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L'expérience vérifie ces conclusions

L’on.observe que la réflexion à la surface de quelques milieux transparents croît sensiblement avec l’angle d’incidence; mais à la surface extérieure d'un milieu quelconque elle n’est jamais totale ou presque totale. Pourleverre; par exemple, quoique sous de très grandes obliquités, unegrande partie de la lumière entre dans le milieu:en se réfractant. Pour des milieux opaques, comme les métaux polis, on observe la

mêmechose; là réflexion devient seulement plus vive avec l’accroissement de l'angle d’incidence. La seule différence ,

dans ce cas, c’est que la lumière qui traverse la surface s’éteint au même instant.

547. — Les phénomènes qui ont lieu lorsque la lumière est réfléchie par la surface commnne de deux milieux sont tels que l’on doit s’y attendre, d’après la théorie que nous venons d’exposer ; à quelques circonstances. près, quinous amèneront à limiter la généralité de nos hypothèses, et à établir une relation entre les forces attractives et répulsives , auxquelles nous avons rapporté la réflexion et là réfraction: Quand deux milieux se trouvent dans un contact parfait, comme un fluide avec un solide, ou deux fluides entre eux, l'intensité de la réflexion est toujours d’autant, plus faible à leur surface commune , que les indices de réfraction de ces milieux approchent davantage de légalité; ét, quand ils sont exactement égaux, la réflexion cesse, et le rayon poursuit sa route dans le second milieu sans changer ni de direction, ni de vitesse, ni d'intensité. Ce fait, qui s’observe généralement, prouve à l’évidence que les forces attractives et répulsives suivent exactement les mêmes lois dans les milieux doués d'un même pouvoir réfringent, et sont entre elles dans le même rapport ; que, dans les milieux inégalement réfringents, la:relation entre les. forces qui produisent la réflexion et la réfraction n’est pas arbitraire; mais que luné dépend de l’autre, et croît ou décroïît avec elle.

Cette circonstance remarquable rend moins improbable la supposition faite, à l’art. 535, de l’invariabilité de forme dela fonctionY ou» (7°), quiexprime la loi de l’action exercée par les molécules de tous les corps sur la lumière.

548. — Pour démontrer par: l’expérience les phénomènes en question, prenons un prisme de verre dont l’angle de réfringence soit très petit (d’un démi-degré, par exemple); on peut.se servir d’un morceau de‘verre plan, parce.que rare-

ment les deux faces sont parallèles. L'ayant placé près de Fœil, dans une position convenable, on regardera l’image d’une chandelle réfléchie par la surface voisine de l'œil : on verra cette image accompagnée d’une autre image à côté, due à la réflexion par l’autre face à travers la lame , et les deux images auront à peu près le même éclat, si l'angle d’incidence n’est pas trop grand. Si l’on met alors un peu d’eau, ou le doigt mouillé, ou mieux, un corps noir mouillé, derrière la face postérieure, à endroit où se fait la réflexion interne, la seconde image perdra sur-le-champ la plus grande partie de sa clarté. Si, au lieu d’eau, l’on se sert d’huile d’olive, la perte de la lumière sera beaucoup plus forte ; et, si c’est de la poix amollie par la chaleur que l’on applique derrière le verre, de manière à la faire adhérer parfaitement, la seconde image sera tout-à-fait effacée ; mais elle reparaîtra si l’on emploie des substanees plus réfringentes que le verre: Ainsi l’huile de casse rendra l’image très brillante; le soufre lui donneraun éclat égal à celui de la première image; et, si lon emploie le mercure ou l’amalgame (comme dans le miroir ordinaire), la réflexion à la surface commune du métal et du verre sera beaucoup plus vive que si elle n’était due qu’au verre seul.

549. —- L'anéantissement de la réflexion à la surface commune de deux milieux d’égal pouvoir réfringent explique une multitude de phénomènes curieux. Si Fon plonge un morceau irrégulier de quelque substance diaphane , de crown-glass, par exemple, dans un milieu incolore de même pouvoir réfringent , ce morceau disparaît entièrement. En effet, un corps n’étant visible que par les rayons qu'il réfléchit, on doit cesser de le voir aussitôt que l’on détruit la réflexion , à moins qu’il n’y ait quelques parties opaques dans son intérieur, ce que nous ne sapposons pas ici. Ainsi, telle substance réduite en poudre présente l’aspect d’une masse blanche et opaque, à cause des réflexions intérieures et extérieures produites par les surfaces des particules qui la com-

posent ; mais si l'on détrempe cette poudre dans un liquide de même pouvoir réfringent, elle deviendra d’une transparence parfaite : tel est le papier mouillé, ou plutôt huilé. Le papier se compose d’une infinité de fibres ligneuses plus ou moins transparentes, dont le pouvoir réfringent est sans doute à peu près le même que celui des huiles les plus réfringentes ; sa blancheur est due aux rayons qui se confondent. en se réfléchissant sous tous les angles possibles, tant à l'intérieur qu’à l'extérieur, car le rayon qui n’est pas réfléchi par une fibre l’est par la fibre voisine. En humectant une feuille de papier ayec un liquide quelconque, l'intensité de ces réflexions s’affaiblit d’autant plus que le pouvoir réfringent du liquide approche davantage de celui du papier : de manière qu’un nombre considérable de rayons part d'un côté de la feuille et sort parla face opposée,

La transparence qu’acquiert l’hydrophane lorsqu'on la plonge dans l’eau est due sans doute à la même cause: l’eau, venant à remplirles pores, diminue les réflexions intérieures. Dans.un mémoire intéressant sur le abasheer (‘concrétion silicease que l’on trouve dans la canne à sucre, et le plus réfringent de tous les solides), le docteur Brewster a.expliqué, d’apres le principe énoncé plus haut, plusieurs phénomènes extraordinaires que: l’on observe lorsqu'on mouille cette substance avec différents.liquides. ( Transact. philos.,

550, — Le raisonnement:de l’art. 529 est également applicable aux deux cas où le rayon est réfléchi, soit par la surface intérieure d’un milieu placé dans l'air, soit par la surface extérieure.

La seule différence, c’est que, dans le dernier cas, la réflexion se fait par les forces répulsives, tandis que, dans l’autre, elle a lieu par attraction.

La route d’un rayon réfléchi à l’intérieur peut se conc’voir telle que la représentent les fig. 121 et 122, et la réflexion peut se faire dans l’une quelconque des régions où

couches attractives, au-dessus ou au-dessous della véritable surface, c’est-à-dire de la dernière couche de molécules. Il y a cependant un cas de réflexion intérieure trop remarquable pour ne, pas en faire une mention particulière : c’est celui où l'angle d’incidence excède l’angle-limite, dont le sinus est e (art. 183 et suiv.).

La réflexion intérieure est totale alors, comme nous l’avions déjà dit en donnant ce phénomène comme un résultat de l'expérience. Pour l'expliquer, considérons un rayon qui tombe sous un angle précisément égal à l’angle-limite, et dans la phase la plus intense de son accès de facile transmission : alors il sera réfracté ; et, puisque l’angle de réfraction doit être de goc (à cause de la généralité du raisonnement employé pour démontrer la loi de réfraction à VPart. 529), il émergera en effleurant la surface à la limite extrême C B (fig. 123), où cesse toute action sensible: Dansvces circonstances, sa vitesse initiale dans le sens perpendiculaire à la surface suflit à peine pour l’élever jusqu’à cette/limite ; où elle devient tout-à-fait nulle.

Supposons maintenant un autre rayon aussi dans la phase la plus intense de son accès de facile transmission, mais dont incidence est plus oblique , quoique d’une quantité infiniment petite : puisque sa vitesse initiale suivant la normale est moindre que celle du premier rayon, cette vitesse sera détruite avant qu’il n’ait atteint la limite en question, et il commencera à se diriger parallèlement à la surface du milieu, en-deçà de la dernièrelimite de la sphère d’action de cette même surface.

551. — La dernière action exercée par la surface , ou la force qui s’étend à là plus grande distance, ne peut être qu’attractive : en effet, si elle était répulsive , il est évident qu'aucun rayon extérieur, tombant sous un irès grand angle d'incidence ( c’est-à-dire sous un angle qui approcherait indéhniment de go°), ne pourrait.échapper à la réflexion:

D'ailleurs, dans cette hypothèse, aucun rayon ne pourrait émerger de l’intérieur d’un milieu, que sous une obliquité à la surface plus grande qu’un certain angle constant, la dernière action du milieu étant, dans ce cas, de rejeter le rayon à l'extérieur, en le rapprochant de la perpendiculaire.

Or ces conséquences sont contraires à ce que nous apprend l'observation.

Nous, pouvons encore envisager la question de la manière suivante :

Puisque tout rayon venant de l’intérieur ne peut émerger qu’en devenant, parallele à la surface, lorsque son angle d'incidence est égal à l’angle-limite, et puisque tout point de la courbe qu’il décrit avant son émergence est plus pres du milieu que la ligne de dernière direction, il est géométriquement impossible que la courbe immédiatement adjacente au point d’émergence ne tourne passa concayité vers le milieu , qui doit par conséquent attirer le rayon.

552.— Ainsi la molécule lumineuse dont nous discutons le mouvement se trouvera dans la région attractive au moment où sa vitesse suivant la normale à la surface séra détruite: elle se dirigera donc vers l’intérieur, comme le représente laligne pointillée, fig. 122, et se réfléchira. A plus forte raison, toutes les molécules incidentes quise trouveront dans une phase moins intense d’accès de facile transmission, ou.dans un acces de facile réflexion, aussi-bien que celles qui tomberont sous un angle d'incidence encore plus grand, c'est-à-dire ayec une vitesse perpendiculaire moindre, devront également être réfléchies. Dans les circonstances les plus favorables à la transmission , elles atteindront la région attractive extérieure , comme dans la fig. 125; autrement elles seront réfléchies par des couches moins éloignées ( fig. 122). Si l’obliquité de leur direction primitive était très grande, ou qu’elles se trouvassent dans les phases les plus intenses de facile réflexion, leurs routes seraient semblables à celle que représente la fig, 121.

555, — La conclusion à laquelle nous sommes parvenus dans l’article précédent, que l'attraction d’un milieu sur les molécules de la lumière s'étend à une plus grande distance que la répulsion, est, comme nous venons de le voir, une conséquence rigoureuse des principes de la dynamique : loin d’être contraire au système de Newton sur la réflexion, elle y est parfaitement conforme.

Le docteur Brewster a été conduit au même résultat par des considérations particulières déduites de ses expériences sur la loi de polarisation ( Trans. philos., 1815, p.153), et s’en est servi pour expliquer un fait curieux, observé par Bouguer, savoir, que l’eau, queique moins réfléchissante que le verre sous de petités incidences, l'est beaucoup davantage sous des incidences plus grandes, parexemple de 87° +. En supposant que la lumière ait, dans les deux cas, subi toute l’action des forces réfringentes avant de se réfléchir, son incidence au moment où elle atteindra la région des forces répulsives aura été réduite, dans le cas du verre, à 57° 44/, et, dans celui de l’eau, à 61° 5! seulement : étant plus oblique à la surface de l’eau, elle sera réfléchie en plus grande quantité.

Cette explication paraîtra plus ou moins plausible; mais elle est sans doute fort ingénieuse, et le phénomène n’en est pas moins digne detoute notre attention.

554. — Pour observer plus commodément les phénomenes de la réflexion totale, on place contre une fenêtre, comme dans la fig. 124, un prisme de verre (dont l’angle réfringent est droit), de manière que sa base soit horizontale etrepose surune substance noire; puis on regarde par en bas, en mettant l’œil tout près de l’une des faces: la base paraîtra divisée en deux parties par un belarc coloré, comme un arcen-ciel, dont la concavité sera tournée du côté de l'œil. La première partie, du côté de la fenêtre, séra extrèmement brillante, et réfléchira tous les objets extérieurs de manière à produire une illusion parfaite ; tandis que l’autre paraîtra

sombre ‘en comparaison, parce que la réflexion des nuages, etc., sera beaucoup moins vive.

Si l’on tient le prisme à la main, au lieu de le poser sur un Corps noir, et qu’on tienne une chandelle par-dessous , cette chandelle sera visiblé; maïs on la verra toujours dans la concavité de l’arc, quelle que soit sa position. l'a fig. 124 représente la route du rayon dans cette expérience : E est l'œil; NG, OF, P D, sont des rayons incidents sur la face opposée, et formant avec la base des angles différents; ils se réfléchissent vers l'œil E, par rapport auquel O F a justement une incidence égale à l’angle-limite. Il est évident que tous les rayons du côté de N , tombant sur la base au-delà de F, seront trop obliques pour être transmis, et se réfléchiront entièrement; ceux, au contraire, qui tomberont entre Fet A, n’ayant pointle degré d’obliquité nécessaire pour que la réflexion soit totale, ne seront réfléchis qu’en partie, et le reste traversera la base dans la direction de D Q. Mamntenant, pour qu’un rayon émis par un luminaire placé en un point quelconque L au-dessous de la base puisse atteindre l'œil, il faut nécessairement que ce rayon tombe entre A etF comme L D. Jamais il ne pourrait être réfracté vers E si le point d’incidence se trouvait entré BetF.

555: — L'arc coloré qui sépare la région de réflexion totale de celle de réflexion partielle peut s'expliquer de la manière suivante :

Supposons, pour plus de simplicité, que l’œil soit plongé dans le milieu , afin d’éviter de tenir compte de la réflexion sur la surface inclinée A C du prisme, et ne considérons d’abord que les rayons rouges extrêmes; abaissons de l'œil une perpendiculaire sur la base du prisme, et regardons-la comme l’axe d’un cône lumineux dont la génératrice ferait

x I MES avec cet axe un angle dont le sinus =, c’est-à-dire l’angle- [24

. . 23 : Le #2

limite pour les rayons rouges extremes. En considérant ce A 4 2 La .

cône comme émané de l’œil, tous les rayons qui le compo-

sent seront réfléchis totalement, s'ils tombent hors du cercle qui lui sert de base; maïs ceux qui tomberont dans l’intérieur ne subiront qu’une réflexion partielle. Sitous les rayons étaient doués de la même réfrangibilité , le lieu de réflexion partielle serait donc un cercle dont le rayon égalerait le produit de la hauteur de l’œil au-dessus de la base par la tan-

: I RE ente de l'angle dont le sinus est - , c’est-à-dire 8 5 n°

On aurait également pour le lieu de réflexion partielle des rayons violets un cercle dont le rayon serait

Hiséeés H D ACTES

valeur moindre que la précédente. Ainsi, dans l’espace entre les deux cercles, les rayons rouges seront réfléchis en partie et les rayons violets en totalité; ce qui donnera à cet espace une teinte violette. Le même raisonnement peut s'appliquer aux rayons intermédiaires; et la transition de l’espace lumineux extérieur aux cercles, à l’espace sombre qui forme leur intérieur, se fera par la soustraction successive du rouge, de l’orangé, etc. ; ce qui rendra la lumière restante de moins en moins blanche, jusqu’à ce qu’elle passe au bleu. S1il’on suppose maintenant que les rayons tombent en sens contraire, c’est-à-dire qu’au lieu d’émaner de l’œil, ils sont réfléchis vers lui, tout se passera de la même manière , et l’œil verra l’espace lumineux hors du cercle, séparé de la surface intérieure par une circonférence bleue, dont la couleur augmentie de vivacité en approchant du centre. Tel est effecti-, vement le phénomène que l’on observe, à cette différence près que l'arc paraît un peu rougeâtre à sa conyexité.

Cette apparence , incompatible avec la théorie , pourrait bien n’être due qu’au contraste, source féconde d'illusion dans tout ce qui concerne les couleurs : elle en serait alors un des exemples les:plus curieux et les plus remarquables.

Newton ( Optique, 2° partie, expér. 16) ne parle pas de

cette particularité, observée et décrite pour la première fois par sir W. Herschel, quoiqu'il explique le phénomène général de la même manière que nous. La réfraction du côté BA du prisme modifie légèrement la figure de l'arc, et tend à lui donner celle d’une conchoïde, lorsque les rayons émergents sont très obliques.

556. — Si l’on couvre d’un papier noir la face BC du prisme, et que l’on fasse tomber une vive Inmière venant d’un point au-dessous de B A ; qui se répande sur la base en se disséminant (comme la lumière qui traverserait un verre usé à l’émeri, dont la face dépolie serait en contact avec la base du prisme), l’on observera des phénomènes tout opposés : l’espace noir sera au-delà et l’espace lumineux en-deçà du point F. La’séparation sera marquée par un bél arc rouge, qui passera successivement à l’orangé, au jaune, etc., jusqu’au blanc, qui occupera la partie concave. Il est évident que ce phénomène est le complément de celui que nous avons décrit en dernier lieu, quand l’arc bleu était vu par réflexion : une explication particulière serait donc superflue. Il est à remarquer, cependant, que’ l’on n’observe à sa concavité aucune trace de bleu ou de violet; de manière que l'effet que nous avons attribué au contraste, en parlant de l'arc vu par réflexion , n’a rien qui lui corresponde dans l'arc vu par

transmission.

557. — L’intensité,et la régularité de la réflexion à la surface extérieure d’un milieu dépendent non seulement de la nature de ce milieu, mais encore du degré d'égalité et de poli de sa surface. Maïs on peut demander, avec raison, comment ül se fait une réflexion régulière à la surface d’un corps que l’art a poli, tandis que le procédé de la polissure n’a d’autre effet que de diminuer les aspérités par le frottement de certaines poudres dures, qui, malgré la petitesse que leur a donnée la division mécanique, n’en sont pas moins des

masses. énormes en comparaison des dernières molécules de la matière : leur action se borne à enlever le sommet des inégalités de la surface ; de manière que réellement une surface polie doit avoir avec la surface d’un liquide ou d’un cristal à peu près la même ressemblance qu’un champ labouré avec le miroir poli très soigneusement.

Mais la doctrine de Newton répond victorieusement à cette objection. Si la réflexion se faisait par le contact de la lumière avecles molécules de la surface, jamais elle ne serait régulière : en effet, comment assigner alors la direction du rayon réfléchi, puisqu'elle dépendrait entièrement de la forme de ces molécules ou aspérités, et de l’inclinaison de leurs surfaces par rapport à la surface du milieu considérée dans toute son.étendue ? Les données variant à l'infini pour tous les corps non cristallisés ; la lumière devrait se disséminer dans tous les sens.

D'une autre part, dans les cristaux , chaque molécule ne présentant qu’un nombre limité de surfaces rigoureusement planes, et les faces correspondantes étant toutes mathématiquement parallèles, la réflexion serait régulière, à la vérité; mais sa direction dépendrait uniquement de celle du rayon incident et de certaines lignes fixes danse cristal ; sans que linclinaison et le poli naturel ou artificiel des surfaces eussent sur elle la moindre influence. D'ailleurs il arriverait, le plus souvent , que le faisceau réfléchi serait multiple au lieu d’être simple. Toutes ces conséquences sont tellement contraires à l'expérience, qu’il faut nécessairement supposer que les forces qui produisent la réflexion étendent leur action à des distances non seulement égales aux intervalles entre les molécules , mais plus grandes même que la largeur des'sillons entre les petites aspérités superficielles des milieux polis par la main de l’homme, Ceci accordé, toute difliculté's'évanouit : car l’action commune de plusieurs inégalités et'de plusieurs creux peut être parfaitement uniforme , tandis que les actions individuelles offrent la plus grande diversité.

C’est ce.qu’on voit clairement si l’on jette un coup-d’æil sur la fig. 125, où AB représente la surface raboteuse d’un milieu, et À C le rayon d’une sphère attractive, ou la répulsion de la molécule A, Concevons maintenant que tous les sommets des élévations.a, b; c, d, se trouvent dans un même plan, et que A C soit le rayon des sphères qui ont ces sommets pour centres : les intersections de ces sphères entre elles engendrerontune espèce de surface mamelonnée, 465, qui approchera extrêmement d’un plan géométrique, infiniment plus, du moins, que la surface A B;, si les distances éntre les centres sont très petites par rapport aux rayons. Ainsi un rayon dirigé vers un milieu ne tombera pas sur une surface inégale lorsqu'il aura atteint la sphère d’action dé ce milieu, mais sur un plan presque parfait. En supposant que les molécules agissantes soient répandues uniformément sur AB, la résultante de leurs actions partielles sera perpendiculaire à cette surface. Le même raisonnement peut s’appliquer aux couches de molécules, quoique discontinues , audessous de a, b, c, d, etc., eten général à toutes les couches qui forment la surface.

Ainsi les conditions ‘principales sur lesquelles repose la théorie newtonienne de la réflexion et de la réfraction (c’est-à-dire l'égalité des forces à des distances égales du niveau général de la surface, et la perpendicularité de leurs directions par rapport à ce même niveau) se trouvent entièrement remplies.

558. — Il est évident que les inégalités de la surface mamelonnée que nous venons de décrire deviendront d’autant plus sensibles que les rayons des sphères seront plus petits, ou que les intervalles entre les centres seront plus considérables : on conçoit qu’alors la régularité dela réflexion et de la réfraction sera altérée proportionnellement."Il-s'énsuit aussi que, plus l'incidence du rayon est oblique, moins la surface doit être polie pour réfléchir régulièrement : c’est ce que l’expérience confirme tous les jours: Il est aisé de trouver

un morceau de verre, usé à l’émeri, qui donne une image assez distincte quand les rayons sont très obliques, quoiqu'il n’en donne aucune quand ils sont perpendiculaires. En voici les raisons : d’abord un rayon très oblique n’a pas besoin de pénétrer à une très grande profondeur dans la sphère de répulsion pour perdre sa vitesse suivant la perpendiculaire à la surface. En second lieu , il ne’ saurait passer entre deux élévations ou entre, deux enfoncements contigus de la surface fictive « 6 y à; mais, à cause de son obliquité, il doit en traverser plusieurs et subir l’action du milieu avec plus de régularité.

559. — C’est ainsi que l’on explique le phénomène de Ia réflexion dans le système de Newton.

Mais on peut demander encore comment une surface polie par l’art peut'donner une réfraction régulière. Quand le rayon se réfléchit, il n’atteint jamais les aspérités de la surface, et n’est soumis qu’à leur action moyenne, rendue uniforme par la distance et par des compensations particulieres. Dans la réfraction, au contraire , le rayon doit traverser la surface même et toutes ses imégalités, sous tous les angles possibles. La réponse est également simple : ni la réfraction ni la réflexion ne peuvent avoir lieu en totalité ni en grande partie à la surface même; mais le rayon s’infléchit (vers l’intérieur ou l’extérieur) à une distance assez grande pour le soustraire à l'influence de ces inégalités; ce n’est pas la surface seule, mais une couche du milieu beaucoup plus épaisse qui agit sur lui. On peut comparer l’effet des aspérités à celui des montagnes de la terre, qui altèrent pareïllement la pesanteur. Une pierre qui tombe d’une hauteur médiocre, très près de l’une d'elles, ne suivra pas la direction de la verticale, mais celle du fil à plomb, qui en diffère sensiblement. Cependant , si elle tombait de la lune vers le centre de la terre , elle n’éprouverait aucune perturbation sensible de la part des montagnes près desquellestelle passerait, quand bien même celles-ci seraient mille fois plus grosses.

560. Cépendant des surfacesisensiblement!inégalés ne peuventdonnér dé réfraction d’unetrégularité comparäbleïà celle de la réflexion; ce qu’on peut attribuer à l’impossibilité qu'un rayon pénètre la surface, quand il se réfracte sous une assez grande obliquité. Il est à remarquer,que la réflexion régulière à l’intérieur d’un, milieu qui offre une surface raboteuse est.à pere sensible’, même quand les rayons sont très obliques et.que la réflexion à ‘l'extérieur est. abondante.et régulière; .ce qui semble indiquer que les forces répulsives exercent tonte leur énergie hors.du milieu.

5Gr. — ‘Quelles que soient les forces en vertu-desquelles les corps réfléchissent et réfractent Ja lumière, ce quily a de certain,:c’est qu’elles doivent surpasser de beaucoup l’intensité de la pesanteur. ‘

L’attraction de laterre surtunelparticule/pres de sa surface ne lui fait parcourir qu'environ 16 pieds par seconde. Ainsi cette force ne saurait infléchir sensiblement une molécule qui se mouvrait avec la vitesse de la lumière. En effet, le temps que dure l’action totale du milieu n’est que celui que la lumière met à traverser le diamètre deda:sphère d’action sensible des molécules de la surface. Donnons à ce!diamètre une valeur d’un millième de pouce; ce qui excèdestoute probabilité : cet espace sera traversé par la lumièré en Pr de seconde: Supposons maintenant que 12,672,000,000,000 la déviation produite par le milieu soit de 5o°,( ce qüi arrive fréquemment), et qu’ellessoit due à une force-uniforme:agissant pendant une seconde entière : puisque cette: fonce-doit produire une inflexion équivalente à 200,000 milles X sin 30° .-= 100,000 milles —33,000,009 X116 pieds, elle doit-valoir plus de 55 millions de fois celle de, la. gravité à, la.surface de la terre. Encore:cet effet n’at:il pas lieu) pendant,une,seconde, mais pendant la‘fraction de seconde donnée plus haut,;. ce qui exige que l’intensité de la force en question soit augmentée dans le rapport du carré d’une seconde au carré de,cette

fraction, Ainsi l'hypothèse la moins improbakle donnerait pour résultat une force moyenne qui vaudrait

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