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TROISIÈME PARTIE

PROCÉDÉS DIVERS

1° Gravure de la planche plate

Le meilleur cuivre du commerce doit être choisi pour les planches plates ; le cuivre rosette et le cuivre natif du Lac Supérieur (Etats-Unis) doivent être préférés.

Le cuivre rouge des planches, pour réunir toutes les qualités nécessaires à de bonnes gravures, doit être plein, liant, très serré sans être aigre. Les moyens propres à bien reconnaître et apprécier les cuivres rouges qui présentent toutes ces conditions sont les suivants :

On peut d abord se servir d’un burin à Laide duquel on forme des traits en différents sens; si le cuivre est aigre, le bruit que fera le burin en coupant ce métal, et le sentiment de la main indiqueront suffisamment sa nature. Outre ces moyens physiques pour apprécier la qualité des planches, on peut aussi faire usage des moyens que la chimie fournit. L’un d’eux, et qui réussit toujours, consiste à verser sur les bords de la planche quelques gouttes d’acide nitrique étendu d’eau ; on laisse cet acide en contact avec la planche pendant quinze à vingt minutes à la température ordinaire, et après avoir lavé avec de l’eau pure le sel formé par l’action de l’acide azotique sur le cuivre, on juge facilement de l’homogénéité de ce métal, en examinant la partie mordue à l’aide d’une loupe. Si l’on verse l’acide dont nous

venons de parler sur le coin d'une planche vernie et chargée de quelques traits, on appelle cette opération cuivre à épreuves. En effet, en dévernissant cette partie de la planche, on juge approximativement du résultat que l’on obtiendra dans le cours des travaux de morsure.

L’ouvrier qui prépare les planches de cuivre porte le nom de planeur. La première opération du planeur consiste à choisir les qualités de cuivre, à battre fortement la planche choisie sur une enclume large, carrée et bien dressée; un morceau de cuivre, pour être bien préparé, doit être commence à planer avec un marteau de moyenne surface, un peu arrondi, dont 1 action est de refouler toutes les molécules du métal les unes contre les autres, afin de lui donner plus de corps et de consistance. On remplace ensuite ce marteau par un autre plus large, qui sert à redresser la planche, à en abattre toutes les inégalités, et enfin à la rendre droite et unie.

Les planches doivent être bien forgées et bien aplanies à froid, car c’est par ce moyen que le cuivre devient plus serré et moins poreux.

Après ces premiers soins, la planche posée sur une table y est fixée au moyen de gros clous, en ayant soin de mettre en dessus le côté de la planche qui paraît le plus uni, et le moins rempli de pailles et de gerçures; ensuite à l’aide d’un fort grattoir ou de préférence avec un rabot de menuisier, on en rabote légèrement toute la surface; après cette opération on replace le cuivre sur l’enclume, pour le rendre plus égal et plus uni ; après quoi on fixe de nouveau la planche sur la table pour la finir. La première opération du polissage consiste à frotter le côté apparent avec un morceau de grès, en arrosant sou\rent la surface avec de 1 eau ; on la polit de cette manière le plus également possible, en pressant le grès fortement dans tous les sens, et en continuant de le mouiller ainsi que le cuivre jusqu à ce que cette opération ait fait disparaître les marques de marteau que l’on a imprimées sur la planche en la planant. Lorsque ces marques ont disparu, ainsi que les pailles, les gerçures et les autres inégalités qu on y rencontre, on substitue au grès la pierre ponce, bien choisie, et 1 on

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s en sert comme on vient de le faire avec le grès; de cette manière on efface les raies que le grain trop inégal du grès a laissées sur la surface de la planche, après quoi on se sert d'une pierre d’Ecosse qui donne un grain beaucoup plus fin ; enfin le charbon et le brunissoir achèvent de faire disparaître du cuivre toutes les petites inégalités qui pourraient nuire à la netteté de la

gravure.

Il existe un moyen sur d’obtenir des planches de cuivre très planes, très pures de métal, au moyen de dépôts galvaniques sur des planches-types en cuivre plombaginées pour empêcher l’adhérence entre le dépôt et la planche-type; seulement il est difficile d’obtenir une certaine épaisseur de cuivre galvanique sans qu’il y ait des couches lamelleuses.

Nous donnons la préférence aux planches de cuivre pour la planche plate, vu l’homogénéité du métal ; l’impression que les planches de cuivre donnent est aussi beaucoup plus douce, plus moelleuse que celle obtenue avec les planches en alliage de cuivre.

Dans les planches de laiton ou cuivre jaune on rencontre ordinairement peu d’homogénéité, et il s’y trouve souvent des pailles, des gerçures ou des piqûres, et lorsqu'elles sont d’une composition aigre ou dure, les traits de l’impression deviennent aisément rudes et maigres; si, au contraire, elles sont trop molles, on tirera peu d’épreuves, et les traits de celles-ci en seront flous.

Ce que nous venons de dire pour les planches de laiton s’applique à celles en bronze qui ont encore l’inconvénient d’ctre fort dures.

Nous considérons donc comme devant être préférées les planches en cuivre rouge, qui présentent l’avantage d’une homogénéité parfaite , d’an travail plus facile au burin , d'une morsure toujours égale , et enfin d’une impression plus sûre tju’avec les autres métaux.

Ce que nous venons de dire des études du burin s’applique à la planche plate comme à la molette; seulement pour la planche plate il existe une machine à tracer des lignes, droites et ondulées, qui a rendu de grands services dans les encadrements des

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planches plates et les bordures qu’on rencontre dans ce genre de

gravure.

Fig. 217. — Machine à tracer les droites et les cercles.

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Cette machine fort ingénieuse est de M. Simon fils, de Strasbourg, qui l’emploie sur pierre lithographique ; entre les mains

d’un ouvrier intelligent et habile, elle est de grande valeur pour la gravure de la planche plate.

Dans la machine pour droites, cercles et rayons (fig. 217), la

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planche A est fixée sur une plate-forme mobile C, qu’une vis sans fin H, peut faire tourner entièrement. Les ondulés sont produits par les ondulations de la règle à crémaillère D, sur laquelle porte une touche M, qui reproduit les ondulations par le diamant B.

Dans la machine pour droites et rayons (%< 218) il n’y a pas de

Fig. 219.

crémaillère, il n’y a qu’une règle à coulants ; le changement se fait de même par la plate-forme et, de côté, par la vis E.

Lorsque le graveur aborde un dessin à la planche plate, il fait préparer autant de planches que le dessin comportera de couleurs. Ces planches devront toutes être de môme grandeur, avoir des points de repères percés en même temps, pour avoir une coïncidence parfaite de rapport à l’impression. Au moyen d’une

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forte épingle qui s’adapte parfaitement dans les trous de repère, on replace successivement, chacune des planches au point qu’occupait celle qui la précédait.

Pour éviter l'emploi de planches immenses qui auraient un mètre carré de grandeur, et qui seraient impossibles à planer, très difficiles et fatigantes à graver, bon se borne le plus souvent à graver le quart de la planche ou un angle seul ; au moyen de points de repère on vient former les quatre angles.

Les (lèches de notre modèle (fig. 219) indiquent les joints de la planche, retournée pour former les quatre angles. C’est ici une question d’adresse de l’imprimeur qui devra y mettre toute l’exactitude possible et tenir toujours sa pièce à fil droit.

2° Fabrication des rouleaux, à âme en fonte, recouverts de cuivre

par voie électrotypique.

Le cuivrage de rouleaux en fonte date d’environ 1 855, et fut d’abord essayé par les Anglais. M. Louis Huguenin, en 1862, entreprit aussi le cuivrage de quelques rouleaux destinés à la gravure au pantographe, mais sans succès notoire. La maison Schlumberger reprit le procédé et arriva, vers 1872, à de bons résultats. Le procédé que nous indiquons ici est le leur et peut être encore perfectionné, car aujourd’hui les moyens d’exécution sont plus sûrs, le travail est moins sujet à des irrégularités dues à la non-connaissance de la façon de guider l’électricité. Et si le procédé n’est plus en vogue, il y a de nombreuses raisons, entr’autres la baisse du cuivre. Qu’il surgisse un procédé de gravure ne demandant pas les pressions formidables (12 et i5.ooo k.) qu’exige la gravure à la molette, il se pourrait très bien que l’on réussît à le remettre en vogue.

Procédé de cuivrage de MM. Schlumberger et 6’ie (Extrait du Bulletin de la Société Ind. de Mulhouse, 1874, page 124). — On commence par décaper très soigneusement avec une solution alcaline assez concentrée, puis on lave à grande eau et on lime avec une lime fine et bien propre, de manière à mettre par tout la surface métallique à découvert, et à enlever toute trac

d'oxyde ou d impureté qui auraient pu rester sur le pourtour du rouleau à la suite du tournage.

Une fois limé, le rouleau doit avoir l'aspect très brillant, et on doit éviter avec soin d’y faire déposer l’humidité de l’haleine et de le toucher avec les doigts. Tout le succès de l’opération dépend du plus ou moins grand degré de perfection apporté au décapage, et il faut mettre les soins les plus minutieux à ce travail.

On plonge le rouleau nettoyé et poli dans le bain alcalin, dont la composition sera donnée plus loin. Pendant vingt-quatre heures environ le rouleau reste dans le bain alcalin soumis à l’influence de quatre à six éléments de pile, jusqu’à ce que la fonte soit entièrement recouverte d’une très mince pellicule de cuivre adhérent. On lave, on brosse, on frotte à la poussière de pierre ponce, et si par place la fonte reparaît, on remet dans le bain jusqu’à entière couverture parle cuivre de toute la surface du cylindre. Cette première couche de cuivre doit être continue, mais en même temps aussi mince que possible, sous peine de ne plus être parfaitement adhérente.

Une fois ce résultat atteint, on brosse le rouleau avec des brosses métalliques, on lave à grandes eaux, on le rince avec de l’eau légèrement acide, et on le plonge rapidement dans le bain acide de sulfate de cuivre, où on le laisse séjourner jusqu’à ce que le dépôt de cuivre ait atteint l’épaisseur voulue, en ayant soin de faire faire chaque jour au rouleau un quart de tour, de manière à déplacer les parties en regard des feuilles de cuivre plongées dans le bain. Avec un courant produit par une pile de quatre éléments et à une température moyenne de i5 à i8° centigrades, il faut environ trois à quatre semaines pour obtenir un dépôt de trois quarts de millimètres d’épaisseur.

L’expérience indique une foule de précautions à prendre, dans le détail desquelles il est impossible d’entrer.

Pour éviter en partie les piles dont l’entretien ne laisse pas que d’être coûteux, nous avons employé une disposition dans laquelle le rouleau à cuivrer forme lui-même l’un des anodes du courant. Des vases poreux sont introduits dans le bain, placés

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symétriquement de chaque côté du rouleau, reliés par un fil métallique et contenant chacun un lingot de zinc et de l’acide sulfurique étendu. La dissolution de sulfate de cuivre est maintenue à l'état concentré par des cristaux et par des rognures de cuivre empêchant l’acidité des bains de devenir trop grande.

Bain alcalin.

Eau .

Sulfate de cuivre .

Eau .

Cyanure de potassium

Carbonate de sodium.

Sulfate de sodium.

On mélange les deux liqueurs après dissolution complète des sels.

Autre bain alcalin.

Eau . io parties.

Ammoniaque . 3 »

Acétate de cuivre . : i »

Eau . 16 parties.

Cyanure de potassium . 3 »

Carbonate de soude . 4 »

Sulfate de soude . 2 »

Le cyanure et le cuivre étant vénéneux, il faut éviter de plonger les mains dans les liqueurs lorsqu’on a des écorchures.

Bain acide.

Il se compose d’une dissolution de sulfate de cuivre à 20° B', dans laquelle on verse un demi-litre acide sulfurique par i5o litres de dissolution de sulfate, afin de favoriser le passage du courant et la dissolution des plaques de cuivre plongeant dans le bain, et destinées à entretenirsa richesse. Le rouleau terminé, on lave bien, on polit à la molette et on remet au graveur.

3" Applications de la galvanoplastie à la gravure.

Entre i85oet 1860 les Anglais employaient l’électro-métallurgie pour oblitérer des blancs sur des fonds unis ou sur dessoubasse-

ments ; mais cette opération présentait beaucoup d’incertitude. C’est ce qui engagea M. Joseph Laucher, alors graveur à Mulhouse, à faire des essais pour remplir par une autre méthode les blancs à réserver dans un soubassement. 11 employa une sorte d’étamage qui lui donna de très bons résultats comme blanc pur ; mais malheureusement cette composition, en contact avec certains acides était attaquée et corrodée. Ce graveur, qui était un véritable artiste, chercha alors à remplacer son étamage par dès dépôts de cuivre, et après des essais persévérants, il réalisa un des plus grands progrès de la gravure sur rouleaux. Par une combinaison de divers coups de main ou ficelles de métier, il arriva à une grande assurance dans ses résultats et il montra une vraie générosité en communiquant ses procédés à beaucoup de ses collègues d’Alsace ; aussi personne ne saurait lui contester le mérite d’avoir répandu dans les ateliers de gravure de notre pays cette branche nouvelle, qui a ouvert une ère brillante dans l’impression des toiles peintes.

Supposons un soubassement uni, sur lequel on veut produire soit des objets détachés, réservés en blanc, soit un courant réservé de même ; quand on est assuré que le soubassement est bien égal et qu’il ne présente plus aucune rayure ni tache, on le nettoie proprement à la potasse dissoute dans l’eau bouillante pour enlever toute trace de graisse. On dégorge ensuite à l’eau propre et tiède, on prend avec une brosse rude delà poussière de pierre-ponce et on en frotte hardiment la gravure, en imprimant un mouvement de rotation au rouleau ; enfin on lave à grande eau constamment tiède.

On essuie bien, avec des chiffons sans apprêt, dans les conditions que nous avons énoncées à l’article vernissage des rouleaux pour le pantographe. Quand le rouleau est bien séché, on le vernit légèrement avec le vernis pantographe, qu’on applique sur le rouleau au moyen d’un cylindre de lithographie ou en colle-forte (voir page 174, figure 2i4)- Le cylindre devra être peu chargé pour ne pas empâter la gravure, il vaut mieux y revenir à plusieurs fois jusqu’à ce que l’on juge la couche suffisante.

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Nous avons omis de dire que le moleteur aura dû indiquer les blancs au moyen d’un relief portant ces contours très forts, afin de ne pas trop refermer le soubassement, par la pression donnée. Pour égaliser le soubassement on lui donne encore une légère passe qui rouvre la gravure, refermée dans le voisinage des contours des objets ou du ramage.

Pour de grands dessins meubles, on ne pourrait indiquer les contours par des reliefs ; on argente le rouleau et au moyen d’un calque à la couleur du soufre, on indique les formes du blanc en noir. Le vernissage au cylindre laissera toujours paraître cette indication, sans qu’on ait besoin d'en graver les contours au burin. Il suffira alors, soit pour le rouleau dont les contours sont moletés, soit pour celui dont les contours sont seulement sulfurés, de recouvrir à la main, avec du vernis-réserve, toutes les parties du soubassement qui devront être conservées et ne laisser ouvertes que celles qui deviendront blanches par le dépôt de cuivre qui va s’y déposer.

Cette couche de vernis une fois sèche, le rouleau sera prêt à être placé dans le bain dont nous allons nous occuper.

4» Bain galvanoplastique.

Nous recommandons vivement le bain de galvanoplastie du duc de Leuchtenberg composé de la manière suivante :

Une dissolution de sulfate de cuivre concentrée à la température ordinaire doit accuser un poids spécifique^ 1 .2 ou 24° Be.On l’étend d’eau jusqu’à ce qu’elle marque 20° Beaumé ou un poids spécifique = 1 , 1 6 1 . O11 y verse alors lentement, et en remuant constamment, de l’acide sulfurique à 66° Beaumé, jusqu a ce que la densité de la liqueur remonte à 220 ou au poids spécifique =1.18. Amené à ce point, le bain possède toutes les qualités désirables pour donner de bons résultats. Cette dissolution se nomme : le bain normal.

Dans ce bain sont placées les deux anodes. Ces anodes sont des plaques de cuivre rouge ayant au moins 2 millimètres d’épaisseur, et dont la partie inférieure est un peu cintrée, car elles

doivent passer sous le rouleau. Ce sont ces anodes qui sont reliées avec le pôle négatif de deux piles Bunsen nécessaires pour obtenir un bon dépôt, et elles alimentent le bain qui s’appauvrit à la longue.

Quand on met un rouleau au bain, ces planches de cuivre doivent être bien décapées et bien nettes.

11 arrive que, par les froids même assez peu sensibles, il se dépose des cristallisations sur ces anodes ; pour les dissoudre, on fait passer dans le bain un tuyau de vapeur en cuivre rouge qui dissout les cristaux et amène le bain à une température tempérée. Ce tuyau ne fait que passer dans le bain, la vapeur va au dehors.

Le rouleau ayant ses blancs peints au vernis-réserve, le bain étant préparé à la température voulue, qui est d’au moins i5 à 17 degrés centigrades, et les piles étant prêtes à fonctionner, ce qui est un point essentiel pour ne pas avoir une minute d’arrêt entre le décapage et la mise au bain, on procède au décapage. Cette opération a pour but d’enlever toute trace de graisse et de former de bons points d’attache pour le cuivre qui va se déposer. L’acide nitrique que nous employons pour cet usage est l’acide jaune-paille à 36°. Cet acide nous a toujours donné de bons et concluants résultats ; il ne mousse pas sur la gravure et donne un brillant comme de l’or. Il est essentiel de plonger vivement le rouleau qu’on vient de passer une minute ou deux dans cet acide azotique, dans un bain d'azotate de bioxyde de mercure ou gaz des doreurs, composé comme suit :

Eau ordinaire . 10 litres

Azotate de bioxyde de mercure (liquide) . 4 grammes

Acide azotique ou sulfurique . 10 grammes

Il est entendu, qu’entre le décapage et le passage au bain de bioxyde de mercure et avant la mise au bain de cuivre, on lave le rouleau à grandes eaux.

On tiendra prêtes deux pinces en cuivre rouge ou deux fils de laiton qu’on tortillera pour établir la communication entre le rouleau et les piles. Ces brides sont pincées sur le rouleau de suite après le lavage à grande eau et sur les extrémités du rou-

IM? OC El)i: S DIVERS

leau qui auront été débarrassées du vernis avant le décapage. Le mandrin du rouleau est en bois ou bien l’on met simplement deux manchons en bois mastiqué pour éviter la destruction d’un mandrin en fer. Quelques graveurs emploient des mandrins en bois recouverts de cuivre rouge ; nous préférons ceux en bois qui n'absorbent aucune parcelle du dépôt.

Nous disions, qu’aussitôt après le décapage et le passage au bain d’azotate de bioxyde de mercure, si on l’emploie, on doit, après les deux lavages successifs, mettre le rouleau dans le bain de cuivre, pour qu’il ne se forme pas d’oxydation dans la gravure du rouleau. On établit de suite la communication avec les piles, en serrant, au moyen de pinces avec vis de pression, les fils du pôle cuivre avec les anodes, et les fils du pôle zinc avec les brides du rouleau. Il faut que les deux pôles entrent en même temps en communication. Pour que toutes les parties du rouleau prennent simultanément, on doit tourner le rouleau dans le bain ; comme ce liquide est très corrosif, on emploie des gants en caoutchouc, pour que l’ouvrier puisse travailler sans danger. Ces moufles sont assez chères et se détériorent rapidement ; nous les avons remplacées par de bonnes pinces en bois dont les deux branches sont réunies par une cheville rivée qui doit être en cuivre ou en laiton. De cette manière, on peut tourner le rouleau à chaque instant dès le début et, plus tard, toutes les deux heures, pour que toutes les portions du rouleau reçoivent un dépôt bien uniforme.

Pour que l’opération ait de bonnes suites, le rouleau doit présenter un aspect rosé dans la gravure ; c’est là l’indice qu’il y a un commencement de dépôt. En général le graveur devra se méfier des dépôts rouge foncé ou brun ; jamais ils ne seront parfaitement adhérents. 11 en est de même des dépôts granuleux, provenant d’un courant d’électricité trop fort. Les bons dépôts sont rosés, obtenus lentement et malléables sous le marteau.

Pour que la gravure soit bien bouchée par le cuivre déposé, il faut que celui-ci déborde passablement. On enlève l'excédent de cuivre de plusieurs manières : quelques graveurs ont essayé

de tourner l’excès de dépôt; mais les secousses produites par le passage intermittent du burin, compromettent les dépôts les plus solides.

Nous nous sommes arrêtés à deux moyens : le premier consiste, pour les objets espacés à limer avec soin l’excédant de cuivre, en veillant à ne pas attaquer avec la lime une partie du soubassement; on termine alors au moyen de la pierre à roder. Cette méthode demande beaucoup de soins et d’habitude pour ne pas, par un limage inégal, occasionner des sueurs dans les blancs. Aussi recommandons-nous de n’employer que le rodage au moyen d’une pierre ponce qui embrasse au moins un tiers du rouleau dans son contact. De cette manière la pierre sera toujours portée par le cuivre en relief et l’on terminera pour le dernier coup au moyen de pierre à polir.

Les applications de ces dépôts sur rouleaux sont devenues innombrables, et méritent toute l'attention du graveur, qui doit y apporter les plus grands soins. Nous employons des conducteurs en fil de cuivre, d’un millimètre et demi de diamètre et isolés au moyen d’une couche de gutta-percha. Les conducteurs un peu longs donnent de la régularité au courant, et l’on met souvent entre le rouleau et le conducteur principal, un fil de cuivre fort mince et fin, ce qui ralentit le courant et donne les dépôts les plus adhérents. Il faut beaucoup de propreté dans les points de contact, dans les conducteurs ; la moindre négligence à cet égard est cause d’insuccès.

Un grand progrès, accompli depuis quelques années pour les

dépôts galvaniques sur rouleaux, est l’installation des conducteurs amenant l’électricité en contact avec le rouleau. Le mandrin en bois est creusé d’une rainure, dans laquelle vient s’introduire une tringle en laiton B, qui a la forme d’un ressort de parapluie (fîg. 220).

Il est indispensable que le contact avec l’intérieur du rouleau

Fig'. 220.

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soit bien net; à cet effet on le gratte-bosse avant de placer le ressort. Dans le bord B du ressort, il y a une gorge sur laquelle vient s’enrouler le fil conducteur amenant l'électricité de la pile. Ce mode d’installation a été reconnu supérieur aux deux brides, qui donnent souvent un excès de cuivre à l’extrémité du rouleau qu’elles pincent dans leur contact.

5° Argenture galvanique.

Quand on veut avoir une certaine couche d’argent sur un rouleau, il faut recourir à un bain galvanique, dont le dépôt se fera au moyen d’un ou deux éléments Bunsen.

h au ordinaire . 5 kilogrammes ,

Cyanure de potassium . o,i 25 grammes,

Argent, transformé en chlorure ou azotate . 5o grammes.

Dissoudre le cyanure d’abord, et y ajouter le sel d’argent en agitant pour redissoudre le précipité.

Avant d’argenter il est bon de passer le rouleau ou la planche dans un bain d 'azotate de bioxyde de mercure (ou gaz des

doreurs) :

Eau ordinaire . 5 kilogrammes,

Azotate de bioxyde de mercure (liquide) . . 2 grammes,

Acide nitrique ou acide sulfurique .... 5 grammes.

Quand le bain d’argent est chauffé, l’argenture prend beaucoup plus vite ; en sortant donc du bain ci-dessus on met de suite le rouleau ou la planche dans le bain d’argenture. Il suffit de les enrouler d’ un fil de zinc (ou d’un morceau de zinc) communiquant bien avec le métal, cuivre ou laiton, pour qu’un couple soit produit de celte manière et que l’argent se dépose galvaniquement. Si l’on veut avoir un dépôt plus fort, on procédera avec la pile Bunsen. On

TRAITE DE LA G l’> A VU RE SÜR ROULEAUX

mettra le bain dans une bassine ou auge en fer-blanc ou en terre cuite ; si l’on n'a pas une petite anode pour le pôle cuivre, on prendra simplement un morceau de charbon de cornue à gaz, au bout du fi 1 de cuivre, et le rouleau ou la planche attaché au pôle — zinc — le dépôt sera effectué dans peu de temps. Bien laver à l’eau ou à l’eau de savon le rouleau ou la plaque, avant d'appliquer le calque.

6° Morsure galvanique.

Les nombreux accidents que présentent les morsures aux acides nous ont engagé à essayer la morsure galvanique, et nous allons donner en quelques lignes l’exposé de l’organisation que nous avons adoptée (fig. 221).

Le rouleau A, porté par les supports FF, plonge dans l’auge B, contenant une dissolution de sulfate de cuivre à 5 degrés, dans laquelle on ajoute de l'acide nitrique jusqu’à ce que le bain marque G à 7 degrés; il suffit d’avoir de l'acide nitrique à 6 degrés pour que le bain soit conducteur.

Lin seul couple Bunsen est suffisant pour cette morsure qui doit être lente. Le pôle cuivre ou le charbon de la pile communique avec le rouleau par le pivot du mandrin E, autour duquel il est enroulé ; c’est donc le rouleau qui sera l’anode. Un fil de cuivre rouge, partant du pôle zinc G, traversera le bain et sera fixé en R : ce fil est le cathode. Voilà ce qui va se passer quand le courant sera établi : le cuivre du rouleau est dissous, partout où le rouleau a été mis à nu (fig. 222) soit par la pointe ou par le diamant, et se portera sur le fil G. Cette morsure présente plusieurs avantages :

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i° L’absence des exhalaisons nitreuses.

2° Une plus grande uniformité d’action qu’avec les acides.

3° Plus de profondeur dans les creux qu’avec les acides.

4° Les traits plus nets et mieux tracés qu’avec l’acide nitrique.

Il est bon de chauffer légèrement le bain, il deviendra plus conducteur qu’étant froid.

Il faut imprimer au rouleau un mouvement lent et régulier pour que toutes les parties du rouleau passent dans le bain un temps égal .

Ce procédé offre encore une économie sur l'ancien par suite du peu d’acide employé.

Les deux supports FF doivent être en bois, pour isoler le rouleau complètement.

Quelques graveurs ont essayé cette morsure en prenant une auge en cuivre rouge pour mettre le bain, prétendant avoir ainsi un cathode tout naturel. Ils ont entièrement échoué à cause du grand développement d’électricité produit de cette manière. Le fil de cuivre rouge que nous indiquons suffit amplement.

7° Nickelage galvanique (I).

Le nickelage des rouleaux a pour but d’avoir une surface plus unie et plus dure que ne le donne le cuivre ou le laiton et par suite, une usure moindre de la gravure. On évite aussi le fardage, accident bien connu des imprimeurs. Le procédé pratiqué depuis i885 environ a donné de bons résultats et semble pouvoir être recommandé aux imprimeurs.

Les rouleaux sont gravés comme d’habitude et peuvent être nickelés, soit au sortir de la gravure, soit après avoir déjà imprimé, mais, dans tous les cas, un nettoyage parfait est de rigueur. On emploie pour cela la térébenthine, des acides étendus, de la potasse chaude (2).

(1) Voir Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, 1887, p. 4 1 8 , Nickelage des rouleaux , par M. Auguste Lalance.

(2) Suivant une communication (le M. Dépierre, le tétrachlorure de carbone nettoierait parfaitement.

Ces opérations demandent à être faites avec le plus grand soin ; car la réussite en dépend. — En dernier lieu, on nettoie la surface avec du cyanure de potassium à io° Be., — mais, vu le danger que présente ce produit, il est nécessaire de le manipuler avec les plus grandes précautions.

Il esl essentiel, pendant ces divers nettoyages, d’empêcher que des parties de métal viennent à sécher, car le nickel ne prendrait pas à ces endroits. Un moufle roulant, analogue à celui décrit à l’article Auge à décomposition, facilite les transports d’un bain à l'autre.

Après avoir bien lavé à l’eau froide, on amène le rouleau dans le bain, mais en ayant soin d’opérer promptement et de ne pas toucher le métal avec la main.

Le bain est contenu dans une cuve en bois doublée de plomb, ayant i m. 55 de long, o m. 61 de large et o m. 88 de haut. Il est composé de 68o litres d’eau dans lesquels on a fait dissoudre 57 kilos de sulfate double de nickel et d’ammoniaque et 2 kilos de sel de cuisine servant d’excitateur. — Le bain marque 5° à 8° Bé.

On se sert comme anodes de plaques de nickel laminées suspendues à égale distance et en lignes parallèles au rouleau à nickeler. Il est bon de faire remarquer que les bains neufs ne fonctionnent jamais bien. Ils ont besoin d être électrolysés, c’est-à-dire traversés pendant quelque temps par le courant électrique pour donner un dépôt satisfaisant. 11 importe d éviter que le bain soit alcalin car dans ce cas le dépôt est noir, quelle que soit la force du courant. Dans les bains trop acides, au contraire, le dépôt prend un aspect cristallin et manque de solidité. Il faut, pour un bon fonctionnement, un bain un peu acide, c’est-à-dire rougissant légèrement le papier de tournesol.

Le courant est donné par une machine dynamo disposée spécialement pour courants à faible tension.

On admet 1 ampère par déc. carré de surface à nickeler, ce qui donne environ 3o ampères pour les rouleaux de dimensions ordinaires.

PROCÉDÉS DIVERS

Pendant toute l’opération, le rouleau est mis en mouvement et une brosse frotte sur la surface pour la maintenir propre et enlever les bulles d’hydrogène qui se déposent sur le métal.

Il est bon, pour conduire le dynamo, d’avoir un peti (moteur spécial, afin de pouvoir régler la vitesse sur la quantité d’électricité nécessaire et aussi pour être indépendant des arrêts de la transmission.

En effet, 1 opération une fois commencée, il est impossible de l'interrompre, sans quoi la couche de nickel se détache. Il faut environ une heure et demie de marche non interrompue, pour recouvrir un rouleau d’une couche suffisante. La température du bain n a pas grande influence sur le résultat, à condition de rester dans des limites raisonnables. Deux hommes peuvent nickelerde 4 à 5 rouleaux par jour. Une opération revient de 8 à io francs par rouleau. En Angleterre, les imprimeurs qui font nickeler leurs rouleaux, payaient en 1887, environ 18-19 francs par rouleau et disaient y trouver avantage. Dans les conditions actuelles ce prix de revient doit avoir sensiblement baissé.

8° Photographie sur zinc pour plaques de pantographe.

Le décalque, soigneusement préparé, est mis dans la chambre obscure munie d’un objectif qui est réglé de façon à agrandir de deux à cinq fois suivant l’augmentation voulue. La plaque de zinc, bien nettoyée, est préparée au collodion et sensibilisée ensuite dans un bain d’argent, après avoir été bien égouttée.

On la met devant l'objectif, puis on la soumet à l’exposition d’une manière suffisante.

O11 la remet dans la chambre noire et on la développe au sulfate de fer; enfin on lave et on fixeau cyanure de potassium. On lave encore une fois et on sèche. O11 peut transporter cette image pelliculaire en préparant une feuille de papier blanc de même grandeur que la plaque; on la gomme et on passe au cylindre, pour que l’image photographique reste adhérente au papier. O11 applique ensuite ce transport sur papier sur une feuille de zinc, couverte d’un vernis rendu adhésif par une

TItAITÉ DE LA GliAVL'liE SUIt liOULEAUX

préparation d’esprit de bois ^alcool methylique), mélange de résine. Après avoir bien frotte la feuille de papier sui la planche de zinc, on met dans l’eau jusqu’à ce que le papier enlevé laisse paraître le dessin ; on sèche, puis on chauffe la planche légèrement et on vernit ensuite avec un vernis à l’alcool.

L’usage des pellicules permet aujourd’hui de faire ces photographies bien plus simplement. On opère directement sur la pellicule qui terminée est ensuite appliquée directement sur la plaque.

9° Des diverses gravures obtenues par l’action de la lumière combinée avec diverses méthodes de morsure.

L’action de la lumière sur certaines substances susceptibles de former à la surface de plaques métalliques, soit des reserves inattaquables par les acides, soit des écrans proportionnellement perméables à la lumière, permet d arriver à produire directement avec le concours, soit de dessins, de gravures ou de photographi es, des planches gravées en creux ou en relief, sans que le burin du graveur ait eu à intervenir. C’est ce qu’on appelle la photogravure ou l’héliogravure.

De nombreux procédés ont été imaginés, mais il n y en a que très peu qui conviennent à la gravure des rouleaux.

Gillot a employé un procédé sur zinc auquel il donnait le nom de panicographie. Quand il s’agissait d opérer sur cuivre, on procédait ainsi :

On prépare le vernis suivant :

Bitume de Judée, première qualité.

Benzine rectifiée .

Essence de lavande .

Préparation de ce vernis : après la dissolution du bitume, c’est-à-dire après deux ou trois heures, on prend soin d’agiter quelquefois le flacon et de détacher, à laide d un agitateur, la résine qui descend dans le fond du verre et qui a une tendance à y adhérer sans se dissoudre. Le vernis préparé est filtré sur

5 grammes

ioo

2 gouttes

PROCÉDÉS DIVERS

un entonnoir en verre, à travers une feuille de papier-filtre. On doit mettre à part le premier flacon où la dissolution s’est faite et le reprendre pour renouveler le vernis quand il sera épuisé dans le deuxième. Ces deux flacons seront réservés à cet usage unique et ne seront jamais lavés à l’eau.

L’addition de l’essence de lavande n’est faite que pour retarder l’évaporation de la benzine et pour faciliter l’extension du

vernis.

Obtenir une couche mince et uniforme.

On mettra les flacons à l'abri de la poussière et de l’évaporation en les fermant avec un bouchon bien hermétique ; ce vernis se garde peu de temps.

On met l’épreuve soit le dessin calque bien transparent, ou la photographie etc., sur la plaque et on insole.

Gillot, pour opérer pendant les jours où on ne peut utiliser la lumière du soleil, employait la lumière électrique ou oxhydrique ; mais il mettait le foyer lumineux très près de l’objet à graver.

La plaque insolée, ce que l’expérience apprend après quelques tâtonnements, on enlève le dessin et on passe au dissolvant, trois parties huile de naphte et une de benzine, on chauffe légèrement l’objet à mordre pour que la couche de bitume résiste mieux au mordant quelconque que l’on emploie.

Il faut que la première morsure ne soit pas trop violente. A cet effet, nous engageons vivement à procéder avec une morsure galvanique de manière à ne pas trop éprouver la fragile couche de vernis qui est la base de l’opération. La dissolution acide avec laquelle quelques graveurs ont réussi, est le glyphogène Deleschamps :

Acétate d’argent.

Alcool rectifié Eau distillée .

Acide nitrique pur Ether nitreux.

Acide oxalique .

8 grammes

5oo

5oo

Malgré tous les beaux résultats qu’on se vantait d’obtenir avec ce glyphogène, nous sommes convaincus qu’avec une soin-

tion d’acide nitrique et d eau pesant 2 degrés, le résultat sera aussi parfait, car il suffit que le bain soit un peu acide pour devenir bon conducteur de l’électricité. Par ce procédé plus lent, la couche de bitume ne sera pas soulevée. Quand les traits sont bien visibles, on retire du bain, on lave à grande eau, on sèche bien la surface. On expose alors l’objet à une douce chaleur pour faire mieux adhérer le bitume au métal. Avant de procéder à une seconde morsure, on vernit au cylindre la surface métallique, en chargeant très peu le rouleau fournisseur et avec une faible pression. On peut chauffer de nouveau légèrement et passer une légère dissolution de bichromate avant le renforçage au cylindre. Ce bichromate léger empêchera les traits rongés de s’oblitérer.

io° Un procédé similaire est celui de Niepce de St-Victor. C’est de ce procédé, du reste, qu’ont découlé tous les autres.

Niepce se servait de bitume de Judée dissous dans l’essence de lavande, de manière à en former un vernis, semblable quant à l’aspect, au vernis des graveurs. Il l’étendait au mojen d’un tampon, sur une plaque de cuivre, en appliquant ensuite le recto d’une gravure vernie sur la plaque préparée, la recouvrait d’un verre et l’exposait à la lumière. Après une heure ou deux d’exposition, il enlevait la gravure et recouvrait la plaque d’un dissolvant composé d’huile de pétrole et d’essence de lavande. Cette opération avait pour but de faire apparaître l’image qui était invisible, en enlevant le vernis dans toutes les parties qui avaient été préservées de l’action de la lumière; tandis que celles qui avaient été impressionnées par son action étaient devenues insolubles ; il s’ensuivait de là que le métal était mis à nu dans toutes les parties correspondant au noir de la gravure et en conservait, bien entendu, toutes les demiteintes.

Il chassait mécaniquement le dissolvant en versant un fort jet d’eau sur la plaque, séchait, et on procédait ensuite à la morsure, comme nous l’avons déjà indiqué, l’opération était terminée.

Le vernis le plus sensible jusqu’ici est le suivant :

PROCÉDÉS DIVERS

Benzine . 5oo grammes

Bitume de Judée . 20 —

Cette solution doit être étendue d’une manière régulière à la surface de la plaque ou de la molette.

Aprèsla dessiccation, qui demande de ro ou i5 minutesenviron au soleil, et une heure à la lumière diffuse, il faut que le négatif, le positif ou le dessin à reproduire soient bien transparents; les papiers jaunes ou tachés doivent être supprimés.

La maison Rollfs de Siegbourg a fait une grande application de ce procédé ; mais elle dessinait les motifs sur pierre lithographique et avec des empreintes bien transparentes; on opérait ensuite sur la planche ou sur le rouleau. On produisait de cette manière des foulards assez remarquables.

ii° L’un des derniers procédés, le plus perfectionné et qui du reste donne de très beaux résultats est dû à la maison E. Rollfs de Siegfeld (1). Cette fabrique procède ainsi : elle reproduit le dessin (ou chaque couleur du dessin) par la photographie en ayant soin d’employer l’écran. La photographie se prend en même temps que l’on a placé l’écran (plaque de verre gravée au diamant avec des rayures diagonales espacées de o m. 00016 soit 6 au millimètre, et cette plaque est double de façon à former des losanges) à un millimètre et demi de la plaque à exposer.

La plaque photographique, munie de l’écran, puis exposée, développée, fixée, est enlevée de dessus le verre par les moyens connus. On la fait ensuite sécher et on a ainsi la pellicule qui servira à graver le rouleau (Il va de soi que l’on peut opérer directement sur une pellicule).

On enduit alors le cylindre à graver (ou la molette), de gélatine bichromatée, l’opération se fait dans l'obscurité. Pour ce, on emploie le tour à spirale. Cette opération est assez délicate, et il faut que la couche de gélatine soit d’une égalité parfaite. C’est de cette opération que dépend le succès. La gélatine séchée, on colle la pellicule sur le rouleau au moyen d’une substance grasse

(1) Voir Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, igoi, pages 5o3 et suivantes.

puis on isole. Après le temps d’exposition nécessaire pour insolubiliser la gélatine on enlève la pellicule. On lave à l’eau (on peut même mettre dans celle-ci un peu de violet méthyle pour mieux faire ressortir l’image). On sèche et on passe à la flamme d’un bec de gaz. On ronge ensuite comme d’ordinaire, on lave et on termine le rouleau par un polissage. Il est alors prêt pour l’impression.

Ce mode de gravure s’applique aussi bien au cylindre qu’à la molette. Nous avons généralement parlé de rouleau, mais la marche des opérations est exactement la même pour l’un comme pourl’autre. La seule différence qu’il y ait, réside dans les bains d'acide employé à ronger, ce qui a été indiqué précédemment.

12° Renforçage de la gravure usée.

Il arrive souvent que des cylindres d’impression, ayant fourni un certain nombre de pièces, sont fatigués et ont besoin d’un renforçage ; on prend à cet effet du vernis Dalglisch (page 48) ou un autre vernis analogue et après avoir fait une mixture à la consistance d’une pommade moyenne, on étale sur une pierre lithographique. Au moyen d’un cylindre de lithographe, on distribue bien ce vernis, et on le transporte ainsi sur le rouleau légèrement chauffé pour que l’adhérence soit bien intime. Il faut que la couche présente un aspect brillant comme preuve de fusion. On procède ensuite à la morsure dans le bain suivant :

Acide chlorhydrique ....

Eau .

Chlorate de potasse .

Eau pour dissoudre ce sel .

90 grammes

On fait bouillir ce dernier liquide pendant 10 minutes, et l’on mélange ensuite avant de s’en servir. Cette morsure est lente, mais très profonde et très nette.

M. Capuron de Paris a vendu à plusieurs maisons d’Alsace un procédé dont suit la formule de vernis :

PROCEDES DIVERS

4oo

grammes

3oo

bitum

e, ajouter

Encre typographique ....

Colophane .

Cire jaune, première qualité.

Bitume de Judée .

Poix de Bourgogne ....

Fondre d’abord la colophane avec le bitume, ajouter la cire en dernier, et mettre l’encre lithographique pendant que le tout est encore chaud.

On applique sur le rouleau légèrement chauffé en se servant du cylindre lithographique ; il faut avoir recours à une légère fusion pour l’adhérence intime.

M. Capuron emploie une dissolution de perchlorure de fer assez concentrée. Pour la morsure, il l’obtient en brassant le liquide avec un pinceau de façon à enlever l’oxyde de cuivre qui se dépose au fond du sillon.

Quoiqu’il ait produit des renforçages assez réussis, nous arrivons au même résultat avec notre ancien procédé.

13° Procédé de gravure à l'eau-forte Jos. Voisard.

M. Joseph Voisard, directeur de l’atelier de gravure d’Augsbourg (Cattun Druckerei), employait le procédé suivant pour reproduire des gravures fines.

Il cirait son papier végétal et la toile qui lui servait de soutien, avec la cire composée comme suit :

Cire vierge . 48 grammes

Huile de noix . 6 —

Térébenthine de Venise ... 3 —

Suif très pur . 6 —

Poix de Bourgogne . 24 —

II gravait d’abord légèrement tous les contours de son dessin et en tirait ensuite des empreintes au moyen de papier ciré avec cette formule et de l’outre-mer. Il frottait avec soin cette empreinte sur sa molette, puis plongeait cette dernière dans un bain légèrement cuivrique, additionné de bon vinaigre. Cet acide léger attaquai t le trait produit par l’outre-rner. Après une

première attaque, quand le trait était bien visible, il répandait une poussière de résine à la surface, il enlevait l’excédent avec un pinceau en martre, et faisait fondre légèrement, pour que la couche résistât dans un bain plus énergique, comme celui indiqué pr écédemment (voir Morsure des cuivres rouges ), mais avec précaution pour ne pas compromettre toute l’opération.

14° Procédé de gravure des mi-fonds, par Charles Weiss (1).

On commence par vernir le rouleau à graver, puis on y trace, au pantographe, le contour des objets ou mi-fonds qui doivent donner le blanc dans le fond. Ce contour doit être tracé en double, de façon à ce qu’il y ait un intervalle d’environ 3/4 de millimètre entre chacun des traits du diamant, puis on ronge très faiblement ; on trace ensuite les hachures sur tout le rouleau encore verni et si possible avec le burin, sur le pantographe. Ces hachures peuvent aussi se tracer à la molette sur le tour à moletter, mais dans ce cas, il faut veiller à ne rien déranger au pantographe pour pouvoir, avec les diamants, repasser exactement dans les mêmes contours.

Cette opération faite, on applique sur toute la surface du rouleau, une feuille de staniol (étain en feuilles) enduite d’un peu de gélatine très mince, de façon à ce que tout le rouleau soit bien couvert. La feuille peut même dépasser le rouleau. On laisse sécher environ deux heures, on remet le rouleau sur le pantographe et on trace à nouveau le contour des objets ou mi-fonds, mais cette fois-ci on passe seulement dans le contour extérieur pour couper la feuille d’étain. On vernit à nouveau le rouleau par dessus la feuille d’étain et après dessiccation, on enlève, au moyen d’une pointe métallique, les parties du stagniol qui doivent être rongées. On ronge comme d’habitude et finalement on nettoie bien le rouleau ; les parties dégagées du staniol se trouvent alors rongées en hachures, tandis que les parties qui doivent donner les blancs des objets dans le fond, restent indemnes.

(i) Extrait du Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse, 1901, page 271.

PROCÉDÉS DIVERS

Ce procédé date de 1882. Il permet d’obtenir le rouleau prêt pour l’impression en beaucoup moins de temps que lorsqu'il faut peindre à la main, avec mastic, les parties qui doivent donner le blanc, suivant les procédés habituels.

15° Procédé Riond. Tracé de figures rectilignes sur molette par l’emploi de la machine à diviser, en remplacement des millepoints et canevas.

M. Rioud, dans son temps, directeur de l'atelier de gravure de la maison Leitenberger de Cosmanos (1878), a indiqué un procédé de gravure qui lui permet de supprimer l’emploi des millepoints et des canevas pour tracer les dessins sur molette. Cette méthode consiste dans l’emploi raisonné de la machine à diviser. Etant donné un dessin à une ou plusieurs couleurs, se composant de figures rectilignes et se répétant souvent, on commence par graver une de ces figures, on en fait un relief avec lequel on répète à l’aide de la machine à diviser la figure-type le nombre de fois voulu, sur une molette dont la circonférence est en rapport avec celle du rouleau. Ce procédé n’exige, pour n’importe quelle figure ou forme, qu’un tracé. Pour certaines figures cette méthode est relativement plus facile et peut être pratiquée par des ouvriers moins expérimentés, mais nous devons ajouter que pour la majeure partie des dessins, ce procédé est moins expéditif que la méthode généralement employée. Les particularités opératoires de cette méthode étant trop longues à décrire dans ce petit traité, nous renvoyons les intéressés au mémoire publié dans le Bulletin de la Société Industrielle de Mulhouse 1878, pages 346 à 356.

16o Procédé Berthoud pour la multiplication des décalques.

Pour bien se rendre compte des aligements d’un dessin, du rapport, et voir s’il y a des omissions, des lacunes, ou des chemins trop accentués, bref des défauts quelconques, le graveur est obligé de faire plusieurs décalques qu’il juxtapose ensuite

à l’écartement du rapport. L’obtention de ces décalques sur papier ciré est assez longue et fastidieuse, M. Berthoud a imaginé en 1876 de se servir d’un papier photographique qui se prépare comme suit :

i5o gr.

4oo »

On mélange les deux solutions au moment de s’en servir, puis on imbibe des feuilles de papier en les peignant d’un côté avec un large blaireau : on laisse sécher à l’obscurité et alors le papier est prêt à être employé, il est vert jaunâtre. On le place sous le décalque dans un châssis-presse et on insole jusqu’à ce que la teinte verte ait passé au violet. On sort, on lave fortement à l’eau jusqu’à ce que le fond soit devenu beau bleu, le dessin doit ressortir en blanc. On fait plusieurs exemplaires qui placés l’un à côté de l’autre font voir le dessin comme il se présentera sur l’étoffe. S’il y a lieu à rectifications, on peut encore les faire.

On trouve aujourd’hui ces papiers tout préparés dans le commerce, il y a même les papiers donnant les traits en blanc sur fond noir, ou mieux encore ceux donnant les traits en noir surfond blanc.

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