CHAPITRE III
De la nature , ou de la cause -prochaine de la maladie scrophuleuse ^ et de ses rapports avec la production de cette maladie.
Ce que nous venons de dire sur les causes éloignées de la maladie scrophuleuse doit nous éclairer sur sa cause prochaine.
Il me paraît que cette cause consiste dans une atonie profonde du système lymphatique ^ accompagnée d'une irritation spécifique de ce même système y et dhme altération particulière de la lymphe.
Cette définition a l'avantage d'expliquer la nature et l'origine des symptômes qui caractérisent la maladie scrophuleuse ; c'est ce que je vais essayer de prouver.
I. Le vice scrophuleux a son siège primitif dans les solides , et non dans les fluides,
i^. En effet, une affection héréditaire doit être une altération des solides.
2°. Une affection qui peut dépendre de la faiblesse et de l'épuisement des parens, réside nécessairement dans les parties solides ; car
c'est aux solides qu'est attachée la force et Vé-^ îiergie de la constitution.
5^. Le plus grand nombre des causes qui produisent le vice scrophuleux sont irritantes, ou débilitantes; les unes et les autres agissent sur les solides.
II. La maladie scrophuleuse consiste dans un haut degré de faiblesse et d^ atonie du sjS" tème lymphatique , joint à une irritation spécifique de ce même système ^ et dune altération particulière de la lymphe.
Irritation et faiblesse, tel est le double caractère de la maladie scrophuleuse. L'irritation sans la faiblesse n'en donne pas une idée parfaitement exacte, sinon toute irritation da système lymphatique produirait la diathèse scrophuleuse. Ainsi la vérole et le vice scrophuleux seraient une seule et même chose. La vérité est que, dans la dernière de ces maladies, le système lymphatique est tout à la fois trop excité et trop débilité, soit que la faiblesse ait précédé Firritation, soit qu'elle l'ait suivie.
11 y a faiblesse , car :
1°. Les parens les plus faibles sont ceux qui sont le plus exposés à donner naissance à des enfans scrophuleux.
2". Cette affection attaque précisément l'âge et le sexe où la faiblesse domine , c'est-à-dire , les femmes et les enfans.
3**. La plupart des causes essentielles sont débilitantes.
4°. Toute l'habitude des scrophuleux annonce la faiblesse et le relâchement de la constitution.
5°. Nul doute que des causes mécaniques puissent occasionner la tuméfaction des glandes; mais ces eugorgemens sont symptomatiques, ce sont des scrophules fausses. Il n^y a point de maladie scrophuleuse , je le répète^ sans faiblesse , et ce n'est que chez les sujets déjà très - affaiblis qu'une cause irritante peut déterminer cette maladie.
6®. Les toniques sont les seuls moyens qui puissent détruire la disposition écrouelleuse.
Ce qui prouve qu'il existe en même temps un état d'irritation , c'est que,
1**. La plupart des causes occasionnelles sont irritantes : telles sont les causes mécaniques , le développement naturel des organes , le froid, etc.
2\ La moindre irritation exercée sur le système lymphatique , suffit quelquefois pour mettre en évidencce le vice scrophuleux.
3". La plupart des symptômes dénoncent une maladie d'irritation.
4°. Les anti-phlogistiques font disparaître la plupart des symptômes scrophnleux, bien qu'ils soieni4ricapables d'en détruire le germé, /c^
III. Lek causkk ^fi^r^^A de là maladie scropJiulevtfß^ existent dans dar^ßesßuides aussi' bien qm
L'étiologie du vice scrophuleux est uii sujet fréquent d'erreurs. Parce que sa causé prochaine réside dans le système lymphatique, on se figure qu'on ne doit chercher les causes occasionnelles que dans les solides. En conséquence , on ne tient aucun compte des liquides dont l'influence est pourtant quelquefois immense. Je ne saurais assez le répéter , pouF juger convenablement de l'état d'un système d'organes , il faut prendre en considération ce système lui-même et le fluide qu'il tient en circulation, car l'influence est réciproque. Mais si cette règle est d'une application générale , à plus forte raison faut-il s'y conformer lorsqu'il s'agit d'apprécier un système qui va puiser la plus grande partie de ses matériaux hors du corps, et dans le tube digestif; matériaux qui sont encore bien loin d'avoir acquis l'éla-
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boration qu'ils doivent subir pour s'icîenliGer avec nos organes.
Qu'il me soil donc permis d'entrer dans quelques détails pour expliquer comment les fluide:> qui circulent dans le système lymphatique peuvent allerer ce système, et le disposer à la dia thèse écrouelleuse. Cette explication sera d'au tan î mieux placée ici, que depuis que la pathologie , qui fait tout dépendre du système nerveux, commence à dominer, les humeurs ne sont comptées pour rien.
Cependant ce sont les fluides qui déterminent, i**. le ton et le degré de cohéoion des parties solides, et du système lymphatique en particulier. Nul doute, en effet, que cette cohésion ne provienne des matériaux et des différens principes qui pénètrentdansle corps : or ce sont les humeurs qui leur servent de véhicule.
2°. Les fluides sont les Stimulans naturels des vaisseaux; en d'autres termes, les vaisseaux n'en Iren t en action que par l'irritation qu'exercent sur eux les humeurs qu'ils renferment : c'est une loi de la nature. Cependant on n'entend parler que de l'irritabilité de ces vaisseaux comme cause de leurs mouvemens. On ne réfléchit pas que l'iniubiliië n'est que la faculté qu'ils ont de se mouvoir. Mais que de-
viendra cette faculté , si quelque chose ne vient la mettre en jeu ? Sans une cause motrice , sans une irritation, Firritabilité serait donc sans effet. Le cœur lui-même , le plus irritable de tous les organes , cesse d'agir dès qu'il ne reçoit plus de sang.
Les humeurs sont donc les stimulus naturels des solides, les mobiles de toutes les fonctions y ce qui prouve , pour le dire en passant, que les fluides sont à considérer dans un système pathologique. Chaque fluide irrite à sa manière les vaisseaux avec lesquels il se trouve en contact; ou, pour le dire autrement , il existe un rapport mutuel entre la sensibilité des vaisseaux et l'impression que les fluides font sur eux. Le sang est le stimulant naturel des vaisseaux sanguins , la bile l'est du foie, la lymphe du système lymphatique, etc.
Non-seulement les fluides irritent les organes , mais je suis convaincu qu'ils vivent comme ces derniers , et qu'ils font vivre les solides eux-mêmes.
Il résulte de ce que nous venons de dire que les humeurs exercent une grande influence sur les organes. En effet, l'énergie de ceux-ci est toujours relative à l'impression des premières. Si le sang n'est pas assez irritant, la circula-^ lion languit; la lymphe ne produit-elle pas une
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assez forte impression , son cours se ralentit, et de là des congestions , des engorgemens, etc. Que si ces fluides sont au contraire trop irritans , les vaisseaux sanguins et les lymphatiques redoublent leurs rnouvemens , et la circulation se dérange. Les organes sécrétoires eux-mêmes Xie remplissent leurs fonctions qu'en vertu d'une irritation spécifique , en sorte que leurs fonctions doivent varier suivant l'état des fluides qu'ils reçoivent.
3^ Les humeurs formant une espèce de résistance contre les vaisseaux , la force de ces derniers doit être estimée d'après la masse des fluides qu'ils sont destinés à faire mouvoir. Tant q ue cette force est en rapport avec la résistance des fluides, l'équilibre se maintient; mais si la quantité des fluides augmente, ou s'ils acquièrent un degré de consistance supérieur à celui qui leur est naturel, les vaisseaux sont vaincus , et la faiblesse s'ensuit.
Si les fluides exercent une si grande influence sur les organes, comment pourrait-on s'étonner que la lymplie puisse altérer le système lymphatique? Il nous reste à dire maintenent quelles sont les altérations de cette humeur susceptibles de produire ladiathèse scrophuleuse :
1°. Une lymphe trop épaisse , trop visqueuse,
incapable de faire sur ]e système lymphatique le degré d'impression nécessaire pour soutenir et pour assurer ses fonctions.
2°. Une Jymphe trop ténue, trop aqueuse; signe certain d'un défaut d'animalisnlion.
5°. Une lymphe trop irritante : teiie est celle qui est surchargée de principes acides , alca-^ lins, salins, etc.; et celle qui provieni d'une mauvaise nourriture. L'une et l'autre irritent le système lymphatique, troublent ses fonc-* lions : d'où les obstructions et la disposition au vice scrophulcux.
4°. Une lymphe trop abondante.
Quant aux causes capables d'altérer la com-^ position de la lyjnphe , abstraction faite de toute altération primitive des vaisseaux lym-* phatiques , ce sont :
i". La qualité des alimens avec lesquels le chyle conserve toujours quelque rapport.
2°. L'état des forces digestives, d'où dépend la perfection ou Fimperfeclion de l'assimila^ lion.
3°. Les qualités de l'air dont nous absorbons les principes les plus subtils.
4P. L'état des fonctions de la peau et du poumon.
5°. L'état des sécrétions et de la nutrition, Jj'absorptiou s'exerce quelq^uefois sur des par^
lies nuisibles; en sorte que la lymphe peut dégénérer, sans que le système lymphatique ait subi la moindre aUération. C'est ce que prouve la jaunisse, où le système absorbant est manifestement le siège de la maladie.
IV. L^ affection du système lymphatique qui constitue le vice scrophuleux altère la qua* lité de la lymphe ( c'est là ce qu'on nomme acrimonie de la lymphe , virus scrophuleux ).
Nous voici arrivés au point le plus difficile de la question. Qu'est-ce que Tacrimonie scrophuleuse, quelle est son origine, quelle est sa manière d'agir ? Je traiterai de toutes ces questions dans les Chapitres suivans.