‹ Traité de la lumière, t.1Chapitre 62 sur 171 · ETES · texte numérisé non relu

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ne produira aucune déviation, et l’objet paraîtra simple. Faisons varier maintenant l’angle du prisme, jusqu’à ce que les rayons éprouvent une déviation de deux ou trois degrés vers la droite, dans un plan horizontal : la chandelle paraitra double aussitôt, et l’on verra l’image détournée par le prisme, à gauche de l’autre; mais le plus léger mouvement, un simple clin-d’æil, les confondra à l’instant. En faisant croître l’angle du prisme de quelques degrés dans le même sens, la chandelle reparaîtra double, et deviendra encore une fois simple en clignant les yeux et en dirigeant plus fortement son attention sur la chandelle. L’on peut ainsi donner aux axes optiques une inclinaison réciproque de 20° ou 30°. Dans cet état de choses, si l’on place une seconde chandelle exactement dans la direction de l’image déviée de la première et qu’au moyen d’un écran l’on empêche ses rayons d'atteindre l’œil gauche, en enlevant subitement le prisme pendant le clignement d’yeux, les deux chandelles sembleront n’en faire plus qu’une. Si l’on fait dévier vers la droite image vue avec l’œil droit, la possibilité des coïncidences , devient beaucoup plus limitée, car il nous est plus naturel de rapprocher les axes optiques par un effort de l'imagination que de les écarter: Pour peu que la déviation :se fasse hors du plan horizontal, la correction en devient impossible. Il est probable que certains cas de strabisme pourraient se guérir en s’exerçant , pendant un certain temps, à donner aux axes optiques la direction

convenable.

364. — Cette explication de lunité de la vision paraîtra sans doute suffisante; néanmoins, le docteur Wollaston suppose, avec raïson , qu'une cause physiologique peut contribuer à produire cet effet, et qu'il se fait une semi-décussation des nerfs optiques au point même où ils quittent le cerveau, la moitié de chaque nerfse dirigeant vers un œil et l'autre moitié vers l’autre ; de manière que la partie droite de chaque rétine est formée:par les ramifications d’un seul nerf, et

la partie gauche par celles de l’autre. Toutes les images des objets hors de l’axe optique sont alors perçues par un seul nerf pour les deux yeux, ce qui maintient entre jeux une puissante sympathie indépendante de toute habitude. Il est probable que les rameaux des deux nerfs se mêlent à l’axe optique même, pour rendre la vision plus sûre dans cette partie de l’œil.

565. — Une autre question, à laquelle on a donné beaucoup plus d'importance qu’elle n’en mérite, est de savoir pourquoi nous voyons les objets droits, tandis que leursimages se peignent renversées sur la rétine. Se tenir droët ne signifie autre chose qu’avoir la tête plus éloignée et les pieds plus près de la terre qu'aucune autre partie du corps : or la terre et tous les objets qu’elle porte gardent dans l’image sur la rétine la situation relative qu’ils ont dans la nature. Dans cetteimage, à la vérité, les hommes semblent avoir la tête en bas, mais aussi les corps pesants tombent de bas en haut: L’âme qui perçoit la sensation par le nerf qui occupe chaque partie de l’image juge seulement de la situation relative de ces parties entre elles; leurs rapports avec les objets externes ne sont connus que par l'expérience, et la promptitude du jugement que nous en portons est le résultat de l'habitude.

566. — Il est un fait remarquable que nous ne pouvons passer sous silence, quelque briève que soit la théorie de la vision que nous exposons ici : c’est que le petit espace circulaire où le nerf optique entre dans l’œil est complétement iusensible au stimulus de la lumière; propriété qui lui a fait donner le nom de punctum cæcum. La raison en est évidente : en ce point le nerf n’est pas encore divisé en une infinité de fibres assez déliées pour être ébranlées, ou pour éprouver quelque changement dans leur disposition mécanique où chimique par un stimulus aussi faible que des rayons de lumière; néanmoins ce phénomène est curieux et surprenant. Sur, une feuille de papier noir, ou tout autre fond de

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couleur sombre, l’on place deux petits disques blancs dont les centres sont à trois pouces l’un de autre : on tient l'œil droit verticalement au-dessus du disque gauche, et à une distance d'environ douze pouces; de manière qu’en abaissant la vue, la droite qui joint les deux yeux soit parallèle à celle qui joint les centres des disques. Fermant alors l’œil gauche, et fixant l’autre sur le disque qui se trouve immédiatement au-dessous, on ne verra que celui-ci, et l’autre sera totalement invisible ; mais pour peu qu’on le dérange de sa position vers la droite ou vers la gauche, il deviendra visible sur l'heure et semblera sortir du néant.

Les distances assignées plus haut peuvent varier légère-

ment pour différentes vues.

367. -— On pourra trouver singulier qu’un phénomène si remarquable échappe à la plupart des hommes, tellement qu’il n’y en a peut-être pas un sur dix mille qui Pait jamais observé. L’étonnement cessera bientôt Jorsqu’on saura qu’il n’est pas très rare de trouver des personnes qui ont perdu l'usage d’un œil pendant un certain temps sans s’en apercevoir. L'auteur de cet ouyrage en a connu un exemple. s

368. — Chez les poissons, les humeurs de l'œil ont à très peu près le même pouvoir réfringent que le milieu dans lequel ils vivent ; la réfractien test très faible dans la cornée, et c’est presque uniquement le cristallin qui concentre les rayons en un foyer sur la rétine, Aussi cette lentille estelle sensiblement sphérique, et d’un diamètre assez pelit par rapport à celui de l’œil. De plus, l’aberration de sphéricité ne pouvant être détruite, dans ce cas, par la cornée seule, le cristallin même produit cet effet par l’accroissement rapide de sa densité vers le centre, (Brewster, Dissertation sur de nouveaux instruments de physique, p. 268.)

La structure fibreuse du cristallin et sa formation par couches s'observent parfaitement dans un œil de poisson, coagulé par l’ébullition.

569. —Les mêmes principes qui nous ént permis de re- ‘médier aux imperfections naturelles de la vue nous procureront encore les moyens d’en augmenterla puissance, même chez dés individus qui jouissent de ce sens dans toute sa perfection. Des que l’on conçoit que l’image peinte sur la rétine est celle que nous voyons effectivement, 1l s’eusuit que, si par un artifice quelconque l’on peut rendre cette image plus claire, plus grande, plus distincte que dans l'état naturel del’organe ; l’on verra les objets plus brillants et plus grands qu'ils ne paraissent d'ordinaire ; el par conséquent susceptibles d’être examinés en détail, sous des formes mieux prononcées et avec un contour plus nettement terminé. Les moyens que nous fournit la science pour atteindre ce but sont : de recueillir, à l’aide de lentilles, un nombre de rayons plus grand que celui qui, entre dans notre œil; de rendre l’image plus grande sur la rétine, en substituant à l’objet une image plus grande ou plus rapprochée de l'œil que l’ob-

jet même’, et de détruire l’aberration en donnant à nos in-

struments une figure convenable.

570.— Théorème. La grandeur apparente d’un objet réctiligne a pour mesure l'angle sous-tendu par cet objet au centre de l’œil, ou la grandeur de l’image sur la rétine, c’est-à-dire à

la grandeur de l’objét sa distance de l'œil :

Le centre de l’œil est, dans ce sens, un point tres Voisin du centre de la pupille dans le plan de liris. L'image pq

(fig. 72) d’un objet extérieur P Q, étant formée au fond de.

l'œil par les rayons qui s’y croisent, doit sous-tendre le mê-

me angle que cet objet; de manière que P q =, P Q . PER:

571. — Corollaire. Si l'objet est tellement éloigné quel'on VE 13

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puisse regarder comme parallèles tous les rayons qui en émanent, le diamètre angulaire de l'objet est mesuré par l’inclinaison réciproque des faisceaux extrêmes. [’imagination reporte alors l’objet à une distance infinie ou à la voûte céleste.

572. — Théorème. Quand une lentille convexe se trouvera entre l’œil et un objet quelconque, en sorte que sa distance à cet objet égale sa longueur focale, celui-ci sera vu distinctement par tout œil capable de faire converger des rayons parallèles, et éprouvera un grossissement plus-ou moins considérable.

Soit PQ l’objet (fig. 75), GC la lentille et E le centre de l'œil. Puisque l'objet est au foyer de la lentille, les rayons divergents du faisceau émis par un point quelconque P de l'objet émergeront parallèlement à PE : après avoir été réfractés dans l’œil, ils iront donc converger sur la rétine en un point p, tel que Ep soit parallèle à PC.

Pareillement, les rayons partis de Q iront, par l’effet de la réfraction à travers la lentille et l’œil, convergèr vers g; de manière que Eg sera parallèle à Q C : il se formera ainsi sur la rétine en pq une image distincte, et la grandeur apparente de l’objet vu à travers la lentille sera l'angle 9Ep; mais cet angle égale PCQ ou l’angle sous-tendu par l’objet au centre de la lentille, et surpasse par conséquent PE Q ou l’angle sous-tendu par l’objet au centre de l'œil : tel est l’effet de l’interposition de la lentille.

575. — Ainsi plus l'œil sera pres de la lentille, plus la différence sera petite entre les grandeurs apparentes des objets vus avec ou sans lentille; mais si-le foyer du verre est plus court que la moindre distance à laquelle l'œil peut voir distinctement , il y aura cette différence essentielle entre la vision avec ou sans lentille, que , dans le premier cas, l’objet sera vu distinctement, et que sa forme sera bien terminée ;

tandis que, dans l’autre, ou dans la vision à l’œil nu, son

image $era d'autant plus confuse qu’il sera plus près de

l'œil.

574. — Au moyen d'une lentille convexe d’un court foyer, l’on peut donc voir les objets aussi distincts et aussi grands que l’on veut.

En effet, soit L le pouvoir ou la valeur inverse de la longueur focale, et D la plus petite distance à laquelle on puisse voir l’objet distinctement sans lentille, nous aurons

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