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C. — Montage et mise en travail

Nous supposons la planche bien terminée et prête à être mise en machine. On la placera bien perpendiculairement sur la table au centre de la machine ce que l’on peut aisément vérifier en faisant faire toute sa course à la pointe à tracer I (fig. 71), au-dessus d’une ligne d’équerre, mais sans lui imprimer de mouvement de côté. Quand la pointe-guide coïncide partout avec la ligne d’équerre on cloue laplaque afin qu’elle n'ait plus aucun jeu. On perce les trous avec un pointeau fait avec un bout de burin sur lequel on frappe quelques coups de marteau. Les pointes de Paris à tête ronde et de 8 à 10 mm. de longueur sont les meilleures pour fixer les plaques.

Le montage des diamants se fait en général sur un rouleau spé-

TRAITE UE LA CltAVUliE SUR ROULEAUX

cial. Si on travaille directement sur le rouleau définitif il faut, ou bien ménager la sur face vernie, ou bien revernir le rouleau après le montage.

De nos jours le montage est toujours fait de la façon suivante.

Un premier diamant est convenablement placé à l’extrémité gauche du rouleau pendant que la pointe guide est tenue sur l’équerre A de la plaque (fig. 80). On trace ensuite l’équerre B. On pose un second diamant que l’on ajuste exactement dans l’équerre b la pointe-guide étant en A. Après cela on trace une autre équerre en B de la plaque. L'équerre B sur le rouleau nous servira à poser le troisième diamant. On continue ainsi jusqu'à ce que l’on ait complété l’espace voulu. Ensuite, avec tous les diamants en place on tracera l’équerre A sur une nouvelle partie du rouleau ; on tracera aussi en B une toute petite équerre. Si les diamants ont

Fig. 80.

Fig. 81

Fig. 82.

été bien placés nous aurons, pour six pointes, un effet semblable à la figure 81. S’ils sont mal ajustés on aura l’effet de la figure 82. Dans ce cas, le plus simple est de recommencer.

Une fois que les diamants sont ajustés, on peut mettre le rouleau définitif sur la machine ou couvrir les traits avec du vernis.

Pour la mise en machine des rouleaux, il est prudent d’avoir un moufle ou palau auquel on suspend le rouleau mandriné au moyen de deux cordes fixées au mandrin du rouleau pendant la

A PP II E NT I S SAC E DE l’ÉLÈVE GHAYEUI!

manœuvre. Sans appareil de levage, on risque de fausser les arbres, de casser la machine et de se blesser.

Sur les machines Rigby et Garside, il n’y a pas de diviseur pour le changement de rapport. On doit par conséquent, tracer des divisions sur le rouleau même, lorsque le rouleau est encore sur la table à centrer (fig. 83).

Le centrage du rouleau sur l’arbre est fait à l’aide d’une espèce de micromètre qui amplifie les différences et permet de voir de suite quelles sont les parties à écarter du centre en dévissant les vis des bagues, ou celles à rapprocher du centre en les vissant davantage. On peut arrêter l'ajustage quand le petit levier n’oscille plus que de quelques millimètres.

Cet appareil consiste en un pied P (fig. 83) sur lequel glisse un chariot vertical portant une vis de rappel S qui sert à mettre l’appareil à la hauteur du rouleau ; un cadran o ; deux leviers W X et une deuxième vis de réglage B pour les petites différences. L’amplification par les bras de levier est d’environ 8o fois à ioo fois.

Le rouleau à centrer est posé sur le mandrin au moyen de deux bagues à 6 vis. Un coup de scie à travers la bague fait

qu’en serrant les vis la bague est serrée à son tour sur le mandrin. Afin qu’il puisse tourner bien librement, ses deux tourillons sont supportés par des coussinets en fonte dont l’un porte, sur un prolongement une pointe d’arrêt qui entre dans les

trous du diviseur lorsqu’il aura été bien placé sur le mandrin du rouleau (fig. 84). Avec un trusquin, on tire sur le bord du rouleau autant de traits qu'on a de rapports ou de hauteurs de planche autour du rouleau. Après cela on peut le mettre en machine pour le traçage. Il faudra toutefois s’assurer que la hauteur de la plaque coïncide exactement avec l’espace compris entre deux divisions. Dans les machines Rigby, il y a deux excentriques qui permettent d’ajuster cette hauteur quand il n’y a que de faibles différences.

Dans d’autres machines on a fait un grand perfectionnement. C’est que le diviseur est porté par le mandrin même pendant le travail de traçage et la division se fait au fur et à mesure que l’on en a besoin.

Le repérage et le changement de division se font de la manière suivante quand les divisions sont tracées sur le rouleau même.

Au centre de la plaque, on fait un fort picot dans lequel on place la pointe à tracer, c’est ce que l’on est convenu d appeler du nom anglais le « pitch ». Une masse de 1er ou de plomb posée sur le guide l’empêche de sortir du picot. A l'aide d’une manivelle on fait tourner la roue T (fig. 71) jusqu’à ce que 1 aiguille de rapport montée comme un diamant ou fixée au bâti, tombe exactement sur la division du rouleau. O11 serre les vis de pression des disques après avoir relevé X aiguille de rapport.

Quand le diviseur est fixé au mandrin en machine, il suffit de tourner la vis sans fin jusqu’à ce que la pointe de rapport tombe librement dans le trou correspondant à la division voulue. Il ne faut pas oublier de desserrer le boulon X (fig. 71) avant chaque changement de division, ni de le resserrer avant le traçage.

Lorsqu’on a plusieurs planches composant un seul rapport de

Fi,^. 84-

APPRENTISSAGE DE L’ÉLÈVE GRAVEUR

dessin, il est lion d'assurer le cadrage de l’ensemble par l’expédient que voici. Au centre de chaque plaque on perce un petit trou bien net, du diamètre d’un clou, que l’on plantera à demeure au centre de la table au centre du pantographe en le laissant dépasser un peu le niveau de la table. Chaque plaque sera placée d’après le clou de repère qui s’engagera dans le trou central de la plaque. De cette façon on sera sur du rapport et du cadrage parfait de toutes les planches.

Nous avons vu plus haut le fonctionnement de la machine, nous n’y reviendrons pas. Mais nous ne pourrions recommander trop vivement les petits soins et la plus grande minutie dans la mise en train des rouleaux et de la machine. Le moindre dérangement dans les ressorts ou dans les supports peut entraîner des conséquences fâcheuses soit dans le cadrage-, soit dans la pureté du dessin. Il faut donc autant que possible choisir un ouvrier peu distrait et intelligent. Il devra de temps en temps examiner son traçage pour voir s’il n’y a pas quelque omission. Avant d’avoir changé de division il est toujours facile de réparer un oubli.

On veillera à ce que les diamants ne soient pas trop chargés. Il en résulterait trois inconvénients : l’usure des diamants ; la résistance aux mouvements du traçage et la bavure qui résulte d’un trait trop profond ee qui nuit à une bonne morsure parce qu elle soulève le vernis.

Pour mieux voir les contours déjà tracés sur la plaque on les remplit, avant chaque traçage de farine, de craie, ou mieux encore de talc en poudre.

En hiver il est nécessaire d’entretenir une chaleur d’au moins i5 à r8 degrés C° dans les ateliers de pantographe. Sans cette précaution le vernis s’écaillerait sous le diamant et le résultat de la morsure serait déplorable.

Par contre lorsque la chaleur est trop grande le vernis devient trop mou et il s’attache en bourrelets aux diamants. Si cela arrive il faut nettoyer souvent les diamants.

Matages. — Jusqu’ici nous ne nous sommes occupés que des contours ; il nous reste à voir comment on obtient les matages avec le pantographe.

T I! A I T É DE LA GtiAVUHE SUIt HOULEAUX

Les contours une fois indiqués, on choisit l’écartement de hachures que l’on juge convenable pour le genre de tissu et pour la grandeur des mâts. Ces hachures sont gravées sur des planches de zinc que l’on place parallèlement à la nlanche portant

Fig. 85. — Hachures simples.

les contours. Ces hachures sont de deux espèces : les hachures simples (fig. 85) et les hachures doubles (fig. 86).

Pourproduire des hachures sur le rouleau, on saisit de la main droite le ciseau K (voir fig. 71) et de la main gauche la pointe ,1.

Fig. 87. — Ouvrière recouvrant de vernis un rouleau gravé au pantographe.

Celle-ci 11e sert plus que pour indiquer la longueur des hachures pendant que le ciseau K glisse dans les hachures guides. En pressant et en lâchant la pédale aux moments voulus on obtiendra sur le rouleau la réduction au i/5 (ou au i/4) des hachures tracées sur les planches.

Il ne faut jamais dépasser les contours, car cela produirait un

APPRENTISSAGE DE L ELEVE GHAVEUH

fort mauvais effet. Pour ne pas avoir des contours trop lourds on chargera un peu les diamants pour le traçage des hachures seulement. On peut aussi employer les hachures doubles. Dans celles-ci les hachures accouplées sont de suite réunies par la morsure et forment plus promptement le mât. Ce procédé a le désavantage de donner des mâts maigres et peu profonds qui résistent moins à la fatigue de la racle que les hachures simples.

Quand le traçage est terminé, on s’assure encore une fois qu’il n’y a pas d’omission et que toutes les plaques ont été tracées à 1 endroit voulu. Ou recouvre de vernis les échappées, les piqûres dans le vernis, les défauts de rapport et les bords du rouleau. One fois bien sec on pourra le mordre à l’eau-forte.

D. — Morsure des rouleaux à l'eau-forte pour tous les genres

de traçage

L’opération la plus difficile après le traçage du dessin sur un rouleau verni, quel que soit le procédé de traçage, c’est la morsure. Elle peut être laite soit dans un bain d'acide dans lequel on lait tourner le rouleau, soit au moyen du courant électrique dans un bain d 'eau acidulée.

La morsure galvanique ou électrique sera traitée à part dans la troisième partie.

Pour la morsure à l’acide, il suffit d’avoir deux auges en bois mastiqué, ou en pierre inattaquable par les acides, ayant de 3 à 4 centimètres de profondeur, contenant l’une, l’eau forte, et l’autre, de l’eau pour rafraîchir. Au lieu de faire baigner le rouleau dans l’eau, quelques graveurs préfèrent se servir d’un arrosoir.

11 est nécessaire que ces auges soient évasées au milieu et rétrécies dans les bouts afin que l’acide agisse également sur toute la longueur du rouleau. Lorsqu’elles sont d’une largeur égale d’un bout à l’autre il arrive souvent que les extrémités du rouleau se rongent plus vite que le milieu. Des supports convenables soutiennent l’axe du rouleau.

A proximité des auges, on établit ordinairement un tirage soit

au moyen d'un ventilateur, soit au moyen d’une conduite menant

dans une cheminée pour chaudière à vapeur. Sans cette précau

Appareil à ronger les rouleaux avec ventilateur.

APPRENTISSAGE DE l’ÉLÈVE GliAVEUI)

lion les émanations nitreuses seraient dangereuses pour la santé des ouvriers.

La figure 88 représente une installation avec ventilateur pour enlever toute trace de vapeurs acides : la description en est superflue.

Morsure des cuivres ronges. — Les Anglais qui emploient presque exclusivement des rouleaux en cuivre rougre se servent généralement d’acide nitrique concentré pour leurs morsures. En Alsace les meilleurs graveurs préfèrent mordre le cuivre jaune parce que le cuivre rouge présente toujours des inégalités, des portions qui ne sont qu’imparfaitement attaquées par le mordant. Pour le cuivre rouge aussi bien que pour le laiton plusieurs graveurs font usage du mordant connu sous le nom de « Eau forte à couler », composé de :

Vinaigre fort.

8 parties

Eau commune .

Y dissoudre à chaud :

Vert de gris pulvérisé ....

Sel de cuisine .

Sel ammoniac .

Alun .

Filtrer.

Cette eau-forte réussit bien sur le cuivre rouge. Cependant sur le laiton il y aura quelquefois des portions inattaquées par 1 acide à cause de la présence de l’étain.

La plupart des graveurs ne peuvent pas expliquer ces imperfections de morsure ; elles sont chies tout simplement à la formation d’acide stannique insoluble. Les graveurs, en effet, ont depuis longtemps remarqué à la surface des planches de cuivre une poudre blanche qui n'est autre chose que ce corps.

Depuis quelques années nous employons un moyen qui remédie à cet inconvénient. Il est basé sur la propriété qu'a le tannin de précipiter les oxydes métalliques. On pulvérise de la noix de galle, on en fait une forte décoction de couleur brune qui servira à remplacer l’eau avec laquelle on allonge les acides ou les mordants. Cela nous a donné les meilleurs résultats.

En général on commence par attaquer les rouleaux avec de l’acide nitrique pur que l’on remplace ensuite par de l’acide ou du mordant affaibli afin de donner plus de profondeur à la morsure ; l’acide nitrique concentré élargit beaucoup les traits.

Signalons encore un autre procédé de morsure dû à M. Erkmann. L’emploi de l’acide nitrique a l’inconvénient de dégager des vapeurs nitreuses et outre ces vapeurs, le dégagement de gaz soulève la couche protectrice dans le voisinage des parties mordues, il eu résulte une attaque du métal sous-jacent et par suite une gravure moins nette; l’acide chromique ne présente pas cet inconvénient, l’attaque est plus lente, il est vrai, mais l’opération n’est pas incommode et la gravure plus nette.

On prépare cet acide de la façon suivante : on dissout ioo grammes de bi-chromate de potasse dans 800 grammes d eau chaude et l’on y ajoute avec précaution 200 cc. d’acide sulfurique à 66°. L’opération se mène comme la morsure à l’acide nitrique.

Morsure des cuivres jaunes. — Après que les rouleaux ont été attaqués à l’acide nitrique concentré, on continue la morsure soit avec de l’acide nitrique affaibli marquant de 20° à 26° Be, soit avec de l’eau régale que l’on prépare avec :

Acide chlorhydrique .... 2 à 3 parties

Acide nitrique . 1 »

On peut aussi ajouter tout simplement du sel marin ou du sel ammoniac dans l’acide nitrique.

Quelques graveurs de mérite donnent un léger coup de brosse à la gravure après son premier passage à l’acide. Gela dégage les sillons et facilite une morsure égale.

Dans le cas où l’on observerait des parties faibles sur tout le pourtour du rouleau on fait tourner le cylindre au-dessus du bain et l’on verse un peu d’acide bien également sur le rouleau en mouvement.

Si au contraire il s’y trouve une partie forte 011 sortira le rouleau hors du bain et on le fera tourner au-dessus de l’auge à rafraîchir et l’on arrosera les parties trop fortes avec un filet d’eau bien régulier.

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Il est bon de rafraîchir souvent les rouleaux pour empêcher qu'ils ne s'échauffent.

Quand la température est trop basse, le vernis éclate facilement dans l’acide. Quand cela arrive, il faut immédiatement arrêter la morsure et passer le rouleau dans de l’eau tiède. Le vernis reprendra ses propriétés liantes et onctueuses.

Lorsqu’on voit des portions de blanc que l'acide picote, on prend un morceau de cire à border composée de cire jaune et de térébenthine de Venise, on le pétrit entre les doigts préalablement humectés et on l’applique sous forme de petite boule sur la portion endommagée. De même pour les petites parties où la morsure a atteint la force voulue. Pour les grandes parties dont on veut arrêter la morsure il vaut mieux rincer et sécher le rouleau puis on le peindra au vernis à l’essence.

E. — Retouche et finissage

Il ne reste plus maintenant qu’à retoucher au burin les parties manquées, les raccords défectueux, et à boucher les piqûres ou rayures accidentelles. Un léger polissage complétera le travail du graveur. Le rouleau numéroté et repéré pourra être livré à l’imprimeur.

Mais il arrive souvent que le travail du pantographe doive être suivi d’un autre procédé comme par exemple le matage à la machine à trancher ou au milleraies. Dans ce cas on passe le rouleau à l’ouvrier affecté à ces divers travaux.

fi

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