DEUXIEME PARTIE
DES DIVERSES GRAVURES
Gravure au poinçon.
Ce procédé consiste à reproduire le dessin à graver en creux sur le rouleau ou sur la molette, au moyen d’un outil appelé poinçon sur lequel ce dessin est d abord gravé en relief. G est ce procédé qui a donné naissance aux applications sui\ antes pour la gravure des cylindres d’impression.
i° Poinçonnage à la main. — Le poinçonnage à la main convient pour les petits sujets simples et isolés, très écartés, par exemple : un pois, un rond, un carré, etc. Le rouleau est, divisé dans les deux sens par des lignes dont les intersections correspondent à la disposition du dessin. Le poinçon est un barreau en acier, de 7 à 8 centimètres de longueur, dont un bout est travaillé à la lime et au burin jusqu’à ce qu’il produise l’effet voulu, ce que l’on peut vérifier en le frappant sur un morceau de plomb. Une fois trempé et recuit au violet naissant, on le frappe sur le rouleau en le posant sur les équerres.
La gravure ainsi obtenue a un certain cachet , mais elle
manque de régularité.
20 Poinçonnage à la machine. — Le poinçonnage à la machine avec un poinçon comme celui dont nous avons parlé donne un résultat plus régulier; mais les poinçons qu’on peut faire ainsi sont en nombre limité. Pour produire les plus grands et les plus compliqués, 011 a recours au procède suivant .
30 Poinçonnage à la machine avec un poinçon relevé sur matrice gravée en creux. — Fiezinger et Gingembre en firent les pre-
DES DIVEIÎSES (UîAVUlfES
miers essais à la Monnaie de Paris en 1792. Le premier tour pratiqué pour le poinçonnage fut construit par M. Lefèvre.
Cette gravuie consiste à graver (si l’objet est très simple) un poinçon qu on obtient en relief, et qui s’adapte parfaitement sur le rouleau ; il doit présenter en concavité la même courbure
que celle que présente le rouleau en convexité. Si l’objet ou le motif est plus compliqué, il faut graver en creux le sujet sur un poinçon d’acier plat. Par la presse, au moyen d’un fort balancier dont l’extrémité est munie d’un long poinçon d’acier recuit (fig. 89), on obtient alors le relief du poinçon creux.
On préparait de cette manière des poinçons d’un très beau relief (comme fig. 90) et qui servaient à graver les rouleaux. Quelques dessins à ramages se composaient de 4o à 5o cachets semblablesqu’i I fallait venirrapporter un à un sur le rouleau. Ce poinçon était ajusté dans un manchon B (fig. 91) ou barillet, de manière à ne pouvoir prendre aucun jeu par la force de percussion.
Le rouleau F est pris d’une manière fort solide dans les supports SS. Sur le banc H vient se fixer un support K, lié à la vis L par 1 écrou M. Ce support K est surmonté d’une chapelle C dans
Fig. 90.
TIÎA1TE DE LA (USAVUIIE SUH ROULEAUX
les coulants de laquelle fonctionne une pièce A armée au bas du barillet B portant le poinçon C.
PS
üiF
Au sommet de la pièce A est fixée une vis R servant à régler
Fig. 91. — Tour à poinçonner.
DES DIVEKSES GRAVURES
la percussion. Deux ressorts à boudin, enroulés autour de deux colonnes, servent à rendre le coup élastique. Cette pièce est soulevée par un encliquetage à étoile E. Un compteur G est fixé sur le bout du mandrin et sert à donner la division en circonférence. Sur la vis L se trouve un autre diviseur donnant l’écartement des rapports.
Il existait un autre moyen d’enfoncer le poinçon dans le rouleau ; c’était au moyen d’une vis mue par un fort balancier, qui se trouvait au-dessus du baril porte-poinçon.
On a aussi employé le procédé suivant : le poinçon, adapté à une masse, était éloigné du rouleau de i m. à i m. 5o, puis on le laissait tomber entre des bras guides, sur le rouleau. Cette opération répétée donnait la gravure. Le procédé, analogue au procédé employé pour les pilotis, s'appelait mouton , et nous ne l’indiquons que pour mémoire.
Ce rapide exposé suffira pour faire comprendre combien ce genre de gravure exigeait des rouleaux parfaitement homogènes pour ne pas avoir des parties plus ou moins enfoncées sur un rouleau que dans d’autres. Le mandrinage se dérangeait souvent par la force de percussion.
Nous avons néanmoins vu ce mode de gravure employé avec succès à Rouen, où l’on se sert encore généralement de rouleaux pleins ou de viroles forcées sur un mandrin ad hoc. Nous parlons de cette gravure comme renseignement seulement, la gravure à la molette l’ayant fait disparaître de tous les ateliers modernes.
Gravure à la molette
Au lieu d’enfoncer par percussion un poinçon concave s’adaptant à la convexité du rouleau, on a eu l’idée d’enfoncer, par pression et par ballottage, un poinçon à surface convexe. C’est l’idée mère du procédé à la molette. On appelle poinçon-molette un poinçon en acier trempé, terminé à chaque bout par des tourillons, sur lesquels il peut osciller ou ballotter en tournant un peu dans un sens, puis dans l’autre alternativement. Sur une par-
8fi
tie seulement de sa surface est gravé en relief le dessin à graver.
La molette roulante ne diffère de la molette poinçon qu’en ceci : le dessin est disposé sur la surface de manière à avoir un effet continu et correspondant exactement à la circonférence du rouleau à graver. On concevra aisément qu’au lieu d’employer un mouvement de va-et-vient, on n’aura qu à laisser rouler la molette pour que chaque partie de sa surface vienne successivement s’enfoncer dans le rouleau. Comme ces deux modes de moletage partent du même principe, c’est-à-dire d’une gravure en taille-douce ou en creux faite sur un cylindre en acier fondu, ou bien d’une molette-mère dont on obtient une molette-relief, au moyen d’une puissante machine, dite à relever, nous allons en faire l’étude simultanément.
Acier employé, recuit de l’acier, tournege et calibrage
L’acier employé aujourd’hui pour la molette n est plus 1 acier fondu qui est beaucoup trop cher et trop cassant. On choisit un acier doux, prenant bien la trempe, sans produire de bosses et de bouffissures à sa surface et surtout non sujet à se fendre ou à se casser. On jugera de son homogénéité par une cassure sur un morceau trempé; le centre ne devra pas être fibreux. La morsure donne aussi une précieuse indication, de même que l’essai au burin. Les aciers trop durs peuvent être recuits de la même manière. Les barreaux d’acier sont mis dans une boîte en tôle remplie de charbon animal ou d os calcinés, mélangés avec de la craie ou blanc de Meudon ; quelquefois on y ajoute encore du charbon de bois pilé, les trois ingrédients mêlés par portions égales. On ferme bien avec un couvercle en tôle la boîte contenant les barreaux d’acier bien entourés du mélange ci-dessus. On leste ce couvercle avec de la terre glaise pour empêcher tout contact de l’air.
Un bon feu est préparé dans le four et enveloppe les boîtes de tous côtés; celles-ci doivent passer au rouge-cerise pour que le recuit soit bien complet, puis on laisse ensuite refroidir insensiblement dans le four même. Il est bon de laisser repo-
DES DIVERSES GRAVURES
ser l’acier en cet état pendant deux jours. Quelques trempeurs recuisent au moyen du charbon animal, ayant déjà servi à la trempe et du blanc de Meudon ; nous préférons le mélange des trois ingrédients comme le mode de recuit le plus parfait.
Le tournage de toutes les molettes est très important. Elles sont d’abord dressées 8111’ les faces et centrées au forêt pour être dégrossies sur un tour quelconque, puis terminées sur un tourspé-
Fig. 92. — Tour pour polir les molettes.
cial à pointes de centre fixes (fig. q3). Les aspérités du tour seront enlevées à la lime, puis à la pierre à polir avec le secours d huile commune. Les petites molettes devront être absolument cylindriques (ou droites). Les grandes molettes seront limées un peu plus au milieu que sur les bords afin de pouvoir plus facilement relever les reliefs bombés. Ceci est indispensable pour un bon moletage. Le tourneur devra veiller soigneusement à ce que la circonférence de ses molettes concorde exactement avec lacircon-
TliAITÉ DE LA GRAVURE SUR ROULEAUX
férence des rouleaux. Il pourra aisément vérifier cela en enroulant une bande de papier inextensible et mince sur le rouleau, près du point de recouvrement et là, où le papier est double, il fera un trait au crayon ou avec un canii ; l’intervalle entre les deux traits sur le papier développé sera la mesure du rouleau.
Avec une autre bande de papier il entoure la molette, là où
4 fois juste, pour rouleau, pourfifois 3 mm., pour 8 parties sus 5 mm. Si cette règle trop grand ou trop petit et la on essayerai [àe forcer le relief.
la bande est redoublée il frappera 4 à 5 picots avec une pointe de compas ; en déployant le papier il aura 4 ou 5 mesures exactes de la molette qui lui serviront à ajuster son compas à vis de réglage. Il reportera cette mesure 2, 3, 4? ••• I2> ••• x f°is sur la mesure du rouleau. Si les mesures coïncident, la molette est exacte. On doit laisser une certaine marge pour les pertes, le glissement et le tournage des rouleaux. Pour une molette allant 2 fois sur le rouleau, sa mesure arrivera à 2 mm. en dessous de celle du rouleau, pour
' 3 fois 1 mm. en dessous, pour 5 fois 1 mm. plus grand que la mesure du ou 6 parties 2 mm. au-dessus, pour 7 parties 4 mm. au-dessus, pour 9 parties et au-desn’est pas observée le relief deviendra gravure sera tirée dans le cas où
Gravure de la mère-molette
Prenons une mère-molette convenablement tournée, polie, cuivrée, marquée avec un calque au soufre et vernie. O11 marque toutes les molettes avec le calque que l’on repère soigneusement
DES DIVERSES GRAVURES
au moyen de trous O. Si l’on marque les molettes avec des empreintes de la première molette, il faut veiller à ce que, au rapport, les équerres et les tracés retombent bien les uns sur les autres. Le graveur commencera par tracer une ligne horizontale avec une équerre à chapeau, coïncidant exactement avec 1 équerre A du haut du calque. S’il y a un peu de biais on ajustera l’équerre à chapeau mobile et l’on tracera de suite toutes les molettes d un dessin. Avec un tire-lignes bien tranchant on tire la ligne perpendiculaire de droite D (fïg. q4). Au moyen d’un compas solide, bien trempé et bien affilé on prend exactement l’écartement des deux parallèles CD, on pose une pointe de compas dans le trait tiré D à i mm. environ au-dessus de l’horizontale A. On pose l’autre pointe en i et l’on presse un peu en tournant le compas. On fera de même sur chaque molette en serrant toujours le compas de la même façon surtouts’il est un peu faible. Le second
Fig. 94. Fig. g5.
trait C devra passer par le picot i sur toutes les molettes; quand le dessin se rapporte à moitié hauteur il faut diviser soigneusement la circonférence de la molette en 8 parties (fig. q5), on en reportera 4 en partant du trait de base A et un léger picot fait avec la pointe du compas, servira à déterminer la position de l’équerre. Pour plus de sûreté ou peut reporter les quatre divisions une fois d’un coté du trait horizon lal et l'autre fois du coté opposé ; s’il y a un léger écart on fera passer le trait entre les deux marques.
Le graveur fera bien maintenant de couvrir toutes ses molettes avec du papier ciré. Il ne découvrira que juste le nécessaire afin de conserver la netteté du calque. II pourra aussi choisir les molettes les mieux marquées, les mieux polies, les mieux
calibrées pour les couleurs les plus importantes. Il est bon de marquer par une flèche le trait de base de chaque côté de la molette.
a) Contours et matages à la main. — Quelques maîtres font précéder cette étude de celle des picots ; du reste, elle peut être considérée comme faisant suite aux traits droits et équidistants dont elle est une application. Les hachures ont un emploi si considérable qu’il est nécessaire d’entrer dans quelques détails à ce sujet.
Quand l’élève n’aura que des mats peu étendus à exécuter il indiquera ses hachures avec un burin à plusieurs filets, ce qui est très facile, un filet engrenant dans l’autre ; il ne s’agit que de conserver la même obliquité. Quand elles seront indiquées bien également il les terminera avec le burin carré, en cherchant à conserver un filet blanc entre chaque hachure, ce qui donne la seule chance d’égalité possible ; car si le graveur perd de vue cette arête blanche, il est presque sûr que sur rouleaux on obtiendra quelque chose de taché et d inégal. C’est dans les études de hachures que l’élève doit veiller à tenir son burin parfaitement droit, car si ses hachures sont inclinées d’un côté ou de l’autre elles donneront une mauvaise impression.
On a remarqué que, pour que les hachures fournissent bien à l’impression, le burin doit être aiguisé d’une manière particulière; le plus souvent on prend un burin demi-losange dont on aiguise l’angle vif à peu près ainsi (lig. 96). De cette manière toute la couleur contenue dans Fie;. -96. la hachure est absorbée par la pièce, ce qui n’arrive
pas lorsqn’on laisse le burin dans sa forme naturelle, car il reste dans le fond de la gravure une partie de couleur non enlevée qui se sèche dans le rouleau et l’encrasse.
Le graveur contournera les matages avec un burin demi-losange en se tenant légèrement en retrait dans toutes les parties aptes à couler ou à paraître lourdes. S’il y a des demi-teintes en picots il pourra, soit les contourner très légèrement au burin si la teinte est foncée, ou les marquer directement à la double pointe. Si la molette ne comporte que des matages de très petites dimensions
DES DIVEI! SES GRAVURES
il les fera à la main soit au burin simple, soit en les indiquant d’abord avec un burin à deux pointes.
b) Précautions en vue du cadrage des dessins ci plusieurs couleurs. — Supposons un dessin à plusieurs couleurs comme celui ci-joi nt (fig. 97), après que le calque sera fait on l’appliquera sur la molette soit par l’ancien procédé de décalcage au pointillé, soit par le procédé par sulfuration en indiquant alors tous les contours au burin, de même qu’011 le fait dans le pointillé. O11 trace sur la molette des angles ou équerres de rapport. Ainsi dans ce dessin nous avons quatre grands objets qui se répètent à angle droit.
Ces équerres (fig. 98) doivent être tracées sur toutes lesmères de manière à avoir des points de repère bien exacts pour placer les petites épreuves cirées, tirées de la première mère-molette. En plaçant le trait horizontal et les deux verticaux parfaitement coïncidents avec les traits tirés sur la mère où l’on veut transporter l'une des couleurs, l’on sera sur de voir les deux traits horizontaux de l’épreuve, de même que les traits verticaux, coïncider parfaitement ; il faut avoir soin toujours de laisser les épreuves plus longues que le rapport, afin que l’on soit assuré
qu’après avoir fait le tour de la molette on se retrouvera exactement sur le point de départ avec l’autre extrémité du calque. Nous insistons beaucoup sur la manière d’appliquer ces épreuves, car d’elle dépend souvent le cadrage et la réussite d’un dessin.
Il est bon de ne pas charger de trop de cire les épreuves; le transport sur les différentes molettes en sera plus net et plus exact .
Une ancienne méthode anglaise consistait à graver toutes les couleurs réunies, puis à marquer, avec le relief obtenu de cette molette-mère, toutes les autres molettes devant composer les couleurs du dessin. Cette méthode a été abandonnée pour plusieurs causes :
i° La différence notable qu’on remarquait parfois d’une mère à une autre, quelques déviations pouvant survenir en marquant
ces contours sur la machine à relever ;
2" l’augmentation de main-d’œuvre occasionnée par les rugosités à enlever sur les reliefs ; 3° la production dans les blancs de taches occasionnées par la rugosité des reliefs.
Comme dans les dessins au poinçonmolette, les matages se font pour les petits objets au moyen des burins à plusieurs filets, et pour les grands, par l’un des moyens ordinaires à l’acide.
Il est essentiel, pour des dessins un peu fouillés comme un soubassement ou des ramages, de faire les coupures ou joints île rapports le plus droit possible, ou si l’on ne peut le faire, de prendre la coupure dans les positions où cela s’arrangera le mieux et donnera le moins de raccords à faire.
Dans le dessin (fig. 99) il se présente des formes identiques, seulement les unes sont tournées à droite, les autres à gauche ; pour avoir une symétrie parfaite, on grave d’abord l’un des
Fig- 99-
DUS DIVERSES GRAVURES
objets, et l’on en tire une épreuve qu’on applique dans l’autre sens pour qu il soit exactement semblable au premier objet gravé.
Il en est de même si le dessin se compose de beaucoup d’objets semblables, mais tournés dans différents sens ; avec les épreuves tirées du premier objet on placera tous les autres dans leur position respective, et tous présenteront les mêmes formes.
En gravant les contours, le graveur ne devra pas oublier que la moindre lacune entre les couleurs fera un très vilain effet sur le tissu. L’empiètement d’une couleur par-dessus un trait d’une autre couleur fait aussi un mauvais effet.
c ) Manque de cadrage , empiètement. — Le manque de rapport de cadrage provient de ce que l’on s’est tenu trop en retrait ou qu’on n’a pas suivi fidèlement le trait. Il peut aussi provenir des imperfections de moletage, mais dans ce cas il y aura débordement d’un côté des formes. Il faut toujours avoir un léger débordement d’une couleur sur l’autre (fig. ioo), sauf pour les couleurs rongeantes. Pour éviter ces défauts il faut graver et moleter exactement. L’expérience vaut beaucoup mieux que la théorie. Voici toutefois quelques règles générales :
i° Le retrait s’observe surtout dans les couleurs foncées ; l’excès dans les couleurs claires ;
2° La largeur de couleur foncée entourant une couleur claire peut servir de guide. On donnera le minimum de débordement pour un contour foncé fin et le maximum, c’est-à-dire la largeur d’un trait de burin pour les mats. Cela s’appelle graver contour sur contour ;
3° Il est bon d’obtenir de l’imprimeur qu’il place les rouleaux dont le cadrage est difficile aussi près que possible 1 un de l’autre sur la machine.
d) Hachures à h eau-forte. — Lorsqu’on a des mats assez considérables à exécuter on les trace sur la molette vernie, soit au moyen d’une molette-type marchant en spirale, soit au moyen d’un ciseau en biseau, ou d’un diamant.
Quand les contours sont gravés assez profondément on les
remplit d’un mastic composé de cire jaune et de cinabre. Cette cire, coulée en bâtons, est frottée sur la molette, et on l’incorpore dans les contours au mo}ren d’un brunissoir en os ou en ivoire. Quand on juge qu’il n’y a plus de lacunes, on enlève l’excédent avec une racle armée d'un manche. Si l’opération est bien faite il ne restera plus de cire que dans les contours, toute la surface de la molette en sera dégagée. On recouvrira alors la
la molette d’un vernis composé de :
Asphalte ou bitume de Judée. 5oo grammes
Poix de Bourgogne .... 5oo »
Cire jaune . 368 »
Poix noire . 121 »
Spermaceti . 61 »
Faire fondre dans l’ordre indiqué toutes ces résines et quand le tout est fondu chauffer sans bouillir pendant une heure; on ajoute lentement de l’essence de térébenthine jusqu’à ce qu’on ait obtenu la consistance voulue qui doit être celle d’un liquide bien coulant au pinceau.
La manière d’appliquer le vernis n’est pas non plus indifférente. Pour avoir une couche bien égale, si la molette est d’un volume assez considérable, on étend d’abord le vernis en largeur au moyen de quelques larges coups de pinceau, puis on fait tourner rapidement la molette en imprimant au pinceau un léger mouvement de va-et-vient ; de cette manière il ne restera aucune strie dans le vernis, le mouvement accéléré du tour étendant la couche de vernis d’une manière uniforme. Il est bon aussi de ne pas revenir après avoir donné une première passe au pinceau, le vernis se prenant de suite et le pinceau en revenant commettant d’ordinaire des dégâts.
Les hachures avec la molette-type se marquent sur un tour à burin fixe. A la place du porte-outil, on fixe l’appareil suivant (fig. 101) composé d’une fourche A sur laquelle oscille le levier B dont le grand bras sert à recevoir un poids P. Le petit bras est coudé, et porte une fourchette en acier trempé C qui sert de porte-molette. La molette est placée sur le tour comme pour tourner. Par tâtonnement on trouvera facile-
DES DIVERSES (J lî AVURES
ment la position à donner à l’appareil et à la molette-type ou milleraies. Le mouvement du tour entraînera la molette et le milleraie ; le chariot, entraîné à son tour parles engrenages, fera avancer en spirale la molette-type sur la surface vernie.
Les hachures doivent être indiquées aussi légèrement que possible afin d’avoir d’autant moins à nettoyer sur la molette en relief. A cet effet, il faut que la molette-type soit parfaitement cylindrique et que, dans le relief, il n’y ait pas eu le moindre défaut, sans quoi les hachures se mâchjlleront dans ce tracé.
Fig. 101 .
On construit maintenant de petits tours spéciauxpour faire ce travail.
La morsure terminée, on peut achever cette gravure en renforçant les hachures au moyen d’un burin carré ou demilosange et en mettant de cette manière le relief tel quel obtenu sur le rouleau, ou bien en gravant les hachures au sortir de l’acide au moyen d'un burin-losange dont on a rabattu l'angle tranchant (fig. roa). Comme cette gravure serait trop profonde si on la mettait telle quelle sur rouleaux, on rode le relief au moyen d’une pierre à huile, creusée de manière à embrasser au moins le tiers de la molette-relief, afin qu'elle ne tombe pas dans les blancs.
TKA1TÉ DE LA GlîAVUItE SClt HOULEAUX
Fis. 102.
Fig. io3.
Quand on voit qu’on est près d’attaquer les contours ou les détails, on cesse de roder. Un semblable fond offrant des hachures aux arêtes lisses et glissantes ne pourrait se mettre sur rouleaux, le moletage en serait impossible ; il s agit donc de redonner du tranchant aux hachures. A cet effet on prend un burindosange renversé (fig. io3) et Ion passe légèrement entre les hachures afin de reformer le tranchant. Cette opération se fait très rapidement et donne les meilleurs fonds en hachures à la molette. Il faut tracer sur le relief des filets en long, au moyen d’un ciseau à dos d’âne, qui provoque une bavure empêchant le relief de pousser de côté dans le moletage, ce
qui serait inévitable sans cette précaution.
e) Machine à tracer les hachures et les lignes régulières sur molettes de MM. Ducommun et Cie (fig. io4, io5, 106).
La molette A préparée comme pour le procédé ci-dessus est placée entre les pointes BB et serrée au moyen d’une bride après le disque X. Sur le chariot S un support Iv porte, entre une fourche M, un levier D armé d’un ciseau L, arrondi à dos d’âne. Un levier à tète arrondie D, fixé après la fourche MM. vient buter contre les butoirs 00, fixés sur la tige P, et règlent la longueur de la course qu’on veut faire faire au ciseau L. A cet effet le levier coudé Z soulève ou abaisse le porte-ciseau D.
Une roue H est fixée à l’extrémité d’une vis sans fin portant un petit compteur mobile armé d’un rochet pour donner 1 écartement des hachures. Une vis à hélice R sert à faire des travers ayant peu d’inclinaison ; il suffit d’adapter à 1 extrémité 1 un pignon qui engrène avec les pignons sur la vis I et la loue H, à laquelle est fixé le compteur, pour que les travers tracés aient une certaine inclinaison qui varie d’après le diamètre des molettes, ainsi une petite molette aura peu de biais, tandis qu une plus grosse en aura beaucoup.
Les filets doivent être tracés le plus délicatement possible et sans déchirure aucune. Cette machine, dont la manœuvre est très facile, rend des services immenses en ce qu’elle permet de tracer
DES DIVERSES GRAVURES
des hachures dans les deux sens, ce qui se produit par la simple
O bi D
nterposition d'un pignon intermédiaire, et qui donne d’excel
Machine à Ira cor les hachures et les lignes régulières.
Tli AIT K DE LA GRAVURE SUR ROULEAUX
lents résultats au moletage, vu que des hachures marchant dans
un seul sens poussent toujours de cote dans la mise sur rouleaux.
Les hachures indiquées soit au moyen de la molette type, soit au ciseau, soit au diamant, il faut recouvrir d’un vernisréserve les blancs, pour les préserver de l'action corrosive de l’acide qui ne doit faire son effet que dans la partie laissée exposée à son action.
Ce vernis nommé aussi petit vernis est composé comme suit .
Asphalte ou bitume de Judée .
Poix noire .
Résine noire .
Ajouter autant d’essence de térébenthine qu on le jugera nécessaire pour que le vernis 11e coule pas dans les hachures indiquées.
11 existe une foule de ces vernis :
5oo grammes 5oo —
Vernis n° /
. 4oo grammes
. 4o à 5o gr.
Faire fondre séparément le mastic et le bitume, y ajouter lentement la térébenthine de Venise et la poix de Bourgogne plus fusible :
Mastic en larmes. . .
Bitume de Judée Térébenthine de Venise Poix de Bourgogne. .
Vernis n° 2
Ambre calciné .
Bitume de Judée
Cire vierge
5o grammes
Poix de Bourgogne .
Térébenthine de Venise .
Quand le mélange est encore liquide 011 le passe à travers un
DES DIVERSES GRAVURES
linge pour en séparer les parties impures. Nous arrêtons ici nos formules de vernis que nous pourrions varier à l’infini.
11 suffit que ce vernis ne laisse aucun passage à l’acide et n’éclate ou ne se fendille pas, qu’il 11e soit pas trop épais pour se travailler difficilement au pinceau et pas trop liquide pour suivre dans les filets.
Morsure de l’acier.
CU
eu
i° Au moyen d'un acide.
Nous supposons la molette remplissant bien toutes ces conditions, et le vernis assez sec nous allons passer à la morsure d'une semblable mère. On prépare le mordant suivant :
Acide nitrique, 3 parties ;
Acide sulfurique, i partie.
Le mélange doit arriver à la force de 28 degrés Baume, l’acide nitrique pesant d'ordinaire de 36 à 4o degrés et l’acide sulfurique du commerce de 64 à 66 degrés. On allongera d’eau jusqu’à concurrence des 28 degrés.
L’appareil qu’on emploie pour cette morsure est un chevalet en bois de chêne C ayant deux coulisses HH dans lesquelles sont pris deux supports en bois DD armés de vis en bois EE entre lesquels vient se fixer la molette A qui baigne dans une auge B remplie de l’acide ci-dessus. Il suffit
TRAITE DE LA (J K A VU Mi SUI! IÎOULEAUX
alors de faire tourner avec le doigt la molette A en lui imprimant un mouvement de rotation peu rapide pour que toutes les parties de la molette passent également dans l’auge.
Quelques graveurs se servent aussi d’acide nitrique mélangé de moitié son volu me d’eau .
Comme nous l’avons exposé pour la gravure des rouleaux, nous employons aussi avec succès la dissolution concentrée de noix de galle, qui a la propriété de précipiter les oxydes métalliques.
Fig 107. — Appareil pour ronger les molettes.
On emploie aussi le petit appareil suivant qui permet de manœuvrer plus facilement la molette dans le bain ; par des mouvements de vis, on peut avec toute facilité plonger ou enlever la molette (fig. 107).
Malgré des avantages réels de cette méthode par laquelle l’ouvrier restait toujours exposé aux vapeurs si funestes pour la poitrine et les bronches des émanations nitreuses, nous avons cherché à remplacer ces différentes morsures par celle à la pile.
DES D1VEUSES CUAVUHES
2° La morsure à la pile. — Cette morsure se base sur l'action de la pile électrique. On sait que l’anode métallique est détruite par l’action du courant, tandis que la cathode au pôle X négatif tend à s’augmenter de tout le métal perdu par l'anode, ou du moins ne diminué pas de volume d’une manière sensible, quand il se trouve dans un bain composé de la même base. Nos premiers essais ne furent pas toujours heureux pour la bonne raison que nous donnions toujours trop de surface à la cathode ou pôle zinc.
Du moment que nous n’avons plus mis en reg’ard de quelque molette grosse ou petite à mordre qu’un fil de fer d’un faillie dia-
Fig. 108. — Molette rongée à la pile.
mètre soit un millimètre, nos résultats ont été constamment heureux. Comme ces faits intéressent une classe d’ouvriers dont l’état sédentaire fait tant de ravages parmi les poitrines délicates, nous allons donner un aperçu de la manière dont nous opérons cette gravure.
La morsure se fait au moyen de la pile Leclanché qui est une des moins énergiques, mais aussi des plus constantes que 1 on connaisse; outre l’avantage de la constance de son courant, elle a encore celui de ne dégager aucune émanation nuisible, et peut
se tenir clans un cabinet de travail ou atelier; on met plusieurs piles ensemble suivant le travail à exécuter.
Des conducteurs SS en fil de fer d’environ 6 millim êtres de diamètre dont l'un est fixé au pôle charbons età la molette et l’autre plonge dans une auge R en bois bien goudronné contenant de l’eau acidulée avec de l’acide nitrique à deux ou trois degrés. M est la molette à ronger. J, planchette en bois pour suspendre la molette dans le bain. H, anneau en laiton avec vis de pression pour pincer le fil S contre le pivot de la molette et tenir celle-ci suspendue dans le bain(fig. io5).
La molette mise au bain, on voit de suite se dégager de l’hydrogène au fil négatif en regard, c’est là le signe que l’opération marche bien, et deux heures suffisent en temps ordinaire pour donner une profondeur suffisante ; du reste il est difficile d’assigner un temps à cela, car le tout dépend de la force des piles, de la quantité et de l’écartement des hachures.
La température du bain et celle de l’atmosphère influent beaucoup sur la profondeur et la rapidité de la morsure. Si toute l’opération a été bien menée, une morsure semblable avance énormément la besogne du graveur, car il lui suffira de passer légèrement son burin dans la hachure pour que l’arète présente l’aspect désiré, c’est-à-dire un léger filet blanc, guide invariable et immanquable d’un bon matage.
Plusieurs années d’expérience nous ont fait abandonner toutes les autres morsures. Celle-ci nous a permis d’aller sûrement et sans aucun tâtonnement.
F. — Hachures tranchées sur molettes (fig. 109).
Cette manière de couper les hachures des mats a été inventée par M. Paul-Nicolas de Mulhouse. La machine au moyen de laquelle elle se fait est à peu près la même que celle de MM. Ducommun pour tracer les mille raies sur molettes vernies, seulement au lieu du support K, le chariot S porte sur un coulant un support mobile T, pouvant avancer ou reculer à volonté sur
DES DIVERSES GRAVURES
ce coulant, et se baisser et se hausser au moyen d’une vis de rappel K. La pièce H mobile sur un axe fixé sur F permet de donner toutes les positions au burin B. Un g-uide N placé derrière le burin et pouvant au moyen d’une vis de rappel R donner au burin toutes les coupes désirées.
Pour employer cette machine on place la molette entre les pointes en la fixant au moyen d’une bride. Un ressort à boudin
zr
Fig. 109.
placé dans la pièce P tend toujours à pousser le burin sur la molette aussitôt qu’on a relâché le crochet O pris dans l’encoche U et qui tenait le burin au-dessus de la molette. Quand on veut enlever le burin afin qu’il n’ait plus de contact sur la molette, il suffit de presser sur le levier J qui fait bascule en M, le ressort à boudin est comprimé, et l’on eng-ag-e le crochet O dans l’entaille U. Un mouvement de rotation qu'on peut faire subir
au burin dans la pièce P permet de lui donner toutes les inclinaisons possibles; Ion conçoit qu’avec cette faculté et celle de soulever le burin aussi rapidement que l’on veut, on peut exécuter les choses les plus délicates, ainsi que tous les filets en long, en travers, en biais, etc. Un grand assortiment de pignons permet d’obtenir toutes les inclinaisons voulues.
Le jeu de la machine est aisé à saisir; pendant que la main gauche tourne la manivelle faisant aller les pignons qui commandent les mouvements au chariot (quand on travaille en tra-
Fig. no. — Machine à l.racer les molettes.
vers ou en biais) la main droite relâche le levier .1 quand le burin doit marquer une ligne ou un filet. Le levier est abaissé et accroché, et le support porte-burin se lève au passage d’un blanc.
La première destination de cette machine fut de servir à trancher les hachures des mats. Elle a perdu de son importance depuis l’application plus générale de la morsure. Avec tous les soins possibles, il restait toujours à retoucher les points d attaque et d’arrêt de la hachure. Comme le burin se cassait souvent il y avait des difficultés pour en rafraîchir le tranchant.
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Néanmoins celte machine rend encore de grands services pour
poi
Fig. ni. — Machine à fraiser les moleltes.
tracer fies filets en long' ou en biais, ou des divisions qui se font facilement sur cet appareil.
G. — Hachures fraisées.
M. A. Keller-Dorian a construit une machine qui tranche les fonds sur molettes au moyen d’une fraise tournant très rapidement ; le graveur n’a plus qu’à repasser la hachure dans les extrémités.
H. — Picotages à l’œil, à la double pointe, au tracé.
Dans notre étude de gravure au pointeau, nous avons parlé de picotages placés à l’œil à l’intérieur des contours en picots placés à la double pointe. C’est le procédé le plus artistique. Il est bon de savoir l’employer en cas de besoin.
Quelques graveurs placent tous leurs ombrés à la double pointe en adoptant l’écartement des doubles pointes à l’effet désiré .
Un autre procédé plus expéditif consiste à marquer le canevas sur la molette au moyen d’une empreinte au soufre tirée d'une molette légèrement marquée avec une molette-type.
On peutencore passerla molette-type directement sur lamolette, mais aussi légèrement que possible pour ménager les blancs. On frappe ensuite les picots et on les fraise convenablement. Quand il y a des picotages et des mats sur une molette on fait les picots, de suite après les contours. Les matages sont faits en dernier lieu.
Quand la gravure est terminée, on tire une ou plusieurs épreuves pour juger de l’effet et pour vérifier le cadrage s’il y a plusieurs couleurs. Dans ce cas au lieu d’employer du papier blanc on prend du papier végétal que l’on cire en l’appliquant sur un morceau de chiffon ciré. C’est ce qu’on appelle l’empreinte en couleurs.
Pour ce faire, ou frotte la molette soit avec du vermillon soit avec de l’outremer ou avec un corps plastique coloré, puis on l’essuie de façon à ce qu’il n’y ait de la couleur que dans les creux. On prend alors du papier végétal ciré, c’est-à-dire qui a été préa-
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lablement ciré en l’appliquant sur un morceau de chiffon ciré, on le trotte sur la molette, on presse à l’envers, l’empreinte se produit, on en tire quelques-u nés que Fonplace l’une à côté de l’autre et alors on peut juger du cadrage et de l’effet de la gravure.