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CHAPITRE VI

DISTINCTION ENTRE LA MORSURE A PLAT ET LA MORSURE PAR COUVERTURES AU PETIT VERNIS

Maintenant que vous voilà au courant des pratiques de la morsure, dis-je à mon élève, et que la reprise de vos travaux et la vue de ces divers accidents voirs mettent en garde contre ce qu'il faut éviter, je puis déterminer, plus facilement que si j'avais commencé par là, la distinction qui existe entre les deux genres de morsure sur lesquels repose tout le système de la gravure à l'eau-forte, et dont on confond souvent les caractères différents. Ce que nous avons fait jusqu'ici vous fera mieux comprendre cette distinction; ne pouvant pas du même coup vous indiquer toutes les ressources de la pointe et celles de la morsure, qui, comme je vous l'ai dit, ont entre elles des rapports directs, j'ai dû choisir, pour la démonstration des procédés, un exemple général qui me permît en ce moment d'en déduire la logique.

Il y a deux genres de morsure : la morsure à plat et la morsure par couvertures au petit vernis (pi. ni).

Ces deux genres de morsure ont un rapport commun : l'un et l'autre ne comportent qu'un vernissage, et par conséquent qu'un bain. Leur différence tranchée consiste en ce que la morsure à plat s'obtient d'un seul coup, sur toute la surface du cuivre, en plaçant une seule fois la planche dans l'acide et la retirant au bout d'un temps quelconque ; tandis que la morsure par couvertures se fait par des morsures successives ou partielles — si vous aimez mieux — en retirant la planche du bain et en couvrant les parties qu'on veut réserver autant de fois qu'on le juge nécessaire.

D'après cela, la morsure à plat consiste à modeler avec la pointe, soit avec une seule pointe, soit avec plusieurs de diverses grosseurs.

i° Avec une seule pointe, on obtient la valeur des tons en serrant le trait pour les premiers plans ou pour les vigueurs, et en l'écartant pour les plans éloignés ou pour les finesses des plans plus rapprochés ; ainsi, pour obtenir sur un même plan le jeu de la lumière, on écarte le trait pour la partie éclairée et on le resserre pour l'ombre. L'usage d'une seule pointe donne le sentiment de ce que l'on veut faire, mais ne l'exprime pas. On peut sans doute employer ce moyen pour un croquis qui représenterait un dessin à la plume ou au crayon ; mais il ne

Pi. 3.

peut être appliqué avec succès dans une planche qui, par sa variété de coloration et la vigueur des morsures, doit exprimer ridée d'une peinture.

2 Avec plusieurs pointes de différentes grosseurs, les grosses servent pour les premiers plans; les fines graduellement pour les autres. On les alterne dans les différents plans, en les écartant ou les rapprochant suivant les nécessités de l'effet ; le creux est le même partout, mais la différence de largeur des traits permet de donner plus facilement à la gravure le caractère d'un dessin en la modelant davantage.

Avec une seule pointe, comme avec plusieurs, il faut appuyer également partout, pour que l'eauforte agisse en même temps et avec une égale intensité sur tous les points de la planche. S'il y avait inégalité d'attaque, les valeurs seraient inégales à leur tour et différentes de ce que l'on aurait voulu obtenir.

Dans la morsure par couvertures, c'est la morsure elle-même, et non la pointe, qui modèle la gravure.

i° Avec une seule pointe. C'est la manière la plus simple. On fait mordre par grands plans (pi. V, fig. 1).

2 Avec plusieurs pointes. Comme exemple très simple, je vous signale le cas où l'on aurait besoin de serrer certaines parties d'un premier plan à côté d'autres très larges ; on fera mordre à peine les pre-

mières, et on donnera toute l'intensité de la morsure aux autres (pi. IV, fig. 2). De la même façon, on pourra équilibrer deux tons d'objets différents; l'un par un travail serré et peu mordu, l'autre par un travail écarté et plus mordu. La morsure par couvertures et avec plusieurs pointes est celle qui exige le plus d'attention et de discernement.

Si l'on ne réussit pas du premier coup, on revernit et on rentre dans les travaux de reprises.

En généralisant ces avantages, vous voyez où peut conduire la combinaison des travaux d'une ou de plusieurs pointes avec les morsures partielles, soit pour donner aux objets leurs valeurs relatives, leur couleur naturelle et leur modelé, soit pour les disposer dans l'espace et arriver ainsi à la gradation harmonieuse des plans.

Reportez-vous à nos opérations précédentes, et, en y rattachant ces explications dernières, vous pourrez les apprécier dans leur ensemble. La nécessité de trouver la vérité d'expression avec ces règles variées, soumises à des conditions différentes, vous obligera à une expérimentation personnelle et toute de combinaison entre la température extérieure, le degré de V acide, le nombre des morsures partielles, la pression de la pointe, ses diverses grosseurs, la variété des travaux obtenus par elles, etc., d'une part ; et de l'autre, la durée de la morsure. Appelé à l'imitation rigoureuse d'un sujet donné, vous devrez suivre une marche rationnelle et soutenue par une cons-

tante réflexion. Pour bien se familiariser avec ces délicates opérations, il faut pratiquer seul ; si vous manquez quelques planches, ne vous en plaignez pas ; ce sera toujours un enseignement, car vous vous rendrez compte par les unes de ce qu'il faut faire pour les autres. L'expérience acquise par soimême est le meilleur maître.

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