‹ Traité de la gravure sur rouleauxChapitre 12 sur 24 · I. — Molettes-types ou molettes-outils · texte numérisé non relu

I. — Molettes-types ou molettes-outils

Dans un atelier de gravure bien organisé il doit se trouver une collection aussi complète que possible de picotages réguliers

Fig. 1 1 2 (grossi). Fig. n3 (grossi).

(fig. H2) ou placés en biais (fig. 1 1 3) ou à angles droits; il faut au moins une série de io écartements différents, ainsi qu’une

collection de canevas ou 7 points (fig. 26, page 26), il faut aussi une collection de milleraies en long et en biais dans les deux sens et ayant des écartements variés, quelques bons types de granités, de vermicellés et de chinés que l’on peut combiner ensemble, et enfin une collection aussi variée que possible de fouillis qu'on utilisera très souvent pour des soubassements ou des effets brouillés. Par des superpositions, on obtient les effets les plus originaux et les plus variés (fi g. t 1 4 à 12 3).

J. Division des molettes.

Elle s’obtient de trois différentes manières.

1 0 Par gravure sur canevas (fig. 1 24-125). — Supposons que I on

ait à diviser un petit motif semblable » on commence à marquer sur la molette un picotage ou mille points portant un nombre divisible par la quantité de rapports que la circonférence comporte. Le graveur commence par indiquer un fort picot pour l'espacement en hauteur et de côté de chaque rapport; puis à peu près à deux fois la largeur de la gravure que devra porter sa molette-mère terminée; il gravera soigneu- ri5- Ia4-

sement un petit objet ou cachet de son dessin.

Cette molette terminée est trempée, et l’on en obtient un relief qui servira à faire la mère définitive, qui devra avoir un nombre tout différent de rapports que la première molette ; supposons que celle-ci en portait 6, il faudra mettre un nombre impair pour la seconde, 7, 9 ou 1 r , afin qu en se croisant sur la molette ce petit cachet vienne se marquer dans tous les rapports. Pour la marche de côté il suffira de venir placer la rangée des picots A en B pour que la rangée B de petits objets vienne se produire de la même manière (fig. 124 et 125).

20 Par picots guides. — On grave un seul cachet sur une molette de dimension correspondante a celle du rouleau. De chaque

Fier. 125.

DES DIVERSES GHAVUlîES

côté de la gravure ou frappe des picots réguliers dont le nombre est divisible par le nombre de rapports sur la molette. Ils serviront d’engrenage ou de guide pour reproduire avec un relief une mère-molette divisée. Cette méthode est la plus usitée dans les ateliers mal montés en machines.

3° Sur la machine à relever et à diviser. — Dans les dessins aussi tassés que l’échantillon ci-joint (fîg. 126), on grave d'abord un cachet de chaque couleur (fig. 127), puis au moyen du relief obtenu on procède à la division sur une machine remplissant les conditions suivantes. Elle devra avoir un diviseur bien exact en circonférence, de même qu'une vis d une grande exactitude pour la division de côté. Toutes les pièces de cette machine devront être d’une exactitude et d’un ajustage irréprochable, afin que la division qu elle produira ne présente aucun vice ni défaut.

Ces machines sont très nombreuses, chaque graveur a ses préférences pour tel ou tel système, auquel il fera ajouter encore un perfectionnement ou une modification à son idée. Nous ne nous arrêterons qu’aux deux systèmes construits par MM. Ducommun de Mulhouse et celle plus récente de M. Albert Keller.

La première est la machine à relever avec pression en-dessus que ces constructeurs ont établie à deux fins pour relever et pour diviser (fig. 128-129), le poinçon-cachet vient se placer dans le support C en II. La molette D à diviser est placée sur les coussinets du support; une roue de division R. donnera la division en circonférence. Sur la vis T est fixé un compteur S qui donnera la division de côté des rapports du dessin.

Cette machine sera décrite plus en détail à 1 article machine à à relever.

Une machine spéciale très avantageuse construite par les mêmes constructeurs est la suivante. La molette à diviser se trouve prise entre les coussinets d’un support ; le poinçon

Fis

Fia. 128. — Machine à relever et à diviser. Elévation.

DES DIVEli SES GRAVURES

ou molette-cachet est pris entre les coussinets du support sene sur le chariot mobile. Une vis porte un compteur donnant la distance de côte des rapports. Une vis sans fin vissée sui le touiillon de la molette porte un petit diviseur avec encliquetage qui donne la division en circonférence, des rapports du dessin.

Des vis de rappel permettent de donner Tinclinaison voulue au coulant, ce qui facilite beaucoup la division des biais.

Cette machine est très commode à cause de la petite place qu’elle occupe et de la faculté qu’on a de In transporter dans quelque partie de l’atelier qu’on désire.

Une remarque générale que nous

ferons pour toutes les

CO

or

machines à diviser c est de debutei

par une division légère sans

DES DIVEUSES GRAVURES

beaucoup de pression pour la première passe. Cette précaution donne beaucoup de garantie d’exactitude, tandis qu’une pression exagérée pour la première passe donne souvent des divisions faussées. Il vaut mieux revenir à plusieurs reprises pour enfoncer le poinçon-molette bien à fond sans tourmenter le métal.

L’ouvrier qui divise ne peut prendre trop de précautions dans la mise en train de sa machine ; il doit bien préparer sa molette, la fixer sans qu il y ait possibilité qu’elle se dérange, sans raideur toutefois, de même que le relief qui porte le cachet type, tous les mouvements doivent se laire sans efforts et sans jeu non plus, loin augmenter la chance d exactitude on prend souvent un nombre pair de rapports tandis qu’on prendra pour le relief un nombre impair, ce croisement corrige souvent les petites inexactitudes qui peuvent se trouver dans une division.

k) Rayures fondues. — On peut exécuter de plusieurs manières de semblables rayures :

i° Soit avec une molette relief bombée en relevant, et qui fera Je fondu en s enfonçant dans le rouleau, le milieu donnera un ton très chaud, et les bords des tons très doux (fîg. r3i).

II faut seulement pour ces rayures que le relief soit parfait.

2° i es rayures fondues faites par le moyen indiqué par M. Huguenin-Cornetz et qui consiste à prendre un relief composé de 5 à 6 picots, on commence par peu de pression, quelques grenailles double O par exemple, on en augmente le nombre à mesure que l’on avance vers la nervure du fondu, et on les diminue a mesure qu’on s’en écarte.

On obtient de celte manière des rayures très bien ombrées, et qu’on peut par ce moyen faire à toutes les largeurs désirables.

TRAITÉ DE LA GRAVURE SUlt ROULEAUX

3° Ou peut faire sur rouleaux ou sur la molette-mère de semblables fondus, en vernissant soit le rouleau, soit la molette, et passant dessus un picotage ou mille points très légèrement. En couvrant successivement au vernis reserve les tons qui ont ete rongés à la force voulue, on arrive à une gradation assez bien marquée. Sur la molette ou peut encoie un peu ietoucliei a la main, les parties faibles et maigres.

4° Quand on veut obtenir des rayures fondues d’une grande douceur on peut marier le fondu au picot avec celui à la hachure , en intercalant entre chaque rangée de picots un filet fin au burin.

Le fondu obtenu de cette manière est un peu plat, mais offre une grande douceur de ton (fig. i33-i34)*

5° La rayure fondue avec hachures peut se faire avec une molette bombée comme pour les picots ; mais cette molette est beaucoup plus difficile à obtenir que celle en picots; ou en traçant des hachures légères sur une molette vernie ou un rouleau, et recouvrant successivement ces tons arrivés à leur valeur, jusqu’à la teinte la plus chaude de la nervure.

G° Les rayures qui ne sont fondues que d un cote, sont beaucoup plus faciles à obtenir; il sulfit de prendre un îelief soit de picotage soit de hachure et de l’incliner fortement du côté de la nuance forte, pour que l’ombrev se fasse parfaitement. Un emploie même ce moyen pour obtenir des rayures ombrées des deux côtés; en inclinant le relief une fois d’un côté et pour l’autre l’inclinant dans l’autre sens (fig. i32).

y0 Tous ces moyens que nous avons indiqués donnent souvent des moires sur pièce, nous u avons pas trouve de moyen plus parfait que d’employer deux espèces de picotages d écartement

DES DIVERSES GliAVUHES

et de disposition très différents pour produire des rayures fondues très nourries.

Les deux espèces de picotages se recouvrent jusqu’à une certaine distance, où elles offrent toutes deux un fondu déyradé qui en se superposant fait la continuation du ton nerveux ou lort. L est le moyen le plus sûr d’obtenir de beaux et bons fondus bien chauds de ton.

Nous avons parlé de tous les autres genres principaux qui s’offrent au graveur, uous n y reviendrons donc pas de crainte de tomber dans des redites.

Pour les grands dessins à objets espacés nous employons un moyen qui nous donne beaucoup d’exactitude et une grande économie d’acier.

Ainsi pour le dessin figure 1 35 ci-joint que nous prendrons pour type, et qui doit avoir trois couleurs : le centre de la fleur, rouge; le contour des pétales, noir; et l’extérieur, grenat. Nous procédons ainsi : au lieu de graver les objets dans leur position respective, ce qui nécessiterait une dimension déterminée de rouleaux, nous gravons sur molette les deux objets isolément; on peut alors varier le diamètre des rouleaux à employer.

A cet effet on place dans chacune des couleurs qui composent le dessin un picot de repère passablement fort. Le premier objet A de chaque couleur étant indiqué on enlève ce picot sur le relief et on marque l’objet surtout le rouleau à la distance voulue. On prend ensuite le second objet 11 et l’on vient placer un picot de repère dans celui de l’objet A, il suffit d’effectuer la marche en quinconce pour que l’objet vienne prendre sa position exacte. Ce moyen très facile est infaillible comme exactitude de cadrage. 11 uous permet en outre de réaliser une sensible économie d acier pour les dessins dans lesquels on peut lui donner une application. Pour que le résultat en soit bien parfait, il faut que ce picot de repère soit porté par le décalque qui porte toutes les couleurs réunies, de cette manière la position du picot est d’une exactitude mathématique et facilite beaucoup le tra-

TItAlTÉ DE LA G lt A VU HE SUH HOULEAUX

DES DIVERSES GRAVURES

vail du moleteur; car celui-ci n’arrivait jusqu’ici que par des tâtonnements et des épreuves réitérées.

Dessins à deux et à plusieurs tons sur un ou deux rouleaux. — Lorsque sur un même rouleau on doit obtenir plusieurs tons avec une seule couleur on peut arriver à produire cet effet en mettant des picots fins dans la nuance tendre; la nuance foncée se fera en hachures et les nervures en traits de burins, on pourra même obtenir plusieurs tons en prenant plusieurs écartements de picots différents qui donneront des tons variés (fig. 1 36).

On peut obtenir le même effet avec des hachures de force diff érente, comme dans le dessin figure 187 où l’on remarque parfaitement trois tons ; c’est un moyen d’économiser l’emploi de beau¬

coup de rouleaux, seulement cela donne souvent des tons grisa i 1 lés; c’est cet inconvénient qui engage souvent à employer des tons superposés pour avoir plus de nourri, moins de maigreur dans le rendement.

Le dessin figure i38 a été obtenu de la manière suivante : On prend trois rouleaux : sur un rouleau, on grave la couleur foncée et une nuance intermédiaire en demi teinte ; sur le deuxième rouleau on met le clair qui recouvre partiellement la demi teinte; et sur le troisième rouleau on met le fond, de cette façon on obtient environ cinq tours avec trois rouleaux. Quelques graveurs ont essayé d’obtenir le même effet de tons super-

posés avec picots et ont obtenu des résultats remarquables , ils ont moins de maigreur qu’avec les hachures. L importation des machines anglaises à huit couleurs a ôté beaucoup d’importance à ce genre, cependant comme on arrive à employer moins de rouleaux nous le mentionnons. M. Feldtrappe à Paris est celui qui avait fait faire le plus de progrès à cette gravure à plusieurs teintes dans la gravure des dessins pour meubles.

Avec toute l’habileté désirable, on ne peut cependant pas évi-

Fig. i38.

ter entièrement une certaine maigreur, l'on devra toujours préférer les teintes plates quand cela pourra se faire. Les demi-tons ne doivent pas être contournés du tout, ce qui donne toujours un peu de vague aux formes qui tombent dans ces teintes intermédiaires.

Dessins ombrés. — Lorsque dans un dessin ombré (fig. i3g) on désespère d’obtenir assez de nourri dans les ombres; on ajoute une seconde couleur foncée qui ne portera que les touches foncées, et qui viendra donner du nerf à la nuance

DES DIVERSES GRAVURES

claire. Les ombres du rouleau foncé seront légères seulement, car en couvrant celles du rouleau clair, elles lui donneront beaucoup de coloris, beaucoup de nerf. Quoique cette méthode absorbe un rouleau de plus, le résultat est tellement

Fiç. 139.

supérieur dans des dessins à grand effet qu'on ne devra pas hésiter quand l'on aura à traiter des dessins d’une certaine importance.

M. — 1° Genre garançine.

La gravure du genre garançine (fig. i4o) est peut-être un des genres les plus difficiles de la gravure des cylindres d'impression ; c’est l’article le plus commun que le graveur ait à traiter, mais il devra, par l’élégance et la bonne tournure de sa gravure, donner un cachet artistique et pur à un genre banal par lui-même.

Ce qui relève immensément le genre garançine c’est l’éclat des blancs; il est donc urgent de les laisser aussi couverts que pos* sible. Et pour qu’ils soient bien saillants on les contourne de

noir ce qui les relève et les détache d’une manière remarquable. Cette main de noir ne devra pas être gravée lourdement, comme elle s imprime presque toujours en premier lieu, elle serait écrasée par la pression des autres couleurs qui suivent. En général ces dessins doivent être gravés légèrement, afin que les couleurs ne se noient pas les unes dans les autres. Cette légèreté de gravure a encore pour cause l’économie de couleurs, de teinture

Fig. i4o.

pour le genre le plus mal payé dans la fabrication des indiennes.

En rapprochant du rouleau du fond la couleur noire on augmentait la chance de cadrage pour les garançines. Ces deux couleurs forment d’ordinaire la charpente du dessin et .étant séparées l’une de l’autre par trois et quatre rouleaux, cela occasionnait souvent des variations de cadrage si fâcheux, surtout pour la garançine où la moindre différence se remarquait. Quoique ce genre soit aujourd’hui complètement abandonné, nous avons cru devoir en parler pour mémoire.

2° Chemise.

Ce genre de dessins toujours composé d’objets légers réclame une correction et une pureté de gravure irréprochables; aussi le moindre contour doit-il être soigné tout particulièrement.

Quelques imprimeurs demandent à ce qu’on grave les détails

DES DIVERSES GRAVURES

et finesses au burin demi-losang( la consistance des couleurs est d Pour les picots isolés comme

Fig-. 1 4 1 .

î, d’autres préfèrenlle burincarré ; ’un grand poids dans cette affaire, ceux de la figure 1 4 1 ? nous enga-

Fig. 1 4 2 .

geons à les frapper, les fraiser comme de coutume, et pour terminer on frappe légèrement au moyen d'une pointe sèche dont la pointe ait la forme du picot que l’on veut obtenir ; on peut même en frappant légèrement la dernière passe faire tourner la pointe sèche entre les doigts, de manière à bien arrondir le picot et l’on aura de cette façon des picots d’une impression remarquable.

3° Conversion.

Au lieu de faire une gravure ad hoc pour produire les différents tons d’un chiné sur la rayure travers, on grave deux rouleaux de chinés. On imprime d abord la rayure travers, on la teint, ensuite on imprime simplement par-dessus les deux rouleaux de chinés; l'on obtient alors ces effets de conversion très purs et très nets comme l’indique le dessin figure i/|2.

Avec des rouleaux cadrants il serait impossible d obtenir cette netteté et cette exactitude, aussi en tire-t-on un parti immense pour les écossais (fig. 1 43).

Fig. i43. — Ecossais.

4° Genre chinés.

Dans le genre chiné le graveur ne pourra trop faire attention à conserver le modèle des formes mates, en accidentant bien les chinés qui les entourent, afin que celles-ci ne rappellent pas trop par leur régularité les dents d’un peigne.

Fig. 1 44-

Le meilleur tvpe que nous puissions offrir à l’élève pour ce genre est un échantillon de chine tissée sur soierie c est là qu il devra chercher son guide afin d’obtenir sur indienne des effets doux comme la soierie (voir la reproduction aussi fidèle que possible d’un chiné soie, figure 1 44) •

Fig. 1 4t). Fig. T$7. — A suivre.

Pour les chinés en travers, outre l’effet soierie dont il faut conserver le cachet, le graveur doit encore donner du jour entre les chines et les fendre carrément, à cause de l’impression, qui dans les travers, tend toujours à combler les blancs.

DES DIVERSES GRAVURES

Il faut donc les tailler de cette manière (fig. t 47 et 149) l'impression terminée, le blanc aura à peu près la valeur de celui du dessin (fig. i4G et r 4o) •

Comme on peut le voir par le croquis ci-joint, la chine blanche est taillée carrément ; sur la pièce elle paraîtra effilée par suite du coulage de la couleur et de l’écrasement.

Fig. 48. Fig. 4g.

Nous ne pouvons trop recommander l’étude des chinés sur les soieries, c’est là que l’élève doit puiser ses renseignements les plus précieux.

5° Ecossais.

Dans le genre carreau écossais (fîg. r5o) on tire un bon parti de cette indication au moyen d’un picotage en biais. Il faut d’abord choisir l’écartement qui convient le mieux aux carreaux. On peut commencer alors par frapper des picots pour indiquer l’écartement des hachures : puis on relève un poinçon de la largeur voulue d’après le poinçon type, et l’on vient frapper ce poinçon dans les picots indiqués.

Il est nécessaire que le graveur donne un peu plus de force aux travers qu’aux longs dans de semblables dessins, ceux-ci s’enfonçant toujours avec beaucoup plus de facilité que les travers (fig. i5o).

Il est urgent de recommander au graveur de ne pas trop coucher ses hachures dans les rayures travers ; elles doivent offrir au moins un angle de 45 degrés ; si l’on 11e prend qu’une inclinaison de 20 à 20 degrés, on courra le danger d’avoir une impression défectueuse, car l’arête des travers ne présentera que l’aspect de becs.

On peut employer ce même moyen d’indication de picotage pour des dessins à deux ou à plusieurs couleurs. Pour des dessins qui ne sont pas plus grands que celui ci-contre (fig-. i5i), on peut faire les deux ou trois couleurs qui les composent sur la même molette ; on est au moins assuré d avoir le meme nombre de picots pour toutes les couleurs.

Fig. i5o.

Fig. 1 5 1 .

Nous croyons rendre plus sensible à l’élève la manière de s’y prendre, en ajoutant ce petit croquis (fig'. i52), par lequel l’élève saisira tout de suite ce que nous entendons par le moyen que nous exposons plus haut.

Le spécimen ci-dessus nous fournira l'occasion de recommander à l’élève de tenir sa double couleur passablement plus étroite que la couleur claire ; la double couleur étant imprimée en premier est écrasée par deux pressions, ce qui lui donne l’aspect lourd.

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6° Granités.

Il se présente souvent le cas d’appliquer le genre granité comme le type ci-joint.

Autrefois on obtenait les granits en aspergeant avec une brosse une couleur noire, bleue ou rouge dans laon avait incorporé du sel marin. Quand le granit obtenu était sec, on appliquait sur la surface un vernis au bitume assez mince.

Celui-ci sec, on plongeait le cylindre dans le bain d’acide; le granit figuré par la partie saline se dissolvait et l’acide produisait le granit voulu.

Aujourd’hui on dessine le granit que l'on veut obtenir au moyen de la couleur au soufre décrite page 32 ; mais il faut que le cylindre d’acier ait été d’abord cuivré dans un bain alcalin dont la composition est la suivante :

Eau ordinaire .

Acétate de cuivre .

Carbonate de soude .

Bisulfite de soude .

Cyanure de potassium .

i.ooo grammes.

Pour préparer ce bain on place d’abord, dans le vase qui doit le contenir, l’acétate de cuivre que l’on délaie avec aussi peu d’eau que possible, car ce sel, comme la farine, se mouille mal, flotte à la surface d’un liquide trop abondant, et se dissout très difficilement. A la pâte bien homogène del acétate de cuivre, on ajoute le carbonate de soude et un peu d’eau, on agite et il se forme un précipité vert clair au lieu de fonce qu il était d abord ; on ajoute encore de l’eau puis le bisulfite de soude, et le magma passe à une coloration jaune sale. Enfin, on ajoute le reste de l’eau et le cyanure; puis, après dissolution de tous les sels, il reste un liquide incolore qui est le bain de cuivrage.

Ce bain demande pour sa décomposition une électricité d é-

nergie moyenne.

La couche de cuivre doit être très mince, mais adhérente ; la teinte en est seulement rosée. On applique alors le décalque du granité peint avec la couleur au soutre sur la surlace de ce cylindre cuivré. Au bout d une demi-heure d application le granit est marqué en noir sur la surface cuivrique ; on passe alors une couche de vernis au bitume de Judée qu’on applique avec un blaireau. Il faut absolument que cette couche soit très-mince pour (j ue le décalcage sous-jacent reste bien net et bien visible.

Fig. i 54.

On prend alors une pointe sèche (fig. 1 54) et l’on trace les contours des motifs décalqués pour être mordus ensuite à 1 eau forte; on obtient ainsi des formesbeaucoup plusbizarres qu’avec le burin et l’on opère très rapidement de cette manière.

De tous les moyens employés pour obtenir de beaux granits nous préférons l’emploi de plusieurs molettes-types, qui, croi-

Fig. i55.

DES DIVERSES GRAVURES

Fig. i 56.

sées l’une par-dessus l’autre, donnent des effets très bizarres et surtout très unis.

Fig. 157.

Pour bien réussir il faut de préférence employer des molettestypes différentes de largeur, on évite ainsi des alignements fort désagréables dans ce genre.

Fig. 1 58.

N. — Picots en blanc.

Quand il s’agit de réserver en blanc des picots réguliers, soit pour un fond uni (fig. i5q), soit pour une rayure, on commence à indiquer avec un relief-type les picots demandés; le graveur les frappe à la pointe sèche sur la molette mère indiquée et les fraise ensuite, en ouvrant le picot un peu plus que la grandeur que le blanc définitif devra avoir. Quand il jugera les picots assez grands et assez égaux, il devra tracer des hachures pour qu’elles retiennent la couleur. Supposons ce l6o

canevas ou sept points (fig*. i(io).

En venant intercaler entre chaque rangée de picots une hachure

on aura un excellent réseau pour retenir la couleur. Il ne s’agit plus que de tremper cette molette qui servira à graver le rouleau. Les picots gravés en creux par le graveur se convertiront en picots coniques, en relief sur le rouleau; il n’y aura plus qu’à en roder la pointe ou le sommet pour obtenir le picot en blanc demandé. Le moleteur devra seulement veiller à roder bien également son rouleau afin que l’effet soit parfaitement égal. Les fonds unis sont d’ordinaire obtenus par une marche en spirale. Les rayures se font à la manière ordinaire pour la mise sur rouleaux, seulement la pression et le nombre de tours du rouleau devront être bien exacts.

Gravure sur plaques d’acier pour molettes poinçons.

comme le dessin figure 161, indiquons ici un moyen très pratique, à condition toutefois que le motif ne soit pas inversé.

L’objet type doit être gravé sur une plaque d’acier de io à 12 centimètres carrés et de 20 millimètres d’épaisseur.

On grave assez profondément pour que, dans l’opération du relevage, la gravure ne perde pas trop de sa profondeur primitive. On trace des traits qui correspondent à la ligne perpendiculaire de tous les objets. Cette indication servira de repère pour

le relevage de chacun des motifs (lig. 162).

Quand cette plaque est gravée et trempée on la place entre les cylindres d’une machine à relever, en regard d'une molette en acier recuit (fig. iG3).

Par un mouvement de va-et-vient la plaque, placée entre les

coussinets et les cylindres de la machine à relever, prend l’em-

DES DIVERSES GRAVURES

preinte de la gravure sur une molette en acier recuit. On pousse l’opération jusqu'à ce que le relief soit assez prononcé.

En répétant plusieurs fois le mouvement de va-et-vient le relief se fait insensiblement.

Pour avoir les positions exactes, le releveur se sert simplement d’équerres en bois de poirier avec lesquelles il règle la position de sa plaque d’acier suivant l’angle voulu (fig. 1 64) -

En changeant chaque fois l’inclinaison de Ja plaque en se guidant sur l’équerre en bois appropriée, on obtient toutes les positions désirables.

Ce procédé a l’avantage d’être fort économique et tous les objets ont la même valeur, ce qui ne s’obtiendrait pas en les gravant séparément. Cela permet aussi de varier les dispositions des dessins à l’infini.

Releoage (ou transformation de la gravure en creux en gravure en relief).

— a) Préparatifs avant la trempe. — Une fois gravée la molette est passée au releveur, ordinairement chargé de la trempe. Celui-ci frappe de chaque côté de la gravure de forts picots et, dans les places vides, il grave des traits de burin très profonds, en travers croisés, quand c’est possible par des traits en long sur le tour.

Les picots, au lieu d’être toujours ronds, sont souvent frappés

THA1TÉ DE LA GHAVUllE SUIl HOULEAUX

avec une pointe triangulaire, pour avoir plus de prise au relevage. Toutes ces précautions sont nécessaires pour entraîner la Gravure sur la machine à relever ; car, si 1 on avait des blancs trop

grands, sans gravure, le relief glisserait sur la molette-mère et n’aurait aucune prise en relevant.

On met souvent des picots sur les côtés de la molette en même temps qu’on div ise ; ces picots sont en rapport exact avec la division du dessin, afin qu’il n’y ait pas de contrariété dans la formation du relief, si l’on voulait prendre par exemple 9 rapports, la mère n’en ayant que 4- H est évident que cela ne pourrait pas se faire non plus avec les picots frappés avec un pointeau à la main, ni avec des traits profonds en travers. Oela pourrait être fait au moyen des filets en long seuls; mais ils ont beaucoup moins d’entraînement que les picots divisés.

Beaucoup d’autres observations doivent encore être faites au trempeur avant de mettre au feu le travail du graveur, car un seul oubli peut parfois compromettre l’ouvrage de plusieurs semaines. Ainsi, il devra bien visiter les mères avant de les mettre dans les boîtes à tremper ; la moindre fissure qu’il observerait, devrait être creusée profondément avec un burin, tomme il y a toujours du sable dans ces fissures, il faut le sortir à tout prix, car le moindre grain suffirait pour iaire sautei, soit un éclat, soit la mère entière, en la plongeant dans 1 eau froide.

Si la molette-mère est fort petite, il faut veiller à ce qu elle soit parfaitement cylindrique ; si elle était creuse, elle céderait sous la pression et courrait le risque d’être brisée. On tourne aussi souvent un sillon très profond a cote de chaque boid de la gravure ; de cette manière la molette se rompra plutôt là que partout ailleurs.

Quand il se rencontre des choses fort difficiles à relever on met des picots partout où il est possible d en loger sans compromettre la gravure.

Quelques trem peurs poussent même la précaution jusqu a remplir de craie en bouillie les picots aux centres des mèies à tremper.

Règle générale, pour obtenir de bons reliefs, une mère, depuis

DES DIVERSES GRAVURES

i5 millimètres de diamètre jusqu’au-dessous, doit toujours être cylindrique pour ne pas se briser sous la pression, et, depuis i5 millimètres jusqu’au-dessus, 5o, 60,80 millimètres, les mères doivent être légèrement creuses afin que le relief bombé puisse s’incruster dans les moindres détails.

b) La trempe des molettes 11e doit pas se faire à feu nu. On place les molettes dans des creusets ou boîtes en fonte et l’on remplit 1 intervalle de charbon d’os calcinés, mêlés parfois d’011g-lettes, calcinées également, si l’on veut avoir une trempe un peu grasse. Il est essentiel que les moindres interstices soient bien remplis de trempe, ce que 1 on obtient aisément en prenant des baguettes en noisetier, au moyen desquelles on pousse dans les intervalles la poussière de trempe. Un point essentiel c’est la siccité du noir animal, et du blanc; s’ils contenaient la moindre humidité, la vapeur produite ferait sauter les couvercles lutés à la terre glaise, et toute l’opération serait compromise. Quand le tout est bien tassé, on lute avec de la terre glaise formant couvercle et laissant apercevoir l’extrémité de 1a molette. On pose le creuset ainsi garni dans la fournaise, au four à réverbère ; on met les charbons de bois par-dessus, dans les intervalles, après les avoir allumés d’abord au moyen du soufflet sur l’ais de la forge. On fait bien tirer la cheminée, en ouvrant le registre, et au bout de quelque temps, on examine l’extrémité nue de la molette pour voir à quel degré de chaleur sont arrivées les molettes ; à cet effet on fait sauter le couvercle de la boîte, on dénude les molettes et, si le degré n’est pas jugé suffisant, on remet au feu. Quand on atteint le degré rouge cerise, on prend la molette au moyen d’une pince à anneaux, entre les mâchoires de laquelle un des pivots est serré de manière à 11e pouvoir s’échapper (tout cela doit se faire vivement), et on la plonge rapidement dans une cuve d’eau froide, où I on a mis 25 kilos de sel marin par 8 hectolitres d’eau de fontaine, avec addition de 2 litres d’acide sulfurique; pour des molettes ou reliefs ordinaires, 3o à 4o trempes suffisent ; mais pour des molettes de 10 et 12 kilos on se sert d’un appareil pour soulager les ouvriers qui doivent souvent donner de 80 à 100 trempes (lig. t 65),

Il se compose d’une poulie fixée au plafond, d’une forte corde dont une extrémité est fixée au mur et dont 1 autre soutient une pince spéciale au moyen de laquelle on saisit la molette iouge pour la plonger ensuite dans la cuve d’eau.

Comme la trempe dans un frigorifique aussi énergique donne beaucoup de retrait au métal, il est indispensable d’avoir à sa disposition une marmite d’eau bouillante, dans laquelle on plongera subitement la molette à la sortie de la cuve. Par cet artifice le passage d’une température à l’autre n’est plus aussi dangereux et le retrait se fait insensiblement.

Nous recommandons ce moyen bien peu coûteux et qui évite les plus grands accidents qui pourraient survenir dans la trempe; une longue expérience nous engage à le recommander.

Au sortir de l'eau bouillante, on lave les molettes avec de l’huile pour empêcher l’oxydation; on blanchit sur le tour les picots des reliefs, pour les faire revenir couleur gorge-de-pigeon. On nettoie ensuite avec de l’essence de térébenthine. Si par accident, ou à cause d’une

Fig. i65. — Palan pour tremper les molettes.

veine cachée, il était survenu une cassure dans le sens du diamètre, ou peu oblique, on pourrait encore sauver une mère et la relever au moyen de cet appareil ( fi g . 16G). A est la molette brisée; elle est pincée dans un fort support en fer forgé B, au moyen des vis CG, qui rapprochent l’une contre l’autre les deux sections de la cassure. Il y aura bien un petit bour-

DES DIVEH SES GH AVUIÎES

Fig. 1C7. — Machine à relever et, à diviser avec pression en dessus.

relet en relief à enlever sur le relief obtenu, mais du moins une grande partie du travail aura été sauvée.

Le relevage proprement dit demande beaucoup de soins et d'exactitude de la part de l’ouvrier qui en est cliargr, car si l’on remet entre les mains du moleteur un relief imparfait, il lui sera

Fig. 168. — Machine à relever et à diviser avec pression en dessus (vue de côté).

impossible de produire un rouleau exact ou parfaitement net.

Le diamètre du relief devra donc être bien proportionné avec celui de la mère molette gravée. Cette opération est faite sur des machines dites à relever. Les plus anciennes avaient la pression en dessus et servaient en même temps de machines à

DES DIVERSES CRAVURKS

diviser, emploi qu’elles remplissent encore dans quelques ateliers en Alsace.

Machine à relever et à diviser avec pression en dessus (fig. 167- 168). — Le bâti A est en fonte solide. Sur la table X est fixée une tête portant le support Y sur les coussinets duquel vient se placer la molette gravée D mise en mouvement par la manivelle F, adaptée au manchon P. Un support B marchant sur charnière

et pouvant s’abaisser ou se relever à volonté porte un support C dans les coussinets duquel est pris le cylindre en acier mou destiné à devenir le relief. Une nervure qui se trouve à l’extrémité de la tête P vient s’enchâsser dans la pièce G portant la vis de pression V. Au moyen de la résistance opposée par le levier L on donne une assez forte pression. En tournant la manivelle F, la molette gravée entraîne le relief II et lui fait parcourir toute la circonférence gravée,

Fig. 1 7 1 . — Machine à relever. Coupe.

DES DIVERSES GRAVURES

Nous avons vu page iio comment on emploie cette machine pour diviser.

Machine à relever avec pression de côté (fig. 1 6g, 170 et 1 7 1 ). — Celte machine bien supérieure à la précédente pour la force et la puissance se compose d’un très fort bâti en fonte A. Au moyen de la vis C on serre sur la table de ce bâti la tète G, portant une pièce mobile O et à laquelle on peut donner toutes les inclinai-

Fig. 172. — Machine à relever horizontale.

sons voulues au moyen de vis P et RK. Des supports EE marchent dans des coulants afin de pouvoir régler leur position d’après la longueur de la molette posée sur les coussinets dont ils sont pourvus.

Les cylindres BB sont pris dans les lunettes VV VV de manière à ne conserver que le mouvement de rotation qui leur est imprimé parles pignons MM communiquant avec eux par des manchons.

Mise en travail. — Ouand on veut mettre la machine en œuvre, on place la molette gravée contre les cylindres BB, la molette

sur laquelle doit se faire le relief est prise entre les supports EE. Le manœuvre donne alors quelques tours de levier L, et la vis de pression II vient serrer le cylindre mou contre la molette trempée. Les pignons M sont mis en mouvement, soit par une manivelle à bras, soit par un moteur quelconque ; ils entraînent les cylindres, ceux-ci font suivre leur rotation par la molette trempée qui la communique au cylindre à relever. Au bout de quelques tours, l’on voit de suite se former des portions de relief ; on augmente la pression jusqu'à ce que l’on soit entièrement satisfait du relief obtenu.

Il arrive presque toujours que des portions du relief se font imparfaitement; il suffit alors que le releveur donne quelques coups de ciseau dans les environs de ces parties retardataires, pour que le relief arrive à point; cela se fait d’ordinaire en place sur la machine même ; on arrête le mouvement de la machine et on frappe les coups nécessaires.

D’autres fois, on sort le relief formé à demi, on le nettoie à l’essence, on peint au vernis-réserve les parties retardataires, on laisse ronger les fonds et souvent les fins détails avec ceux-ci. La raison en est fort simple : si de grands matages sont accompagnés de finesses, celles-ci seront de suite à leur maximum de relief, et se briseraient si on les laissait subsister jusqu’à achèvement complet de l’ensemble du relief ; il est donc logique de les détruire par la morsure et les laisser se reformer une seconde fois pour qu’elles aient toute la solidité désirable pour la mise sur rouleau.

Quelques releveurs se contentent de les rabattre au moyen d’une lime douce ; mais ce moyen ne peut pas être toujours employé, à cause de la difficulté qu’on éprouve parfois à ménager certaines parties, ce qui peut parfaitement se faire au moyen de la morsure.

On relève parfois au balancé certaines parties d’une mère, dont on veut avoir un cachet en relief, on donne alors seulement un mouvement de va-et-vient aux pignons, au moyen de la manivelle.

Si une molette gravée est trop large pour qu'un seul relief

DES DIVERSES GRAVURES

porte toute la gravure, ou la fractionne en deux ou trois reliefs qui en s’agençant l'un dans l'autre donnent la largeur entière. Les reliefs doivent être un peu bombés pour que le milieu s’enfonce aussi bien que les bords ; ce que l’on obtient aisément en inclinant alors un peu le relief dans la mise sur rouleaux. Si le relief était creux au milieu, il serait impossible qu’il présentât la même force que les bords qui s’enfonceraient de suite.

Finissage et trempe. — Le relief devra ensuite être bien dégagé par le graveur au moyen de l’échoppe plate, avec laquelle il enlèvera toutes les portions inutiles, toutes les échappées de burin, toutes les pailles que produisent certaines qualités d’acier. Si un bord du relief croisait par-dessus l’autre dans la mise sur rouleau, il faudrait alors que le graveur dégageât bien ces deux bords pour qu’il n’y ait pas de portions de gravure refermées. Les bords devront donc être creusés avec un ciselet, si les côtés de la gravure présentent des ondulations pour l’agencement des joints ; on arrondira bien les arêtes pour qu’il n'y ait pas de portions qui s’enfoncent dans le rouleau.

Sur le pourtour du petit tourillon d’attache A, on frappe ou l’on perce une série de 8 ou io trous pour la pince de moletage.

Les reliefs terminés et bien dégagés, les picots doivent être tournés avec grand soin pour qu'ils soient cylindriques et d’une grande égalité de diamètre; alors seulement le trempeur pourra procéder à leur trempe comme nous l’avons dit plus haut, et les fera revenir couleur gorge-de-pigeon pour qu’il n’y ait pas de casse dans le moletage.

Certains aciers donnent constamment des reliefs défectueux, veinés ou écailleux, le releveur ne devra pas hésiter à les rejeter sans scrupule, car de pareils reliefs ne font jamais de bonne besogne.

Quelques qualités d’acier se trempent aussi fort mal, et d’une manière incertaine, les mettre au rebut sans retard.

| :{. — Moletage ou mise sur rouleau

Le moletage consiste à enfoncer convenablement la gravure en relief aux endroits voulus sur le rouleau. Le procédé diffère selon que l’on emploie un poinçon-molette ou bien une molette roulante. Nous avons déjà parlé du principe de ces deux genres de moletage à l'article « gravure de la molette ». Ajoutons que la gravure à la molette roulante a été inventée en i8o3 par l’Américain Perkins et perfectionnée ensuite par les Anglais Fairmann, Heath et Lockett. Elle fut introduite à Jouy par un graveur anglais qui monta leur gravure pour ce nouveau système.

En 1822, tous les rouleaux de MM. Haussman du Logelbach étaient gravés de cette manière. C'est sans contredit un des plus grands pas qui aient été faits dans l’impression des indiennes.

La molette roulante est un relief d’acier trempé dont le diamètre est en rapport exact avec celui du rouleau ; ainsi si le cylindre a fait un tour, la molette en fera 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, etc. Le diamètre du rouleau devra donc être pris exactement d'après celui de la molette.

Les deux procédés presque aussi importants que la gravure

DES DIVERSES GRAVURES

Tour à moleter. Coupe.

elle-même, s’appliquent au moyen du tour ou machine à moleter.

a) La machine à moleter (ï ig. 173, 174, 17a). — Le rouleau A est porté dans des coussinets sur les supports B B ; l’un des tourillons du mandrin porte une tète bien cintrée et à laquelle est fixé un compteur G qui donne la division en circonférence des rapports du rou-

Fig. 17G. — Machine à moleter de Iveller-Dorian.

leau ; de l’autre côté le mandrin est fixé au moyen d’une bride après un disque auquel les pignons FF communiquent le mouvement de rotation qui leur est donné soit par un volant, soit par un moteur quelconque. Sur le banc de la machine glisse le chariot I dont la place par rapport à la longueur du rouleau est réglée par une vis V dont l’extrémité de droite est munie d'un diviseur à 36o dents. L’autre extrémité porte un engrenagequi peut être mis à volonté en communication avec les pignons de commande pour le tournage des rouleaux ou pour les dessins en spirale. Sur le chariot sont fixés le porte-molette, les organes de réglage, le petit et le grand

DES DIVERSES GRAVURES

levier W et J. Les leviers M servent à balancer le rouleau pour moleter les molettes-poinçons. Des engrenages de rechange, des coquilles, des diviseurs divers, des clefs, des disques en fonte pour augmenter la pression, un volant pour le travail à la main, un renvoi avec débrayage comportant marche en avant et en arrière, etc., complètent la machine.

Fiiç. 177. — Machine à rnoleler système Ducommun.

b) Accessoires. — iü Supports à galets. — Pour mettre sur rouleau des rayures qui ont moins d’un centimètre de largeur, il suffit de tourner la pièce q , du porte-molettes (fig. 1 73) de manière à ce que la molette au lieu de marcher longitudinalement, marche transversalement ou horizontalement. On donne alors lapression, et au moyen de la manivelle fixée sur la vis on fait faire au chariot, la course de toute la longueur du rouleau ; au moyen du compteur G on change de division pour chaque rayure et l’on arrive à faire le tour du rouleau.

Quoique ce moyen ait rendu des services, l'impossibilité d’obtenir du biais nous a engagé à chercher un moyen d’avoir des rayures obliques aussi facilement que pour un moletage ordinaire et sans rien déranger au porte-molettes,

La question pour arriver à ce résultat était celle-ci : trouver des supports pour Jci molette dont les frottements soient plus doux que par les supports armés de coussinets ordinaires.

Après bien des essais on s est arrête dans nos ateliers aux supports armés de galets, dont l’entraînement est si facile qu’on peut mettre sur rouleau des travers ou des portions de gravures espacées par 6 à 7 centimètres de blanc et meme davantage ; ce qui est matériellement impossible avec l’ancien système aux coussinets. Pour passer d’une portion gravée à une autre sépa¬

rée par un blanc, il faut toujours (avec les supports avec coussinets) creuser des traits soit en travers soit en losange sur le relief; ces traits se forment en relief sur le rouleau et sont des points d’appui pour le blanc du relief afin qu il n y ait pas de glissement ; cette précaution n’est pas nécessaire avec les supports à galets.

Dans les anciens supports B (fig. 178) la molette A roulait sur des coussinets E qu’on pouvait changer suivant le diamètre des tourillons D. Le support en position était serré entre les bandes à queue d’aigle.

DES DIVERSES GRAVURES

Dans le nouveau système de supports avec galets (fig. 179-180) les supports E portent des arbres G sur lesquels roulent les galets D ayant une partie M qui fait frottement contre le support E. La molette A est posée sur ces galets, au moyen de ces tourillons B B; par ceci Ion voit que la grosseur de ces tourillons est indifférente puisqu’ils viennent toujours s’appuyer sur les galets quelque diamètre qu’ils présentent.

Supposons les supports un peu plus espacés, afin que la molette ait plusieurs millimètres de jeu, si l’on veut pousser la gravure d’un côté, une pièce à coulisse K fixée au support E et munie d’une vis de pression I vient presser, dans le centre du tourillon B une pointe conique qui force la molette du côté voulu. Ce moyen offre de grandes ressources pour mettre à la longueur voulue tous les rouleaux qui composent un dessin (fig. 180),

Pour faire de senldables galets il faut prendre de l’acier fondu de première qualité, afin qu'il n’y ait aucune veine dure donnant

Tli AIT K DK LA GltAVUItE SUli ROULRAUX

Support à galets. Face.

DUS DIVERSES GRAVURES

des secousses ou soubresauts et que tous les ajustages soient parfaits.

Outre I avantage qu’offrent ces galets, de pouvoir faire des rayures travers en biais avec un blanc de 7 à 8 centimètres, de pouvoir mettre sur rouleaux des gravures très espacées, il y a encore que les tourillons des molettes sont beaucoup moins fatigués et, par suite, s’usent moins qu’avec les supports avec coussinets.

Vingt années d’expérience de ce système l’ont consacré dans nos ateliers où il rend les plus grands services.

20 Compas à verge. — Outre les grands compas ordinaires pour mesurer les rapports de côté, un bon moleteur devra être muni d’un compas à tringle, qui lui permettra de mesurer les plus grandes distances. La pointe A est fixe, tandis qu’au moyen d’un support armé d’une vis de pression la pointe B peut être amenée à quelque position que l’on désire.

La manœuvre de ce compas doit s’opérer bien délicatement pour qu'on soit assuré de l’exactitude de la mesure prise. On place d'abord la pointe fixe dans un picot ou un angle bien distinct, et l’on règle ensuite la pointe mobile; de cette manière on peut vérifier aisément tous les rouleaux et s’assurer qu’ils offrent tous la même distance de côté dans la gravure.

3° Règle oblique. — Dans les dessins allant en biais, il est essentiel, lorsqu’ils sont composés de plusieurs rouleaux, de s’assurer au moyen de ligmes tirées sur chacun d’eux de l’obliquité identique sur tous les cylindres. Une règle ordinaire ne peut remplir cet office, on a donc établi des règles dont on peut changer l’obliquité.

Cette règle (fig. 182) se compose d’une règle A bien planée sur

bp

Compas à vergue.

laquelle sont fixées deux vis à poulets CG servant àserrer sur cette règle deux équerres avec palettes BI3. Des coulisses creusées dans

la partie coudée qui plaque sur la règle, servent à pouvoir donner toutes les positions voulues à l’arête de la règle. Il suffit alors quand on a fixé les vis au point voulu, de tirer une ligne au moyen d’un pointeau fin, opération que l’on répète sur tous les rouleaux du dessin.

c) Tournage, polissage, écrouissage des rouleaux. — Pour mettre une gravure sur un cylindre au moyen de celte machine l’on commence à tourner le rouleau au moyen d’un burin fixé au support C vissé sur le chariot I (fig. 17.3-174). Par le mouvement d’hélice communiqué à la vis par les pignons F le burin fait sa course d’un bout à l’autre du rouleau et le tourne parfaitement cylindrique si la machine est bien réglée.

Après que le rouleau a été tourné, le metteur sur rouleau le ponce fortement pour enlever tous les traits de burin ; quelques graveurs emploient des pierres bleues venant d’Angleterre, et terminent avec la pierre d’Ecosse. Comme cette opération est assez fatigante, les Anglais ont imaginé un appareil pressant au moyen de poids sur les pierres à rôder, cet appareil avance au moyen du chariot et parcourt toute la longueur du rouleau.

Les pierres ayant souvent des grains qui rayent les rouleaux, nous n’approuvons pas beaucoup ce moyen.

Comme dans les cuivres jaunes surtout, il n’y a souvent que

CD

DES DIVERSES CRAVURES

la concile extérieure qui soit bien récrouie, il arrive qu’après avoir remis à plusieurs reprises des gravures nouvelles, les avoir tourné, on arrive sur une couche de métal qui ne soit plus assez homogène. L’on prend alors une molette lisse et bombée (Sg. r 83), on la fixe au moyen d’un arrêt quand on ne veut que polir le rouleau à glace ou refermer soit des traits, soit l'ancienne gravure ; elle remplit alors l’office d un brunissoir mécanique, et produit les meilleurs résultats.

Quand on veut récrouir un rouleau inégal ou trop mou, on enlève l’arrêt, et on donne une forte pression à la molette, ce qui produit toujours un bon effet sur les rouleaux soumis à cette opération ; nous avons vu des rouleaux très compromis être sauvés par ce récrouissage. Il va de soi que la molette à récrouir doit marcher en spirale.

Pour donner le dernier coup de polissage, quelques graveurs d’Alsace emploient une pierre jaune qui est un schiste argileux qui ne donne aucun trait sur le rouleau et le polit. Cette pierre se rencontre près du Mannebrunnen au dessus des sources de la Lauch.

Moyen de corriger les rouleaux poreux. — Quand sur des rouleaux poreux, le récrouissage et le brunissage à la molette bombée, ont été insuffisants et ont laissé subsister encore beaucoup de soufflures, on emploie deux moyens pour les fermer.

Le premier consiste à percer, au moyen d’une fraise, un trou à l’endroit où se trouve la soufflure, ce trou aura au moins de 2 à 3 millimètres de diamètre et autant de profondeur. On y introduit alors un morceau de laiton récroui limé à la grosseur exacte, et que l’on chasse fortement jusqu’à ce qu’il touche à fond; on lime alors de niveau avec la surface du rouleau. Ce moyen a plusieurs inconvénients :

i° II endommage gravement les rouleaux;

2Ü Par une forte pression au moletage ces bouchons peuvent prendre du jeu et se détacher;

3° Dans le passage à l’acide, celui-ci peut s’introduire autour du bouchon et le détacher ;

TliAlTi; DK LA (MtAVUItE SUIt HOÜLEAUX

4° Si l’aj listage du bouchon dans le trou de fraise n’est pas parfait, il donnera une auréole circulaire sur la pièce ;

5U Souvent en tournant une ancienne gravure pour en mettre une nouvelle les bouchons se détachent et l’on est obligé de repercer à nouveau et de renouveler les bouchons.

Le deuxième moyen de fermer les soufflures est beaucoup plus rapide, résiste beaucoup mieux au moletage et aux acides, et n’endommage pas du tout les rouleaux sur lesquels il est pratiqué.

Il consiste à pratiquer au moyen d’un petit ciseau aiguisé en chanfrein, d’un côté (fig. 1 84) un petit sillon de la longueur de 2 à 3 millimètres. Quand le petit sillon B est produit (fig. 1 85) , il existe de chaque côté de l’ouverture une bavure CC, résultat des deux coups de ciseau frappés. On prend alors un petit morceau

Fi tO 184.

A de cuivre rouge qui s’enchâsse bien dans le sillon B. Ce morceau est pris d’une bande étroite bien récrouie et découpée en petites portions de la grandeur requise. O11 introduit alors le morceau A, à petits coups de marteau dans le sillon B, et quand il est bien à fond, on lime l’excédent de métal qui dépasse la bavure CC. Celle-ci vient alors recouvrir le bouchon A et l’emprisonner dans le sillon B. On lime alors le niveau avec la surface du rouleau, et de tels raccommodages résisteront à toutes les opérations que le rouleau aura à subir.

d) Calibrage (les rouleaux; différences à ménager entre les rouleaux. — La plupart des graveurs se servent d’un ruban en laiton ou en ressort d’acier pour mesurer leurs rouleaux. Les extrémités de ce ruban sont armées de deux manches en bois, au moyen desquels on tire avec force le ruban autour de la circonférence du rouleau. Des divisions indiquées sur ce ruban

DES DIVERSES GltAVUHES

servent à indiquer la mesure de la circonférence. Au moyen des divisions du ruban 1 on peut s’assurer si un rouleau est bombé, creux, cylindrique, plus gros d’un bout que de l’autre ; mais il est impossible de s’assurer s’il est ovale ou non. Cet inconvénient qu a le mesurage au ruban nous l’a fait rejeter et nous n’employons que le calibrage, lequel donne des indications mathématiques et précises.

Ce calibre doit être assez fort pour ne pas faire ressort (fig. 186).

Le moleteur doit veiller à ce que son calibre joue toujours bien librement ; en pinçant le rouleau de cette manière, il sentira la moindre défectuosité en suivant le long du rouleau.

Pour se rendre compte du bombage ou du creusage des rouleaux on interpose entre le rouleau et la palette du calibre quelques feuilles de papier écolier rassembleés en cahier. On peut juger alors si le rouleau présente un bombage ou un creusage de deux ou trois feuilles de papier; avec un peu d’habitude cette méthode est infaillible.

Nous ferons encore observer que la palette présente un creux au milieu, à seule fin qu’elle ne porte sur le rouleau que des deux côtés.

Cette méthode de calibrage nous semble bien supérieure à celle du jaugeage avec le ruban en laiton ou en acier, qui est par trop primitive et approximative.

Lhie des choses les plus difficiles pour le moleteur, c’est la graduation des rouleaux, autrement dit le diamètre à donner

suivant l’ordre d’impression dans lequel ils se trouvent. Cette graduation est basée sur l’extension qu'éprouve le tissu en subissant des impressions successives. Il est fort difficile d’établir des règles relativement à la graduation des rouleaux, les machines à imprimer variant dans leur construction, et ayant des cylindres presseurs plus ou moins bombés. Les courses de rouleaux et les doubliers étant sujets à tant de variations, l’intelligence même de l’ouvrier imprimeur supplée souvent à une faute du moleteur. Suivant que l’on a des 4 ou 6 ou 12 couleurs, la différence de graduation varie — on dit ordinairement de mettre entre tel et tel rouleau la différence d’un trait — cette mesure est approximativement i/ioà 1/12 de millimètre.

Il est très difficile ou plutôt impossible de donner une règle, ces différences variant d’une maison à l'autre. Avec les progrès faits dans la construction des machines et dans l’impression elle-même, la plupart des maisons se contentent de faire une différence en moins d’un quart ou d’un tiers de millimètre pour le premier rouleau, et font tous les autres égaux pour pouvoir les changer de place. Quelques maisons les font même égaux. Il n’y a plus que très peu de fabriques qui aient conservé l’habitude de faire des différences entre tous les cylindres. 1/2 millimètre pour le premier, i/4 pour le deuxième et un trait pour chacun des autres jusqu’au dernier, de façon à arriver à r millimètre en tour pour un jeu de 10 à 12 rouleaux.

Les moleteursse servent de la jauge ou mesure en laiton ou en acier, graduent leur rouleau en mettant l’épaisseur de deux ou trois traits depuis le premier au deuxième, c’est-à-dire les plus petits. Le plus petit ou le premier qui donne son impression doit encore être bombé d’un trait au milieu si le diamètre est un peu fort. Ce bombage est motivé par le tirage qu’il donne au tissu ; en donnant ce tirage au premier ou plus petit, le tissu en passant sous les autres cylindres n’est presque plus tourmenté par le pression. Aussi le troisième rouleau n’aura plus besoin que d’un trait de différence dans la circonférence, et le dernier sera presque de même grosseur.

Pour les petits cylindres qui fléchiraient tous sous la pression

DES DIVERSES GRAVURES

du cylindre presseur on les fait tous légèrement bombés en conservant la graduation comme pour les autres rouleaux.

Nous employons le calibre pour faire les graduations de diamètre ; au moyen d’un petit cahier de papier écolier de huit feuillets dont on interpose une ou plusieurs feuilles entre le calibre et le rouleau, on est parfaitement exact dans ses mesures.

Ainsi pour le plus petit rouleau ou le premier, on interpose trois feuillets entre la palette du calibre et le rouleau ; la mesure du second sera exactement l’ouverture du calibre sans l’aide du papier; pour le troisième on ne mettra plus que deux feuillets, et pour le quatrième un. Pour le cinquième et le sixième, les deux derniers rouleaux seront presque d’égale grosseur, la toile n’éprouvant plus beaucoup de changement en arrivant sous les plus gros. Nous avons l’habitude de graver un peu creux le dernier ou le plus gros rouleau ; nous nous trouvons fort bien de cette mesure.

Quelques graveurs pour obvier à l’élargissement de la toile sous le presseur, donnent au premier un trait ou deux de largeur de moins qu’aux autres, c’est une bonne précaution ; mais le bombage remédie souvent à lui seul à cet inconvénient. Ce serait de la présomption de vouloir donner ici les principes mathématiques d’une chose excessivement variable, et dont la réussite dépend du concours de tant de circonstances.

En règle générale, le moleteur devra rejeter les viroles trop petites pour garder un rapport rigoureux, il vaut mieux les rejeter que d’avoir des ennuis plus tard au sujet de pièces dont le rapport cadre mal. Ces viroles minces ont le grand inconvénient de se déformer au mandrinage, ainsi la plupart deviendront plus grosses du côté où le gros bout du mandrin force le métal à s’élargir ; cet effort subi par le rouleau changera entièrement le rapport puisque le cylindre est devenu conique.

Le moleteur doit donc apporter le plus grand soin dans la mesure de ses rouleaux; nous recommandons encore ici l’emploi du calibre qui constate d’une manière mathématique les parties ovales d’un rouleau, ce défaut donnant souvent les plus fâcheux résultats.

! 5(5 TH AI l'É DE LA G l( A VU HE SUH HOULEAUX

e) Disposition des dessins sur rouleaux. — Rapport , cadrage. — Lorsque le moleleur a terminé le tournage et le polissage du rouleau, il s’agit de poser chaque sujet k l’endroit précis indiqué par le dessin.

Le dessin pour étoffes est un genre de dessin tout particulier;

Fig. 187. — Rapport droit. Fig. 188. — Rapport en quinconce.

la fantaisie en fait le principe : figure, fleurs, ornements, géométrie, ce n’est rien de tout cela positivement et c’est tout

cela à la fois. C’est un mélange sans nom, .un assemblage des plus bizarres qu’il faut savoir agencer convenablement.

Un dessin est un tout, mais n’est en même temps qu’un fragment; pour couvrir la surface d’une pièce d’étoffe on est forcé de le reproduire indéfiniment eu l’accolant à lui-même, et ces accolements successifs doivent cependant former un ensemble harmonieux. Pour cela il faut que le dessin se reproduise et se raccorde ; il faut qu’une ligne interrompue à droite retrouve à gauche sa continuation, ce dessin étant accolé à lui-même.

DES DIVERSES GRAVURES

C’est ce qu’on appelle le rapport , ou raccord , ou cadrage.

Le rapport peut donc être droit (fig. 187), c’est-à-dire que chaque objet ou chaque rapport se trouve à angle droit avec son voisin, soit de droite, soit de hauteur.

La disposition eu quinconce (fig. 188), c'est-à-dire que le même objet, au lieu de se reproduire à angle droit se retrouvera précisément au milieu de l'angle droit ou plutôt en regard de la moitié du rapport primitif.

La disposition en tiers (fig. 189) où le même objet se retrouve disposé d’un tiers ascendant ou descendant par rapport au point de départ.

La disposition en quart (fig. 190), sauté où le même objet se retrouve ascendant ou descendant par rapport au premier objet. Il en est de même pour la disposition en 5e ou 6e, etc.

Dans les dispositions, au hasard (fig. 191), employées pour

les semis les jetés, les fouillis, il faut éviter absolument les alignements ou raies que pourraient occasionner des objets placés sur une même ligne soit en travers, soit en biais, soit en long. Il faut donc s’ingénier à mêler le mieux possible les objets sans qu’il en résulte de lignes ou de trous.

Ce que nous venons de dire pour les objets isolés et séparés s’applique aussi aux ramages Dans ceux-ci, la position des petits objets de nos figures indique le point où viendra se placer un point donné du premier rapport.

Ainsi dans la figure 192 (ramage chiné), le rapport se retrouve en quinconce. C’est une

DES DIVERSES GRAVURES

des meilleures dispositions, parce qu’elle mêle parfaitement le courant et évite les alignements provenant de beaucoup des autres dispositions. C’est une de celles les plus usitées.

Pour déterminer exactement la position de chaque sujet sur le rouleau on se sert des diviseurs et d’une pince d’arrêt de cette forme dont les pointes s’engagent dans les gros picots frappés sur le bout du relief (fig. ig3).

1) Molette-poinçon. Mise sur rouleau. — La molette relief N (voir fig. 175-174) étant trempée et revenue légèrement, on y adaptera la pince ci-dessus. On fixera sur le porte-molette un butoir de telle façon que le sujet en relief se trouve posé sur le rouleau quand la pince est ramenée à son point de départ.

Au lieu de butoir beaucoup de moleteurs se servent des encognures de porte-molëtte.

On met la molette N munie de sa pince entre les supports DD où elle est retenue par des ressorts. Quand Ton donne la pression avec le levier H qui au moyen d'un excentrique fait descendre le bras du levier J portant les poids K, le petit bras de levier agit sur la tête du porte-molettes qui s'abaisse sur le rouleau A. Le levier MM pincé sur le tourillon du mandrin, est organisé de manière à ce que le chemin qu’il fera comprenne exactement la hauteur de l’objet ; à cet effet des chevilles placées à point dans les trous d un demi-cercle en fonte règlent uniformément cette course. Un diviseur G est placé sur le bout du tourillon du rouleau A et sert à donner la division de la circonférence du rouleau, ou le nombre d’objets que devra recevoir le tour du rouleau.

1 11 diviseur placé au bout de la vis donne la distance de côté des objets.

Quand il su piesenle des objets ties lourds a enfoncer (f j94)

il est avantageux d’employer les deux leviers M (fi g1. iy5) ; on peut de cette manière employer deux ou quatre hommes, ce qui augmente beaucoup la puissance.

Pour de petits cachets on opère très rapidement, car il suffit d’un coup d’excentrique qui abaisse le poinçon sur le rouleau pour enfoncer la gravure dans celui-ci ; le moleleur ne s’occupe que de l’excentrique et de la molette, et la manœuvre change la division du compteur G. Ce moyen de poinçonnage remplace entièrement celui au poinçon et au balancier, et cela sans secousse aucune et sans ébranlement.

Fig. 1 94.

Cependant pour des sujets très tassés, nous préférons de beaucoup la molette roulante, qui offre la faculté de rentrer plus tard les rouleaux fatigués, ce qui offre par le moyen que nous venons d’exposer assez de difficultés pour retomber chaque fois au même point; cette difficulté est si grande qu’on préfère souvent regraver à neuf un tel rouleau plutôt que de se donner un mal infini en cherchant à tirer parti de la gravure première.

DES DIVE l! SES GRAVURES

g) Molette roulante. Mise sur rouleau. — Le moleteur commence à peu près comme pour la molette-poinçon.

Le rouleau bien préparé, le metteur sur rouleaux essaie son relief sur le bout du cylindre; suivant légalité plus ou moins parfaite dans le diamètre des tourillons de son relief, il se pourra que celui-ci prenne une course plus ou moins heureuse et porte sa pression plus d’un côté que de l’autre, on incline à volonté la tète du porte-molettes au moyen de lavis E et d’un mouvement d inclinaison qu’on peut donner à la tête du portemolettes en laisant marcher la machine q sur q comme nous l'indiquons (voir les figures 172-173).

Ouand on est assuré de la bonne marche du cylindre N 011 donne la pression en descendant l’excentrique H, le levier coudé J s abaisse avec les poids Iv, et le porte-molettes s’abaisse sous

I influence de ce poids et presse la molette N sur le rouleau A. Ce levier est combiné de façon qu’avec 100 à i5o kilos placés à son extrémité, on obtient sur le porte-molettes un effet de 10 à 10.000 kilog. ; on conçoit aisément la puissance qu’on peut obtenir par cette combinaison.

h) Dispositions particulières. — A. /{ayures en long (fig. 195).

II est presque impossible de moleter un rouleau uni avec un fdet seul. Pour exécuter de bonnes rayures en long-, on relève une molette en relief sur une molette mère, en choisissant un numéro de hachures convenant bien à cette impression. On a long-temps cherché à trouver le sens exact des hachures à employer, les uns ont mis la hachure horizontale, d autres à io°, d’autres à 45°,

d autres à 70°. Bref on a trouvé que celle de 4o° environ était la Plus pratique et c’est celle que nous recommandons. La hachure horizontale donne des échappées ou des blancs à l’impression. Sur un tour à burin fixe, on enlève au moyen d’un burin dont la face est plate, le blanc du dessin. Comme avec un relief pareil, on ne pourrait faire un rouleau ég-al (la gravure n’étant pas soutenue par un blanc faisant arête), on marque une

mère au moyen de ce relief, sans donner trop de profondeur. Sur le relief où I on a tourné les blancs, on s est contenté de taire quatre ou cinq baguettes seulement; pour égaliser parfaitement on change le relief de côté en engrenant une baguette dans 1 autre, de cette manière s’il se rencontrait une inégalité ou contrariété quelconque, elle serait corrigée par ce moyen.

Ce n’est que de cette façon qu’on obtient de bons et beaux milleraies, tous les autres moyens de les faire n arrivent pas a cette perfection. La grande difficulté des milleraies n est pas tant dans la gravure particulière qu’ils exigent que dans la différence qu’on rencontre dans les tissus, telle milleraie réussira admirablement sur un tissu donné dont les parties correspondront à peu près avec les hachures et les fdets du milleraie, tandis que le même donnera des moires ou un reflet nuageux sur un autre tissu. Pour réussir sans déboires les milleraies, on devra les graduer d’après le nombre de portées des tissus, et avoir les machines spéciales pour les imprimer ; ce sont là des difficultés inhérentes au genre.

Depuis une dizaine d’années, on a fait faire de grands progrès à la gravure des milleraies, surtout à ceux destinés au gaufrage et aux apprêts. On se sert pour ceux-ci, non pas d’un filet gravé, il serait trop large, mais de traits fins gravés au burin ; on est arrivé à mettre jusqu’à 3o et plus de rayures au millimètre. La difficulté réside surtout dans la parfaite exactitude de la molette. Aussi pour ce genre fait-on ainsi : la première molette gravée(au __ ____________ burin ordinaire), on en fait une deuxième

et l’on corrige sur celle-ci, les défauts ^ue

- l'on a pu remarquer sur la première.

- — — H B. Rayures en travers (fi g. 196)- —

Quand elles sont très écartées, elles se font Fj f. au moyen de l'appareil à crémaillère et

avec une molette portant une seule rayure. Si on n’a pas cet appareil on procède comme suit :

Pour bien exécuter des rayures en travers comme figure 196, il est indispensable que sur le rouleau elles aient un biais d’au moins 5 à 6 centimètres (par mètre), avec cette inclinaison il

DES DIVERSES GRAVURES

est impossible que la racle tombe dans la gravure et donne une impression baveuse comme lorsque la direction en est hori-> zontale.

Le meilleur moyen de les graver, c’est de faire marquer légèrement sur la molette-mère un picotage régulier dont les picots sont placés en biais suffisant : le nombre de picots devra se rapporter avec le nombre de rayures, et formera ainsi une division irréprochable. Les contours tracés exactement, les picots serviront encore à indiquer les hachures soit en prenant d’un picot dans 1 autre, soit en sautant de deux en deux picots ou en prenant deux hachures sur trois picots. Comme l’on doit toujours avoir une collection assez complète de ces genres de picotage, il sera facile de faire un choix pour la force que l’on voudra donner à sa gravure.

Pour les rayures mates en travers, il suffit de graver un contour, accompagné de hachures intérieures au mat, d’un millimètre de longueur. On le coupe ensuite sur la machine à trancher dont nous parlerons plus loin II

faut seulement se rappeler que les hachures préparatoires à côté des contours devront marcher du sens opposé à celles du matage fait par la machine, afin que les intersections 11e donnent pas lieu à des taches (voir fig. 197).

C. Fouillis au hasard. — Un moyen facile d’avoir des fouillis mélangés d’une manière bizarre, c’est de prendre une molette relief à peu près de 3 à 5 millimètres de large représentant une parcelle de dessin quelconque ou même spécial; le manœuvre compte le nombre de tours, car ces genres se font d’une passe ; pour la seconde largeur de molette le moleleur ne cherchera pas à la replacer d’une maniéré régulière, mais, bien par l’effet du hasard. En continuant ainsi jusqu’au bout du rouleau il est rare que la même figure du dessin se reproduise de la même manière; en sorte qu’on pourrait dire avec raison que toute la gravure qui couvre le rouleau est un seul et unique rapport (voir fig. 198 et fig. 199).

Un excellent moyen d’obtenir des choses bien fouillées et bien égales, avec un grand cachet d originalité, c’est d indiquer d’abord sur le rouleau un fouillis bien léger, et de faire passer par-dessus un autre motif plus espacé et plus marquant. Le fond aura de cette manière quelque chose de vaporeux, un effet à deux teintes qui charmera l’œil.

L’on peut faire ces fouillis en laissant marcher la molette en spirale ; mais les figures du rapport se produisant d’une manière régulière (à moins d’avoir une molette à très grand rapport oui ce

Fig. 200.

serait moins visible), donneront un aspect monotone au fouillis; nous engageons donc à n’employer que le premier moyen indiqué.

D. Molettes engrenées. — Pour les dessins qui sont divisés, le moleteur après avoir indiqué la première largeur du relief n’a qu à engrener de coté un rapport dans 1 autre et de continuer ainsi j usqu’au bout; comme on le voit, rien n est plus facile que

DES DIVERSES GRAVURES

cela; le manœuvre n’a qu’à compter les tours du rouleau pour que la passe soit bien égale. Si l’on juge que la première passe n’a pas donné assez de force, on en donne une seconde.

i) Taches dans le rouleau. — S'il se trouve dans des mates, des parties un peu trop enfoncées au moletage, le moleteur les couvrira avec du vernis-réserve. En passant le rouleau peint ainsi dans l’acide les parties non réservées seront seules attaquées. Quand il jugera qu’il est arrivé au niveau de la partie trop forte il rincera le rouleau et enlèvera le vernis à l’essence de térébenthine. Au rodage, il verra s’il y a lieu de recommencer l’opération. En peignant les parties tropfortes, il couvrira aussi les trous et les taches que le relief aura pu faire dans les blancs; car si l’on était obligé de roder le rouleau Jusqu’à disparition complète de toute tache, la gravure perdrait trop de force par là, et deviendrait inégale. On couvrira donc avec le vernis-réserve ces taches, et on fera ranger le rouleau jusqu’à ce que l’on soit arrivé au niveau de ces taches ; la gravure ne sera pas dénaturée, ce qu’on pourra vérifier après un rodage. Il faut seulement que l’on ait à opérer sur des rouleaux qui ne soient pas poreux, car l’acide ouvrirait encore les pores imperceptibles qui pourraient se rencontrer dans le rouleau ; cette opération de morsure pourrait alors compromettre tout le travail.

Quand l'on opère sur de bons rouleaux, le résultat est sûr et parfait.

On peut de même par une mesure générale diminuer un rouleau trop fort de diamètre et l’amener à la grosseur voulue sans que la gravure ait été dénaturée par le passage dans l’acide.

j) Repérage des rouleaux pour les dessins à plusieurs couleurs. — Comme il serait trop long et trop difficile pour l'imprimeur de chercher longtemps le point de cadrage de ses rouleaux l’un avec l’autre, le moleteur doit lui faciliter cette recherche au moyen d’une figure devant se superposer à l’impression et ne produire qu’une figure unique.

Au moyen d’une épreuve que l’on met en position sur l’un des rouleaux principaux, on frappe soit sur un cercle isolé, soit un

cercle avec un picot central, on une figure semblable (fig. 201 et

Une fois le premier rouleau marqué, on transporte cette épreuve ainsi préparée, et l’on marque chacun des rouleaux de la même manière au point correspondant. De cette manière 1 im-

Fig. 201. Fig. 202.

primeur a toujours sous les yeux un point de repère pour régler la position de ses rouleaux, et il lui est facile alors de régler l’agencement de ses couleurs.

Pour les dessins au poinçon-molette, il est indispensable que le moleteur marque bien la dent du compteur d’après laquelle il commencera. C’est de cette même dent comme point de départ qu’il commencera tous ses rouleaux. De cette manière s’il se trouvait une petite différence dans la division du compteur, elle passerait inaperçue.

Note. — Quand on a des dessins comme ceux figures 2o3-2o4, on peut les obtenir à la molette roulante ou par le poinçonnage ;

Fig. 203. Fig. 204.

dans ce dernier cas, le résultat sera plus correct. Car pour peu qu'il y ait du tirage ou tiraillement dans la marche de la molette roulante, le résultat ne sera pas aussi exact que par le poinçonnage, qui se fait d’ailleurs très rapidement.

G. — Gravure à la main ou meuble

Certains genres de dessins à grand rapport ne se prêtent ni à la gravure au pantographe ni à celle à la molette. On les grave alors directement sur le rouleau. En général, ce sont des dessins pour meubles.

DES DIVERSES GRAVURES

On fait le calque sur un papier verni fort, au moyen de la couleur au soufre, on tire des traits à l’équerre aux quatre côtés du calque; on tire des traits identiques sur tous les rouleaux qui composent le dessin. Puis on argente les rouleaux par un des moyens indiqués précédemment page 3y. Il suffit d’une mince couche d’argent pour que le décalcage se fasse parfaitement au bout de io minutes à i/4 d’heure de séjour sur chaque rouleau. Comme dans un dessin de 8 à io couleurs, les rouleaux sont de diamètres variés comme nous l’avons dit pour la graduation des rouleaux, on met d’abord le calque sur les plus gros rouleaux, puis en chauffant à divers degrés les plus petits, on obtient sur ceux-ci diverses dilatations qui permettent d’amener à se joindre deux extrémités en hauteur du calque.

i° Travail au burin. — Quand les rouleaux sont marqués, le graveur contoure à pleine force les mats, et légèrement les demitons. Les contours des mats à trancher seront doublés. Ouand il y a plus d’un rapport sur le rouleau, on fait des empreintes de la première partie que l’on reporte à droite et à gauche au moyen des équerres de repère. C’est dans ce genre que l’on emploie le plus les nuancés et les effets à plusieurs teintes superposées, ainsi renvoyons-nous à ce qui a été dit à cet égard dans l'article des dessins ombrés et à plusieurs tons superposés.

2° Matages ou hachures à l'eau-forte. — Presque toutes les hachures sont faites à l’eau-forte. Il n’y a que les tout petits matages qui sont faits à la main; les fonds et les très grands matages sont tranchés. Autrefois on traçait les hachures au diamant sur des machines spéciales dites ruling-machines. On obtenait difficilement une régularité parfaite. De plus le diamant plongeait dans les contours compliquant ainsi le travail de peinture.

Aujourd’hui toutes les hachures à l’eau-forte sont tracées au milleraies sur la machine à moleter ou sur une modification de cette machine faite spécialement pour le tournage et le millerayage.

Le rouleau est poli et verni sur la machine même. On passe ensuite la molette-type ou milleraie en la faisant marcher et

engrener en spirale. Le peintre de rouleau couvre alors toutes les parties à protéger contre la morsure. Dès que le vernis est sec on peut ronger le rouleau (Voir Pantographe , page 77). LTn fait qui se présente dans toutes les morsures quelles qu’elles soient, c’est l'action beaucoup plus énergique de l’acide autour des blancs ; l’effervescence et l’action de l’acide sont beaucoup plus prononcés laque dans le milieu des mates. C’est une sorte de concentration d’action qui se produit là et que l’on peut éviter. Comme dans l’impression ce sont les parties les mieux préservées de l’action de la racle, cette différence s’augmentera toujours comme aussi le milieu des mates sera plus fatigué par l’élasticité de la racle.

L’arête du blanc restant préservé jusqu'à la fin de la morsure par le vernis qui la recouvre, il s’ensuit une action souterraine de l’acide, ce qui fait que si nous considérons une section d’un rouleau rongé, nous aurons à peu près ceci sous les yeux.

Fig. 200. — Arête rongée. Fig. 206. — Arête tranchée.

Nous exagérons un peu pour rendre plus sensible ce qui se produit et pour faire voir qu’une gravure pareille doit être vite usée par la racle. On croit le filet blanc perpendiculaire ; mais il est plutôt creusé comme ce que présente notre croquis ; on répond bien à cela que l'impression en est très légère ; il est évident qu’à un écartement égal de hachures un fond semblable aura besoin de moins de profondeur qu’un fond à hachures triangulaires coupé sur la machine à trancher que nous allons décrire.

3° Hachures ou fonds tranchés. — Nous venons de voir l’inconvénient des hachures rongées surtout dans les fonds. La machine à trancher que beaucoup de constructeurs font très bien aujourd’hui donne des fonds superbes pour l’impression.

a) La machine à trancher. — Elle se compose (fig. 207) d’un bâti en fonte I sur lequel repose une table S portant le chariot O. Sur

DES DIVERSES GRAVURES

ce chariot est fixé le support B qui porte un burin G qu'on peut avancer ou retirer à volonté du rouleau, au moyen d’un ressort F que le trancheur tient de la main gauche ; au moyen d’un

bn

cran il arrête le burin de manière à ce qu’il ne puisse toucher le rouleau. La manivelle G fait mouvoir deux roues d’angle qui font avancer le chariot sur le banc S, et les pignons placés sur

la tringle de ces roues communiquent avec ceux de la vis R qu’ils commandent, et donne le biais. Un compteur H placé sur la vis sans fin L donne l’écartement des hachures comme sur la machine à tracer les hachures sur molettes. Pour opérer le retour à vide du chariot on emploie la manivelle K placée sur la vis R et le retour s’opère très rapidement.

Pour employer cette machine le trancheur commence par mettre son rouleau bien centré sur la machine; il examine

Fig. 208. — Machine à trancher (fabrication Keller Dorian, de Mulhouse).

ensuite si la coupe est bien égale à une extrémité du rouleau comme à l’autre après avoir mis en place la tète T qui porte le grand pignon et la vis sans fin. Il faut que cette tète soit bien centrée sur l’arbre afin qu'elle tourne parfaitement rond, ce qui est essentiel pour une bonne division ; elle est munie à cet effet de vis qu’011 peut avancer ou reculer à volonté. Il réglera ensuite la coupe de son burin, afin que la hachure laisse un petit méplat L.

La coupe organisée convenablement, le trancheur devra retirer à temps son burin en passant vis-à-vis d’un blanc, et le relâcher quand il devra produire une hachure.

DES DIVERSES GRAVURES

Pour l’indication des hachures et faciliter le travail du trancheur on s’y prend de plusieurs manières : soit en faisant un contour très fort (fig. 209), ou en mettant deux contours (fig\ 210) ou un contour avec un picot (fig. 211), ou enfin un contour avec des hachures (fig-. 212).

Fig. 209. — Avec un seul conlour.

Fig. 210. — Avec deux conlours.

Fig. 21 1. - — Avec un conlour et un picot.

Fig. 2i3. — Avec un conlour et des hachures.

Il est évident qu’avec un seul contour le trancheur aura une peine infinie et devra même parfois travailler à la loupe, tandis que les doubles contours, les picots placés autour du contour, mais surtout les hachures entourant le contour, facilitent beaucoup le travail du trancheur. Ce dernier moyen surtout donne d’excellents résultats, car le copeau saule aisément en arrivant dans ces hachures, et cette gravure, beaucoup plus délicate que le fond et garnissant le blanc, donne beaucoup de pureté au blanc, lequel n’est pas noyé parla masse de couleur qu’amènerait le fond s’il touchait immédiatement le blanc. Le graveur dirigera seulement ses hachures dans le sens opposé des hachures du fond, pour n'avoir pas des points d’intersection trop forts avec les hachures entourant le blanc.

Nous avons fait des essais de coupe plate dans le fond de la hachure, et si ce n’était l’usure plus grande du burin, ce serait

là la nec plus ultra des rouleaux tranchés ; car les fonds percent

peu et couvrent bien le tissu sans qu’il y ait grande absorption de couleur.

Malheureusement la fréquence de la casse du burin dont il faut rafraîchir la coupe fort souvent donne peu de chances d’égalité, à moins de donner deux passes; ce qui est chose assez difficile pour que les filets se rapportent.

Nous avons adopté une coupe un peu obtuse avec laquelle le burin résiste fort longtemps, et peut couper un rouleau entier sans être rafraîchi.

Pour affûter les burins, leur donner exactement et toujours le même angle, on emploie le petit appareil fig. 2i3 lequel comprend une table mobile, réglable au moyen d’un secteur gradué permettant de varier l’inclinaison des faces du burin et par conséquent permettant de donner le même angle à volonté.

On parvient même, malgré la difficulté, à trancher des cuivres rouges, en traçant d’abord dans le sens opposé à celui que devront avoir les hachures du fond, d'autres hachures espacées au moins de 3 à 4 millimètres ; de cette manière le copeau soulevé par le burin ne pourra pas s’arracher et sera interrompu à chaque intersection; on peut obtenir de cette façon d’assez beaux fonds sur cuivre rouge; mais la ténacité du métal usera toujours beaucoup plus le burin que toutes les autres compositions sur lesquelles on opère.

b) Trempe des burins. — D’après ce que nous venons d’exposer il est aisé de comprendre le rôle que joue la trempe des burins pour les fonds tranchés, aussi nous croyons qu’il n’est pas inutile de donner la trempe qui fournit les outils les plus durs et les plus résistants. Nous recommanderons celle de M. Gérard, qui nous donne depuis de nombreuses années les meilleurs résultats.

Pour donner beaucoup de corps à l’acier, on plonge d'abord

DES DI VE It SES GRAVURES

les burins clans le bain suivant, après les avoir fait chauffer au rouge naissant :

Bain de trempe : Huile de poisson . i litre

Arkanson ou résine grossière . 2 — en vol.

Suif de mouton . 1 kilo

On mélange bien ces substances et on les tient dans un vase clos. O11 y plonge à trois et à quatre reprises le burin chauffé comme nous l'avons dit ci-dessus.

On chauffe ensuite l’outil au rouge-cerise et on le trempe vivement dans l’eau de trempe. II faut donner un peu de recuit au burin trempé de cette manière, sans quoi il se casserait à chaque instant.

Si l’on veut avoir une trempe encore plus dure on prend :

Acide citrique . i.5oo grammes

Sel ammoniac . 1.000 —

Eau ordinaire . i5 litres.

c) Retouche. — Sur les rouleaux bien couverts de détails, la machine à trancher laissera toujours quelques petits morceaux trop blancs. On les retouchera au burin à deux pointes pour aller plus vite.

4° Demi-tons en hachures. — Pour les dessins meuble , il faut bien étudier les superpositions des différentes couleurs dont on dispose afin d’obtenir les nuances exigées par le dessin original. En gravant trois couleurs l’une sur l’autre on obtient souvent des teintes originales; la seule couleur dominante doit être mate, les autres en demi-tons viennent modifier le ton.

Il est essentiel que le graveur fasse déborder les couleurs claires sur les plus foncées pour éviter les manques de cadrage qui sont très fâcheux dans le rendement, et font classer au second choix des marchandises qui pourraient figurer en première ligne sans ce défaut.

Pour les couleurs douces on emploie de préférence un pointillé obtenu en poinçonnant; l’effel obtenu aura moins de dureté qu’en employant un milleraies rongé.

Pour les dessins à plusieurs tons on peut les obtenir soit en faisant mordre légèrement le ton très léger, le couvrant ensuite

au pinceau avec le vernis-réserve, et laissant rong-er ensuite le second ton ; ainsi de suite jusqu’au troisième. Ce moyen est certainement le plus expéditif, mais il présente le grand inconvénient de voir souvent un ton couler dans l'autre. Pour éviter cet accident il faut employer un milieraies dans un autre sens, on est alors assuré d’un rendement bien supérieur (Voir gravure en plusieurs tons, pagr 1 1 7) ;

5° Demi-tons en picots. — On obtient des demi-tons plus doux au moyen du poinçonnage au poinçon millepoints à 19 pointes (fig-. 26, pag’e 26). Pour les tons très clairs 011 frappe sur le cuivre sans préparation. Pour les tons plus foncés on ébauche les demi-tons en les rongeant plus ou moins suivant l'effet désiré, en même

Fig. 2 1 4 . — Machine à vernir.

temps que les mats. Quand une partie est arrivée à point, on arrête la morsure pour la couvrir au vernis. On continue les morsures jusqu’à ce que le tout soit suffisamment rongé. Les hachures sont ensuite pointillées avec les picots. O11 traite de même les dessins ombrés.

Outre les moyens longs et trop serviles que donne la molette, on emploie des moyens beaucoup plus rapides, qui suffisent à rendre des effets saillants n’ayant pas besoin d autant de minuties.

Ainsi pour des choses très grandes, nous avons vu souvent

DES DIVERSES GRAVURES

après que les contours sont tracés, vernir le rouleau au vernis rulling, puis passer à la molette-type un millepoints ou canevas fort léger; on couvre alors au vernis-réserve tous les blancs. Quand ce vernis est sec on passe à l’acide légèrement, quand on juge que le ton le plus léger est à sa force on sort le rouleau du bain, on recouvre de vernis-réserve ce premier ton. Ainsi de suite pour le deuxième, le troisième, etc. Si le graveur y met beaucoup de soins il obtiendra des ombrés assez dégradés de cette manière ; il faudra peut-être quelques retouches à la main, mais le travail sera bien avancé de cette manière. En rodant, les légers picots du blanc partiront.

Quand le dessin exige plus de douceur et de moelleux on frappe les picots de l’ombré au moyen d’un poinçon semblable [ J

On promènera ce poinçon sur l'objet à ombrer et en le frappant avec un marteau, il fera ressort entre les doigts de la main gauche.

Fig. 2io.

En croisant ces picots on aura des teintes très douces que l’on pourra renforcer de traits de burin dans les nervures demandant plus de vigueur.

Il est nécessaire après chaque passe d’enlever la bavure pro-

duile par le poinçon an moyen d’un grattoir; de cette façon on verra toujours la force qu'aura acquis la gravure, et on pourra y revenir si on la juge trop faible. Comme on peut le voir le genre meuble se rapproche beaucoup de la gravure en taille-

douce pour estampes, dont elle a emprunté cette gravure au pointillé. Le graveur 'qui s’y livre devra donc avoir le goût essentiellement artistique pour donner un cachet particulier à son travail ;

6° Fonds en soubassements ( fi g . 216). — Le genre meuble est celui où l’on peut faire les plus heureuses applications des dépôts galvaniques pour les soubassements; quelques graveurs parviennent même au moyen de dépôts successifs à produire des sou- T,. . bassements dégradés com-

Fig. 216. 0

me celui-ci : quand on ne

possède pas ces moyens, on prend un rouleau en cuivre rouge

sur lequel on met à fond le motif du soubassement, on brunit

alors le blanc. Pour le rendre bien net, il suffit de le vernir au

vernis-réserve, laisser mordre le rouleau et ronger le reste de

la gravure; en rodant ensuite le blanc deviendra parfaitement

net, sauf à retoucher quelques portions.

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