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Le vernis ordinaire, le même dont vous vous êtes Em P loi
du vernis ordi-
servi en principe, laisse moins bien voir le travail naire pour b
..«.., i) i i* • • retouche.
primitif, mais les travaux d addition y paraissent nets. On peut s'en servir dans son état naturel ou l'enfumer. Il est préférable au vernis blanc quand on opère sur des travaux très mordus et par conséquent très visibles.
Je vous conseille d'employer ici le vernis ordinaire. Une fois les retouches faites, vous remettrez la planche dans l'acide et vous procéderez comme nous l'avons déjà fait, par morsures successives, en tâchant d'arriver autant que possible à la même intensité de ton. Ces travaux mordant isolément viendront s'ajouter aux tailles premières protégées par le vernis.
On ne juge guère ces travaux d'additions, surtout pour le vernis blanc, qu'après la morsure ; aussi, si l'on n'obtient pas tout ce que l'on désire, on revernit la planche et on complète les travaux qui paraissent insuffisants.
Je vous ferai observer, en outre, que sur le vernis blanc le trait apparaît comme singulièrement grossi dès la première attaque de l'acide. Ne vous y laissez pas tromper.
Voici maintenant un premier plan un peu brutal ; il y a plus de moelleux dans le dessin original ; vous ajouterez quelques traits que vous ne ferez pas mordre longtemps; ces travaux légers se marieront agréablement aux traits énergiques de ce plan ; vous
ferez de même pour les grands arbres, qui y gagneront en légèreté. Plus tard, quand vous aurez acquis de l'expérience, vous rencontrerez des cas où vous pourrez appliquer ce dernier avis entre deux morsures : pendant la marche de l'opération, vous ajouterez quelques coups de pointe parmi les travaux déjà mordus; vous obtiendrez ainsi le même résultat que si vous deviez revernir la planche pour faire cette addition.
Quand on procède à ces retouches avec un acide énergique, on voit quelquefois les traits primitifs mordre de nouveau sous l'action du liquide ; dans ce cas, on arrête la morsure sur ce point et on se contente de ce que Ton a obtenu. On s'explique pourquoi ces travaux recouverts peuvent remordre, surtout quand ce sont des tailles profondes : l'acide trouvant les bords du trait peu protégés, puisqu'ils offrent une partie saillante, une arête où le vernis se fixe mal, les attaque sans toucher à la profon- ' deur du creux ; les ravages faits ainsi sur les bords du trait présentent quelque chose d'affreux ; c'est pourquoi, toutes les fois que vous revernirez une planche, vous aurez soin d'augmenter au pinceau la couche de vernis dans les parties qui ne devront subir aucune retouche ; vous les protégerez ainsi sûrement.
Revemissage Indépendamment du vernissage au tampon, il y a
le vernissage au pinceau : on peut employer pour une retouche générale le petit vernis mêlé au noir
au pinceau.
de fumée ; avec un pinceau très doux, on en étend une couche sur la planche ; si le cuivre n'est pas parfaitement recouvert sur les bords des tailles très mordues, on ajoute une seconde couche de vernis ; il ne faut pas attendre qu'il soit trop desséché pour exécuter les travaux que l'on fera mordre dans le bain. Combiné avec le noir de fumée, le petit vernis laisse apparaître les travaux très fins qui ne se verraient pas aussi facilement si on l'employait dans son état naturel ; chez beaucoup de graveurs, il remplace le vernis blanc.
Pour des retouches partielles, pour des raccords, on Retouches emploie ce même petit vernis, majs d'une manière partle ^| S# Rac " plus simple et plus rapide : on en passe une couche assez épaisse sur le travail restreint, et, quand la retouche est faite, on humecte légèrement les traits avec delà salive, pour retenir sur ce point-même les quelques gouttes d'acide que l'on y met au pinceau. Si on se sert d'acide pur — ce qui est plus expéditif encore — on tamponne le bouillonnement avec du papier buvard, et on continue la morsure de la même manière si on la croit insuffisante. Pour des reprises délicates, il sera prudent de ne pas attendre la fin du premier bouillonnement ; le sentiment devra indiquer le moment opportun d'appliquer le papier buvard. On peut ainsi, en procédant rapidement et avec précaution, obtenir des traits extrêmement fins, comme vous l'avez vu dans une autre circonstance (p. 40).
5o TRAITÉ DE LA GRAVURE
Pointe sèche. Quand ces retouches ou ces. raccords sont néces-
saires dans des parties très fines, les perspectives lointaines par exemple, ou dans tout autre plan légèrement mordu, on emploie plus sûrement la pointe sèche; car la retouche par la morsure dans ces conditions est chose très délicate ; il faut arriver juste, sans dépasser le ton.
Voici" l'occasion de vous en servir : votre ciel et la montagne présentent des parties creuses, vous les garnirez par quelques coups de pointe sèche.
La pointe sèche s'emploie perpendiculairement sur le cuivre nu ; elle doit être aiguisée en biseau et très coupante, pour pénétrer franchement le cuivre et non l'égratigner (Outillage). Vous creusez vousmême le sillon en appuyant plus ou moins fort, suivant le ton des plans où vous vous en servez. QjLiand il s'agit de raccords, son usage est plus fréquent dans les parties finement mordues que dans les autres ; car, dans les parties très mordues, même en appuyant fortement, on est toujours au-dessous de la vigueur de la morsure. A l'impression, la pointe sèche a moins de ton que la morsure, parce que l'acide ronge le cuivre perpendiculairement en angles droits ; tandis que le creux de la pointe sèche n'offrant que des angles aigus reçoit moins de noir sous une apparence égale de largeur. Cette inégalité disparaît quand on fait remordre des travaux mélangés de pointe sèche; les deux tons s'équilibrent.
D'autre part, la différence d'aspect entre la mor-
A L'EAU-FORTE si
sure et la pointe sèche produit des effets réguliers : ainsi, pour corriger une valeur trop ferme qui semblerait venir en avant, il suffit de quelques coups de pointe sèche qui, adoucissant le travail, le repoussent à un autre plan.
La pointe sèche ne sert pas seulement pour des retouches ; on se réserve de l'employer sans morsure pour des plans entiers dans les lointains.
Une fois les travaux à la pointe terminés, il Emploi du s'agit de les ébarber ; le cuivre déplacé par la pointe ^^^be,. * se hérisse sur les bords du trait ; vous vous en ren- la P ointe sèche dez compte au toucher; à l'impression, le noir s'y arrêterait et formerait des taches. On fait disparaître ces barbes au moyen du grattoir, dont le nom est plutôt ici ébarboir, instrument à tranchant triangulaire dont vous passez à plat un des côtés sur la planche dans le sens opposé à la direction du coup de pointe, et en prenant le trait obliquement. N'ayez aucune crainte d'érailler le cuivre ; vous sentirez au toucher si la barbe a disparu. Lorsque les travaux de la pointe sèche se croisent, on les fait et on les ébarbe séparément dans le même sens ; sans cela, on risquerait de boucher les tailles d'un sens opposé en ramenant sur elles-mêmes les parcelles de cuivre.
Revenons à notre planche. Vous devez vqus souvenir que j'avais remarqué des travaux qui ne mordaient pas : c'est sur le milieu du pont. N'ayant pas assez appuyé, votre pointe n'a pas attaqué le cuivre ; vous devez donc, en consultant l'épreuve du pre-
mier état et le dessin original, raccorder les travaux absents à l'aide des moyens que vous venez d'apprendre.
Voilà pour la partie d'addition. Passons à l'inverse : l'ombre du parapet et la partie de terrain comprise entre les deux personnages sont trop mordus ; ces plans ne s'harmonisent pas avec les plans voisins et dépassent les tons correspondants du dessin.
Vous avez, pour y remédier, un des quatre moyens suivants :
Le brunissoir,
Le charbon,
Le grattoir,
Le repoussage.
Le brunissoir. Ces plans sont restreints et d'une morsure peu
vigoureuse; vous emploierez le brunissoir; vous l'humecterez de salive et agirez partiellement en le tenant bien à plat ; car, en vous servant de l'extrémité seule, vous pourriez faire une cavité dans le cuivre ; le brunissoir écrasera et élargira la surface du cuivre au détriment du trait qui se rétrécira; le ton sera ainsi baissé (Outillage).
Dans les travaux fins, serrés et égaux, le brunissoir est d'un effet excellent, analogue à celui de la mie de pain dans un dessin sur papier.
Il est moins efficace dans les travaux très mordus, parce qu'il arrondit le bord de la taille en pénétrant dans les sillons, et qu'il retire un peu la fraîcheur
du ton, ce qui est insaisissable à l'œil dans les travaux fins.
Vous profiterez du brunissoir pour éteindre certaines taches produites par des tailles trop rapprochées dans le feuillage; vous atténuerez, dans la colonne de droite, quelques tons de pierre exagérés.
Vous brunirez également ces petites taches inutiles dans les montagnes.
Si vous aviez un plan général à baisser, l'usage Le charbon. du charbon serait préférable. Le charbon de saule, ou de bois très tendre, que Ton trouve chez les planeurs, s'emploie à plat, imprégné d'huile ou d'eau ; on le dépouille de son écorce qui rayerait le cuivre. Il a la propriété d'user uniformément le métal, et il n'altère point la fraîcheur du travail. Quand on veut baisser un ton, on y passe le charbon plus ou .moins longtemps, suivant le degré de finesse que l'on cherche à rattraper; on l'imbibe d'eau d'abord, pour lui laisser du mordant; on l'essuie, et on continue avec de l'huile, qui tempère l'usure du cuivre ; on peut l'apprécier à l'œil ; le mordant du charbon et les parties cuivrées qui le rougissent servent de guide. Comme ce mordant varie suivant la nature des charbons, on utilise ces diverses qualités de douceur ou de rugosité suivant la nécessité de la correction. Il faut savoir aussi que, pris dans le sens droit du fil, il use beaucoup plus que transversalement. On peut, suivant le cas, commencer avec un charbon très mordant, continuer
avec un autre moins mordant et finir avec un charbon plus doux ; le charbon mordant est plus lourd, le charbon doux est plus léger. On doit passer de l'eau sur la planche, pour que le charbon soit toujours propre ; car la poussière produite, et formant pâte, userait le fond de la taille qui serait traduite sur Tépreuve par un trait terne et rougeâtre.
On emploie le charbon pour faire disparaître la trace de la pointe dans une partie du cuivre où, pendant l'exécution du dessin, on aurait opéré un changement. Le grattoir. Le grattoir est plus efficace que le brunissoir
dans des parties restreintes et profondément mordues. Si le grattoir est bien aiguisé, il ne laissera aucune trace sur la surface baissée du cuivre (Outillage).
Ainsi la fonction du charbon et du grattoir consiste à user la surface du cuivre ; le sillon devenu moins profond reçoit moins de noir à l'impression; Je trait sur Tépreuve y gagne en finesse.
Le brunissoir ne fait que déplacer le cuivre ;
Le charbon et le grattoir l'usent ;
Il faut donc les appliquer avec discernement.
Ces trois moyens sont employés quand il s'agit de baisser modérément. Si on est obligé de baisser de moitié et plus, on s'expose à faire un creux qui donnerait une tache sur l'épreuve ; on a recours alors au quatrième moyen qui consiste dans le Repoussage, repoussage par le marteau sur le tas. On se sert
pour cela d'un compas à branches recourbées : Tune repose sur le travail; l'autre branche, placée sur l'envers du cuivre et -correspondant avec la première, précise l'endroit où il faut frapper en présentant sur le tas la partie abaisser. Si, préalablement,. on s'est servi du grattoir ou du charbon, on ramène ainsi les tailles à leur plan ; mais lorsque ces tailles se trouvent écrasées, comme elles donneraient un ton sale sur l'épreuve, il vaut mieux planer tout-à-fait et refaire le travail partiel.
Le charbon laisse quelquefois sur la planche des traces qui se traduisent par une teinte trop forte sur l'épreuve. Il suffit d'y passer, avec un linge très doux, de la pâte obtenue par le frottement du charbon avec de l'huile sur une pierre fine (Outillage).
On donne de cette façon un nettoyage général à la planche, que tous ces procédés divers ne manquent pas de défraîchir quand on en abuse.
Après avoir exécuté ces différents travaux et fait mordre sa planche retouchée, notre jeune élève me soumit une épreuve que je comparai avec celle du premier état (pi. I et II). — C'est cela, lui dis-je, vous voyez comme un état conduit à un autre. Vous êtes rentré dans l'harmonie du dessin original ; vous avez un deuxième état satisfaisant ; nous n'avons pas besoin de recourir à un troisième vernissage.