‹ Traite de la liberte individuelle a l'usage de toutes les classes de citoyensChapitre 6 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

GONSIDERATIQNS GENERAIIS.

. On n'a pas toujours distingué avec assez de soin cette liberté indéûnie qiii çst l'attribut de l'homme; cette liberté dont il jouit, comme iqdividu, dans l'état de nature, avec la liberté qu'il peut conserver dans l'état de civilisation. .

Il est certain qu'en se réunissant en société les hommes ont dû consei^tir le sacrifice, ou du moins la restriction de quelques-uns de leurs droits naturels , pour assurer la conservation des auti^s. Chaque individu, ainsi protégé contre l'abus delà force matérielle, a dû reconnaître une force morale qui la remplaçait : c'est celle de la loi, qui doit être, ou qui est du .moins réputée l'expression de la volonté générale, manifestée dans un but d'utilité commune.

l44 APPLICATION

Si chaque homme pris individuellement arait prétendu conserver Tintégralité de ses droits, toute association devenait impossible» parce qu'il y a nécessairement conflit, opposition, dans Texerciee des droits qui ne sont soumis à aucune règle , et que Tautorité du plus fort aurait conservé toute son influence.

Tout changement de situation doit être motivé sur un avantage certain et positif. Pour passer de Tétat de nature k Tétat de civilisation, il a fallu que l'homme trouvât au moins l'équivalent de ce , qu'il devait sacrifier : voilà la règle générale; mais elle a été depuis si souvent modifiée dans l'application, qu'il est difficile de la reconnaître dans la plupart des gouvernemens modernes.

En se réunissant en société, l'homme s'est assuré deux grands avantages, i^ la sûreté de sa personne: ik\ la reconnaissance de sa propriété. Ces droits précieirx sont jprot^s, par l'autorité, qui représente 1^ corps social, contre les voies de faits de tous ceux qui voudraient y porter atteinte.

Une telle protection est le prix de plusieurs sacrifices; ainsi, nous l'avons dit, cette liberté qui jusqu'alors ne connaissait pas de bornes est soumise h des règles; aucun membre de la grande famille n'est libre de faire ce qui pourrait nuire aux autres ; et cette restriction n'est pas la seule apportée à la liberté. En même temps qu'il n'a plus le droit de faire tout ce qu'il veut /l'homme, devenu citoyen , est quelquefois obligé de faire ce qu'il ne veut pas.

DEiS PRINCIPES. 1^5

L'égalité qui existait réellement dans 1 état de nature, doit être aussi modifiée, dans letat de civilisation, où la fortune et les dignités établissent des distinctions, que l'on cherche à déguiser quelquefois, mais qui n'ea sont pas moins cer^ taines.

Aussi) lorsque des lois proclament les grands principes de liberté et d'égalité, il faut se garfef de prendre ces mots dans une acception trop générale. On ne promet en réalité aux citoyens qu'une liberté et une égalité de convention. Chacun peut faire tout ce qu'il veut, excepté ce qui lui est défendu i et tous les citoyens sont égaux , avec cette différence que les uns doivent commander, tandis que les autres sont obligés d'obéir.

Du reste, tout est relatif; par exemple, dans certains états, on peut dire que les citoyens jouissent de la liberté et de l'égalité dans toute leur plénitude, par opposition k ces gouvernemens despotiques > où ]a volonté du maître est la bi suprême, et où une partie des habitans gémit, en quelque sorte > dans les liens de l'esclavage.

Dans les républiques, tout citoyen participe ou peut participer à l'administration de l'état et à Ja confection des lois : chacun n'aliène, en faveur de la communauté^ que la moindre partie possible des droits qu'il tient de la nature; et c'est dans ces sortes de souyernemens, s'ils pouvaient être maintenus dans leur pureté primitive, que la liberté et l'égalité d£8 citoye^p seraient le plus respectées.

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