travail.

Continuez et suivez votre sentiment; travaillez sans crainte de mal faire : vous pourrez remédier à quelques erreurs : ainsi, si vous vous trompez, vous étendrez au pinceau une légère couche de vernis liquide sur la partie manquée ; dans quelques instants, le vernis sera sec et vous y ferez le raccord.

Vous aurez recours à ce moyen pour corriger un faux trait, ou pour faire revivre une partie blanche que vous auriez couverte par mégarde.

Là-dessus, je m'arrête en vous disant : Et bonne pointe et bon acide ; on ne peut rien vous dire de plus, jusqu'à ce que votre planche soit mordue.

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