‹ Traité de la lumière, t.1Chapitre 79 sur 171 · PT D · texte numérisé non relu

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428. — La formule (a) nous fournit une méthode éxpérimentale de déterminer le rapport des pouvoirs dispersifs de deux milieux. Si l’on parvient à donner à chacun d’eux la forme d’un prisme dont l'angle réfringent soit tel que les contours d’un objet brillant et bien terminé, vu à travers les deux prismes (que l’on suppose dans léur lieu de momdre déviation), paraïssent nettement tranchés et exempts de couleurs, l’on obtiendra sur-le-champ le rapport en question, au moyen de la formule (a), après avoir mesuré les angles réfringents et remplacé les indices de réfraction par leurs valeurs conclues d’autres expériences.

429: — Quand nous regardons à travers un prisme un objet bien terminé plus clair que le fond sur lequel il se projette, ou plus obscur, comme un barreau de fenêtre qui se projette sur le ciel, ses bords paraissent mal terminés, et entourés d’une frange de diverses couleurs: En voici la raison :

Soit A B( fig. 99) une section d’un barreau horizontal vu à travers le prisme P dont l'angle réfringent est en bas, et considérons d’abord l'extrémité supérieure B de Pobjet : . comme c’est la lumière, et non l’obscurité, qui rend les objets

visibles, nous ne voyons réellement pas l’objet 6bscur,/mais le fond lumineux sur lequel il se dessine, ou lesespaces BC, AD, au-dessus et au-dessous: L'espace lumineux BC, élant éclairé par la lumière blanche, produira, après la réfraction par le prisme, une série d’images colorées, bc, B'c!, &’ é”; etc., quise couvriront, mais en se dépassant. La figure Iés représente à différentes distances de P,mais uniquement pour les rendre distinctes. En réalité, elles doivent se superposer dans presque toute leur étendue.

L'image la moins réfractée, bc; ést rouge, et la plus réfractée , D" c!, violette : les images entre ces deux limites ( comme /c') sont d’une couleur intermédiaire, telle que’le jaune, par exemple. Au-dessous de "il n’y a point d'images, de manière que tout l’espace au-dessous de 8” paraîtra noîr quand on le regardera à travers le prisme.

D'un autre côté, les images de chaque couleur au-dessus dé à coexistent , puisque l’on suppose que l’espace lumineux bc s'étend indéfiniment au-dessus de B : par conséquent}, l’espace au-dessus de » dans l’image réfractée sera d’une entière blancheur. En allant de & vers L", il y aura une diminution générale de lumière, parce que le nombre des images qui se superposent deviendra de plus en plus petit. Deplus, les rayons les plus réfrangibles du spectre y seront en excès; car, au-delà de b, il n'y a plus de rayons rouges, au-delà de b! de rayons jaunes, ét ainsi de suite. La couleur quis'étendra le plus loin, c’est-à-dire jusqu’en 2", sera le violet pur.

Ainsi la lumière ne décroîtra pas seulement en intensité, mais la perte successive des rayons les moins réfrangibles du spectre lui donnéra une teinte de plus en plus bleue, jusqu’au violet ; dé manière que le bord supérieur de l’objet obscur paraîtra garni d’une frange bleue, qui déviendra de plus en plus pâle, jusqu’à ce qu’elle passe au blanc. Ce sera le contraire pour l'extrémité inférieure A. L’espace lumineux AD forme pareillement une série d'images colorées , ad, a!d', a d', dont la moins déviée est l’image rouge ad, ct la plus déviée l’image violette a’ d'. Le point a, qui n’est éclairé que

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par les rayons rouges extrêmes, paraîtra donc d’un rouge sombre ;. a!,.qui le sera par tous;les rayons, depuis le rouge jusqu’au jaune (par exemple), sera. d’un rouge-orangé très vif; mais, à mesure que les rayons les plus réfrangibles viendront se joindre aux premiers, la teinte rougeätre s’affaiblira, et la, partie inférieure a”, où tous les rayons se trouveront dans leur proportion naturelle, sera tout-à-fait blanche. Ainsi le bord inférieur. d’un objet obscur sera frangé de rouge, de même que le bord supérieur l’était de bleu, Ces franges tent aux contours de l’objet toute leur netteté, et rendent la vision confuse; mais ce phénomène cesse aussitôt que l’on éclaire l’objet avec une lumière homogène, ou qu’on le, regarde à travers une substance colorée qui ne laisse passer que des rayons homogènes.

450. — L'œil peut très bien juger de la destruction. des couleurs et de la netteté des contours des objets quand les prismes sont disposés de manière à agir en. sens contraire (art. 426 et 427); mais leurs effets ne se compensent jamais exactement, et il reste d’un côté une petite frange pourpre et de l’autre une frange verte. Cette imperfection tient à des causes que nous allons discuter. Les pouvoirs dispersifs obtenus par cette méthode peuvent comporter ainsi des er- ‘reurs plus ou moins considérables, ce qui rend ce genre d’appréciations peu susceptible d’exactitude.

451. — Pour déterminer le pouvoir dispersif d’un milieu, après lui avoir donné la forme d’un prisme, l’on commencera par mesurer avec le goniomètre ou autrement son angle réfringent , et par s’assurer de son indice de réfraction. L’on cherchera ensuite quel est l’angle qu’il faut donner à un prisme d’un milieu connu, qui sert de terme de comparaison, pour que les dispersions produites par les deux prismes se compensent , et que la lumière réfractée soit aussi blanche que possible; mais comme on ne peut avoir pour chaque milieu un prisme compeusateur , l’on a cherché à faire varier

par degrés insensibles l’angle réfringent d’un même prisme. C'est à quoi l’on parvient de plusieurs manières. D'abord, Von peut se servir d’un prisme composé de deux plateaux de verre parallèles, attachés ensemble avec des pentures, étrenfermant quelques gouttes d’an liquide qui ne peut s’échapper à cause de la capillarité : s’il y a beaucoup de liquide on joindra les plateaux avec une charnière métallique très serrée. Cette construction est sujette à mille mconvénients dans la pratique.

L'on peut encore faire usage dé deux prismes de même verre, dont l’un ait une face cylindrique concave, et l’autre une face convexe de même rayon. En faisant coïncider les surfaces courbes , l’on pourra donner aux faces rectilignes toutes les inclinaisons possibles par la rotation des deux prismes autour de l’axe du cylindre. (Voy. la fig. 100, où a et b représentent deux de ces prismes d’une construction un peu différente.) Cette idée, que nous croyons appartenir à Boscovich, est mgénieuse, mais d’une exécution difficile, et sujette à beaucoup d’inexactitude.

452. — La méthode suivante réussit parfaitement, et nous l'avons trouvée d’un usage très commode dans la pratique.

L'on a un prisme de bon flint-glass dont la section perpeñdiculaire à l’arète est un triangle rectangle À BC (fig. 01), dans lequel A est d'environ 30 ou 35 degrés et C l’angle droit. La longueur de ce prisme est double de la largeur de la face A C : on polira cette face ainsi que l'hypothénuse du prisme jusqu’à ce qu’elles deviennent exactement planes; puis l’on parlagera le verre de manière à former deux prismes égaux dont chacun ait une face carrée , et dont les angles réfringents À et A! seront naturellement égaux. L'on coliera ensemble les faces carrées avec du mastic; de telle sorte que les arètes À, A’, soient opposées dans le carré commun. Faisant tourner alors tout le solide autour d’un axe

perpendiculaire à la surface commune et passant par son

centre, l’on abattra les angles pendant la rotation, jusqu’à

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