IV. Syphilis des parens
Il est certain que la maladie scrophuleuse n'est souvent qu'une conséquence de la syphilis , j'ai presque dit la syphilis dégénérée , et transmise de la mère au fœtus par voie de génération. J'ai vu fréquemment des parens syphilitiques donner le jour à des enfans qui présentaient à leur naissance, ou peu de temps après, tous les symptômes du vice scrophuleux ; et Ton a remarqué que , depuis l'apparition de la vérole , ce vice est devenu beaucoup plus commun qu'il ne l'était auparavant. Aujourd'hui même il est plus fréquent dans les pays où la syphilis est très -répandue que dans les autres. Les symptômes eux-mêmes ont une ressemblance frappante avec ceux de la vérole constitutionnelle. Enfin tout jusqu'au traitement confirme cette analogie : est-il , en effet, un moyen plus prompt et plus efficace que le mercure contre ces deux maladies? (i)
(i) Stoll, Selle, MM. Portal , Girard et d'autres auteurs inclinent également à penser que la diathèse scro-
Quoi qu'il en soit de cette analogie , du moins on conçoit qu'une affection du système lymphatique, telle que la syphilis, puisseimprimer à ce même système un caractère de fai-
phuleusé n'est qu'une dégénération de la sypliilis. Au premier coup d'oeil , cette opinon peut paraître appuyée sur des rapprochemens spécieux ; mais elle ne saurait soutenir un examen attentif. D'abord, il est incontestable que les scrophul es ont été connues de tous les temps, et l'origine de la syphilis n'est peut-être pas fort ancienne. Quoi qu'en dise M. Hufeland, il est faux que la constitution strumeuse soit plus commune dans les pays où la vérole est très - répandue que dans les autres. Nulle part les scrophules ne sont plus multipliées que dans les villages des Pyrénées et des Alpes, où la simplicité des moeurs préserve les habitans des ravages de la syphilis. Elles ne sont pas rares , il est vrai , en Espagne , ni en Italie , mais cela tient à la malpropreté dans laquelle vit la dernière classe de la société dans ces deux pays. Le vice scrophuleux affecte particulièreanent l'enfance , tandis que le virus vénérien attaque tous les âges ; le premier se guérit quelquefois spontanément aux approches de la puberté , le second ne peut se passer des secours de l'art. Enfin ajoutons à toutes ces raisons que, bien que le mercure triomphe de la diathèse scrophuleuse , il a besoin d'être secondé par d'autres moyens, et que d'ailleurs il est bien loin de posséder contre celte maladie le degré de spécificité dont il jouit contre le virus vénérien.
( N'oie du traducteur. )
blesse qui passe des parens aux enfans , et forme le principe de la diathèse scrophuleuse. Il n'est pas nécessaire pour cela d'admettre le passage immédiat du virus vénérien en nature dans les élémens du germe; les lois connues de la vie suffisent pour rendre raison de l'influence de ce virus sur l'organisation du fœtus.
V. Influence des aîimens de mauvaise qualité dans T enfance sur la production de la maladie scrophuleuse.
Je comprends sous ce titre toute substance dont l'assimilation est plus ou moins difficile, et dont les principes, bien qu'ils se combinent avec nos organes, conservent néanmoins toujours quelque chose de leur premier caractère. De ce nombre, sont :
i**, U allaitement artificiel. Rien de plus pernicieux pour la santé que l'allaitement artificiel. J'ai presque toujours observé que les enfans qu'on élevait de cette manière étaient plus ou moins disposés à la maladie scropbu-» leuse.
a. De tous les fluides du corps humain , il n'en est pas de plus vivant que le lait. C'est ce que prouve l'influence presque soudaine des affections morales sur le mélange et la combinaison intime de ses principes consti-
tülifs. Sods ce rapport, on peut comparer le lait à la liqueur séminale : il n'est certainement pas inflifféient pour le but de la génération que le sperme passe directement cVun corps vivant dans un autre, ou qu'il soit transmis dans celui-ci plus ou moins de temps après avoir quitté le premier. Le lait vit tant qu'il est renfermé dans ses organes sécréteurs , et le principe de vie dont il est animé, en l'appropriant à la constitution de l'enfance, le rend tout à la fois plus nourrissant et plus facile à digérer. Comparez les en fans qui vivent du sein de leur mère avec ceux qu'on nourrit artificiellement, et vous verrez que, généralement parlant , les uns sont gras , frais et bien portans, tandis que les autres restent faibles et languissans , au moins toute la première année de leur existence.
Yoyez avec quelle facilité ce malheureux près de périr de consomption , supporte le lait qu'il va sucer lui-même au pis de l'animal ^ ou du moins celui qu'il boit encore tout fumant de sa chaleur naturelle; donnez-lui le même lait , une heure plus tard , il lui causera des digestions laborieuses , des angoisses , des pesanteurs d'estomac, etc. D'où peut venir cette différence, si ce n'est du principe de vie dont le lait est animé , tant qu'il est encore renfermé
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dans les organes qui Tont préparé, principe qui s'évanouit dès qu'il cesse d'être en contact avec eux? Alors commence une autre combinaison de ses principes; les lois chimiques, les lois qui régissent la matière morte , commencent à l'emporter sur les lois de la vie, jusqu'à ce qu'enfin l'influence de celles-ci soit complètement effacée. L'allaitement naturel est, je pense, une ressource que s'est ménagée la nature pour conserver encore quelque temps le nourrisson en communication directe avec sa mère, et pour lui offrir une nourriture qui s'adapte à la délicatesse de ses organes.
h. On oublie que la plupart des animaux qui nous fournissent le lait sont purement herbivores , tandis que la femme tire sa nourriture des trois règnes de la nature. La différence des alimens passe dans le produit des sécrétions ; il y a dans le lait des animaux quelque chose de végétal qui n'existe pas au même degré dans celui de la femme. Et de là celte disposition aux acides dont le chyle lui-même ne paraît pas entièrement exempt , disposition en effet très-ordinaire chez les enfans qu'on soumet à l'allaitement artificiel.
c. Par les mouvemens de ses lèvres, l'enfant qui tète fait affluer la salive dans la bouche j
cette humeur se mêle avec le lait , se combine avec ses principes, et ceux-ci reçoivent déjà lin commencement d'animalisalion qui les rend plus faciles à être digérés. Le mélange de la salive avec les alimens est une condition essentielle d'une bonne digestion, non-seulement pour les enfans , mais aussi pour les adultes. Personne n'ignore que les estomacs très-délicats supportent les alimens liquides , tels que les potages, bien plus diJGäcilement que les alimens solides; c'est que, dans l'acte de la mastication, ceux-ci s'imprègnent de salive, tandis que ceux là parviennent dans l'estomac comme ils ont été pris. On a voulu rapporter ce phénomène à la chaleur des potages, comme si les autres liquides, quelque froids qu'on les suppose, ne se mettaient pas bientôt à la température de l'estomac quand une fois ils sont en contact avec lui.
d. On a peine à se figurer tous les dangers qui peuvent résulter de l'allaitement artificiel. Le lait est tantôt trop chaud , tantôt trop froid, tantôt trop vieux, quelquefois même il est décomposé. Il est surtout très-fâcheux d'en changer, car le lait varie non-seulement dans chaque espèce d'animal , mais encore dans chaque individu de la même espèce. Il n'est pas besoin de parler de l'influence des maladies sur cette
liqueur. Je ferai seulement observer que le lait des animaux n'étant pas suffisamment nutritif, on est souvent forcé, pour calmer les cris de i'enfant, de lui donner une nouriiture plus consistante; ce qui n'est pas sans inconyénient , comme on peut le penser.
Il résulte de ce que je viens de dire que le lait des animaux, et plus généralement toute nourriture artificielle, fournit un mauvais chyle, et peut devenir par là cause prédisposante de la maladie scrophuieuse. Cependant , comme il est des cas où l'allaitement naturel est impossible, je conseille de placer l'enfant au pis de l'animal^ ou du moins de lui faire boire le lait encore tout chaud, pour atténuer autant que possible les inconvéniens que nous reprochons à l'allaitement artificiel. Il est surprenant qu'on n'ait pas encore fidt servir à cet usage le lait d'âriesse, qui cependant est le plus analogue à celui de la femme, et celui que les estomacs affaiblis digèrent le plus facilement. Quoi qu'il en soit, il est toujours utile de joindre à ce régime de bons bouillons , quelques jaunes d'œufs dissous dans l'eau , pour corriger la disposition aux acides qu'un lait étranger ne manque jamais de développer, sans doute à cause de la nourriture toute végétale des animaux.
3^. Toute espèce de préparations farineu«
ses ( bouillies ) , et de légumes ( pommes de terre ^ etc.). Toute préparation farineuse qui n'a pas subi la fermentation et la cuisson, est , par cela même , difi&cile à digérer. Le chyle qu'elle fournit est collant, mal lié et peu propre à l'assimilation; il circule lentement dans les vaisseaux lactés, s'arrête, et détermine des obstructions. Tels sont les inconvéniens qui suivent l'abus des pommes de terre. J'ai remarqué que les scrophules sont très-communes dans tous les pays où l'on nourrit les enfans avec cette racine.
3^. Les alimens trop aqueux^ tels que certains végétaux, outre qu'ils sont pauvres en principes nutritifs, sont encore nuisibles par la faiblesse qu'ils procurent, et par la disposition aux acides qu'ils introduisent dans l'estomac de celui qui s'en nourrit.
4°. L'habitude de donner aux enfans dans les premières années de la vie une foule d'alimens sans distinction et sans choix , et de leur laisser manger tout ce qui flatte le goût de l'adulte. Ces alimens peuvent être bons en eux-mêmes ; mais ils ne le sont point pour des estomacs avec la sensibilité desquels ils ne sont pas en rapport; c'est en ce sens que nous disons qu'ils sont difficiles à digérer.
5°. La mauvaise habitude de gorger les en-
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fans d'alimens; d'où résulte une mauvp.ise digestion , un mauvais chyle, et enfin la diathèse scropliuleuse.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici est vrai des enfans naturels comme des enfans légitimes ; ce qui confirme de plus en plus l'hérédité de la maladie scrophuleuse. La privation des soins et du sein maternel , une nourriture malsaine, Tabus des alimens,la malpropreté , les excès vénériens : telles sont quelques-unes des eau es prédisposantes de cette maladie. Une chose assez singulière, c'est que tous les enfans naturels que j'ai connus étaient scrophuleux.